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François Marie Arouet de VOLTAIRE (1694-1778)

État civil

Les détails de la vie, de la formation, de la carrière, de la fortune et des options de Voltaire sont trop connus pour que nous en parlions, même brièvement, ici. Nous nous attacherons uniquement à examiner les propos portés par Voltaire sur les journaux et les journalistes et à résumer sa brève carrière de journaliste.

Opinions

Bien qu'il reconnaisse à Renaudot la priorité chronologique (il ne nomme pas Vendosme), V. n'a d'yeux que pour le Journal des savants, «le père de tous les ouvrages de ce genre» (Le Préservatif, 1738, M, t. XXII, p. 371, et surtout Le Siècle de Louis XIV, Catalogue des écrivains, art. « Gallois » et «Sallo», et chap. XXXI, M, t. XIV, p. 75, 131-132, 357). Bayle a perfectionné le genre, ajoute-t-il ; ensuite le genre s'est déshonoré sans arrêt. Très tôt V. s'est vu critiqué dans les journaux et jamais il n'a épargné les journalistes hostiles qu'il mettra dans le même sac que les libellistes, les folliculaires et autres écrivassiers. Contre Desfontaines, il écrit Le Préservatif et de nombreuses satires ; sa haine pour Fréron est légendaire ; les gazettes de Hollande, si libres dans leurs propos ne trouveront jamais grâce à ses yeux. On ne saurait rapporter ici ses propos sur Desfontaines, Fréron, les auteurs du Journal chrétien, du Journal économique, des Mémoires de Trévoux, des Nouvelles ecclésiastiques, etc. Seuls trouveront grâce les journaux philosophiques : les Nouvelles de Bayle, le Journal des savants, le Journal encyclopédique et la Gazette littéraire de l'Europe pour ne citer que ceux-ci. Pour les journalistes hostiles, V. n'a eu que du mépris : inspirés par «l'envie, la bassesse et la faim» (Le Monde comme il va, 1746, M, t. XXI, p. 11), ces «petits regratiers de la littérature» sont une «canaille qui en barbouillant du papier pour vivre, ose avoir de l'amour-propre» (à Condorcet, 18 juil. 1774, D19028). Dans L'Ingénu (1767, M, t. XXI, p. 278), le héros et Gordon s'en prennent à ces «brochures périodiques où des hommes incapables de rien produire dénigrent les productions des autres» et comparent leurs auteurs à «certains moucherons qui vont déposer leurs oeufs dans le derrière des plus beaux chevaux : cela ne les empêche pas de courir». Mépris catégorique donc, gratuit même, foncier, qui fut celui de toute une vie. V. ne semble avoir consacré qu'un texte théorique au journalisme : les Conseils à un journaliste datés du 10 mai 1737 et remaniés par la suite (M, t. XXII, p. 241-266). Il s'agit en fait de conseils-réponses au rédacteur d'un nouveau périodique littéraire, vraisemblablement le marquis d'Argens (Sgard, p. 849-850). La principale garantie de succès, c'est l'impartialité ; il faut y rajouter la science, le goût et la justice ; en outre, quant au contenu, rien n'est à dédaigner. Après ces généralités préliminaires suit une liste de conseils appropriés aux différents sujets abordables dans un tel périodique : philosophie, histoire, mélanges littéraires, anecdotes, langues et style. On y retrouve les caractéristiques générales : des propos honnêtes, jamais blessants ou injurieux, vrais et respectueux, instructifs, clairs et sobres dans une forme qui bannira le néologisme, l'affectation, s'inspirera en un mot de celle de Bayle, le grand guide en la matière.

Activités journalistiques

La collaboration de V. à différents journaux peut être de divers ordres. On ne saura jamais faire sans doute le compte exact de toutes les lettres, de tous les vers, de tous les extraits de V. publiés dans tous les journaux de l'Europe en son temps : il s'agit là de collaboration indirecte, même pour des journaux aussi philosophiques que le Journal encyclopédique. Il y a eu aussi une collaboration voulue. Par exemple, en juin 1738, au moment de la publication des Eléments de la philosophie de Newton, V. fait insérer dans le Journal des savants deux textes qui deviendront le Fragment d'un mémoire envoyé à divers journaux (M, t. XXII, p. 277-278) et un Mémoire (M, t. XXII, p. 389-391). On peut enfin retenir deux collaborations suivies. En premier lieu il faut citer les 24 comptes rendus publiés de mars à novembre 1764 dans la Gazette littéraire de l'Europe d'Arnaud et de Suard et bien analysés par Bédarida. Cette collaboration fut entreprise dans l'enthousiasme mais marqua rapidement le pas. En second lieu, il faut signaler les cinq comptes rendus publiés d'avril à juillet 1777 dans le Journal de politique et de littérature de C.J. Panckoucke. V. collabora à cette feuille sur la demande du journaliste (lettre du 15 févr. 1777, D20565) ; il estimait beaucoup le journal (voir ses lettres à Panckoucke, La Harpe, 15 févr., 2 avril, 4 juin, 6 oct. 1777, D20565, 20638, 20501, 20828). V. avait exigé l'anonymat (lettre du 4 juin 1777, D20684) : il se plaignit de voir ses initiales au bas des comptes rendus. L'examen de ces contributions volontaires marque un certain rapport avec les Conseils à un journaliste. La part journalistique dans l'œuvre de V. reste minime. Ce phénomène s'explique peut-être par le fait qu'il n'a jamais tenu, semble-t-il, les journalistes et les journaux en haute estime, exception faite toutefois pour ceux qui servaient au mieux tous ses intérêts.

V. a cependant accordé au Mercure de France et au Journal des dames la faveur de publier des textes inédits. Il livre une suite de chapitres (environ 200 p.) du futur Essai sur les mœurs au Mercure entre avril 1745 et juin 1746, soit du temps de Fuzelier et La Bruère, puis, peu après l'arrivée de Raynal à la direction, entre septembre 1750 et février 1751 (Essai sur les mœurs, éd. R. Pomeau, Garnier, 1963, t. I, p. LXVII). Il accorde a la baronne de Princen la publication du Crocheteur borgne dans le Journal des dames de mars 1774. Et n'oublions pas toutes les pièces fugitives semées ça et là : Cramer, en 1769, jugeait déjà inutile de «fureter dans toute l'Europe» pour retrouver «les rogatons et les fadaises qui peuvent avoir échappé au vieux bonhomme» (lettre à Panckoucke, 6 sept. 1769, citée par Tucoo-Chala, p. 123).

Bibliographie

V., Correspondence, éd. Besterman. – (M) ld., Œuvres complètes, éd. L. Moland, Paris, 1877-1885. – Bédarida H., «Voltaire collaborateur de la Gazette littéraire de l'Europe», dans Mélanges d'histoire littéraire générale et comparée offerts à Fernand Baldensperger, Paris, 1930,1.1, p. 24-38. – Charlier G. et Mortier R., Le Journal encyclopédique, Bruxelles, 1952. – Froidcourt G. de, Pierre Rousseau et le Journal encyclopédique à Liège, Liège, 1953. – Trompeo P.P., L'Azzuro di Chartres e alti caprici, Rome, 1958, p. 103-109. –Fields M.P., Voltaire et le «Mercure de France», Columbia, 1959. – Pomeau R., Voltaire en son temps, t. I, D'Arouet à Voltaire, Oxford, 1985. – Sgard J., «Voltaire et la passion du journalisme», dans Le Siècle de Voltaire : hommage à René Pomeau, Oxford, 1987, t. II, p. 847 et suiv.

Additif

Opinions: Dans un livre bien informé, J.S. Niati expose les contradictions de Voltaire vis-à-vis de la presse de son temps. Il en a vu l’importance, il l’a exploitée, mais tout en défendant les principes de tolérance, il a constamment cherché à rabaisser et à exclure ses adversaires, notamment Desfontaines et Berthier.

Bibliographie: Niati, Justin S., Voltaire confronte les journalistes. La tolérance et la liberté de la presse à l’épreuve, « Currents in comparative romance languages and literatures », Peter Lang, 2008. (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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