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Henry Elisabeth GAUFRETEAU (1744-1820)

État civil

Né le 25 octobre 1744 à Léognan. Fils d'Alphonse de Gaufreteau, écuyer, et de Jacquette de Rolland (elle-même fille de Richard de Rolland du Pont). Baptisé le 31 octobre 1744 à Saint-André à Bordeaux (c). Sa famille paternelle est de «noblesse relativement récente mais incontestable» (D). Il a quatre sœurs et un frère (D). A en croire Bernadau (f), il ne serait qu'un bâtard, fils d'un Président de Toulouse, amant avoué de sa mère. Il meurt sans postérité « au lieu de Laroque, commune de Saint-Germain La Rivière » (canton de Fronsac), le 27 novembre 1820 (a). Il est connu sous le nom de chevalier de Gaufreteau ou de Gaufreteau de Lagorce ou de Saint-Germain (D).

Formation

En 1818, il est membre de la Société d'Agriculture de Libourne (D).

Carrière

Il embrasse la carrière militaire (D) et, dans les actes officiels, est présenté comme officier ou capitaine d'infanterie. Après avoir été à Paris - où il aurait fréquenté «tous les tripots et mauvais lieux » (f) -, il revient à Bordeaux et cultive les lettres qu'il n'a jamais abandonnées (D). Il fait jouer une comédie : Le Cheval de Caligula, qui, selon Bernadau (f), est tellement sifflée qu'une jeune actrice, «débauchée» par l'auteur, en retient le nom de «jument de Caligula». En 1783, il demeure «rue du Palais Galien, faubourg et paroisse Saint-Saurin» (b). L'année suivante, il participe à la fondation du Journal de Guienne qu'il rédige et dirige pendant quatre ans. En 1788, il réside «fossés du Chapeau Rouge, paroisse Saint-Rémy» (b). Le 19 février, il forme une société avec J. de Pereyra et F.C. de Martin lequel a obtenu, par arrêt du Parlement de Bordeaux en date du 19 juillet 1787, le privilège de l'encan pour la vente des chevaux : G. est chargé d'annoncer les encans, de rédiger et faire distribuer les prospectus nécessaires à la publicité de l'établissement (le Journal de Guienne est une tribune privilégiée) et de s'occuper de toutes les affaires litigieuses (b). Cette même année 1788, il est - avec le vicomte de Lafaye, Verdery, Latuillière et Gensonné - directement nommé jurât par le Ministère, «en violation des droits, libertés et usages de la ville». Il refuse (ainsi que les autres), vivement approuvé par le Parlement (D : O). Il rédige alors, pour assurer les bases d'une organisation régulière, un projet de Constitution qui est discuté au Musée de Bordeaux (O) et où il propose «une imitation des Etats provinciaux de Bretagne et de Languedoc» (D). Le 10 novembre 1788, il signe, au titre de «notable», les remontrances adressées au Roi par les membres des «trois Ordres qui forment la Corporation Municipale» de Bordeaux (O). Il est au nombre des nobles bordelais qui, en 1789, sous la présidence du grand sénéchal de Guyenne, M.A. Dupérier, procèdent à l'élection des députés aux Etats Généraux (D). Il est, d'autre part, l'un des signataires d'une pièce imprimée en 1789 sous le titre : Discours par l'un de messieurs les gentilshommes de Bordeaux à l'Assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Guienne, tenue chez les RR.PP. Jacobins de cette ville le mardi 10 février 1789 (D ; f). Il émigré en 1792 (Labadie) et sert en qualité de capitaine d'infanterie dans l'armée de Condé (D). Il revient à Bordeaux dans les dernières années du siècle et prend part à une querelle locale relative à la réfection du plafond du Grand-Théâtre (D).

Situation de fortune

Le 14 août 1783, il vend pour la somme de 2600 £ des pièces de terre situées à Blanquefort et qu'il possède du chef d'une tante, Marie Anne Bougiraud, veuve de M. Labat, par testament en date du 5 septembre 1766 (b). Il semble bien que le lancement du Journal de Guienne ait été pour lui un moyen d'arranger ses affaires domestiques (g). Le périodique aurait en effet rapporté plus de 12 000 £ de profit (f). Le 28 octobre 1787, Bernadau (f) nous apprend que le trésorier du Journal, décrété pour abus de confiance et emprisonné, devrait au directeur 8000 £. Fin 1788, G. cède son privilège à Denis Dorte moyennant une pension annuelle de 5000 £ (f). Dans le cadre de la société formée pour l'encan des chevaux, il verse 10 000 £ sans intérêt (de même que Pereyra) « pour contrebalancer le privilège » dont Martin est détenteur. Le contrat stipule que les bénéfices et les pertes seront partagés et supportés «par égale portion» entre les associés (b).

Activités journalistiques

Il est, avec l'abbé Dupont des Jumeaux et L.G. de Clozanges, l'un des fondateurs du Journal de Guienne, Dédié à M. le Mal Duc de Mouchy (Bordeaux, J.B. Séjourné, puis P.G. Calamy, puis Simon de la Court, 1er sept. 1784 - 16 sept. 1790, in-40, quotidien ; D.P.1 647). Permis d'imprimer et distribuer en date du 3 août 1784. Prix : 24 £ pour Bordeaux et 28 pour la province et tout le royaume.

C'est l'abbé Dupont des Jumeaux, précepteur des fils de l'intendant Dupré de Saint-Maur, qui, si du moins on l'en croit, aurait eu le premier l'idée du Journal de Guienne -créé au dépens des Labottière, propriétaires des Affiches de Bordeaux - lesquels se seraient empressés de l'évincer sous le prétexte que ses liens avec l'intendant pouvaient nuire au succès de la feuille (g). Quoi qu'il en soit, l'abbé ayant quitté Bordeaux et Clozanges étant mort en 1785, G. demeure seul à la tête du périodique et le dirige jusqu'à la fin de 1788. « Son affectation mortifiante » à critiquer les acteurs de Paris venus sur le théâtre de Bordeaux explique la défense qui lui est finalement faite de parler des œuvres représentées (e). Même après avoir « résigné son bénéfice littéraire » en faveur de Denis d'Orte, il continue à faire paraître quelques pièces (poésies, charades) dans le Journal (f).

Publications diverses

Le Cheval de Caligula, comédie burlesque, Bordeaux, Philip-pot, 1780, in-8° (d et f). Réimprimé sous le titre : Honni soit qui mal y pense ou Le Cheval de Caligula, Bordeaux, Philippot, 1782, in-40 (d). Dans une lettre au rédacteur, insérée dans le n° 52 du 26 déc. 1782 des Affiches, G. annonce son intention de publier 84 lettres de Henri IV qu'il possède. Mais cette annonce n'a pas été suivie d'effet {h ; D). Sa critique en vers du plafond du Théâtre de Bordeaux décoré par Lacour est reproduite par J. Delpit (D). Il aurait publié des romans sous le pseudonyme d'Avalos (ibid.).

Bibliographie

A.D. Gironde : (a) Fonds communal 414 E2 ; (b) II E 1321 ; (c) IV E 231. – A.M. Bordeaux : (d) ms. 169 (fonds Aurélien Vivie, Bibliographie girondine, t. XXVIII, p. 54) ; (e) 84 Registres. – B.M. Bordeaux : (f) ms. 713, Œuvres complètes de Bernadau, t. III (p. 453), t. V-VI (passim), t. XLI (p. 203 et suiv.) ; (g) ms. 829 (I-II) (Archives du Musée de Bordeaux, 1785, 5, p. 142-150, et 13, p. 165-166) ; (h) ms. 1696 (XIX) (p. 21). – (D) Gaufreteau Jean de, Chronique bordeloise, t. II (1600-1638), éd. Société des bibliophiles de Guyenne, Bordeaux, G. Gounouilhou, 1878 (Appendice : «Essai généalogique sur la famille Gaufreteau», par J. Delpit, notamment p. 420-427). – Féret E., Statistique générale de la Gironde, t. III, Biographie, Bordeaux, Féret, 1889, art. «Gaufreteau». – Labadie E., La Presse bordelaise pendant la Révolution : bibliographie historique, Bordeaux, Cadoret, 1910, p. 27 et suiv. – (0) O'Reilly P.J., Histoire complète de Bordeaux, 2e éd., Paris, 1863, t. III, p. 560 et suiv.

Auteur(s) de la notice


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