226

Paul DESFORGES-MAILLARD (1699-1772)

État civil

Né au Croisic le 24 avril 1699, il est fils de Paul Maillard, sieur des Forges, ou Des Forges Maillard, bourgeois et maire du Croisic, et de Marie Audet. Il a huit frères (qui firent carrière dans la navigation et le commerce maritime) et quatre soeurs. Le 5 décembre 1743, il épouse Marie Anne Le François, veuve de Guillaume François de Boutouillic, seigneur de la Porte, «vivant conseiller au Présidial de Vannes», et qui, âgée de 40 ans, est mère de trois enfants. Il a de son mariage deux fils (Paul Philippe et Guillaume Marie Evrard) et deux filles (Marie Renée et Thérèse).

Il meurt à l'âge de 73 ans le 10 décembre 1772, d'hydropisie selon une lettre de Roi (ou Roy), chanoine de Nantes, parue dans le Journal de Verdun de février 1773.

Formation

Etudes au collège des Jésuites de Vannes. Parce qu'il songe à entrer dans la Compagnie, son père, afin de l'en détourner, l'envoie faire sa philosophie à Nantes chez les Pères de l'Oratoire. Il fréquente les écoles de droit de cette ville et est reçu à Rennes avocat au Parlement.

Il a été membre de diverses sociétés: Académies Royales de Sciences et Belles-Lettres de La Rochelle (il est élu membre le 27 avril 1746), d'Angers (depuis le 20 novembre 1748), de Caen, Sociétés littéraires d'Orléans, de Châlons-sur-Marne, Société Royale de Nancy, Académies des Ricovrati de Padoue et des Rinovati d'Asolo.

Carrière

Né avec une vive «passion pour le commerce des Muses» (O., p. VI) et plein d'aversion «pour tout ce qui s'appelle chicane ou procès» (ibid.), il renonce à sa profession et s'adonne à la littérature et à la poésie. De 1723 à 1729, il compose un certain nombre de pièces dont quelques-unes sont publiées dans des recueils périodiques (le Mercure notamment) ou couronnées par l'Académie des Jeux Floraux. Il entre en relation avec Voltaire et n'est déjà plus tout à fait un inconnu. En 1729, il concourt pour le prix de poésie de l'Académie française sur les progrès de l'art de la navigation sous le règne de Louis XIV. Candidat malchanceux, il décide d'en appeler au public et, par l'intermédiaire d'un parent, l'abbé de Morinay, fait remettre à La Roque, directeur du Mercure, son poème assorti d'un préambule (O., p. XIII) où il critique la pièce couronnée. Désireux de ne pas se brouiller avec l'Académie, La Roque refuse l'insertion et, devant l'insistance de l'abbé de Morinay, jure qu'il ne publiera plus rien de D. On connaît le stratagème auquel recourt celui-ci pour «forcer le procédé» (O., p. XIV) de La Roque : il «se féminise» et adresse ses envois au Mercure sous le nom de Mlle (Antoinette) Malcrais de La Vigne (Malcrais est le nom d'un vignoble dépendant de sa «petite case champêtre de Brédérac», ibid.). C'est une de ses parentes, Madame de Mondoret, qui lui sert de «secrétaire» (ibid.). La première pièce signée du pseudonyme paraît dans le Mercure d'octobre 1729 et va être suivie de beaucoup d'autres. La Roque, en effet, s'enthousiasme pour la «Déshoulières» du siècle (voir sa lettre à D. du 6 mai 1731), cependant que les poètes du temps –et non des moindres– multiplient, par la voie du périodique, les compliments et hommages galants à l'adresse de la «dixième Muse». Superbe revanche de D. qui prolonge la supercherie pendant plusieurs années. En juillet 1733, il reçoit une lettre de Titon Du Tillet «pleine de témoignages d'estime et d'offres de service» (O., p. XXII). Une seconde lettre marquée de la même amabilité (exempte de toute galanterie) l'incite à révéler son secret à son correspondant. L'auteur du Parnasse francoisl'invite alors à Paris. D. y arrive fin octobre 1733 et y demeure une quinzaine de mois. Peu à peu, le public apprend l'identité réelle de Mlle Malcrais de La Vigne (Voltaire est tiré d'erreur l'un des premiers), mais la «démystification» ne semble pas porter tort à la renommée du poète.

Cependant celui-ci profite de son séjour parisien pour chercher à obtenir un emploi. Grâce à Titon Du Tillet, il est nommé contrôleur du dixième (impôt nouveau et provisoire établi à la suite de l'ouverture des hostilités entre la France et l'Empire) à Montbrison (province de Forez). Il quitte Paris vers la mi-janvier 1735 et rejoint son poste début février, appelé à remplir «une occupation utile à la vérité» quoique «peu compatible avec le badinage des Muses» (O., p. XXXI). Le retour de la paix entraîne, en août 1736, avec la suppression du dixième, son congé. Il revient au Croisic (voir sa relation de Voyage adressée à M. le comte de Rivarol) où il retrouve la solitude, l'étude et... l'ennui. Invité de nouveau à Paris par Titon Du Tillet, il se rend dans la capitale en septembre 1737, toujours en quête d'une position lucrative. Descendu d'abord chez Titon «rue de la Cerisaye près l'Arsenal», il s'installe, lorsque son hôte est obligé de s'éloigner de Paris pour affaires, à l'hôtel de Brie. Mais il tombe malade (il est atteint de pleurésie) et son médecin d'origine bretonne –M. Hunaud «médecin et commensal du duc de Richelieu» (O. p. XLI)- lui conseille d'aller passer sa convalescence dans son pays natal. Le voici en août 1738 de retour en Bretagne où il va demeurer plusieurs années, livré à l'étude, entretenant de nombreuses relations épistolaires, et passant l'hiver au Croisic, l'été dans sa maison de Brédérac.

En 1741, la guerre entre la France et l'Autriche conduit au rétablissement du dixième: D. est nommé en octobre contrôleur de cet impôt dans le Poitou. Il arrive à Poitiers le 10 novembre et, le 26 décembre, «commence ses courses» (O.N., p. CIII) à travers les deux élections de Fontenay-Le-Comte et des Sables d'Olonne (voir ses lettres à l'abbé Philippe du 16 déc.1741 et à René Chevaye du 19 déc. 1742). Mais «victime de la plus noire trahison» (O., p. XLIV) de la part d'un dénommé Pérot «qui paraissait [l'] aimer comme lui-même» (ibid.), il est révoqué en février 1743 (voir sa lettre au président Bouhier du 1er janv. 1744) et regagne Le Croisic. Au cours de l'automne 1744, il accompagne à Paris le marquis de Robien, Président à mortier du Parlement de Bretagne, et loge à l'hôtel d'Entragues (O.N., p. CVII). Il reprend ses démarches et ses sollicitations, mais sans succès en dépit des assurances de service qui lui sont faites (notamment par Voltaire). En janvier 1745, il retourne au Croisic (voir sa relation de voyage adressée à M. le Marquis de Robien), ayant définitivement renoncé à l'espoir de s'établir dans «la patrie des Muses et des Arts» (O., p. XLV). Contrôleur des Fermes au Croisic, il obtient en novembre 1750, par le crédit de Titon Du Tillet, le poste de receveur qu'il occupe jusqu'à sa mort.

Situation de fortune

«Peu fortuné» (O., p. LVI), il n'a cessé, en vain, d'aspirer à un emploi dans l'administration des finances qui pût lui permettre de vivre commodément à Paris.

En 1733, il avoue à Titon Du Tillet qui le presse de venir à Paris que ses «facultés sont trop bornées» pour une telle dépense. Titon lui offre alors généreusement sa maison (O., p. XXIII), inaugurant un rôle de bienfaiteur providentiel qu'il continua fidèlement à remplir. En 1738, un emploi de finances de 3000 £ lui échappe (voir lettre à R. Chevaye du 20 nov. 1738).

Lors de son mariage en 1743, il est victime «d'un contrat subtilement instrumenté par un coquin de notaire» et perd «le petit comptant» qu'il avait amassé, trouvant même des dettes alors qu'on lui avait «solennellement juré qu'on ne devait rien» (lettre à Bouhier du 26 août 1744).

Il nous apprend que sa maladie à Paris lui a coûté «plus de cent pistoles» (O., p. XXXVI).

Son poste de contrôleur des fermes au Croisic lui rapporte 400 £ qui lui sont «absolument nécessaires pour vivre» (lettres à Rolin des 30 août et 6 oct. 1749). Sa nomination de receveur lui permet de gagner le double environ.

Il n'a tiré aucun profit de son activité littéraire: «Je n'ai jamais fait trafic ni de prose ni de vers», écrit-il (O., p. LVI), satisfait des quelques exemplaires que lui ont donnés les libraires qui ont édité ses oeuvres à leurs risques.

Opinions

Respectueux de la religion (il rend hommage à ses «excellents maîtres» jésuites, O., p. VI), estimable «par l'honnêteté de ses moeurs» et son «esprit de société très agréable» (Nécrologe), familier des Anciens (il possède une solide culture classique) et connaissant plusieurs langues vivantes (espagnol, italien), ce poète aimable a été «en commerce de littérature et d'amitié» (O., p. XI) avec la plupart des écrivains, beaux-esprits et savants de son temps qui ne lui ont pas ménagé leur estime. En dehors de Titon Du Tillet, son «père» (O., p. XXIII), citons les jésuites Brumoy et Du Cerceau, les Bretons Bouguer, membre de l'Académie des Sciences (un ami d'enfance), et Fréron (avec qui il se lie au cours de son séjour à Paris en 1744, O., p. XLV, et qu'il reçoit à Nantes en 1766, O.N., p. LXXX), le président Bouhier (auquel il rend visite à Dijon lorsque, de Paris, il va à Montbrison) et le président de Robien (qui l'accueille chaque année dans son château près d'Auray pendant une partie des vacances parlementaires, O., p. CXXIII), le physicien Réaumur, les poètes J.B. Rousseau, Gresset et L. Racine, les dramaturges Destouches, La Grange-Chancel, et, parmi les plus grands, Fontenelle, Montesquieu et Voltaire: on sait que très tôt D. adresse à celui-ci une Epître en vers marotiques où il défend La Henriade (O., p. VII) – début d'une liaison marquée d'assurances d'amitié et d'offres de services répétées (voir lettres de Voltaire à D.), mais rompue à la suite de «la note aussi fausse que désobligeante» (O., p. V) que, dans son édition de 1748, Voltaire ajoute à son Epître parue dans le Mercure de septembre 1732. Néanmoins D. qui, pour sa justification, compose Préface et Mémoires Historiques (placés en tête de ses Œuvres en 1759), ne cessera de dire son admiration pour les talents de l'auteur de La Henriade –et ce par-delà les vers injurieux à l'encontre du «triste hermaphrodite de l'Hélicon» (à Mme la Marquise d'Antremont, 20 fév. 1768, D14767): sans doute, plus que la «comédie» dont il a été dupe, Voltaire reproche-t-il à D. ses relations d'amitié avec Titon Du Tillet et Fréron.

Activités journalistiques

Son activité littéraire est en grande partie liée à diverses productions périodiques du temps:

Mercure de France: dès décembre 1723 (1er vol. p. 1109-1114), il publie une Ode au Révérend Père D.C...J Pour le 1er jour de l'an qu'il signe «Desforges Maillard A.A.P.D.B.» (avocat au Parlement de Bretagne). Jusqu'en août 1729, il insère dans ce journal une douzaine de pièces en vers ou en prose –car n'oublions pas que son oeuvre comprend, en dehors de poèmes en tous genres, des dissertations historiques et critiques littéraires. C'est en octobre 1729 (p. 2377-2379) que paraît la première contribution au Mercure de «Mlle de Malcrais de la Vigne» (il s'agit de deux chansons). De cette date au mois de juillet 1735, on relève 67 pièces signées du pseudonyme féminin (voir table dans O.N., t. I, Appendice, p. 146-151). Si l'on rappelle qu'au cours de ces mêmes années une quarantaine de pièces sont adressées par le canal du Mercure à la «Dixième Muse», on mesure l'importance de la présence de D. au sein du périodique (présence la plus sensible en 1732 et 1733). Signalons en outre que deux pièces sont publiées, l'une en juin 1731, l'autre en février 1733, sous le nom même de Desforges-Maillard, ce qui montre que La Roque n'a pas respecté son propre serment. Après une interruption de plusieurs mois, D. reprend sa collaboration (il se trouve alors à Montbrison), mais adopte un autre pseudonyme: «Par une Nymphe de la mer métamorphosée en berger du pays d'Astrée»: la formule est inspirée d'une lettre reçue de Voltaire (D894a). En juillet 1736, il renonce à tout masque et poursuit sa collaboration jusqu'en 1755, avec toutefois un ralentissement a partir de 1750. Une dernière pièce de lui paraît dans la livraison de février 1758.

Journal de Verdun (D.P.1 214): ses premières contributions remontent à octobre 1727 et mai 1728. Mais c'est surtout de 1750 (alors qu'il tend à se détourner du Mercure) à 1759 (date de la dernière édition de ses oeuvres) qu'il publie dans le Journal de Verdun. Il y collabore de nouveau en août 1764. D'autres pièces paraissent en 1766 (mai, nov.), 1770 (nov.), 1772 (mai, oct.). Cinq mois après sa mort, le périodique tire des «juvenilia» de l'auteur l'ode Le Printemps (Journal de Verdun, mai 1773).

Nouveaux Amusements du cœur et de l'esprit (D.P.1 995): de 1737 à 1742, il publie un certain nombre de pièces dans l'ouvrage de Philippe de Prétot (t. II-XIV); il a fait la connaissance de cet écrivain au cours de son second séjour parisien (sept. 1737-juil. 1738).

Le Glaneur français (1735-1737; (D.P.1 587): parmi les quelques pièces insérées dans ce périodique, l'une (Le Glaneur, t. IV) fera l'objet d'une publication séparée (Généalogie. A Mademoiselle Sallé, Paris, Prault père, 1737).

L'Abeille du Parnasse, n° XXIX, 18 juillet 1750: «Les arbres. Idylle à M. de Pérard Chapelain du roi de Prusse» (reproduite des Poésies diverses de D. qui venaient de paraître); n° XXII, 27 may 1752: «Epître à Son Eminence Monseigneur le cardinal Querini [...] pour remercier Son Eminence de l'honneur qu'elle lui a fait de traduire en vers latin son idylle des Arbres».

Pour plus de détail sur ces diverses collaborations, voir O.N., t. I, Appendice, p. 123 et suiv.

Publications diverses

Cior 18, n° 23447-23467. D. explique lui-même pourquoi son premier recueil publié en 1735, alors que la supercherie est découverte, s'intitule Poésies de Mlle de Malcrais de la Vigne (O., p. XXVII). Il n'a été présent ni à la préparation de l'édition de 1750 ni à celle de l'édition de 1759 (O., p. LVI-LVII).

Bibliographie

F.L. 1769; Q.; B.Un.; N.B.G.; D.B.F.; – H.D.P., p. 587, 923-924, 995, 1230. – (O.) Œuvres en vers et en prose de M. Desforges-Maillard, Amsterdam, Jean Schreuder et Pierre Mortier le jeune, 1759, 2 vol. (en tête du t. I: Préface et Mémoires historiques de l'auteur, p. I-LVIII). – (O.N.) Œuvres Nouvelles de Des Forges Maillard, publiées avec notes, étude biographique et bibliographique par Arthur de La Borderie et René Kerviler, Nantes, Société des Bibliophiles bretons, t. I, 1882, t. II, 1888 (en tête du t. I: Introduction, p. I-CXLIV). – Poésies de Desforges-Maillard avec une Notice bio-bibliographique par Honoré Bonhomme, Paris, A. Quantin, 1880. – Nécrologe, 1774, t. V, p. 179-183. – Levot P.J., Biographie bretonne, Vannes et Paris, 1852, t. I, p. 526-530. – Nicol M., «Desforges-Maillard au pays de Vannes», Revue du Morbihan, 1903. – Faguet E., «Desforges-Maillard», Revue des Cours et Conférences, XIle année, 1re série, 1903-1904, p. 577-590.

Auteur(s) de la notice


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH