MONCADE

Numéro

584

Naissance

?

Décès

?

C'est un «gentilhomme espagnol» (CL., t. X, p. 374). Appartient-il à l'illustre maison d'Espagne des Moncade dont Moreri, dans son Dictionnaire, retrace la généalogie et à laquelle Mme Du Hausset fait allusion dans ses Mémoires (Paris, 1891, p. 133-141) à travers une anecdote rapportée par le comte de Saint-Germain ?

3. Carrière

En 1774, il est retiré «depuis quelques années» à Paris (ibid.).

4. Situation de fortune

A cette même date, il est présenté comme ayant « grand besoin de gagner quelques écus avec tous les trésors de littérature qu'il [...] a apportés de son pays» (ibid.).

6. Activités journalistiques

Le 4 août 1773 (ms.), il obtient pour six années consécuti­ves le privilège (registre le 14 août) de faire imprimer «un ouvrage de sa composition intitulé l'Espagne littéraire». Le Prospectus, approuvé le 31 mars 1774, prétend que les entrepreneurs du journal disposent d'«une collection de livres espagnols et portugais » « ample » et « curieuse » : en fait seulement de «cinq ou six livres anciens» de littérature espagnole, selon les M.S. qui ajoutent que c'est La Dixmerie qui « tient la plume en chef, quoiqu'il ne sache pas un mot espagnol». Lancé au début de 1774, le périodique, publié à Paris chez Lacombe, voit son titre développé en août, ainsi que l'annonce un nouveau Prospectus approuvé le 9 août : L'Espagne littéraire, politique et commerçante ou Journal espagnol et portugais. Une collection annuelle est annoncée de 5 vol. in-12 de 15 feuilles chacun (D.P.i 385). Le 3 juin 1775, M. cède et transporte en toute propriété ses droits au privilège du journal à Jacques Lacombe libraire (cession registrée le 9 juin: ms.).

7. Publications diverses

Le 31 mars 1775, M. obtient le privilège de faire imprimer un ouvrage qui a pour titre : Les Œuvres de Sainte Thérèse en espagnol, en français, en italien et en allemand (ibid.). Mais ni les bibliographies générales ni les catalogues consacrés aux œuvres de Thérèse d'Avila ne mentionnent cet ouvrage.

8. Bibliographie

(ms.) B.N., f.fr. 21966, p. 122, 438, 449. – M.S., t. XXVII, Additions, p. 223 (13 mai 1774).

LE TROSNE

Numéro

511

Prénom

Guillaume

Naissance

1728

Décès

1780

Guillaume François Le Trosne, ou Letronne (on rencontre les deux orthographes), est né à Orléans le 13 octobre 1728. Il est le fils de Guillaume Le Trosne, conseiller et secrétaire du roi, juge magistral au bailliage et siège présidial d'Orléans, et de Thérèse Marguerite Arnault, fille de Louis Arnault de Nobleville, marchand bourgeois d'Orléans. Il fut baptisé le même jour en l'église de Saint-Pierre-Ensentelée et eut pour parrain François Lhuillier, sieur de La Bretonnerie, et pour marraine Anne Le Trosne (M.S.A.). Il est mort à Paris le 26 mai 1780 (B.V.

2. Formation

Il fait ses études de droit à Orléans. Depuis le 17 juin 1762, il est membre titulaire fondateur de la Société royale d'agriculture de la généralité d'Orléans et collabore aux travaux de cette société (liste de ses travaux dans M.S.A.). A partir de 1769, il est membre associé de l'Académie royale des belles-lettres de Caen où il lit, en 1770 et 1771, cinq discours qu'il publiera en 1777 dans De l'ordre social (voir Avertissement). Il est, d'autre part, membre honoraire de la Société économique de Berne.

3. Carrière

Il suit l'exemple paternel et se destine tôt à la robe. En 1748, il est, en première année de droit, l'élève de Pothier dont il composera plus tard un Eloge historique (1773). Cette année-là, il accompagne son maître au cours d'un voyage au Havre et, dans le carrosse, Pothier lui explique et commente en latin les Institutes (Eloge historique de M. Pothier, Orléans, 1773, p. CLV et suiv.). Pendant deux ans, il demeure avec M. de Guienne, avocat au Parlement et ami intime de Pothier, et tous deux aident celui-ci à revoir le manuscrit de son grand ouvrage : Pandectae Justinianeae in novum ordinem digestae, Paris, 1749-1752, 3 vol. in-folio (ibid., p. XC et suiv.).

En 1753, il est installé dans l'office d'avocat du roi au présidial d'Orléans et conserve cet office «plus de vingt années». Il quitte sa charge en prononçant son Discours sur la liberté du commerce des grains (De l'ordre social, p. 487) lors de la présentation des lettres patentes du 2 novembre et de l'arrêt du conseil du 13 septembre 1774. Il reçoit alors le titre de conseiller honoraire au présidial d'Orléans.

Jusqu'en 1763, il s'occupe de questions de droit naturel, de droit des gens et de droit féodal. Au début de 1763, il prononce au présidial d'Orléans un discours intitulé : Vues sur la justice criminelle où, selon Brissot, perce «un levain d'économisme » (Etude). De 1765 à 1767.il insère des articles d'économie dans les journaux spécialisés. A partir de 1768, il se livre à des travaux plus amples où il développe les principes de l'école physiocratique. Son dernier ouvrage, De l'administration provinciale et de la réforme de l'impôt, qu'il commence à composer sous forme d'un « mémoire » d'ailleurs primé en 1776 à l'Académie de Toulouse (voir De l'intérêt social par rapport à la valeur, à la circulation, à l'industrie, au commerce intérieur et extérieur, Paris, Debure, 1777, p. 545), n'est édité qu'en 1779 à Bâle, sans nom d'auteur. Dans un Avertissement, l'éditeur, M. Hirzel, pasteur à Zurich, déclare qu'il a d'abord eu l'intention d'insérer par morceaux le manuscrit reçu en janvier 1779 dans les Ephémérides de l'humanité, «nouveau journal» circulant «dans toute l'Allemagne» et où sont déposées «les connaissances morales et politiques», mais qu'il y a renoncé en raison de la forte cohérence interne du développement (M.S.). Après avoir fait l'objet d'«une distribution d'exemplaires gratuite», l'ouvrage est vendu «clandestinement et cher» et n'échappe pas au sort tumultueux qu'a connu le livre de Turgot sur le même sujet : au début de mai 1780, L., abandonné par Necker, qui l'a d'abord soutenu mais qui, par la suite, tient à ménager l'Assemblée du Clergé, vient plaider sa cause à Paris auprès du Garde des Sceaux et réclamer « cent exemplaires » qui ont été saisis (ibid.). C'est au cours de ce voyage qu'il gagne la fluxion de poitrine qui doit l'emporter.

5. Opinions

Il passe pour un des fondateurs de l'économie politique en France. Disciple de Quesnay, dont il fait un éloge - tribut de la reconnaissance - dans De l'ordre social (éd. cit., p. 447 et suiv.), il défend avec chaleur les doctrines physiocratiques, notamment la nécessité de la liberté entière du commerce des grains, et son œuvre peut apparaître comme constituant un vrai corps de doctrine (Etude). L. a été lié avec les principaux représentants du parti physiocratique : Dupont de Nemours, Turgot, Gerbier, l'abbé Baudeau (qu'il convertit à la cause), Condillac, même s'il a eu l'occasion de le réfuter (voir De l'intérêt social). Une amitié privilégiée le lie à son compatriote, l'abbé de Reyrac. Ce fut un esprit libéral animé d'un grand souci humanitaire.

6. Activités journalistiques

Il collabore aux publications où s'expriment et s'affrontent les partisans du système mercantile et les adeptes de l'école de Quesnay. Il fait paraître une «Lettre sur l'exclusion des vaisseaux étrangers pour la voiture des grains» dans les numéros des 23, 26 février et 2 mars 1765 de la Gazette du commerce (1er avril 1763 - 13 déc. 1783, Paris). Comme ce périodique ne parvient plus à publier tous les articles des philosophes économistes, L. adresse, de juillet 1765 à novembre 1766, diverses contributions au Journal de l'agri­culture, du commerce et des finances (1765-1774, Paris, Van Knapen, in-12) dont le rédacteur en chef est alors Dupont de Nemours. Lorsque celui-ci quitte la rédaction du Journal de l'agriculture sous l'action des adeptes du système mercantiliste, impatients de fermer la feuille à l'expression des idées des économistes, L. collabore aux Ephémérides du citoyen (4 nov. 1765-1772, Paris, Delalain et Lacombe, in-12), où l'accueille Baudeau, lié au marquis de Mirabeau : plusieurs de ses dissertations paraissent d'octobre 1766 à novembre 1767.

Liste des différents articles de L. dans Etude. Certains de ces articles, qui ne sont pas exempts d'un esprit polémique et parfois pamphlétaire, ont pu être ensuite recueillis en volume.

7. Publications diverses

F.L. ; Cior 18, n° 40025-40041. De l'ordre social et De l'intérêt social ont été traduits en allemand par C. Wichmann, Leipzig, 1780-1788 (Ersch ; F.L.).

8. Bibliographie

F.L. 1769 ; Ersch, t. III ; B.Un. ; Feller-Weiss ; N.B.G. ; D.L.F. – B.V. Orléans, ms. 976, 740, n° 1339. – M.S., XIV, p. 315-19 (19 et 2 déc. 1779), t. XV, p. 104 (31 mars 1780), p. 149-150 (5 mai 1780) et 184-185 (7 juin 1780). – Annonces, Affiches et Avis divers de l'Orléanais, 2 juin 1780 (art. nécrologique par l'abbé P. de Laurens de Reyrac). – Daire E., Physiocrates, Collection des principaux économistes, Paris, 1846 (art. sur L., p. 879-884). – Brainne C, Débarbouiller J., Lapierre CF., Les Hommes illustres de l'Orléanais, Orléans, 1852, t. II, p. 115-119. – Dictionnaire de l'économie politique, éd. Coquelin et Guillaumin, 2e éd., t. II, Paris, 1854, p. 38-39. – (Etude) Mille J., Un physiocrate oublié G. F. Le Trosne : étude économique, fiscale et politique, Paris, 1905. – (M.S.A.) Mémoires de la Société d'agriculture, des sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, 5e série, t. XXI, 1926, p. 64-65 et 90-91.

LEROY

Numéro

505

Prénom

L.

Naissance

?

Décès

?

3. Carrière

Polygraphe qui a dû séjourner en Hollande. L. Leroy s'est intéressé notamment aux matières de l'histoire et de la politique, mais s'est aussi exercé à la poésie. C'est ainsi qu'il compose des vers pour l'anniversaire du comte de Buren, prince héréditaire, ainsi qu'une ode sur la fête donnée à cette occasion le 10 mars 1750.

5. Opinions

Il paraît hostile aux conséquences néfastes des préjugés et partisan des lumières de la saine raison. Il se montre particulièrement favorable à l'Angleterre, terre de liberté, et aux Provinces-Unies.

7. Publications diverses

Il a publié, sous le voile de l'anonymat ou sous le nom d'auteurs connus, des livres d'histoire et de politique. Cependant, l'année même du Vendangeur, il publie, sous son nom, l'Etat général et particulier du royaume et de la ville d'Alger, de son gouvernement etc. qui n'est qu'un plagiat de l'Histoire du royaume d'Alger (Amsterdam, 1725) de Laugier de Tassy, commissaire de la marine pour sa Majesté très chrétienne en Hollande et qui avait été auparavant attaché au consulat de France à Alger. Dédié à l'amiral Schryver, lieutenant-amiral des armées navales des Provinces-Unies, l'ouvrage contient en outre des pièces authentiques relatives à des affaires des Provinces-Unies avec la Régence et des notes puisées dans le Dictionnaire de Moreri et d'autres livres.

8. Bibliographie

Quérard J.M., Les Supercheries littéraires dévoilées, t. II, p. 760. – Magasin encyclopédique, t. LV, févr. 1805, p. 348. – Holbrook W.C., «An unnoticed periodical, Le Vendangeur (1749-1750)», French review, t. XXXIII, 1960, p. 558-562.

LEROUX

Numéro

504

Prénom

Charles

Naissance

?

Décès

?

On ignore la date et le lieu de sa naissance. Marié, il a au moins une fille et un gendre. Il meurt dans les dernières années du XVIIIe siècle ou les premières du XIXe siècle.

2. Formation

Il est maître ès arts en l'Université de Paris.

3. Carrière

Il embrasse la carrière de l'enseignement. En 1759, il est présenté par les auteurs de la CL. comme «principal du collège de Nogent-sur-Seine». Un ou deux ans plus tard, il est maître de pension à Amiens. Il est bien accueilli, gagne la confiance publique, se donne tout entier à ses élèves, aidé par sa femme, Louise Leroux, qui fait preuve à l'égard des enfants d'une tendresse proprement maternelle. Les Affiches de province, le 5 août 1767, vantent cette pension établie dans un cadre vaste et riant, qui compte plus de 50 élèves (de toutes classes) et est sur le pied des pensions les mieux disciplinées de la capitale.

Au début de 1768, il se lance dans une activité journalistique (il a déjà connu une activité littéraire: l'une de ses premières publications - Eloge de la sincérité - remonte à 1754) et cela au prix d'un «travail infatigable» (J.E., oct. 1768, p. 73), prenant sur son sommeil le temps qu'il donne au Journal d'éducation.

En septembre 1768, il quitte Amiens et s'installe maître de pension à Paris « rue des vieilles Thuilleries au coin de la rue Bérouillère, vis-a-vis l'hôtel de Montmorenci, fauxbourg Saint-Germain». Fort regretté par les Amiénois, il emmène avec lui plusieurs de ses pensionnaires. Il entend organiser son enseignement selon «une bonne méthode». Il continue la publication de son Journal lequel est interrompu au cours de l'année suivante.

Il en reprend la rédaction au début de 1776 et est alors maître de pension au collège royal de Boncourt, «rue Bordet, montagne Sainte-Geneviève». Il est toujours aidé par sa femme, véritable mère pour les élèves, et cette nouvelle pension est encore vantée pour la «salubrité» de son air et «l'agrément» de son séjour (Gazette des arts, 2 nov. 1775).

En même temps que le Journal d'éducation, il compose divers Mémoires. Le 16 novembre 1777, il présente au roi, au château de Choisy, l'un d'eux qui a concouru pour le prix de l'Académie de Châlons : Idée d'un nouvel Ordre de bienfaisance et de patriotisme ou Mémoire sur la création d'un nouvel Ordre aussi intéressant, aussi cher à l'humanité que glorieux à la nation (J.E., nov. 1777, p. 83-95, déc. 1777. P- 94).

Mais cet esprit d'invention, il l'exerce surtout dans le domaine de la physique. Déjà, en 1765, alors qu'il est à Amiens, il découvre un moyen d'obvier aux funestes accidents causés par les incendies (Affiches de province, 6 nov. 1765) et fait remettre un Mémoire (imprimé) au ministre par l'intermédiaire de l'intendant, M. Dupleix de Baccancour. Il ne cesse de poursuivre ses recherches pour lutter contre les fléaux non seulement du feu, mais aussi de l'eau, de l'air contagieux, et, à partir des années 1780, il se présente comme «physicien en l'Université de Paris». II met au point «plusieurs machines utiles à la conservation du genre humain» (Supplément à la 4e éd. de L'Art de nager, 1782), qu'il expérimente en public à Paris, expose (comme dans le Salon de la correspondance des sciences et des arts), soumet à l'approbation de sociétés savantes ou présente au ministre (Découverte contre les incendies; les dangers des eaux, 1788) : scaphandres de différentes sortes, pantalon universel de coutil ou taffetas ciré, vêtements de santé propres à abriter de l'humidité, etc.

La Révolution ne ralentit pas son activité. Il adresse à l'Assemblée Nationale des Mémoires sur ses inventions dont il montre les avantages (et les devises) qu'elles pourraient rapporter au pays. Il dépose même sur le bureau de l'Assemblée certaines de ses découvertes (un carton de bureau incom­bustible, par exemple, en févr. 1790), demande des commissaires pour les examiner, assiste à plusieurs séances. Ses Mémoires, plans et inventions, il les offre en «dons patriotiques» (A.E.S., n° 7). Sous la Convention, un commissaire, nommé par la Section du Temple, fait un compte rendu favorable au Comité de la guerre et L. rédige une pétition pour obtenir un local où, avec l'aide de son gendre (qui a travaillé avec succès à la direction de l'aérostat), il pourrait fabriquer les objets de ses découvertes (il en énumère 14 dans une brochure publiée à l'époque), ce qui concourrait au «salut de la République».

En 1790, il reprend, après un an d'intervalle, et en association avec Mme Mouret, auteur des Annales de l'éducation du sexe ou Journal des Demoiselles, la direction du Musée patriotique des Dames qu'il a fondé et où un cours d'études est dispensé à l'adresse des femmes (lectures, expériences de physique, concerts). Il habite alors quai des Miramiones, n° 28. Au temps de la Convention, il demeure rue et porte Saint-Jacques, n° 550.

4. Situation de fortune

Le prix de la pension qu'il ouvre à Paris en 1768 est de 500 £; il comprend la nourriture, l'éclairage, le chauffage, le blanchissage et les études ordinaires; à chacun des trois précepteurs attachés à la pension, les parents versent, quand l'enfant entre, 6 £. Les maîtres particuliers pour études et exercices extraordinaires se paient séparément (J.E., janv. 1769, p. 84-86).

Une somme de 10 000 £ lui est promise par le gouvernement lorsqu'il compose, sur son ordre, le Journal d'éducation pour l'institution des Enfants de France, ainsi qu'en témoigne une lettre du gouverneur des princes, le duc de Vauguyon. Mais il ne reçoit pas cette somme par suite de l'exil précipité du chancelier, et les contrôleurs généraux successifs en diffèrent le paiement d'année en année. En 1790, L. en fait don à l'Assemblée Nationale (A.E.S., n° 7).

Ses découvertes lui valent certaines gratifications dont le montant n'est pas précisé. C'est ainsi qu'en 1783 il obtient une récompense du magistrat présidant le corps municipal de Paris pour une expérience faite sur la Seine en présence de savants (il s'agit d'un moyen de se garantir du danger des eaux: Mercure de France, 19 juil. 1783). Quand, en 1790, il offre à l'Assemblée Nationale «un mouvement sans fin», il rappelle que, voici 40 ans, le gouvernement a promis 100 000 écus à l'inventeur d'un tel mouvement. S'il mérite le prix, il fait l'hommage de cette somme à la nation (A.E.S., n° 7).

5. Opinions

Esprit inventif, il semble mû par l'ardent désir de se rendre utile, qu'il s'agisse d'éducation (il souhaite faciliter et abréger le chemin des études) ou de physique: il veut protéger les hommes des fléaux qui les affligent. Par ses recherches, il entre en relation avec les hommes de science et les sociétés savantes. Son Journal d'éducation et sa Nouvelle méthode d'ap­prendre les langues sont notamment approuvés par d'Alembert (lettre du 21 avril 1776) et Buffon (lettre du 26 avril 1776) ces deux lettres sont reproduites dans le J.E. d'octobre 1776 et dans l'Avis très-intéressant aux chefs de famille, s.l.n.d.

Dans ses rapports avec les Assemblées révolutionnaires, il se montre un citoyen soucieux du bien de la nation, animé de l'amour de la justice et de l'humanité. Dès avant la tenue des Etats Généraux, il dresse un plan des abus à supprimer dans toutes les institutions et des moyens d'y remédier (A.E.S., n° 7).

6. Activités journalistiques

Sa production périodique est exclusivement consacrée à l'éducation :

Journal d'éducation. «Présenté au Roi», janvier 1768-mars 1769 (?), Amiens, Veuve Godart (puis Veuve Caron), Paris, Durand Neveu (et Fetil), Versailles, Fournier, in-8° (D.P.1 635). L'auteur présente le premier volume au roi, au comte de Provence et au comte d'Artois (Journal politique, janv. 1768, p. 51). Entrepris en janvier 1768, le Journal est interrompu, sinon en mars 1769, du moins avant la fin de cette année par des «circonstances critiques»(J.E., juin 1776), peut-être des raisons financières.

Six ans plus tard, L. le fait reparaître d'abord sur le même plan: Journal d'éducation. «Présenté au Roi» (à partir de janvier 1778 : «Dédié et présenté au Roi», janv. 1776 - déc. 1778, Paris, Couturier père et fils). Un Prospectus est publié en janvier 1776, un second l'est en juillet, plus méthodique et dessinant une nouvelle distribution des matières. L'Avis aux souscripteurs (janv. 1776) précise que les précautions les plus sûres ont été prises pour la continuation de l'ouvrage (notamment, l'argent des abonnés est en dépôt conformément aux vues du magistrat). Comme précédemment, L., qui entend tout rapporter aux trois objets de l'éducation (religion, sciences et mœurs), ouvre son Journal aux contributions d'instituteurs et de maîtres de pension (Le Boucq, Percheron, Tresséol, Beaurieu), voire d'élèves. Il n'hésite pas à reprendre certains morceaux publiés en 1768-L769. En avril 1778 (p. 77), il annonce que le Journal contiendra le Mentor de la jeune noblesse, dédié à S.A.S. le duc de Chartres et agréé par ce prince pour l'éducation de ses fils (les ducs de Valois et de Montpensier). Un Prospectus paraît (Paris, d'Houry, 1778) intitulé: Journal d'éducation où sera contenu le Mentor de la jeune noblesse, ouvrage périodique divisé en deux parties, l'une pour les instituteurs et les élèves adolescents fort avancés dans les études; et l'autre à l'usage des enfants qui les commencent. On y apprend que l'auteur s'est associé «les plus habiles instituteurs et quelques autres littérateurs doués d'un goût et d'un talent particulier pour l'institution de la jeunesse». A partir d'octobre, le J.E. répond au nouveau titre et à la nouvelle disposition. Mais les collections actuellement connues ne nous permettent pas de dire s'il s'est prolongé au-delà de 1778.

Dans l'Avis très-intéressant aux chefs de famille, L. se présente comme l'auteur du Journal d'éducation pour les étudiants, «dédié au Roi, et présenté à l'Assemblée Nationale». Dans le n° 4 de 1790 des Annales de l'éducation du sexe, Mme Mouret signale, de son côté, que le J.E. va reparaître (Journal d'éducation publique) et montre combien les circonstances sont favorables puisque l'Assemblée Nationale, soucieuse de réformer tous les abus, aura à cœur de soutenir un ouvrage tendant à la régénération de l'Etat, et que l'auteur n'aura plus «à craindre les vexations des partisans de l'ancien système gothique d'instruction absurde».

7. Publications diverses

Liste des ouvrages dans le Cat.B.N. ; y ajouter notamment : Eloge de la sincérité, 1754 (ce poème, revu et augmenté, est réimprimé dans le J.E., mars 1778, p. 52 et suiv.). – Système nouveau par lequel on peut devenir savant sans maître, sans étude et sans peine, 1759, in-12 (CL.). – Nouvelle méthode d'apprendre la langue latine (de cette méthode, approuvée par les savants les plus distingués dès 1776, l'Assemblée Nationale se propose de faire usage dans son Plan d'éducation). – Découverte contre les incendies; les dangers des eaux; de l'air méphitique ou contagieux; et de plusieurs maux qui affligent l'humanité. Avec un Supplément contre les dangers des voyages et des chutes, Paris, Demonville, 1788 (B.N., 8° Z Le Senne 8558, 4). – Doléances des écoliers français à l'Assemblée Nationale (le président, Stanislas de Clermont-Tonnerre, en accuse réception dans sa lettre du 18 août 1789; A.E.S., n" 7). – Un ouvrage sur les dangers du fanatisme (approuvé par le Comité d'Instruction publique) ; voir Découvertes importantes, B.N. Vp. 4298. – Divers Mémoires présentés aux Assemblées révolutionnaires. – Divers poèmes (il laisse entendre qu'il fait avec beaucoup de facilité et en très peu de temps quantité d'assez bons vers, J.E., avril 1778): notamment à l'occasion des événements de la Révolution (Poème de la Confédération nationale et fraternelle des Français).

8. Bibliographie

F.L. 1769 (Q. distingue à tort deux Leroux, l'un maître ès arts, l'autre physicien). – CL., t. IV, 15 sept. 1759, p. 143. – (J.E.) Journal d'éducation, 1768 - mars 1769; 1776-1778. – (A.E.S.) Annales de l'éducation du sexe ou Journal des Demoiselles, 1790, n° 4-8.

LEPRINCE

Numéro

500

Prénom

Nicolas

Naissance

1750

Décès

1818

Nicolas Thomas (ou Thomas Nicolas) Leprince est né à Paris en 1750. Il meurt à Lagny (Seine-et-Marne) le 31 décembre 1818. Il a un frère cadet, René, né à Paris en 1753.

3. Carrière

Il est employé à la Bibliothèque du Roi (comme l'est d'ailleurs son frère) au dépôt des livres imprimés, puis manuscrits. Il devient inspecteur de la Librairie près la Chambre royale et syndicale de Paris et à la charge de veiller au recouvrement des exemplaires dus à la Bibliothèque du Roi. Il compose, en collaboration avec P.J.B. Nougaret, les Anecdotes des beaux-arts contenant tout ce que la peinture, la sculpture, la gravure, l'architecture, la littérature, la musique etc. et la vie des artistes offrent de plus piquant chez tous les peuples du monde (1776-1780) grâce notamment à Capperonnier, garde de la bibliothèque, qui leur a ouvert les trésors confiés à ses soins. En 1782, animé par le désir d'être utile et de mettre le public au courant de la richesse de l'immense dépôt de la bibliothèque, il publie un Essai historique sur celle-ci. Il habite alors rue des Moulins Butte Saint-Roch. En 1789, il est nommé secrétaire de la bibliothèque et le demeure jusqu'en 1792 quand Chamfort et Carra remplacent d'Ormesson de Noyseau, bibliothécaire du roi, destitué sous le ministère Roland. Il vit ensuite dans la retraite.

6. Activités journalistiques

6. Petite Bibliothèque des Théâtres; contenant un Recueil des meilleures Pièces du Théâtre François, Tragique, Comique, Lyrique & Bouffon, depuis l'origine des Spectacles en France, jusqu'à nos jours, Paris, 63 vol. (sept. 1783-1788). Le Prince obtient le privilège de ce recueil dont Baudrais assure en grande partie l'exécution. Composé de douze volumes par an, l'ouvrage, qui entend rassembler «nos richesses dramatiques dans tous les genres » et dont le succès ne semble pas s'être démenti, est abandonné avec la Révolution (D.P.1 1117).

Etrennes de Polymnie. Recueil de chansons, romances, vaudevilles &c, 1785-1789, 5 vol. Annoncées en septembre 1784, à la fin de la première année de la souscription à la Petite Bibliothèque des Théâtres, ces Etrennes, qui sont distribuées gratuitement aux souscripteurs de celle-ci, proposent un choix d'airs «les plus agréables et de la plus grande nouveauté» (Petite Bibliothèque, t. III, Avis) et témoignent du goût de la chanson répandu en France (D.P.1 421).

7. Publications diverses

7. Cior 18, n° 39393-39397.

8. Bibliographie

Ersch, t. III, p. 102 ; B.Un. ; N.B.G. ; Q.

LE CLERC

Numéro

482

Prénom

Louis

Naissance

1725

Décès

après 1789

Louis Claude Le Clerc est né le 28 décembre 1725 à Nangis en Brie française. Il est le fils de Louis-Marie Le Clerc, bourgeois de Nangis, et de Marie Bureau. Il est baptisé le 31 du même mois ; il a pour parrain son aïeul Claude Bureau, avocat au Parlement, et pour marraine son aïeule Marie Françoise Le Menu, veuve de Jacques Le Clerc, procureur fiscal (ms.). Il serait mort à Bordeaux au cours de la décennie 1790 (Ersch).

2. Formation

Il dédie à son père sa comédie L'Envieux (1763) – «prémices» de son talent – par reconnaissance pour les bienfaits de l'éducation qu'il lui doit.

3. Carrière

Il embrasse la carrière militaire. Il est officier d'infanterie (L'Iris de Guienne ; Ersch) et non d'artillerie, comme l'assurent Q. et la B.Un. Il prend part à la guerre de Sept Ans, puis, vers 1762, s'établit à Bordeaux où il se lance dans une carrière littéraire, cultivant notamment la poésie et le théâtre. Il fait jouer sur le théâtre de Bordeaux différentes pièces : prologue, divertissement, comédie (sa comédie de L'Envieux, représentée le 5 février 1763, est redemandée par le public «pour le lendemain par extraordinaire» : voir L'Iris de Guienne, mars 1763, p. 196). Dix ans plus tard, il fait paraître le poème de Tobie (1773), composé sans doute sur le modèle de l'Abel de Gessner et dédié au Pape Clément XIV.

6. Activités journalistiques

Dès 1761, Le Clerc fournit au Mercure une «Anecdote moderne», Medius, qui paraît dans les deux volumes d'octobre (p. 18-46 et 16-42). A la même époque, il collabore au Moniteur français de J.N. Moreau (D.P.1 963).

En 1763, installé à Bordeaux, il fonde une sorte de Mercure pour la ville et la province, dont il veut susciter l'émulation intellectuelle : L'Iris de Guienne, Ouvrage périodique dédié à Monseigneur le Maréchal Duc de Richelieu (janv.-déc. 1763, Bordeaux, J. Chappuis, 2 vol. in-12). La livraison est mensuelle, de 72 p. environ. L. en est le principal rédacteur (il y publie notamment ses poésies), mais il sollicite et obtient le concours d'un certain nombre de lecteurs de Bordeaux et des environs. Cependant, faute d'un nombre suffisant d'abonnés, il est obligé d'abandonner après 12 livraisons (D.P.1 621).

7. Publications diverses

Voir Cior 18, n° 38319-38323. Ajouter : Le Combat des Muses. Prologue dédié à M. le Maréchal Duc de Richelieu (musique de Baeck), représenté pour la première fois sur le théâtre de Bordeaux le 17 novembre 1762 (Bordeaux, J. Chappuis, 1762, in-8°). Le public demande à le voir une seconde fois (L'lris de Guienne, janv. 1763, p. 42). Le poème de Tobie, que Le Clerc cède avec le privilège à Le Jay le 8 juillet 1773 (f.fr. 21966, p. 98-99), est traduit en hollandais, Haarlem, 1792 (Ersch) et en portugais, Lisboa, 1843 (Catalogue de la Bibliothèque du Congrès).

8. Bibliographie

B.Un., F.L., Brenner ; Ersch J.S., La France littéraire, t. I et Supplément, t. I et II (cité par Ersch). – (ms.) A.D. Seine-et-Marne, Nangis 108 EDT II. – C.L., t. X, août 1773, p. 280. – Féret E., Statistique générale de la Gironde, t. III, Biographie, Bordeaux, Féret, 1889, p. 395-396. – Minier H., Le Théâtre à Bordeaux, Bordeaux, Chollet, 1883, p. 74.

LABOTTIERE

Numéro

432

Prénom

Jacques

Naissance

1715

Décès

1798

Jacques, né le 13 décembre 1715, et Antoine, né le 3 janvier 1717, sont les fils de Raymond Labottière (1690-1750), maître imprimeur-libraire à Bordeaux de 1719 à 1750, et d'Isabeau Droit. La mère étant morte le 18 novembre 1717, le père se remarie, le 9 janvier 1725, avec Marie Audat et a sept autres enfants. Les frères Labottière appartiennent à une dynastie d'imprimeurs-libraires, leur grand-père, Claude, mort en 1713, ayant été lui-même installé à Bordeaux, cependant que leur arrière-grand père était, lui, libraire à Lyon.

2. Formation

Comme le veut le Règlement, Antoine qui se présente à l'examen d'imprimeur-libraire doit «être congru en langue latine et savoir lire le grec», ces connaissances étant certifiées par le recteur de l'Université.

3. Carrière

Jacques prête le serment de libraire le 1er octobre 1746 et travaille chez son père. Antoine est reçu en l'art d'imprimerie le 20 octobre 1755 après avoir accompli l'apprentissage exigé (quatre ans minimum) ; il est admis imprimeur par arrêt du Conseil du 22 décembre 1755 et prête serment en lieu et place de son père le jeudi 8 janvier 1756. Il est ainsi l'un des dix imprimeurs bordelais autorisés par le Règlement du 31 mars 1739. Les deux frères reprennent la maison paternelle qui, à la mort de leur père, était passée à sa veuve («Vve Raymond Labottière») laquelle démissionne en 1755. Cette maison est installée place du Palais, quartier des tribunaux et gens de loi, avocats, procureurs, et aussi lieu d'arrivée des courriers. Pour accroître leur commerce, ils ouvrent, comme Renaudot l'avait fait à Paris, un Bureau d'Avis, sorte d'agence de publicité et d'information, et, peu après, lancent le premier journal régulier qu'ait connu Bordeaux, les Affiches. Aux deux presses qu'avait son père, Antoine en ajoute une troisième. Comme son père, il a six ouvriers. Selon un état dressé en 1775 par l'intendant, voici le matériel dont il dispose : «Trois casses petit canon, trois casses parangon, dix casses de gros romain, huit casses de saint augustin, vingt-six casses cicéro, onze casses petit romain, six casses de petit texte, une casse de financière avec leurs italiques et leurs lettres de deux points». En 1765, Jacques et Antoine s'associent leur demi-frère, Etienne François, dernier enfant issu du remariage de leur père mais dont on perd la trace dix ans plus tard. En dehors de la feuille périodique, ils impriment notamment des Almanachs. Tel l'Almanach historique de la province de Guienne qui paraît de 1760 à 1793 et forme trente-quatre volumes. Dans l'Avertissement de 1760, ils ne cachent pas qu'ils ont le sentiment d'un ouvrage imparfait et soulignent combien le plan est vaste, combien les matières sont difficiles à rassembler (personne n'a d'ailleurs présidé à leur réunion), combien aussi la ville de Bordeaux «a peu de goût» pour les «entreprises typographiques un peu considérables». Et ils se plaignent de l'insuffisance du nombre d'ouvriers intelligents, capables de conduire et d'exécuter «un ouvrage de quelque étendue». On peut citer encore l'Almanach des Laboureurs ou le Conservateur des richesses du paysan pour l'an de grâce 1759, rédigé par l'abbé Fournets curé dans l'Agenais, destiné à «la plus grande et peut-être la plus utile portion du genre humain», imprimé avec un gros caractère pour ne pas fatiguer la vue des paysans obligés le plus souvent de lire à la chandelle, et proposé, par souci d'utilité publique, à un prix de moitié moins cher que le prix commun des livres. De telles publications reflètent bien l'image du temps, s'il est, comme l'affirme la Préface de l'Almanach des laboureurs, «le siècle des Dictionnaires, des Journaux, des Gazettes, des Almanachs». Mais les frères Labottière impriment aussi des thèses de théologie, travaillent pour le collège des Jésuites et figurent sur le tableau des libraires et imprimeurs jurés de l'université de Bordeaux.

En 1777, ils sont interdits de leur fonction d'imprimeur-libraire par un arrêt du Conseil d'Etat du roi du 25 mai qui supprime un écrit de cinquante-quatre pages sorti de leurs ateliers : Très humbles et très respectueuses remontrances de la Cour des Aydes et finances de Guienne au sujet des Lettres patentes du Roi du 24 9bre concernant les octrois de Bordeaux - écrit qui, rapportent les Mémoires secrets, a percé dans la capitale et est recherché comme «un monument de zèle patriotique». Les Lettres patentes obtenues par les jurats comprenaient la prolongation de plusieurs droits anciens - promptement enregistrés - et l'établissement de plusieurs nouveaux qui avaient été modifiés lors de l'enregistrement lequel fut alors cassé. D'où les représentations... L'arrêt du Conseil condamne les deux frères à une amende de 500 £, prononce contre eux une interdiction d'exercice, ordonne le démontage de leurs presses et la fermeture de leur boutique pendant toute la durée de l'interdiction sous peine de destitution. L'intendant Dupré de Saint-Maur alors en séjour à Paris intervient et juge utile la venue de Labottière afin que celui-ci présente au garde des sceaux ses motifs de justification fondés sur les ordres reçus d'une Cour souveraine. Selon les Mémoires secrets, l'un des Labottière se rend à Paris et reçoit une sévère réprimande du garde des sceaux. Le 23 juin, les presses, vis, platines sont démontées et déposées dans la chambre syndicale. Mais, sur l'intervention du maréchal de Mouchy qui assure que les Labottière ont été jusque-là exempts de tout reproche et n'ont jamais contrevenu aux règlements, un nouvel arrêt du Conseil d'Etat du roi en date du 15 juillet lève l'interdiction prononcée et réduit l'amende à 10 £.

Entre 1768 et 1770, les deux frères se font construire pour l'été une magnifique maison de campagne aux portes du jardin public. C'est l'architecte Laclotte qui dessine la demeure et le parc qui l'entoure - la folie Labottière. Selon le témoignage d'une visiteuse au printemps 1786, la salle qui jouxte la salle de billard est remplie de «ballots entiers de romans, de poésies, de brochures diverses qui sont à la disposition des hôtes». La demeure a été reconstituée à New York pour abriter l'Institut de l'histoire de l'art de l'Université. Le 29 novembre 1773, Antoine et Jacques sont reçus bourgeois de Bordeaux, après avoir fait l'objet d'une enquête sur leurs vies et moeurs devant un jurat (M. Valen), et prêtent le serment accoutumé. En 1795, après le décès d'Antoine, l'imprimerie est cédée aux Pinard père et fils qui avaient été leurs associés (le nom de Pinard figure à la suite de celui des frères Labottière à partir de fin décembre 1791 dans l'adresse du Journal de Bordeaux) et qui, sous l'Empire, s'installeront 14 cours de l'Intendance. La librairie est, elle, cédée à un commis, Guillaume Lafite, qui garde la boutique 12 place du Palais.

4. Situation de fortune

Héritiers d'une maison active, les frères Labottière ont, jusqu'à la Révolution qui les ruina, connu une prospérité certaine à laquelle a concouru sans doute leur activité journalistique. Le 8 mars 1791, ils sont obligés de suspendre leurs paiements. La fermeture du Parlement le 30 septembre 1790 qui entraîna le départ des gens de loi du quartier fut une des causes de leur ruine. En juin 1795, Jacques qui, l'année précédente, a perdu son frère vend sa maison de campagne à un Hollandais, M. Boèrs, pour un prix de 450 000 £ payées en assignats.

5. Opinions

Estimés de leurs confrères comme du public, ils ont une solide réputation d'honnêteté, de capacité et d'exactitude dans leur profession et ce n'est pas à tort que, dans leur Préface de l'Almanach historique de la Guienne de 1760, ils prétendent consacrer leurs presses «au service du public» et «à la gloire de la patrie» et être soucieux de l'utilité et de la satisfaction de leurs concitoyens. Même Bernadau reconnaît qu'ils ont rédigé les Affiches avec un esprit et un désintéressement qui les honorent.

6. Activités journalistiques

Annonces, Affiches et Avis divers (1er août 1758 - 30 juillet 1784), hebd., puis, à partir de 1783, bi-hebd., 8 pages (en général) à deux colonnes, in 4°. Les Labottière s'inspirent de l'exemple des Annonces, Affiches et Avis de Paris pour donner à Bordeaux, une des grandes villes de province, une feuille similaire. Pendant vingt-six ans, ils assurent régulièrement la rédaction - Jacques surtout - et l'impression du périodique. Un seul incident de parcours : lorsqu'ils sont interdits en 1777, les Affiches paraissent, à partir du 26 juin (n° 26), chez un autre imprimeur bien connu de la ville, Simon de La Court. Mais, dès le 7 août, à la suite de la levée de l'interdiction, les Affiches sortent de nouveau de leurs presses. Cependant, en 1784, alors que leur privilège court jusqu'en 1786, ils s'en voient dépouillés à la suite d'une démarche faite à leur insu par l'abbé Dupont des Jumeaux, précepteur des enfants de l'intendant Dupré de Saint-Maur, et de ses deux associés, L.G. de Clozanges et H.E. Gaufreteau de La Gorce qui lancent, le 1er septembre, le Journal de Guienne.

A partir de mai 1789, ils impriment le Journal de l'Assemblée nationale qui paraît trois ou quatre fois par semaine et qui présente ce qu'il y a de plus important dans le Journal de Paris. En mars 1790, ils proposent, à la demande de lecteurs, une souscription et, pour reconnaître la bienveillance du public qui a favorablement accueilli le Journal (il forme alors trois volumes in 8° de plus de six cents pages chacun), ils joignent une feuille de supplément sous le titre Bulletin, Affiches, Annonces et Avis divers de la ville et du département de Bordeaux dont la parution, qui doit avoir lieu quatre fois par semaine, commence le 20 mars et où sont insérés toutes les nouvelles et tous les avis susceptibles d'intéresser la ville de Bordeaux et la province. C'est à eux que doivent être adressés les lettres, mémoires, avis à publier. Dans leur Prospectus, tandis qu'ils rappellent leur longue expérience liée aux Affiches, ils précisent que, pour ce qui concerne les nouvelles les plus intéressantes soit étrangères soit nationales, ils se sont procuré tous les papiers nouvelles de la capitale, mais qu'ils ne puiseront que dans les sources les plus authentiques, car, ajoutent-ils, «dans cette multitude d'écrits périodiques qu'a enfantés la liberté de la presse, plusieurs se montrent habituellement les trompettes du mensonge». Le prix de l'abonnement annuel au Journal et au Bulletin est de 24 £ pour Bordeaux et 30 £ pour la province. D'emblée bien accueilli, le Bulletin qui soutient les changements apportés par la Révolution et dont le rédacteur est Bruno Gabriel Marandon prend, à partir du 15 mai 1790, une dénomination plus propre, Journal de Bordeaux et du département de la Gironde (voir n° 32, 13 mai 1790, Avis à Messieurs les souscripteurs). Ce Journal se révèle l'organe de la Société des amis de la Constitution formée au début de 1790 et dont Marandon est un des membres actifs. A Marandon succédèrent à titre de rédacteurs Jean François Cornu de Boissancourt (fin 1791), puis Laboubée. Le Journal de Bordeaux durera jusqu'à la fin de 1797, mais, à partir d'octobre 1795, il sort d'autres presses que celles des Labottière (de l'Imprimerie des citoyens Ve Noé et Yeury, rue Saint-Pierre, n° 42 près l'Eglise).

8. Bibliographie

A.M., Bordeaux : GG 71, GG 72 (Reg. de la paroisse Saint-André), 3 E6 (n° 1767), 3 E19 (n° 317), BB 114, f° 85 v°, BB 123, f° 55 et 104 v°, HH 98. – A.D., Gironde : C 3315, C 3451, C 4257, C 4902. – B.M., Bordeaux : ms. 713, Oeuvres complètes de Bernadau, t. III, IV, VI (passim). – M.S., t. X (9 août 1777), t. XV (6 août 1780). – Brives-Cazes E., De la police des livres en Guyenne 1718-1785, Bordeaux, 1883. – Desgraves L., Les Livres imprimés à Bordeaux au XVIIIe siècle 1701-1789, Genève, 1975. – Féret E., Statistique générale de la Gironde, t. III, Biographie, Bordeaux, 1889. – Labadie E., Notices biographiques sur les imprimeurs et libraires bordelais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Bordeaux, 1900. – La Presse bordelaise pendant la Révolution : bibliographie historique, Bordeaux, 1910. –Id., Livre des bourgeois de Bordeaux (XVIIIe siècle), Bordeaux, 1898. – Rèche A., Dix siècles de vie quotidienne à Bordeaux, Bordeaux, 1988, chap. 5 et 12.

LA BAUME

Numéro

430

Prénom

Jacques de

Naissance

1705

Décès

1756

Jacques François de La Baume qui prit le nom de La Baume-Desdossat est, selon les biographes, né à Carpentras en 1705. Mais les registres paroissiaux de cette ville ne permettent ni de confirmer ni de préciser cette indication. Il est le fils d'un apothicaire (Barjavel.). Il meurt le 30 août 1756 à Paris (B.Un., Feller-Weiss), à Avignon d'après Barjavel.

2. Formation

Membre de l'Académie des Arcades de Rome. «Pour tribut de sa réception», il envoie une pastorale héroïque en trois actes et en prose : L'Arcadie moderne ou les bergeries savantes (apothéose littéraire de Stanislas Leczinsky) (Barjavel.).

3. Carrière

Poussé par son amour des belles-lettres et désireux de tenter une carrière littéraire, il vient à Paris où il publie en 1736 une brochure (Eloge de la paix) qu'il dédie à l'Académie française, espérant ainsi attirer sur lui l'attention de l'illustre compagnie, poème commenté, non sans humour, par Prévost dans Le Pour et Contre (t. XI, p. 3-11). Vaine espérance : son insuccès le ramène en province. Il devient alors chanoine de la collégiale de Saint-Agricol à Avignon. Il entreprend un nouvel ouvrage de plus longue haleine (un poème en prose) pour la publication duquel il retourne à Paris en 1751. Il est effectivement signalé dans la capitale à la fin de 1751 ainsi qu'en 1753 (B.N., n.a.fr. 10781). Publié au cours de l'année 1753, l'ouvrage (La Christiade ou le Paradis reconquis pour servir de suite au Paradis perdu de Milton, 6 vol. in 12) dont le Prospectus a paru en 1752 et qui n'est pas resté inaperçu des écrivains contemporains (C.L., II, 322 ; Voltaire, lettre du 16 mars 1754 à la duchesse de Saxe-Gotha) est flétri par le Parlement pour certaines interprétations romanesques de l'Evangile et l'auteur condamné à une amende.

6. Activités journalistiques

Présenté dans une note de police en date du 1er janvier 1753 comme «l'auteur du Courrier d'Avignon dans le temps qu'il paraissait» ; cf. autre note en date du 30 oct. 1751 : «il a fait autrefois le Courrier d'Avignon, espèce de gazette» (B.N., n.a.fr. 10781). Selon Barjavel, il aurait travaillé «pendant plus de dix ans au Courrier avec Fr. Morenas jusqu'en 1751». Après avoir signalé que Barjavel cite «deux personnages que Morenas se serait adjoints : l'abbé Labaume, puis l'abbé Outhier», R. Moulinas remarque qu'il est difficile de dire par qui fut remplacé Morenas lorsque celui-ci quitta le Courrier fin novembre 1742, s'enfuit des Etats du Pape pour revenir ensuite lancer les Entretiens historiques sur les affaires présentes de l'Europe (1743-1748).

7. Publications diverses

Cior 18, n° 34894-34901. Barjavel signale un manuscrit daté de Carpentras, le 7 mars 1726 et intitulé : Oraison funèbre de Louis-Hyacinthe de Raimond, marquis de Modène, par l'abbé de La Baume.

8. Bibliographie

C.L., t.II, p. 322 (15 février 1754) ; B.Un., D.L.F., N.B.G., D.L.F., Feller-Weiss. – B.N., n.a.fr. 10781, f° 28, 1er janv.1753 et f° 30 (30 oct.1751). – Barjavel C.F.H., Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, Carpentras, 1841, t. II, p. 102. – Moulinas R., L'Imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècle, P.U. Grenoble, 1974, p. 306. – Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, art. «Marie Magdeleine».

JOUBERT DE LA RUE

Numéro

422

Prénom

Jean

Naissance

?

Décès

?

Né en France vers 1695, mort après 1757 (Formey).

3. Carrière

Il demeure à Amsterdam. Il y est installé libraire, dans le Ste Lucie Steeg, au moins à partir de 1746 (v. la Gazette d'Amsterdam des années 1746-1747).

5. Opinions

Vraisemblablement protestant, il ne ménage pas la religion catholique, ses dogmes, ses institutions, ses pratiques et ses violences.

6. Activités journalistiques

Sur le modèle des Lettres de d'Argens, il compose les Lettres d’un Sauvage dépaysé à son correspondant en Amérique (janv.-avril 1738, Amsterdam, Jean-Francois Jolly, bihebdomadaire, 30 numéros) qui furent réunies sous le titre : Lettres d'un Sauvage dépaysé. Contenant une critique des mœurs du siècle, et des réflexions sur des matières de religion et de politique. Le périodique fut faussement attribué à d'Argens qui s'en défendit dans la Nouvelle Bibliothèque (Supplément aux mois d'octobre, novembre et décembre 1738, p. 462). Il fut réédité, notamment en 1746 et 1776 (D.P.1807).

Huit ans plus tard, Joubert de La Rue reprend son entreprise périodique avec les Lettres du Sauvage civilisé pour servir de continuation à celles du Sauvage dépaysé. Ces Lettres sont annoncées le 9 août 1746 par Amsterdam : elles sont imprimées chez Jean Joubert lui-même et doivent paraître hebdomadairement (tous les jeudis). Le 14 mars 1747, la même Gazette annonce que le 1er tome est complet (D.P.1806).

7. Publications diverses

Voir Cior 18, n° 34705. Ajouter, outre les Lettres du Sauvage civilisé, la Démonstration géométrique de la quadrature du cercle (Amsterdam, J.F. Jolly, 1738, in-8°). L'ouvrage est réédité en 1746 chez Jean Joubert avec une Épitre dédicatoire au Parlement d'Angleterre (Amsterdam, 4 janv. 1746).

8. Bibliographie

D.O.A.– Formey, La France littéraire, Berlin, 1757, p. 216.– Quérard, Les Supercheries littéraires dévoilées, 1870, t. III, p. 607 e.

JOLIVET

Numéro

416

Prénom

Jean Louis

Naissance

?

Décès

1764

Si l'on ignore la date de naissance de Jean Louis Jolivet, on connaît celle de sa mort : 18 juin 1764 (Desessarts

2. Formation

Docteur en médecine de la Faculté de Reims (S.L.).

6. Activités journalistiques

Lorsque le P. Berthier, en mai 1762, se démet de son «sceptre littéraire», l'abbé de La Porte aurait été sollicité pour succéder au Jésuite à la tête des Mémoires de Trévoux (M.S.). Mais c'est Jean-Louis Jolivet qui reçoit la direction du journal et la conserve jusqu'à sa mort. Si l'on en croit les Mémoires secrets qui, dès le 21 juillet 1762, notent que le périodique n'est «ni aussi bien écrit ni aussi savamment discuté», «ce triste médecin», incapable de «l'aménité de style» dont Berthier parait son «pédantisme», aurait jeté dans l'ouvrage une «sécheresse» et une «insipidité», source de discrédit. Il est vrai que Jolivet rejetait la responsabilité de cette médiocrité sur ses «acolytes» (ibid.). B. Mercier de Saint-Léger lui succède en octobre 1764 (v. D.P.1 889).

7. Publications diverses

Catalogue B.N.

8. Bibliographie

Desessarts, t. IV, p. 34 ; Q. ; H.P.L.P., t. II, p. 269-270.– M.S., t. I, 16 mai, 30 juin, 21 juil. 1762, 21 avr. 1763 ; t. II, 24 juin 1764.– Sommervogel C., Table méthodique des Mémoires de Trévoux. 1701-1775, 1re partie, Paris, Durand, 1864, «Essai historique sur les Mémoires de Trévoux», p. XCV-XCVI.