GRIVEL

Numéro

364

Prénom

Guillaume

Naissance

1735

Décès

1810

Guillaume Grivel naît à Uzerche le 16 janvier 1735 et appartient à une famille fixée depuis des siècles en Limousin. Il meurt le 17 octobre 1810 à Paris.

3. Carrière

Ayant étudié le droit, il est reçu avocat au Parlement de Bordeaux en 1758. Puis, il s'installe à Paris et se fait homme de lettres. Il s'intéresse notamment aux problèmes d'éducation et compose des essais sur ce sujet. C'est ainsi que, le 8 décembre 1775, il présente au roi sa Théorie de l'éducation. En 1785, il édite, en quatre volumes, les Entretiens d'un jeune prince avec son gouverneur du marquis de Mirabeau. Auteur d'une utopie (L'Isle inconnue, 1783-1787) dont six éditions parisiennes paraissent de 1783 à 1793, qui est l'objet de nombreuses contrefaçons et qui est traduite en plusieurs langues, il collabore aussi au Dictionnaire d'économie politique de l'Encyclopédie méthodique avec 80 articles. En 1790, poussé par «la circonstance intérieure et vraiment critique» où se trouve la France et citoyen conscient du devoir de faire connaître «les moyens les plus faciles et les plus efficaces» pour rétablir l'ordre et ramener « aux lois simples et primitives» sur lesquelles reposent les droits de l'homme et la constitution des sociétés, il publie les Principes de politique, de finance, d'agriculture, de législation en deux volumes séparés du grand recueil prévu «qui devait contenir tout ce que la philosophie appliquée à la connaissance de l'économie politique a découvert de vérités utiles aux hommes réunis en sociétés policées» (Avertissement). Dans une note bibliographique autographe, il précise qu'il a été juge et commissaire national auprès du district d'Uzerche, département de la Corrèze. Le 22 nivôse an IV, il est nommé professeur de législation aux écoles centrales du département de la Seine et son cours sera édité par A. Lorin en 1802 (Analyse synoptique du cours de législation du citoyen Grivel). Lorsque les écoles centrales sont supprimées, G. demande en remplacement une chaire de professeur aux nouvelles écoles de droit. Il est sur la liste du Directeur de l'instruction, mais est écarté pour raison d'âge. Il tombe dans la détresse et adresse une supplique au Préfet de la Seine pour obtenir «une pension proportionnée aux besoins croissants de sa vieillesse», soulignant qu'il est «le seul des professeurs publics de Paris, non seulement de législation, mais de toute autre classe, qui se trouve aujourd'hui sans place ou sans traitement ou pension». Il habite alors rue des Maçons-Sorbonne, n° 19. Le gouvernement fait droit à sa demande.

5. Opinions

Esprit qui n'a cessé de vouloir concourir par ses travaux à l'instruction publique et à l'utilité commune. On peut rappeler à ce propos qu'il est l'auteur d'un projet de navigation reliant la Loire à la Garonne et les canaux du Nord à ceux du Midi. De ce projet qui avait été approuvé par Turgot, Maragon donne un précis dans son rapport fait à la Convention sur la navigation intérieure. G. a été membre des académies de Dijon, de La Rochelle, de Rouen, de la Société philosophique de Philadelphie, de la Société des sciences, belles-lettres et arts de Paris et de la Société galvanique.

6. Activités journalistiques

6. Nouvelle Bibliothèque de Littérature, d'Histoire, etc. Ou Choix des meilleurs morceaux tirés des Ana, Lille, J.B. Henry, 1765, 2 vol. in-12. Deux autres volumes sont annoncés qui ne verront pas le jour, sans doute faute de succès des premiers (D.P.1 1004).

7. Publications diverses

Cior 18, n° 32590-32595.

8. Bibliographie

F.L. 1769,1.1, p. 289-290 ; t. II, p. 424. – B.Un. ; N.B.G. ; D.B.F. ; Q. – A.D. Corrèze, 6 F 329. – Ersch, t. I, p. 140. – Champeval J.B., Dictionnaire des familles nobles et notables de la Corrèze, Marseille, Laffitte, 1976, p. 238. – Clément-Simon G., Curiosités de la bibliographie limousine par un bibliophile corrézien, Limoges, 1905, p. 74-77.

GAUFRETEAU

Numéro

336

Prénom

Henry Elisabeth

Naissance

1744

Décès

1820

Né le 25 octobre 1744 à Léognan. Fils d'Alphonse de Gaufreteau, écuyer, et de Jacquette de Rolland (elle-même fille de Richard de Rolland du Pont). Baptisé le 31 octobre 1744 à Saint-André à Bordeaux (c). Sa famille paternelle est de «noblesse relativement récente mais incontestable» (D). Il a quatre sœurs et un frère (D). A en croire Bernadau (f), il ne serait qu'un bâtard, fils d'un Président de Toulouse, amant avoué de sa mère. Il meurt sans postérité « au lieu de Laroque, commune de Saint-Germain La Rivière » (canton de Fronsac), le 27 novembre 1820 (a).

2. Formation

En 1818, il est membre de la Société d'Agriculture de Libourne (D).

3. Carrière

Il embrasse la carrière militaire (D) et, dans les actes officiels, est présenté comme officier ou capitaine d'infanterie. Après avoir été à Paris - où il aurait fréquenté «tous les tripots et mauvais lieux » (f) -, il revient à Bordeaux et cultive les lettres qu'il n'a jamais abandonnées (D). Il fait jouer une comédie : Le Cheval de Caligula, qui, selon Bernadau (f), est tellement sifflée qu'une jeune actrice, «débauchée» par l'auteur, en retient le nom de «jument de Caligula». En 1783, il demeure «rue du Palais Galien, faubourg et paroisse Saint-Saurin» (b). L'année suivante, il participe à la fondation du Journal de Guienne qu'il rédige et dirige pendant quatre ans. En 1788, il réside «fossés du Chapeau Rouge, paroisse Saint-Rémy» (b). Le 19 février, il forme une société avec J. de Pereyra et F.C. de Martin lequel a obtenu, par arrêt du Parlement de Bordeaux en date du 19 juillet 1787, le privilège de l'encan pour la vente des chevaux : G. est chargé d'annoncer les encans, de rédiger et faire distribuer les prospectus nécessaires à la publicité de l'établissement (le Journal de Guienne est une tribune privilégiée) et de s'occuper de toutes les affaires litigieuses (b). Cette même année 1788, il est - avec le vicomte de Lafaye, Verdery, Latuillière et Gensonné - directement nommé jurât par le Ministère, «en violation des droits, libertés et usages de la ville». Il refuse (ainsi que les autres), vivement approuvé par le Parlement (D : O). Il rédige alors, pour assurer les bases d'une organisation régulière, un projet de Constitution qui est discuté au Musée de Bordeaux (O) et où il propose «une imitation des Etats provinciaux de Bretagne et de Languedoc» (D). Le 10 novembre 1788, il signe, au titre de «notable», les remontrances adressées au Roi par les membres des «trois Ordres qui forment la Corporation Municipale» de Bordeaux (O). Il est au nombre des nobles bordelais qui, en 1789, sous la présidence du grand sénéchal de Guyenne, M.A. Dupérier, procèdent à l'élection des députés aux Etats Généraux (D). Il est, d'autre part, l'un des signataires d'une pièce imprimée en 1789 sous le titre : Discours par l'un de messieurs les gentilshommes de Bordeaux à l'Assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Guienne, tenue chez les RR.PP. Jacobins de cette ville le mardi 10 février 1789 (D ; f). Il émigré en 1792 (Labadie) et sert en qualité de capitaine d'infanterie dans l'armée de Condé (D). Il revient à Bordeaux dans les dernières années du siècle et prend part à une querelle locale relative à la réfection du plafond du Grand-Théâtre (D).

4. Situation de fortune

Le 14 août 1783, il vend pour la somme de 2600 £ des pièces de terre situées à Blanquefort et qu'il possède du chef d'une tante, Marie Anne Bougiraud, veuve de M. Labat, par testament en date du 5 septembre 1766 (b). Il semble bien que le lancement du Journal de Guienne ait été pour lui un moyen d'arranger ses affaires domestiques (g). Le périodique aurait en effet rapporté plus de 12 000 £ de profit (f). Le 28 octobre 1787, Bernadau (f) nous apprend que le trésorier du Journal, décrété pour abus de confiance et emprisonné, devrait au directeur 8000 £. Fin 1788, G. cède son privilège à Denis Dorte moyennant une pension annuelle de 5000 £ (f). Dans le cadre de la société formée pour l'encan des chevaux, il verse 10 000 £ sans intérêt (de même que Pereyra) « pour contrebalancer le privilège » dont Martin est détenteur. Le contrat stipule que les bénéfices et les pertes seront partagés et supportés «par égale portion» entre les associés (b).

6. Activités journalistiques

Il est, avec l'abbé Dupont des Jumeaux et L.G. de Clozanges, l'un des fondateurs du Journal de Guienne, Dédié à M. le Mal Duc de Mouchy (Bordeaux, J.B. Séjourné, puis P.G. Calamy, puis Simon de la Court, 1er sept. 1784 - 16 sept. 1790, in-40, quotidien ; D.P.1 647). Permis d'imprimer et distribuer en date du 3 août 1784. Prix : 24 £ pour Bordeaux et 28 pour la province et tout le royaume.

C'est l'abbé Dupont des Jumeaux, précepteur des fils de l'intendant Dupré de Saint-Maur, qui, si du moins on l'en croit, aurait eu le premier l'idée du Journal de Guienne -créé au dépens des Labottière, propriétaires des Affiches de Bordeaux - lesquels se seraient empressés de l'évincer sous le prétexte que ses liens avec l'intendant pouvaient nuire au succès de la feuille (g). Quoi qu'il en soit, l'abbé ayant quitté Bordeaux et Clozanges étant mort en 1785, G. demeure seul à la tête du périodique et le dirige jusqu'à la fin de 1788. « Son affectation mortifiante » à critiquer les acteurs de Paris venus sur le théâtre de Bordeaux explique la défense qui lui est finalement faite de parler des œuvres représentées (e). Même après avoir « résigné son bénéfice littéraire » en faveur de Denis d'Orte, il continue à faire paraître quelques pièces (poésies, charades) dans le Journal (f).

7. Publications diverses

Le Cheval de Caligula, comédie burlesque, Bordeaux, Philip-pot, 1780, in-8° (d et f). Réimprimé sous le titre : Honni soit qui mal y pense ou Le Cheval de Caligula, Bordeaux, Philippot, 1782, in-40(d). Dans une lettre au rédacteur, insérée dans le n° 52 du 26 déc. 1782 des Affiches, G. annonce son intention de publier 84 lettres de Henri IV qu'il possède. Mais cette annonce n'a pas été suivie d'effet {h ; D). Sa critique en vers du plafond du Théâtre de Bordeaux décoré par Lacour est reproduite par J. Delpit (D). Il aurait publié des romans sous le pseudonyme d'Avalos (ibid.).

8. Bibliographie

A.D. Gironde : (a) Fonds communal 414 E2 ; (b) II E 1321 ; (c) IV E 231. – A.M. Bordeaux : (d) ms. 169 (fonds Aurélien Vivie, Bibliographie girondine, t. XXVIII, p. 54) ; (e) 84 Registres. – B.M. Bordeaux : (f) ms. 713, Œuvres complètes de Bernadau, t. III (p. 453), t. V-VI (passim), t. XLI (p. 203 et suiv.) ; (g) ms. 829 (I-II) (Archives du Musée de Bordeaux, 1785, 5, p. 142-150, et 13, p. 165-166) ; (h) ms. 1696 (XIX) (p. 21). – (D) Gaufreteau Jean de, Chronique bordeloise, t. II (1600-1638), éd. Société des bibliophiles de Guyenne, Bordeaux, G. Gounouilhou, 1878 (Appendice : «Essai généalogique sur la famille Gaufreteau», par J. Delpit, notamment p. 420-427). – Féret E., Statistique générale de la Gironde, t. III, Biographie, Bordeaux, Féret, 1889, art. «Gaufreteau». – Labadie E., La Presse bordelaise pendant la Révolution : bibliographie historique, Bordeaux, Cadoret, 1910, p. 27 et suiv. – (0) O'Reilly P.J., Histoire complète de Bordeaux, 2e éd., Paris, 1863, t. III, p. 560 et suiv.

GAILLARD

Numéro

324

Prénom

Gabriel

Naissance

1726

Décès

1806

Gabriel Henri Gaillard est né à Ostel (Aisne) le 26 mars 1726. Son père était attaché à la maison de Condé. Gaillard eut une sœur avec laquelle il passa sa vie et qui lui survécut. Il mourut à Saint-Firmin (Oise) le 13 février 1806 (Dacier).

2. Formation

Il fit ses études au collège des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève à Senlis, où son père était établi. Après avoir fait son droit à Paris, il fut reçu comme avocat. En 1760, il fut élu à l'Académie des Inscriptions, comme successeur de l'abbé Lebery ; le 7 février 1771, il fut reçu à l'Académie française ; en 1796, il était membre de l'Institut dans la classe de Littérature et Beaux-Arts.

3. Carrière

En 1775, il succéda à Le Tourneur comme secrétaire général de la Librairie (M.S., 21 avril 1775). Il occupa cette fonction pendant deux ou trois ans (ibid., 16 mars 1779).

A la Révolution, il se réfugia à Saint-Firmin, près du château des Condé à Chantilly.

4. Situation de fortune

Comme secrétaire de la Librairie, il touchait une pension de 1000 £ qui lui fut continuée après 1779 (M.S., 16 mars 1779). En 1765, il eut une médaille d'or de 300 £ pour un discours couronné par l'Académie française (l'Eloge de Descartes).

5. Opinions

Il fut introduit dans le monde par Trudaine, évêque de Senlis. Il fut l'ami de Malesherbes et des philosophes : «de la clique des soi-disants philosophes » (Collé, Journal et mémoires, févr. 1771, Paris, 1868, t. III, p. 297) ; «appuyé de sa cabale des encyclopédistes, il l'est lui-même, tout est dit» (ibid., mars 1771, t. III, p. 306) ; «il s'est annoncé comme un digne sectateur de la cabale encyclopédique qui l'a porté à sa nouvelle dignité» (M.S., 21 mars 1771, t. V, p. 264). Porté à l'Académie par ses amis philosophes, il fut effectivement le premier académicien à ne pas prononcer l'éloge de Richelieu.

6. Activités journalistiques

Il fut rédacteur du Journal des savants de 1752 à la fin de 1792 (Q. ; Monglond). Dans sa «Notice historique», Dacier parle des «nombreux articles qu'il a insérés dans le Journal des savants, où il a été chargé pendant quarante ans de rendre compte des ouvrages d'histoire, de littérature agréable et de poésie». Selon le même auteur, G. a travaillé «pendant plusieurs années » au Mercure de France. Selon la Correspondance secrète, politique et littéraire (24 juil. 1782, t. XIII, p. 169, Londres, 1788), il succéda à l'abbé Joseph Honoré Rémy, mort le 12 juillet 1782, dans la place de «rédacteur général» du Mercure de France. Et l'auteur de la Correspondance souhaite que G. «mette autant d'impartialité, de modération et d'honnêteté» dans la rédaction du journal que son prédécesseur.

Il collabora à La Clef du cabinet des Souverains (1er janv. 1797-20/21 sept. 1805), journal de Panckoucke (Tucoo-Chala, p. 142, n. 77).

7. Publications diverses

Voir Cior 18, n° 30033-30065.

8. Bibliographie

Q. ; Cior 18. – Monglond A., La France révolutionnaire et impériale, Grenoble, 1930-1946. – Dacier B.J., «Notice historique sur la vie et les ouvrages de Gaillard, lue à la séance publique du 7 juillet 1809 », dans Histoire et Mémoires de l'Institut, 1819, t. IV.

DUVAL DESMAILLAITS

Numéro

289

Naissance

?

Décès

?

3. Carrière

Dans les années 1759-1760, il se manifeste dans la presse par des annonces publicitaires relatives à divers projets ou inventions. C'est ainsi que La Feuille nécessaire du lundi 24 septembre 1759 signale que Desmaillaits assure avoir trouvé un moyen de fournir à peu de frais à la Normandie la qualité de bois dont elle a besoin, que le Mercure de France fait part de ses découvertes sur les couleurs à teindre et notamment sur l'écarlate. D. demeure alors à Paris, rue d'Orléans, au coin de celle du Gril, derrière la Pitié, Faubourg Saint-Marcel.

5. Opinions

Défenseur de l'ancienne philosophie, hostile aux systèmes des physiciens modernes (de Gassendi et Descartes à Locke et Newton), il croit à l'existence de deux principes explicatifs, l'un qui produit et régénère, l'autre qui corrompt et divise. Il se place ainsi, non sans esprit de provocation, à contre-courant de la pensée de son siècle et du mouvement des Lumières. Non dénué peut-être de quelque génie inventif, apparemment soucieux d'utilité publique, il se montre facilement confiant et présomptueux dans l'annonce de ses découvertes comme dans ses prétentions plus générales à dévoiler les mystères de la nature et à développer ses merveilles. La presse n'a pas à tort crié à la chimère et à l'invraisemblance.

6. Activités journalistiques

La Nature développée, Paris, Jorry, 15 juin - octobre 1760, bimens., 5 vol. ; chaque vol. comprenant 2 t. Dédié au comte de Saint-Florentin, composé de citations tirées notamment de journaux et assorties de commentaires où l'auteur expose ses opinions en matière de sciences, l'ouvrage n'a pas échappé à la critique et se trouve ponctué de réponses justificatives (D.P.1 973).

7. Publications diverses

Il est l'auteur d'une brochure intitulée Traité de mathématique sur les sujets les plus importants et les plus étendus qui aient paru jusqu'ici tant sur l'utile que sur l'agréable (1756).

8. Bibliographie

F.L. 1769, t. I, p. 240 ; t. II, p. 418 ; Q. – La Feuille nécessaire, n° 33, p. 521-523.

DUPUY LA CHAPELLE

Numéro

281

Naissance

?

Décès

?

Dupuy La Chapelle n'est connu que par ses ouvrages ; il signe Dupuy, M. Dupuy, M.D.P., ou, comme dans la dédicace des Instructions d'un père à son fils (I.P.F.), «Dupuy La Chapelle, ci-devant secrétaire au Traité de la Paix de Riswick». On possède une lettre de lui à Sloane (B.L., add. mss 4058, f° 280-281) ; peut-être s'agit-il de lui dans la lettre de P. Coste à Desmaizeaux du 30 avril 1713a Paris : «Je l'ai enfin déterré...» (add. mss 4283, f° 269).

2. Formation

Après avoir été élevé, sans doute en province, par «une mère pieuse», il est envoyé à Paris à l'âge de 17 ans pour y faire un nouveau cours de philosophie sous la direction de l'abbé Pelletier, fils du Contrôleur général (I.P.F.).

3. Carrière

Il est qualifié d'«écuyer» dans le Privilège du Roi du 29 juillet 1693 relatif aux Caractères, pensées, maximes et sentiments (Paris, N. de Burre, 1693) et demeure alors rue des Petits-Augustins, vis-à-vis la petite rue des Marets Faubourg-Saint-Germain ; il sert l'Etat « en des rencontres importantes » (I.P.F.) et les privilèges qu'il obtient par la suite pour la publication de ses livres entendent témoigner de la reconnaissance du roi pour les services rendus. C'est ainsi qu'il est secrétaire au traité de paix de Ryswick (1697), fonction qu'il se plaît à rappeler en tête de ses ouvrages. En 1711, il habite rue de l'Université, chez Monsieur du Garde (Gigas). En décembre 1712, il se rend en Angleterre (Marais) ; il s'y trouve en 1714 d'après l’I.P.F., où il rappelle qu'il a séjourné tant en Angleterre qu'en Hollande. En 1716, il loge à l'Hôtel d'Allemagne, grande rue du Four, Faubourg Saint-Germain (add. mss 4283).

4. Situation de fortune

A l'en croire (I.P.F.), les services qu'il a rendus à l'Etat n'ont guère amélioré sa fortune. Il laisse entendre qu'ils ne lui ont rapporté que «quelques discours».

5. Opinions

Ecrivain essentiellement moraliste. Tous ses ouvrages concernent les mœurs et l'éducation. Il a été en relation avec les héritiers de Bayle et avec ses amis, ses correspondants, ses éditeurs, notamment avec P. Desmaizeaux à l'occasion de l'édition des Lettres du philosophe. Il possède en effet une importante collection de lettres de Bayle, qu'il a reçue de l'héritier de celui-ci, Charles de Bruguière de Naudis, et que, dès 1711, il songe à éditer, tout en cherchant à la compléter (il s'adresse pour cela à d'anciens correspondants : J. Du Rondel, D. de Larroque, etc. ; Gigas). Comment et pourquoi C. de Bruguière a-t-il remis - ou vendu - ces importants documents? Il est difficile de répondre (Labrousse). A tout le moins, signalons que C. de Bruguière est secrétaire du marquis de Bonrepaux, que la carrière d'ambassadeur conduit précisément en Hollande au lendemain de la signature du traité de Ryswick. Et l'on sait que les plénipotentiaires français ont, avant leur départ (déc. 1697 - janv. 1698), rencontré le nouvel ambassadeur nommé par Louis XIV (Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France : des traités de Westphalie jusqu'à la Révolution française, vol. XXI, Hollande, t. I, 1648-1697, Paris, 1922, p. 509). Les deux secrétaires ont pu, à cette occasion, faire connaissance.

6. Activités journalistiques

Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets intéressants par M. Dupuy, ci-devant secrétaire au Traité de Paix de Ryswick, Paris, E. Ganeau, 18 mai -18 août 1730 (si l'on se réfère aux dates d'approbation), privilège du 7 juin 1730 registré le 14 juin et cédé le 16 par Dupuy à Ganeau, périodicité hebdomadaire annoncée, 8 livraisons, 2 t. en un vol. in-8° (D.P.1 402). C'est dans ce périodique que Dupuy, qui a refusé de céder à Desmaizeaux les lettres de Bayle qu'il détient et qui, dans son propre projet d'édition, s'est heurté à la censure, finit par publier, avec d'ailleurs des omissions et des erreurs, quinze lettres dont deux non inédites (Labrousse).Il fournit des articles de politique étrangère au Mercure (voir art. «Fuzelier»).

7. Publications diverses

Liste des œuvres dans Cior 18, n° 26961-26970 (attributions reprises de Feller-Weiss, N.B.G., F.L., Cat.B.N.). Y ajouter : Instructions d'un père à sa fille, tirées de l'Ecriture Sainte «par M. Du Puy, ci-devant secrétaire au Traité de la Paix de Riswick», Paris, Vve Etienne, 1730, privilège du 7 juin 1730. Cet ouvrage (comme les Instructions d'un père à son fils) a connu de nombreuses rééditions ; la 3e éd. (1730) est dédiée à la Duchesse du Maine. Le privilège qu'il a obtenu le 7 juin 1730 pour l'Instruction d'un père a son fils, la 3e éd. de l'Instruction d'un père à sa fille et les Essais hebdomadaires, fait également mention de deux autres ouvrages, qui ne semblent pas avoir vu le jour : Traité de différents styles, particulièrement du style épistolaire et Essais de modèles de lettres.

8. Bibliographie

F.L. 1769 ; Feller-Weiss ; Desessarts, t. II, p. 438 ; Q. ; B.Un. ; N.B.G. ; Cior 18. – Marais M., Journal et mémoires, éd. Lescure, Paris, Didot, 1863, t. I, p. 150. – B.L.. add. mss (Birch) 4283, f°(67), 176 et 178. – (I.P.F.) Dupuy la Chapelle, Instruction d'un père à son fils, Paris, J. Estienne, 1730. – Gigas E., Choix de la Correspondance inédite de Pierre Bayle 1670-1706, Copenhague, 1890, introd. – Labrousse E., Inventaire critique de la correspondance de Pierre Bayle, Paris, Vrin, 1961, introd.

DORTE

Numéro

246

Prénom

Jean Baptiste

Naissance

1753

Décès

1792

Jean Baptiste Denis d'Orte est né à l'Ile Bourbon le 21 octobre 1753 d'un père ingénieur. Marié à Henriette Moreau, anglaise d'origine. Mort à Bordeaux le 8 février 1792 au terme d'une longue maladie (J.C.P.L.). Il a un frère cadet Jean François, également journaliste. Avant la Révolution, son nom s'orthographie D'Orte.

2. Formation

Venu très jeune à Bordeaux, il y fait ses études. Il est un brillant élève du «Collège Royal» ; le 30 août 1767, c'est lui qui, «écolier de troisième», répond à l'Exercice littéraire en français et en latin qui précède la distribution solennelle des prix (a). Après s'être tourné, à l'incitation de ses parents, vers le droit, il choisit la carrière des armes. Il sollicite et obtient une place dans l'Ecole royale du Génie où il fait rapidement preuve de ses connaissances et de ses progrès (J.C.P.L.). En 1790, il est reçu membre de l'Académie des beaux-arts de Bordeaux (ibid.).

3. Carrière

Tandis qu'il est encore à l'Ecole du Génie, il est appelé par M. de Crussol, maréchal de camp, colonel du régiment de Berri, et abandonne l'habit du corps de génie pour prendre celui d'infanterie. Il sert dans ce régiment en qualité d'officier pendant 14 ans (ibid.). Selon Bernadau (h), une affaire d'honneur l'aurait obligé de se tenir caché quelque temps à Londres où il aurait épousé, et laissé, la jeune Henriette Moreau. Pour des raisons de fortune, il quitte le service, revient à Bordeaux, y fait venir sa femme, se lance dans l'activité journalistique (il se met «aux gages» de Gaufreteau, directeur du Journal de Guienne ; h) cependant que, conformément au premier vœu de ses parents, il est reçu avocat au Parlement (J.C.P.L.). Il aurait été «secrétaire de M. le Président de l'Encre» (h). Admis au nombre des associés du Musée de Bordeaux (J.C.P.L.), il en devient, en 1788, «le secrétaire pour l'extérieur» (g), à la suite de la démission de l'abbé Sicard (h). Membre de la Société philanthropique, fondée à Bordeaux en juillet 1787, il en devient également bientôt l'un des secrétaires (J.C.P.L.). Il habite rue Causserouge (g).

A l'occasion du voyage qu'il entreprend en juin 1789 à Versailles pour obtenir le renouvellement du privilège du Journal de Guienne (h), il se trouve à Paris le 14 juillet 1789 (J.C.P.L.). Il est choisi comme capitaine par les citoyens de la section de Saint-Séverin (ibid.) et commande les patrouilles «dans les premiers jours d'alarme» (f). Après avoir reçu le 20 août pour son zèle et son patriotisme un brevet de «capitaine commandant honoraire de la garde nationale parisienne non soldée» (ibid.) - il en fera état le 29 août devant l'Assemblée des Quatre-vingt-dix Electeurs (e) -, il retourne à Bordeaux où il sert dans le corps patriotique du Génie (J.C.P.L.). Le 5 juillet 1790, il fait partie d'une délégation de ce corps qui présente aux jurats le plan d'un monument destiné à orner le milieu du champ de la Confédération le 14 du mois (c). En 1791, il est, sur présentation de Vergniaud, reçu membre de la société des Amis de la Constitution (C.G.).

4. Situation de fortune

Son père installé à Bordeaux se serait ruiné par son faste (h). C'est parce que «la fortune de sa famille» ne lui assure plus «une pension» dans l'«état dispendieux» du militaire qu'il quitte le service (J.C.P.L.). Il aurait acquis de Gaufreteau le privilège du Journal de Guienne moyennant une pension annuelle de 5000 £ (h). Le périodique rapportant plus de 12 000 £ de profit, ce sont 7 à 8000 £ qu'il aurait gagnées et «consommées fastueusement» (ibid.).

5. Opinions

Il est en général présenté comme un être doué de grande sensibilité, animé d'un vif amour de l'humanité, ayant le goût des belles-lettres et soucieux de politesse et d'impartialité dans son métier de journaliste. Cependant Bernadau (h) tend à le peindre sous les traits d'un individu plein d'impudence et de prétentions, très médiocre homme de lettres. Il paraît avoir échappé à l'esprit de parti si fréquent à l'époque révolutionnaire et c'est pourquoi certains ont pu lui reprocher d'être «indifférent à l'intérêt du peuple» (C.G.). N'oublions pas néanmoins qu'il finit par être admis au nombre des Amis de la Constitution.

6. Activités journalistiques

A son retour à Bordeaux, il collabore au Journal de Guienne, «Dédié à M. le Mal. Duc de Mouchy» (Bordeaux, J.B. Séjourné, puis P.G. Calamy, puis Simon de la Court. 1er sept. 1784 - 16 sept. 1790, in-40, quotidien) ; permis d'imprimer et distribuer en date du 3 août 1784 ; prix : 24 £ pour Bordeaux et 28 £ pour la province et tout le Royaume (D.P. 1 647). Il y rédige notamment les articles «bienfaisance», «en style précieux», selon Bernadau (h).

Lorsqu'en 1788 le directeur du Journal de Guienne, H.E. Gaufreteau de La Gorce, décide de se retirer, c'est D. qui, parmi différents candidats, obtient le privilège (ibid.). Il se serait montré assez autoritaire dans sa fonction directoriale, refusant certaines pièces pour leur médiocrité, accordant aux négociants des facilités qu'il aurait refusées aux gens de lettres (ibid.). Victime de la défense faite à son prédécesseur de parler des œuvres jouées sur le théâtre de Bordeaux, il rédige un mémoire ou il demande la liberté d'insérer dans ses feuilles l'analyse des pièces, du jeu des acteurs : une réponse favorable lui est donnée par les jurats le 27 août 1789 à la suite d'une lettre (datée du 21 août) du comte de Saint-Priest qui souligne que le journaliste est «connu pour avoir de la sagesse et de la circonspection» (b).

Avec la Révolution qui voit se multiplier les journaux, le périodique doit faire face à une rude concurrence. Le 21 mars 1790, Bernadau note que le nombre des abonnés du Journal de Guienne ne cesse de diminuer (h). Cependant le directeur profite des circonstances pour prendre « un ton plus libre» (ibid.), échapper à la tutelle du censeur, modifier la dédicace (A Philippe de Noailles, maréchal de France) et finalement changer de titre : le 17 septembre 1790, le Journal de Guienne devient le Journal patriotique et de commerce. Dès avant cette date, Jean Baptiste a fait appel à son frère Jean François, attaché au Contrôle à Bayonne, pour l'associer à ses travaux. En novembre 1790, pour des raisons mineures d'ordre personnel, « un schisme » se produit dans « la famille périodique» (ibid.) : le cadet lance un journal concurrent, Le Pis-aller, qui, après avoir «langui pendant un mois» et ressuscité sous le titre de Creuset littéraire et politique, meurt «de sa belle mort». Mais, en février 1791, Jean François se réconcilie avec son frère et, de corédacteur, devient à la disparition de celui-ci, directeur : dès le 9 février 1792, il modifie le titre : le Journal de commerce, de politique et de littérature durera jusqu'à la fin de 1797.

7. Publications diverses

L'essentiel de ses travaux littéraires est consigné dans le Journal de Guienne et le Journal patriotique et de commerce. Cependant le Courrier de la Gironde signale l'existence de «plusieurs pièces de littérature et de poésie légère» dont l'auteur a privé ses lecteurs. Dans le périodique qu'il publie en l'an VI, La Ruche ou Recueil d'ouvrages tant anciens que nouveaux, relatifs aux sciences, à la littérature, aux arts libéraux et mécaniques, à la morale publique et privée, Jean François fait paraître l'une de ces poésies (t. I, n° 2, p. 65-66).

8. Bibliographie

A.M. Bordeaux : (a) GG 985e ; (b) 84 Registre ; (c) 86 Registre ; (d) D 216 ; (e) D 217 ; (f) D 221. – B.M. Bordeaux : (g) ms. 829 (I-IV) ; (h) ms. 713, Œuvres complètes de Pierre Bernadau, t. V-VI (passim). – (J.C.P.L.) Journal de commerce, de politique et de littérature, notice nécrologique, 11 mars 1792, n° 31 et 28 mars 1792, n° 47. – (C.G.) Courrier de la Gironde, 10 févr. 1792. – Journal de Bordeaux et du département de la Gironde, 11 févr. 1792, n° 11. – Labadie E., La Presse bordelaise pendant la Révolution : bibliographie historique, Bordeaux, Cadoret, 1910, p. 35-36.

DESFORGES-MAILLARD

Numéro

226

Prénom

Paul

Naissance

1699

Décès

1772

Né au Croisic le 24 avril 1699, il est fils de Paul Maillard, sieur des Forges, ou Des Forges Maillard, bourgeois et maire du Croisic, et de Marie Audet. Il a huit frères (qui firent carrière dans la navigation et le commerce maritime) et quatre soeurs. Le 5 décembre 1743, il épouse Marie Anne Le François, veuve de Guillaume François de Boutouillic, seigneur de la Porte, «vivant conseiller au Présidial de Vannes», et qui, âgée de 40 ans, est mère de trois enfants. Il a de son mariage deux fils (Paul Philippe et Guillaume Marie Evrard) et deux filles (Marie Renée et Thérèse).

2. Formation

Etudes au collège des Jésuites de Vannes. Parce qu'il songe à entrer dans la Compagnie, son père, afin de l'en détourner, l'envoie faire sa philosophie à Nantes chez les Pères de l'Oratoire. Il fréquente les écoles de droit de cette ville et est reçu à Rennes avocat au Parlement.

Il a été membre de diverses sociétés: Académies Royales de Sciences et Belles-Lettres de La Rochelle (il est élu membre le 27 avril 1746), d'Angers (depuis le 20 novembre 1748), de Caen, Sociétés littéraires d'Orléans, de Châlons-sur-Marne, Société Royale de Nancy, Académies des Ricovrati de Padoue et des Rinovati d'Asolo.

3. Carrière

Né avec une vive «passion pour le commerce des Muses» (O., p. VI) et plein d'aversion «pour tout ce qui s'appelle chicane ou procès» (ibid.), il renonce à sa profession et s'adonne à la littérature et à la poésie. De 1723 à 1729, il compose un certain nombre de pièces dont quelques-unes sont publiées dans des recueils périodiques (le Mercure notamment) ou couronnées par l'Académie des Jeux Floraux. Il entre en relation avec Voltaire et n'est déjà plus tout à fait un inconnu. En 1729, il concourt pour le prix de poésie de l'Académie française sur les progrès de l'art de la navigation sous le règne de Louis XIV. Candidat malchanceux, il décide d'en appeler au public et, par l'intermédiaire d'un parent, l'abbé de Morinay, fait remettre à La Roque, directeur du Mercure, son poème assorti d'un préambule (O., p. XIII) où il critique la pièce couronnée. Désireux de ne pas se brouiller avec l'Académie, La Roque refuse l'insertion et, devant l'insistance de l'abbé de Morinay, jure qu'il ne publiera plus rien de D. On connaît le stratagème auquel recourt celui-ci pour «forcer le procédé» (O., p. XIV) de La Roque : il «se féminise» et adresse ses envois au Mercure sous le nom de Mlle (Antoinette) Malcrais de La Vigne (Malcrais est le nom d'un vignoble dépendant de sa «petite case champêtre de Brédérac», ibid.). C'est une de ses parentes, Madame de Mondoret, qui lui sert de «secrétaire» (ibid.). La première pièce signée du pseudonyme paraît dans le Mercure d'octobre 1729 et va être suivie de beaucoup d'autres. La Roque, en effet, s'enthousiasme pour la «Déshoulières» du siècle (voir sa lettre à D. du 6 mai 1731), cependant que les poètes du temps –et non des moindres– multiplient, par la voie du périodique, les compliments et hommages galants à l'adresse de la «dixième Muse». Superbe revanche de D. qui prolonge la supercherie pendant plusieurs années. En juillet 1733, il reçoit une lettre de Titon Du Tillet «pleine de témoignages d'estime et d'offres de service» (O., p. XXII). Une seconde lettre marquée de la même amabilité (exempte de toute galanterie) l'incite à révéler son secret à son correspondant. L'auteur du Parnasse francoisl'invite alors à Paris. D. y arrive fin octobre 1733 et y demeure une quinzaine de mois. Peu à peu, le public apprend l'identité réelle de Mlle Malcrais de La Vigne (Voltaire est tiré d'erreur l'un des premiers), mais la «démystification» ne semble pas porter tort à la renommée du poète.

Cependant celui-ci profite de son séjour parisien pour chercher à obtenir un emploi. Grâce à Titon Du Tillet, il est nommé contrôleur du dixième (impôt nouveau et provisoire établi à la suite de l'ouverture des hostilités entre la France et l'Empire) à Montbrison (province de Forez). Il quitte Paris vers la mi-janvier 1735 et rejoint son poste début février, appelé à remplir «une occupation utile à la vérité» quoique «peu compatible avec le badinage des Muses» (O., p. XXXI). Le retour de la paix entraîne, en août 1736, avec la suppression du dixième, son congé. Il revient au Croisic (voir sa relation de Voyage adressée à M. le comte de Rivarol) où il retrouve la solitude, l'étude et... l'ennui. Invité de nouveau à Paris par Titon Du Tillet, il se rend dans la capitale en septembre 1737, toujours en quête d'une position lucrative. Descendu d'abord chez Titon «rue de la Cerisaye près l'Arsenal», il s'installe, lorsque son hôte est obligé de s'éloigner de Paris pour affaires, à l'hôtel de Brie. Mais il tombe malade (il est atteint de pleurésie) et son médecin d'origine bretonne –M. Hunaud «médecin et commensal du duc de Richelieu» (O. p. XLI)- lui conseille d'aller passer sa convalescence dans son pays natal. Le voici en août 1738 de retour en Bretagne où il va demeurer plusieurs années, livré à l'étude, entretenant de nombreuses relations épistolaires, et passant l'hiver au Croisic, l'été dans sa maison de Brédérac.

En 1741, la guerre entre la France et l'Autriche conduit au rétablissement du dixième: D. est nommé en octobre contrôleur de cet impôt dans le Poitou. Il arrive à Poitiers le 10 novembre et, le 26 décembre, «commence ses courses» (O.N., p. CIII) à travers les deux élections de Fontenay-Le-Comte et des Sables d'Olonne (voir ses lettres à l'abbé Philippe du 16 déc.1741 et à René Chevaye du 19 déc. 1742). Mais «victime de la plus noire trahison» (O., p. XLIV) de la part d'un dénommé Pérot «qui paraissait [l'] aimer comme lui-même» (ibid.), il est révoqué en février 1743 (voir sa lettre au président Bouhier du 1er janv. 1744) et regagne Le Croisic. Au cours de l'automne 1744, il accompagne à Paris le marquis de Robien, Président à mortier du Parlement de Bretagne, et loge à l'hôtel d'Entragues (O.N., p. CVII). Il reprend ses démarches et ses sollicitations, mais sans succès en dépit des assurances de service qui lui sont faites (notamment par Voltaire). En janvier 1745, il retourne au Croisic (voir sa relation de voyage adressée à M. le Marquis de Robien), ayant définitivement renoncé à l'espoir de s'établir dans «la patrie des Muses et des Arts» (O., p. XLV). Contrôleur des Fermes au Croisic, il obtient en novembre 1750, par le crédit de Titon Du Tillet, le poste de receveur qu'il occupe jusqu'à sa mort.

4. Situation de fortune

«Peu fortuné» (O., p. LVI), il n'a cessé, en vain, d'aspirer à un emploi dans l'administration des finances qui pût lui permettre de vivre commodément à Paris.

En 1733, il avoue à Titon Du Tillet qui le presse de venir à Paris que ses «facultés sont trop bornées» pour une telle dépense. Titon lui offre alors généreusement sa maison (O., p. XXIII), inaugurant un rôle de bienfaiteur providentiel qu'il continua fidèlement à remplir. En 1738, un emploi de finances de 3000 £ lui échappe (voir lettre à R. Chevaye du 20 nov. 1738).

Lors de son mariage en 1743, il est victime «d'un contrat subtilement instrumenté par un coquin de notaire» et perd «le petit comptant» qu'il avait amassé, trouvant même des dettes alors qu'on lui avait «solennellement juré qu'on ne devait rien» (lettre à Bouhier du 26 août 1744).

Il nous apprend que sa maladie à Paris lui a coûté «plus de cent pistoles» (O., p. XXXVI).

Son poste de contrôleur des fermes au Croisic lui rapporte 400 £ qui lui sont «absolument nécessaires pour vivre» (lettres à Rolin des 30 août et 6 oct. 1749). Sa nomination de receveur lui permet de gagner le double environ.

Il n'a tiré aucun profit de son activité littéraire: «Je n'ai jamais fait trafic ni de prose ni de vers», écrit-il (O., p. LVI), satisfait des quelques exemplaires que lui ont donnés les libraires qui ont édité ses oeuvres à leurs risques.

5. Opinions

Respectueux de la religion (il rend hommage à ses «excellents maîtres» jésuites, O., p. VI), estimable «par l'honnêteté de ses moeurs» et son «esprit de société très agréable» (Nécrologe), familier des Anciens (il possède une solide culture classique) et connaissant plusieurs langues vivantes (espagnol, italien), ce poète aimable a été «en commerce de littérature et d'amitié» (O., p. XI) avec la plupart des écrivains, beaux-esprits et savants de son temps qui ne lui ont pas ménagé leur estime. En dehors de Titon Du Tillet, son «père» (O., p. XXIII), citons les jésuites Brumoy et Du Cerceau, les Bretons Bouguer, membre de l'Académie des Sciences (un ami d'enfance), et Fréron (avec qui il se lie au cours de son séjour à Paris en 1744, O., p. XLV, et qu'il reçoit à Nantes en 1766, O.N., p. LXXX), le président Bouhier (auquel il rend visite à Dijon lorsque, de Paris, il va à Montbrison) et le président de Robien (qui l'accueille chaque année dans son château près d'Auray pendant une partie des vacances parlementaires, O., p. CXXIII), le physicien Réaumur, les poètes J.B. Rousseau, Gresset et L. Racine, les dramaturges Destouches, La Grange-Chancel, et, parmi les plus grands, Fontenelle, Montesquieu et Voltaire: on sait que très tôt D. adresse à celui-ci une Epître en vers marotiques où il défend La Henriade (O., p. VII) – début d'une liaison marquée d'assurances d'amitié et d'offres de services répétées (voir lettres de Voltaire à D.), mais rompue à la suite de «la note aussi fausse que désobligeante» (O., p. V) que, dans son édition de 1748, Voltaire ajoute à son Epître parue dans le Mercure de septembre 1732. Néanmoins D. qui, pour sa justification, compose Préface et Mémoires Historiques (placés en tête de ses Œuvres en 1759), ne cessera de dire son admiration pour les talents de l'auteur de La Henriade –et ce par-delà les vers injurieux à l'encontre du «triste hermaphrodite de l'Hélicon» (à Mme la Marquise d'Antremont, 20 fév. 1768, D14767): sans doute, plus que la «comédie» dont il a été dupe, Voltaire reproche-t-il à D. ses relations d'amitié avec Titon Du Tillet et Fréron.

6. Activités journalistiques

Son activité littéraire est en grande partie liée à diverses productions périodiques du temps:

Mercure de France: dès décembre 1723 (1er vol. p. 1109-1114), il publie une Ode au Révérend Père D.C...J Pour le 1er jour de l'an qu'il signe «Desforges Maillard A.A.P.D.B.» (avocat au Parlement de Bretagne). Jusqu'en août 1729, il insère dans ce journal une douzaine de pièces en vers ou en prose –car n'oublions pas que son oeuvre comprend, en dehors de poèmes en tous genres, des dissertations historiques et critiques littéraires. C'est en octobre 1729 (p. 2377-2379) que paraît la première contribution au Mercure de «Mlle de Malcrais de la Vigne» (il s'agit de deux chansons). De cette date au mois de juillet 1735, on relève 67 pièces signées du pseudonyme féminin (voir table dans O.N., t. I, Appendice, p. 146-151). Si l'on rappelle qu'au cours de ces mêmes années une quarantaine de pièces sont adressées par le canal du Mercure à la «Dixième Muse», on mesure l'importance de la présence de D. au sein du périodique (présence la plus sensible en 1732 et 1733). Signalons en outre que deux pièces sont publiées, l'une en juin 1731, l'autre en février 1733, sous le nom même de Desforges-Maillard, ce qui montre que La Roque n'a pas respecté son propre serment. Après une interruption de plusieurs mois, D. reprend sa collaboration (il se trouve alors à Montbrison), mais adopte un autre pseudonyme: «Par une Nymphe de la mer métamorphosée en berger du pays d'Astrée»: la formule est inspirée d'une lettre reçue de Voltaire (D894a). En juillet 1736, il renonce à tout masque et poursuit sa collaboration jusqu'en 1755, avec toutefois un ralentissement a partir de 1750. Une dernière pièce de lui paraît dans la livraison de février 1758.

Journal de Verdun (D.P.1 214): ses premières contributions remontent à octobre 1727 et mai 1728. Mais c'est surtout de 1750 (alors qu'il tend à se détourner du Mercure) à 1759 (date de la dernière édition de ses oeuvres) qu'il publie dans le Journal de Verdun. Il y collabore de nouveau en août 1764. D'autres pièces paraissent en 1766 (mai, nov.), 1770 (nov.), 1772 (mai, oct.). Cinq mois après sa mort, le périodique tire des «juvenilia» de l'auteur l'ode Le Printemps (Journal de Verdun, mai 1773).

Nouveaux Amusements du cœur et de l'esprit (D.P.1 995): de 1737 à 1742, il publie un certain nombre de pièces dans l'ouvrage de Philippe de Prétot (t. II-XIV); il a fait la connaissance de cet écrivain au cours de son second séjour parisien (sept. 1737-juil. 1738).

Le Glaneur français (1735-1737; (D.P.1 587): parmi les quelques pièces insérées dans ce périodique, l'une (Le Glaneur, t. IV) fera l'objet d'une publication séparée (Généalogie. A Mademoiselle Sallé, Paris, Prault père, 1737).

L'Abeille du Parnasse, n° XXIX, 18 juillet 1750: «Les arbres. Idylle à M. de Pérard Chapelain du roi de Prusse» (reproduite des Poésies diverses de D. qui venaient de paraître); n° XXII, 27 may 1752: «Epître à Son Eminence Monseigneur le cardinal Querini [...] pour remercier Son Eminence de l'honneur qu'elle lui a fait de traduire en vers latin son idylle des Arbres».

Pour plus de détail sur ces diverses collaborations, voir O.N., t. I, Appendice, p. 123 et suiv.

7. Publications diverses

Cior 18, n° 23447-23467. D. explique lui-même pourquoi son premier recueil publié en 1735, alors que la supercherie est découverte, s'intitule Poésies de Mlle de Malcrais de la Vigne (O., p. XXVII). Il n'a été présent ni à la préparation de l'édition de 1750 ni à celle de l'édition de 1759 (O., p. LVI-LVII).

8. Bibliographie

F.L. 1769; Q.; B.Un.; N.B.G.; D.B.F.; – H.D.P., p. 587, 923-924, 995, 1230. – (O.) Œuvres en vers et en prose de M. Desforges-Maillard, Amsterdam, Jean Schreuder et Pierre Mortier le jeune, 1759, 2 vol. (en tête du t. I: Préface et Mémoires historiques de l'auteur, p. I-LVIII). – (O.N.) Œuvres Nouvelles de Des Forges Maillard, publiées avec notes, étude biographique et bibliographique par Arthur de La Borderie et René Kerviler, Nantes, Société des Bibliophiles bretons, t. I, 1882, t. II, 1888 (en tête du t. I: Introduction, p. I-CXLIV). – Poésies de Desforges-Maillard avec une Notice bio-bibliographique par Honoré Bonhomme, Paris, A. Quantin, 1880. – Nécrologe, 1774, t. V, p. 179-183. – Levot P.J., Biographie bretonne, Vannes et Paris, 1852, t. I, p. 526-530. – Nicol M., «Desforges-Maillard au pays de Vannes», Revue du Morbihan, 1903. – Faguet E., «Desforges-Maillard», Revue des Cours et Conférences, XIle année, 1re série, 1903-1904, p. 577-590.

COSTE D'ARNOBAT

Numéro

196

Prénom

Pierre

Naissance

1731

Décès

1810?

Pierre Nicolas (et non Charles Pierre) Coste d'Arnobat est né à Bayonne le 22 août 1731. Il est le fils de Jean Noël Coste, «bourgeois et marchand», et de Gracieuse Darius (a), apparentée à la noblesse (d). Il a un neveu, Pierre François Lambert Lamoureux de La Genetière, qui meurt général de division, gouverneur de la Guyane française, le 11 messidor an IV (e).

Atteint, depuis 1788 environ, de la goutte, qui lui rend difficile l'usage de ses jambes et le retient parfois dans son lit des semaines ou des mois entiers (d), il meurt «vers 1810» selon A.A. Barbier.

3. Carrière

Ayant sans doute achevé ses études et peut-être accompli un voyage dans la Navarre espagnole, il quitte Bayonne pour Paris où il mène une vie de divertissement, fréquentant avec assiduité les spectacles de la comédie et de l'opéra ; ce qui lui donne l'occasion de composer son premier écrit, qui est une critique de la Lettre sur la musique française de JJ. Rousseau : Doutes d'un pyrrhonien proposés amicalement à J.J. Rousseau, 1753.

Le 20 septembre 1756, il entre comme écuyer dans la Gendarmerie de la garde du Roi. Le 2 janvier 1767, il demande son congé pour passer, dit-il (e), comme lieutenant-colonel dans un régiment espagnol qui doit être levé pour le service de la France. Dans une notice et un Mémoire datés du 22 thermidor an V et adressés au ministre de la Guerre (ibid.), il prétend que, cette levée n'ayant pas eu lieu, il est rentré aux Gendarmes du Roi et y est resté jusqu'en 1775 (date de la première réforme de ce corps). Il affirme en outre avoir été^apitaine de dragons dans la légion de Nassau le 20 décembre 1778 jusqu'à la réforme de ce corps 18 mois après sa formation, et avoir été nommé, le 20 janvier 1785, lieutenant-colonel dans la légion du Rhingrave de Salm Kirbourg pour la première révolution de Hollande. Mais le nom de Coste d'Arnobat ne figure plus sur les contrôles de la Gendarmerie du Roi à partir du 7 janvier 1767 et rien dans les documents de la légion de Nassau et de celle du Rhingrave de Salm ne permet de confirmer les assertions de C. qui peuvent être d'autant plus suspectées qu'il les avance alors qu'il demande son admission aux Invalides et cherche à faire état du plus grand nombre d'années de service (40 ans), sans cependant apporter de preuves formelles (celles-ci auraient été, à l'en croire, perdues au cours des troubles de la Révolution). De toute façon, même quand il est gendarme du Roi, C. ne semble guère se préoccuper du service et continue à s'intéresser au théâtre puisqu'il publie en 1757 une Lettre sur le spectacle du chevalier Servandoni. Vers 1760-1761, ayant renoué avec des Bayonnais, amis d'enfance et d'éducation (dont le chevalier de Bruix), il se livre aux intrigues et aux affaires - sans oublier les plaisirs (il a comme maîtresses la Gauthier et la Desandre chez qui il se rend souvent «rue Neuve du Château Bourbon près l'abbaye Saint-Germain») (b). Avec ses compatriotes, en effet, il se lance dans une entreprise de chimie ou d'alchimie, dirigée par un certain M. de Langlade. En juin 1764, il loue en son nom une maison à Lay (ou L'Hay) près le Bourg-la-Reine dont il renouvelle pour trois ans le bail en juin 1765 et où il s'installe avec le chevalier de Bruix, le frère de celui-ci, M. de Langlade. Mais lui et ses amis, pour subvenir à leurs besoins –qui sont grands– et mener à bien une entreprise dont ils déclarent attendre beaucoup, se couvrent de dettes et notamment auprès d'un marchand épicier, A. Sauvel, établi rue Neuve des Petits Champs, qui finit par porter plainte en avril 1766. L'affaire, d'abord objet d'une tentative d'arbitrage confiée par M. de Sartine au fils de l'avocat général Joly de Fleury, tend à apparaître comme une véritable affaire d'escroquerie et contraint C, bien que les ordres d'arrestation et d'emprisonnement donnés par le Roi le Ier septembre 1766 ne semblent pas le viser personnellement, à s'enfuir à l'étranger avec les frères Bruix. Il se réfugie à Bruxelles et il est possible qu'il ait alors visité la Hollande. Il a dû rentrer en France au plus tard en avril 1770, date à laquelle les frères Bruix ont pu regagner le royaume.

Après avoir publié, en 1769, des Observations sur la poétique française et, en 1775, la traduction de deux Nouvelles exemplaires de Cervantes (sous la responsabilité de Lefebvre de Villebrune), C. délaisse la littérature pendant une douzaine d'années et se consacre à diverses affaires d'ordre commercial et économique (c). En 1776, il importe le premier en France la rhubarbe de la Tartarie chinoise. Il fait venir un Alsacien nommé d'Ambach qui a pratiqué des essais de cette culture dans le Palatinat et sous le nom duquel il obtient, le 6 janvier 1777, le privilège exclusif pour trente années de transplanter, cultiver, préparer dans toute l'étendue de la France la rhubarbe de la Tartarie chinoise dite Palmata (Rheum Palmatum de Linné). Le gouvernement lui promet des terrains des domaines du Roi pour y monter son établissement en grand et le dédommager des dépenses faites et à faire. Quoique d'Ambach se révèle un gérant peu fidèle et finisse par prendre la fuite par crainte des suites du procès que lui a intenté C, la plantation réussit et, en 1792, se trouve à Lay «en pleine activité». En mars 1792, C. demande au ministre de l'Intérieur la conversion du privilège en brevet d'invention, ne manquant pas d'insister sur les avantages de son entreprise pour l'agriculture, la médecine, l'art vétérinaire, le commerce, et de rappeler qu'il sollicite en vain depuis 14 ans la concession promise de terrains. Le 31 mars, il apprend que la faculté de prendre un brevet lui est accordée. Comme, d'autre part, le terrain de Lay vient d'être vendu et doit être abandonné en avril, C. demande également que lui soient accordés pour un an 4 ou 5 arpents de terre afin de semer et de ne pas perdre une récolte. Mais, le 23 avril, il se heurte à un refus. Cependant il n'a pas dû renoncer puisqu'en juin 1794, la culture est établie sur «un vaste terrain».

Par ailleurs, C. est en relation avec Frédéric III de Salm Kirbourg (qui a, du reste, un intérêt dans la plantation de rhubarbe) à propos de l'affaire du canal de Provins. Aux alentours de 1784-1785, il se rend à Londres, jouant le rôle d'intervenant dans le procès qui oppose le prince à un banquier londonien.

A la suite du décret de la Convention qui éloigne les nobles de Paris, C, qui habite depuis 10 ans rue et enclos du Temple n° 21 et a publié diverses brochures en faveur de la Révolution, se retire à Saint-Mandé (d). Des bruits malveillants courent, en effet, au sein de sa Section du Temple, selon lesquels il est noble. De Saint-Mandé, il adresse un Mémoire au Comité de Salut public et deux lettres à Barère, sollicitant la liberté de rentrer. Il obtient l'autorisation le 27 floréal an II, revient à Paris, se présente devant le Comité révolutionnaire de sa Section pour y faire viser sa réquisition. Mais voici qu'un ordre du Comité de Salut public, en date du 14 prairial an II, la rapporte. Mis aussitôt (le 15 prairial) en état d'arrestation, transporté au corps de garde, accusé d'être noble et suspect (en particulier à cause de ses relations avec le prince de Salm), C. est écroué, le 19 prairial, dans la maison d'arrêt «aux Bénédictins Anglais près l'Observatoire». Il comparaît devant le Comité de Surveillance de la Section du Temple le 23 thermidor et, le 25, est libéré grâce à un «certificat de patriotisme» qu'a délivré le Conventionnel Louis Stanislas Fréron.

En l'an V, il est domicilié au «ci-devant couvent des filles du Saint-Sacrement faubourg Germain rue Cassette» (e). Il demande, le 22 thermidor, son admission aux Invalides (sa demande, renouvelée le 13 vendémiaire et le 12 brumaire, est appuyée par deux attestations en sa faveur, l'une d'un membre du Conseil des Cinq-Cents, l'autre d'un membre du Conseil des Anciens). Bien qu'il n'ait pas participé aux « guerres de la liberté » et qu'il n'ait aucune pièce justificative, il est admis comme chef de bataillon le 12 brumaire an VI. Il jouit de la pension attachée à son grade hors de l'Hôtel, mais, comme un règlement exige ensuite que les pensionnés rentrent obligatoirement à l'Hôtel, il donne sa démission et est rayé des registres le 18 juillet 1807. Il est alors installé au petit hôtel de Genève, rue du Petit Lion Saint Sulpice n° 6. Dix mois plus tard, il sollicite sa réintégration et prétend qu'il a démissionné parce qu'«impotent et paralytique» et, que démuni de tout, il a été dans l'impossibilité de se rendre à l'Hôtel. Il est réadmis le 1er avril 1808 grâce à la recommandation et la protection de la reine de Naples qui l'a pris en pitié. Mais, comme il n'a pas d'argent pour régler ses dettes et ses frais de transport, il n'a peut-être pas pu bénéficier de cette réintégration.

4. Situation de fortune

C. a connu des difficultés d'argent qui ont été croissantes. En 1766, il est présenté comme «sans bien apparent», couvert de dettes (il a d'ailleurs été emprisonné au Petit Châtelet, mais en est sorti presque aussitôt: (b)) et il semble bien qu'il n'ait pas hésité, pour trouver de l'argent, à recourir à des moyens plus ou moins reprehensibles, comme le montre l'affaire Sauvel. Lui et les frères Bruix, même s'ils ont reconnu leurs dettes par des billets à ordre, ont manifestement abusé de la naïveté et de la confiance du marchand épicier - qui a été jusqu'à se porter caution des meubles de la maison de Lay. Ont-ils vraiment voulu, comme ils le prétendent lorsque sont engagées les poursuites judiciaires, l'intéresser à leur affaire de chimie et lui faire partager les risques et les bénéfices ? Sauvel, dans sa défense, dénonce cette prétendue association. Quoi qu'il en soit, en 1766, la dette globale s'élève à plus de 30 000 £ dont 2144 ont été personnellement prêtées à C. qui soutenait, sur présentation de lettres fausses, devoir subvenir aux frais d'un riche mariage.

La plantation de rhubarbe a été, d'autre part, la source d'incessants ennuis financiers par suite de l'inexécution des promesses de l'Ancien Régime. C, qui a donné à d'Ambach «un pot de vin énorme» et lui a versé 1000 écus d'appointement par an, déclare, en mars 1792, qu'il a, en quinze ans de travaux et de recherches, dépensé 40 000 écus et contracté d'inévitables dettes (c). Lorsqu'il obtient le brevet d'invention, il ne peut acquitter la moitié de la taxe exigée, c'est-à-dire 812 £. Cependant la Convention Nationale, après avis du Bureau de consultation des arts, reconnaît le montant des sommes engagées, autorise Coste à demander des indemnités et des secours et lui accorde, à titre de provision ou récompense nationale, 9000 £.

Au cours de l'interrogatoire consécutif à son arrestation, il ne cache pas qu'il a encore des dettes. Et comme on lui reproche de vivre d'intrigue, il énumère ses moyens d'existence, faisant état notamment du «produit d'une brûlerie assez considérable à laquelle il est intéressé » et du « produit de ses travaux littéraires» (d), car, depuis 1788-1789, il a repris la plume et, pressé par le besoin, écrit et publie beaucoup.

Après un refus définitif du ministre de l'Intérieur P. Benezech en réponse à une nouvelle réclamation en vue du dédommagement des frais occasionnés par la plantation de rhubarbe, C, qui vient de perdre son neveu le général de La Genetière (son seul soutien), n'a d'autre ressource que les Invalides (e). Quand il obtient sa réintégration, il demande une «modique gratification» en compensation des secours dont la perte des Invalides l'a privé pendant 10 mois. Cette gratification lui est indispensable pour payer son hôtesse et se mettre en état de «se rendre à l'Hôtel pour jamais». Car il est «sans habit, sans linge, sans chauffage, sans ressource pour se procurer sa nourriture ». Mais le ministre de la Guerre rejette sa demande le 29 avril 1808 et C. a dû mourir dans le plus extrême dénuement.

5. Opinions

Originaire de Bayonne, C, qui a sans doute été très tôt en contact avec l'Espagne, manifeste une attention particulière a ce pays, à sa langue (qu'il connaît, même s'il ne semble pas la posséder parfaitement) et sa littérature.

Dès sa première publication en 1753, il paraît lié à Fréron, qui, dans L'Année littéraire (t. I, 1754, p. 264), loue hautement ce «jeune homme de Bayonne» plein de «feu». Il le restera, et nous avons vu qu'il est libéré le 25 thermidor an II sur l'intervention du fils de Fréron. Il est aussi en relation avec Palissot de Montenoy qui, dans ses Mémoires, prétend avoir joué le rôle de conseiller littéraire à propos de la «Réfutation» des «paradoxes littéraires» que Marmontel a « semés avec profusion » dans sa Poétique et à propos de l'Essai sur de prétendues découvertes nouvelles (1803). Ces liaisons d'amitié permettent de situer C. du côté des anti-philosophes. Par ailleurs, C. s'est plu à prendre part aux disputes littéraires et artistiques de son temps, et son œuvre révèle une tendance polémique et satirique : querelles relatives au spectacle (musique française et italienne, rivalités entre actrices), à la poésie.

Dès 1788, il écrit la première de ses trois Lettres adressées aux grands (les deux autres datent du début de 1789), violent pamphlet contre les ordres privilégiés, et ses travaux littéraires ultérieurs le montrent zélé partisan de la Révolution et du gouvernement républicain, travaillant à propager les «bons principes», faisant «valoir avec force, mais sans excès, les droits du Tiers Etat» (Palissot).

6. Activités journalistiques

Peut-être dès décembre 1755, à coup sûr à partir de mars 1756 et au moins jusqu'à mai 1757, C. collabore au Journal étranger (avril 1754-sept. 1762, 45 vol., Paris, in-8°), dirigé, depuis septembre 1755, par Fréron. Il fournit des articles relatifs à la littérature espagnole: présentation, résumés ou extraits d'essais de Feijoo, traductions, ou plutôt libres adaptations de nouvelles (de Juan Perez de Montalban, Maria de Zayas y Sotomayor, etc.), analyses critiques de comédies.

Il reprend une activité journalistique sous la Révolution. C'est lui qui, à ce qu'il prétend (d), a conçu l'idée du Thermomètre de l'opinion publique ou Journal des sections de Paris (par une société de gens de lettres, mars-juillet 1791, n° 1-8, Paris, chez L.P. Couret, in-8°, directeur: Monsieur de Sainte-Agnès), et qui l'a rédigé seul. Selon le Prospectus, il s'agit de rendre compte de ce qui se passe dans les 48 Sections de Paris (motions, arrêtés, discours) afin de «faire voir» l'opinion publique telle qu'elle est. C. nous apprend (d) que l'extrait des séances, paraphé par le Président et le secrétaire de chaque Section, était envoyé au Bureau du journal. Mais, comme la correspondance devenait trop volumineuse, il ne put assumer seul une tâche si lourde et dut abandonner malgré lui et en dépit du projet d'étendre le Journal à «tous les départements, directoires et districts du royaume» (n° 4).

7. Publications diverses

Voir Cior 18, n° 21276-21290. Ajouter: Mémoires de Marie-Françoise Dumesnil, éd. revue et augmentée, Paris, 1823 et 1829 (B.L. et Catalogue de la Bibliothèque du Congrès). – Diverses brochures parues anonymement, dictées par les circonstances et animées d'un esprit patriotique : Les Trois Bossus (de concert avec L.S. Fréron), Les Crimes des Princes lorrains, Observations sur la séance de Necker à l'Hôtel de ville, Avis aux Patriotes, aux volontaires sur la scélératesse des Autrichiens à la guerre, etc. (d). – Des mémoires utiles: sur le feu grégeois (envoyé à Louis XV, puis aux Assemblées révolutionnaires), sur l'Espagne et le Bilan de la Maison d'Autriche (envoyés également aux Assemblées par l'entremise de Fouché) (d). – Selon Palissot (Mémoires), Coste aurait traduit de l'anglais le Voyage du Commodore Byron autour du monde (cf. Premier Voyage de M. Byron à la mer du sud [...] avec un extrait du second Voyage autour du monde, ouvrage traduit de l'anglais par le Cen Cantwel, Paris, an VIII).

8. Bibliographie

F.L. 1769 : Ersch, t.1 et Second Supplément ; B.Un. ; D.B.F. ; D.L.F. Biographie des hommes vivants, 1817. – (a) A.M. Bayonne, reg. par., GG. 75. – (b) Archives de la Bastille, 12272 f° 153-263. – (c) Archives du Ministère de l'Intérieur, F1 7(A) 1136, dossier n° 31 (A.N.). – (d) Police générale F7 4654 (A.N.). – (e) Service historique de l'Armée, dossier Coste d'Arnobat (Château de Vincennes). – Barbier A., Examen critique et complément des dictionnaires historiques, Paris, 1820, p. 221-222. – Palissot de Montenoy C, Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature depuis François Ier jusqu'à nos jours, Paris, 1803,1.1, p. 216-219. – Pagard R., «Une curieuse figure d'hispanisant français: Coste d'Arnobat», R.L.C., t. XXXII, 1958, p. 556-565. – GranderouteR., «Quand Coste d'Arnobat répond à Jean Jacques Rousseau», Cahiers de l'Université de Pau, n° 16, p. 57-70.

CLOSANGES

Numéro

182

Prénom

Louis de

Naissance

1747

Décès

1785

Louis Guillaume de Closange(s), ou Clozange(s), est né le 11 février 1747 à Bordeaux sur la paroisse Saint-Christoly (c). Il est le fils de Catherine Rosalie Vincent (ou Vincens) et de Jacques Joseph Augustin Closanges (b; c), avocat et conseiller procureur du Roi au siège de grand-maître des Eaux et Forêts du département de Guienne établi dans le Palais du Parlement de Bordeaux du 24 juillet 1727 au 14 septembre 1747 (a).

2. Formation

D'abord négociant, il se lance, à la suite de mauvaises affaires, dans les lettres. Journaliste, il est aussi auteur dramatique: il fait notamment jouer sur la scène du théâtre de Bordeaux, le 17 mars 1784, un opéra intitulé Diane jalouse (V.T.B.). Il participe avec l'abbé Dupont des Jumeaux à la fondation de la société du Musée de Bordeaux dont il est, en 1784, le secrétaire. Il habite alors «derrière le jardin public» (f).

4. Situation de fortune

Négociant ruiné (e), il trouve (comme Gaufreteau de Lagorce) dans la création du Journal de Guienne « un moyen honnête d'arranger [ses] affaires domestiques» (f). C'est aux frais de Dupont des Jumeaux qu'avant le lancement du Journal et pour préparer ce lancement il se rend à Paris ; il ne remboursera pas d'ailleurs la somme avancée (ibid.). A sa mort, il laisse un certain nombre de créanciers au nombre desquels on relève, outre des fournisseurs et Jean Baptiste Dudon, procureur général, les noms de Jacques et Antoine Labottière anciens propriétaires des Affiches de Bordeaux. Sa mère et sa soeur Marie Anne Radegonde, ses héritières, renoncent à la succession par acte passé devant maître Collignon le 13 mai 1785, et les créanciers font cession à François Grandjean des droits qu'ils ont au privilège du Journal de Guienne accordé par «Perrot et Benezech, directeurs des Affiches de France» à Closanges (et Gaufreteau), à charge pour ledit Grandjean de leur remettre les deux tiers du produit net de ce qui lui reviendra des émoluments du Journal (b)

5. Opinions

«Bossu assez spirituel» et «bardé de jargon» (L.D.), il a, selon Bernadau (e), «Un grand fonds d'impudence». Cependant, Dupont des Jumeaux déclare lui avoir connu de la «délicatesse» (f)

6. Activités journalistiques

Il est l'un des deux jeunes gens dont parlent les M.S. et qui réussirent à transformer les Affiches de Bordeaux «très sèches» en un journal calqué sur celui de Paris et «point mal fait»: le Journal de Guienne, Dédié à M. le Mal. Duc de Mouchy, Bordeaux, J.B. Séjourné, puis P.G. Calamy, puis Simon de La Court, 1er septembre 1784 - 16 septembre 1790, in-4°, quotidien (permis d'imprimer et distribuer en date du 3 août 1784. Prix: 24 £ pour Bordeaux et 28 pour la province et tout le Royaume).

C'est l'abbé Dupont des Jumeaux – si du moins on l'en croit – qui aurait eu le premier l'idée du Journal de Guienne (créé aux dépens des Labottière) et l'aurait communiquée à Closanges et Gaufreteau, lesquels auraient tôt fait de le priver de la part légitime qu'il avait dans le privilège sous le prétexte que ses liens avec l'Intendant (il était précepteur du fils de Dupré de Saint-Maur) pouvaient nuire au succès de la feuille (f). Quoi qu'il en soit, Closanges dirige avec Gaufreteau le Journal dès sa fondation et en est un des principaux rédacteurs jusqu'à sa mort.

7. Publications diverses

Diane jalouse ou le triomphe de l'amour, Bordeaux, Labottière, 1784, in-8°, opéra à grand spectacle en 3 actes, musique de Duquenoy, précédé de: Du goût des spectacles à Bordeaux.– Le Stratagème amoureux, Bordeaux, Labottière, 1784, in-8°, comédie en 3 actes (d ; e ; g ; h ; St.G ; V.T.B.).

8. Bibliographie

D.P.1 647.– A.D. Gironde: (a) 1 B 43, f° 79; 1 B 47, f° 123 v.; C 3865, f° 23; (b) 3 E 24284 et 24285.– A.M. Bordeaux: (c) GG 98 (paroisse de Bordeaux); (d) ms. 155 (fonds Aurélien Vivie). – B.M. Bordeaux: (e) ms. 713, t. III, f° 489; t. IV, f° 170; t. VI, f° 212; t. XLI, f° 203-205, 210-211; (f) ms. 829, t. I-IV, t. XIII, passim; (g) ms. 1696 (XIX), f° 14; fonds Delpit, carton 22.– M.S., t. XXVII, 2 décembre 1784. – (L.D.) La Dindonière, ou Lettre au rédacteur du Journal encyclopédique de Bouillon sur un article inséré dans son Journal Année 1783 t. VI Partie II p. 338 concernant le musée de Bordeaux, s.l.s.n., 1783 (par F.J.Th. Saint-Georges).– (S.G.) Féret Ed., Statistique générale de la Gironde, t. III, Biographie, Bordeaux, Féret, 1889, p. 147.– Labadie E., La Presse bordelaise pendant la Révolution. Bibliographie historique, Bordeaux, Cadoret, 1910, p. 25-37.– (L.B.) Livre des bourgeois de Bordeaux, XVIIeet XVIIIe Siècles, Bordeaux, Gounouilhou et Féret, 1898, p. 51. – (A.B.) Meiler P., Armoriai du Bordelais, Sénéchaussées de Bordeaux, Bazas et Libourne, Marseille, Laffitte, 1978,1.1, art. «Closanges». – (V.T.B.) La Vie théâtrale à Bordeaux des origines à nos jours, Paris, C.N.R.S., 1985,1.1, p. 304.

CHEMIN

Numéro

173

Prénom

Michel du

Naissance

?

Décès

?

3. Carrière

Il est, depuis 1734, avocat au parlement de Paris. Il habite «rue Quinquempoix».

6. Activités journalistiques

Il est l'auteur des tomes VI et VII du Journal des principales audiences du Parlement avec les Arrêts qui y ont été rendus et plusieurs questions et Reglemens placez selon l'ordre des tems parus respectivement en 1751 et 1754 (privilège du 19 mars 1750). C'est la continuation de l'entreprise lancée par Jean du Fresne en 1646 (t. I) et continuée par François Jamet de La Guessière (t. II-IV) et Nicolas Nupied (t. IV de la nouvelle édition, t. V). Le tome VI recouvre les années 1711-1717, le tome VII les années 1718-1722 (D.P.1 707). Ce dernier tome comprend un Supplément où sont rapportées des décisions précédemment omises de 1623 à 1722. Destinée à faire connaître «la véritable jurisprudence et les dernières maximes du Palais», la collection, dont les volumes ont paru à intervalles irréguliers et dont Du Chemin souligne encore dans l'Avertissement du t. VI l'utilité publique en raison du nombre, de l'importance et de la variété des questions abordées, a joui d'une grande autorité.

7. Publications diverses

Il a écrit un Traité des donations.

8. Bibliographie

F.L 1769, t. I, p. 216 et t. II, p. 327. – A.R., année 1754, Paris, Le Breton, 1754.