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BRUIX (1728-1780)

État civil

Le chevalier de Bruix est fils d'un officier, signalé en 1766 comme mort au service. Les registres paroissiaux de Bayonne mentionnent plusieurs familles Bruix ou de Bruix. Si, en 1728, seule est annoncée la naissance d'un fils de Pierre Bruix cabaretier («Le vingt-septieme septembre 1728 a été baptisé Pierre Bruix, né la veille, fils de Pierre Bruix, cabaretier et de Jeanne Biton»), les registres de 1726 et 1729 nous apprennent la naissance de deux fils de Bernard de Bruix, lieutenant-colonel à la Suite de Bayonne, et de Marie de la Salle : le premier baptisé le 3 août 1726 et prénommé Pierre Etienne, le second né et baptisé le 9 juin 1729 et prénommé Jean Louis Félicien. Faut-il rattacher à cette famille le chevalier qui aurait vécu à Bayonne dans «la meilleure compagnie» ? N'oublions pas que l'auteur de la notice du Nécrologe assure qu'il est «d'une des plus anciennes races de la Chalosse», «la terre, baronnie de Bruix» étant «dans sa Maison depuis Philippe le Hardi». Quoi qu'il en soit, le chevalier a deux frères : l'un dit Bruix l'aîné, marié à Lorient ou au Port-Louis et qui, ayant dissipé les fonds d'une caisse qui lui avait été confiée, est obligé de s'enfuir (vers 1761), l'autre dit (de) Bruix du Sandau, qui, en 1766, se présente comme ancien capitaine d'infanterie et qui, parti à Saint-Domingue, revient de temps en temps en France.

Carrière

Ayant quitté Bayonne pour Paris, le chevalier y exerce la banque rue Beaurepaire. Mais il ne réussit pas (il manque à la foi publique) et se met alors, avec son frère aîné qui l'a rejoint, à vivre d'intrigues et d'expédients. C'est ainsi qu'il revend à bon marché et au comptant des marchandises qu'il a achetées à crédit. Dans le cadre de cette activité, il entre en relation, vers la fin de 1762, avec un marchand épicier de la rue Neuve des Petits Champs, Antoine Sauvel, auprès de qui il va s'endetter et emprunter, en l'espace de deux ou trois ans, des sommes considérables. Lui et son frère se lient alors intimement avec deux autres Bayonnais, amis d'enfance et d'école retrouvés à Paris (l'un d'eux est Pierre Nicolas Coste d'Arnobat), et tous quatre vont abuser de la crédulité et de la facilité de Sauvel, peut-être flatté, comme le suggère le rapport du commissaire Chenon, de parler sur un ton d'égalité avec de jeunes «gentilshommes». En juin 1764, ils louent à Lay, sous le nom de Coste, une maison ou ils s'installent «en société» (auparavant les deux frères Bruix ont habité rue de Tournon chez Clossin, traiteur et tenant de chambres garnies). Ils poursuivent là une affaire de chimie ou... d'alchimie, dirigée par un certain M. de Langlade et dont le succès est annoncé comme infaillible. En même temps, ils y attendent Bruix du Sandau qui, venant de Saint-Domingue, leur a demandé de louer pour lui une maison à la campagne ainsi qu'un appartement à Paris (cet appartement est retenu a l'Hôtel de Bayonne, rue Saint Honoré, vis-à-vis le Palais Royal). Pour mener à bien leurs opérations de chimie, pour accueillir décemment «Bruix l'Americain» qui aurait promis de rembourser dès son arrivée, et aussi pour subsister, les Bruix et leurs compagnons ne cessent de soutirer marchandises et argent à Sauvel, qui, en juin 1765, à l'occasion du renouvellement du bail, se porte caution des meubles de la maison de Lay. Tous semblent mener joyeuse vie et se rendent souvent à Paris pour se divertir. Le chevalier a pour maîtresse la Merville (ex La Guérin) qui demeure rue Poissonnière où il va fréquemment. Mais, en avril 1766, Sauvel, qui se prétend embarrassé pour satisfaire à des engagements relatifs à son commerce et qui constate que Bruix du Sandau, arrivé en France, refuse d'acquitter les dettes de ses frères, porte plainte, nie, à l'encontre de ce que soutiennent ses débiteurs, qu'il ait jamais eu l'intention de mettre des fonds dans l'entreprise de chimie et d'en accepter les risques. D'abord objet d'une tentative d'arbitrage confiée par M. de Sartine au fils de l'avocat genéral Joly de Fleury, l'affaire finit par prendre l'allure d'une véritable affaire d'escroquerie et le Roi donne l'ordre, le 1er septembre 1766, d'arrêter et de conduire en prison le chevalier et son frère. Ceux-ci s'enfuient alors à l'étranger et se réfugient à Bruxelles. Dès son arrivée, le chevalier écrit à M. de Sartine une lettre ou il lui rapporte l'histoire de sa vie et lui donne sa version de l'affaire. Près de quatre ans plus tard, il lui adresse un nouveau Mémoire, le priant de «retirer» les lettres de cachet qui le regardent, lui et son frère, puisqu'ils «ont pris des mesures pour assurer au Sieur Sauvel ce qui lui est du». Le Roi révoque ses ordres le 15 avril 1770 et le comte de Saint-Florentin expédie les ordres nouveaux le 18 avril. Le chevalier et son frère rentrent en France.

Situation de fortune

Le père officier ne laisse aucun bien à ses enfants. Comme le chevalier dépense beaucoup, alors qu'il n'a ni état ni fortune soutenue, il se couvre de dettes, emprunte et, dans l'embarras, ne recule pas devant des moyens plus ou moins répréhensibles. Il quitte sa chambre de la rue de Tournon sans acquitter le loyer, abandonnant une malle où il n'y a presque rien et, après son départ, pleuvent assignations, significations, sentences, lettres de change pour être payées. La dette contractée auprès de Sauvel s'élève globalement à 30 000 £ environ. Certes, le chevalier et ses complices font des reçus, signent des billets à ordre, mais, à l'échéance, les laissent impayés. Et, a la suite de la tentative d'arbitrage, ils ne se soucient pas de respecter les termes de l'accommodement selon lequel ils doivent verser immédiatement (fin avril) 2000 £ à Sauvel et la même somme tous les trois mois jusqu'à extinction complète de la dette.

Activités journalistiques

Le Conservateur ou Collection de morceaux rares et d'ouvrages anciens, élagués, traduits et refaits en tout ou en partie, continué par Le Conservateur ou Collection de Morceaux rares et d'ouvrages anciens et modernes imprimés ou manuscrits, élagués, traduits et refaits en tout ou en partie, Paris, Lambert, 1756-1758 (D.P.1 222) et 1761 (D.P.1 223), 38 vol. au total. Le privilège est au nom de B. En janvier 1758, B. et Turben en sont considérés comme les auteurs (B.N., f.fr. 22160, f° 72, 19 janv.) ; le n° d'avril paraît avec permission tacite (ibid., f. 85) ; le n° de juin est donné comme de Turben seul (f° 97) ; les numéros d'août, septembre et octobre paraissent en février 1759 : «Cet ouvrage qui était resté suspendu va reparaître assidument depuis que le sieur Turben l'a quitté et que le chevalier de B. l'a repris. Je crois que Fréron y travaillera aussi» (f.fr. 22161, f° 9, 1er mars 1759).

Le Discoureur, Amsterdam et Paris, chez Fournier, 16 février-7 décembre 1762, un volume in-8° de 568 p., l'exemplaire retrouvé comptant 50 numéros (D.P.1 355).

Publications diverses

Voir Cior 18, n° 14281-14286 : Réflexions diverses de M. Ie chevalier de B[ruix], Londres, Paris, 1758. Les Après-Soupées de la campagne, ou Recueil d'histoires courtes, Amsterdam et Paris, 1769, 2 vol. (en collaboration avec Antoine de Leris). – Sennemours et Rosalie de Civraye, histoire française, Amsterdam et Paris, 1773, avec permission tacite du 17 décembre 1772. Cécile, drame en trois actes et en prose, Londres et Paris, 1776.

Bibliographie

D.B.F , D.L.F. – Nécrologe, 1781, p. 117-128. – A.M. Bayonne, Reg. par., G.G. 70 et 73 ; Ars., Archives de la Bastille 12272 f° 153263.

Auteur(s) de la notice


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