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Jean ROMILLY (1714-1796)

État civil

Jean Romilly est né le 29 juin 1714 à Genève et il est mort à Paris le 16 février 1796. Il descend d'une famille d'horlogers huguenots, originaire de Gien-sur-Loire, réfugiée à Genève et appartenant à la bourgeoisie de cette ville depuis 1627 (D.H.B.S.). Il eut trois frères. Vers 1738 il épouse une française, Elisabeth Adrienne Joly (née vers 1719 ; voir Leigh, n° 6111 n.), dont il eut au moins trois enfants : Jean Edme (1739-1779) et Elisabeth Jeanne Pierrette (i744?-i8i5). Jean Edme lui donna plusieurs petits-enfants en épousant la fille de l'inventeur Argand : une fille, Christine, qui épousa en 1792 Gédéon Mallet, pasteur. A la génération suivante, il y eut alliance avec la famille Cramer (A.N., Archives privées) ; François, né en 1764, avocat et homme politique pendant toute la Révolution, de 1792 à 1798 (voir E.L. Burnett, Le Premier Tribunal révolutionnaire). Il eut une fille, Jeanne Louise Amélie, née en 1788, qui épousa Munier, un des biographes de la famille (D.H.B.S.). Elisabeth Jeanne Pierrette épousa vers 1766 Guillaume Ollivier de Corancez (voir art. «Corancez»). Le D.H.B.S. précise que les Romilly avaient donné un grand nombre d'orfèvres et de graveurs et qu'une branche de la famille, originaire de Montpellier, se fixa en Angleterre en 1701. Ce sont peut-être les ascendants de Samuel Romilly dont il est question au paragraphe 3. Mais Leigh affirme que les deux Romilly, Jean et Samuel, n'ont aucun lien de famille.

Formation

Comme ses trois frères, R. fut apprenti horloger. Sa mauvaise orthographe indique qu'il fit peu d'études. Tout en gardant son titre de citoyen de Genève, il émigra à Paris étant jeune homme et s'y qualifia comme maître horlogiste (Kafker). II dût apprendre aussi la gravure, puisque, selon Leigh, ce fut lui qui grava la devise de J.J. Rousseau : « Vitam impendere vero» (Leigh, n° 2720 n.).

Carrière

En 1755, il construit une montre ne nécessitant d'être remontée que tous les huit jours, durée qu'il porte à un an en 1763. Il met au point un système d'échappement inventé par Beaumarchais, ce qui occasionne sa collaboration à l'Encyclopédie. Il écrit onze articles, où il se montre autant théoricien que praticien d'horlogerie (Kafker). Ses compétences lui permettent d'acquérir une certaine notoriété. En 1777, alors qu'il tient toujours son échoppe d'horloger place Dauphine, il fonde avec son gendre le Journal de Paris (voir D.P.1 682). En 1790, il propose un texte à l'Académie des sciences, mais le retire avant jugement. Durant la Révolution, il ne semble pas avoir eu d'activités politiques.

Situation de fortune

La réputation acquise dans son activité d'horloger aurait dû lui être lucrative : «Je fournissois des montre de mon nom a plusieur horlogers de province qui Sur ma réputation pouvais me les payer un bon prix puisqu'il les vendois en concequance». Mais il estime avoir pâti des finesses des commerçants, de l'ingratitude de ses ouvriers (il a pu en avoir jusqu'à 200), et de sa propre honnêteté qui l'ont empêché, avec sa femme et ses enfants, de gagner plus : « nous travaillons tous beaucoup [...] mais nous Somme faible a nos propre interés» (Leigh, n° 2720). En revanche, la copropriété du Journal de Paris fut une bonne affaire (D.P.1 682).

Opinions

R. est d'abord un calviniste libéral. Son épouse, catholique, abjura en 1746 et se convertit à la religion de son mari en 1757 (Leigh, n° 6111 n.). Mais il fut avant tout rousseauiste. Le message de Jean Jacques l'enflamme et suscite sa propre confession, dans une «lettre-journal» qu'il rédigea pendant près d'un an, et qu'il lui envoya le 23 mai 1763 (Leigh, n° 2720), alors qu'il le connaissait depuis plusieurs années déjà. Il se définit comme déiste, mais, contrairement à Voltaire, il croit au «meilleur des mondes possibles». Son libéralisme se traduisit dans l'éducation qu'il donna à ses enfants : son fils, Jean Edme, qui écrivit dans l'Encyclopédie, retourna à Genève comme pasteur et prédicateur, tandis que sa fille, au contraire, était franchement incrédule, détestait l'esprit genevois et préférait admirer les institutions anglaises. Le patriotisme, l'utilité sociale, sont ses valeurs : «rien ne me serre tant le cœur que lorsques je vois gagnier beaucoup d'argent par des routes que ne rendes justices a personnes » ; « il me semble que vous en voulez un peu trop au artiste, le mal qui se trouve dans la Société, vient moins d'eux que de ceux qui les employé». Au contraire de Rousseau, et s'appuyant sur les principes physiques du mouvement, il estime que c'est l'inégalité et le mouvement qui produisent la vie, que les hommes sont par nature inégaux, et que cette inégalité est le gage de l'originalité des individus et de l'excellence de quelques-uns (Leigh, n° 2720). Les deux Genevois avaient donc beaucoup en commun. Rousseau, bien que plus distant, était sincèrement attaché à R. (Kafker). Leurs relations étaient telles que les M.S., le 21 juil. 1778, croit pouvoir avancer : «On croit que c'est cet horloger qui est dépositaire des papiers et autres effets littéraires de la succession de ce philosophe» (Leigh, n° 7205 n.). R. s'était fait, grâce à sa réputation, beaucoup d'autres relations. Depuis 1751, il est en correspondance avec le conseiller au Parlement de Rouen, Pigou et, dans ce cas, il précise que c'est sa femme «qui tien la corespondance». Ses relations amicales s'étendent aussi aux Du Fossé, famille de parlementaires jansénistes, au premier plan de l'opposition à Louis XV (ibid.). En 1765, R. se brouille temporairement avec d'Alembert qui ne sut pas l'aider dans un différend qu'il eut avec l'Académie des sciences et avec Diderot, car R. prend parti pour Rousseau (Leigh, n° 6111, 3 nov. 1767). Cependant la brouille ne fut pas définitive car, vers 1781, R. introduisit Samuel Romilly auprès de Diderot et d'Alembert. Samuel le décrit comme un jeune homme de soixante-dix ans, vif et gai (Kafker).

Activités journalistiques

R. fut, avec Corancez, d'Ussieux et Cadet le Jeune, l'un des fondateurs du Journal de Paris (D.P.1 682). Il y tint la rubrique météorologique et rédigea quelques articles : lettres signées : 22 sept. 1777 : «Idée relative aux serrures de sûreté» ; 19 janv. 1778 : sur l'impossibilité du mouvement perpétuel ; 14 nov. 1778 : montre de paille ; 10 déc. 1781 : «Observations sur le baromètre». C'est dans cet article que R. indique qu'il est « chargé personnellement de la rubrique météorologie». Il polémique avec Changeux (échange de lettres jusqu'au 23 déc) ; quelques articles non signés peuvent lui être attribués : 25 janv. 1779, Extrait de la Vie de Sénèque le philosophe, mais ce peut être aussi son gendre Corancez (Leigh, A.211 n.) ; 21 mars 1780 : Nouvelle serrure de sûreté ; observations météorologiques du 22 déc. 1779 ; 17 avril 1780 : «Effets d'un Pendule de compensation par le Sieur Grenier, Horloger» ; 27 déc. 1780 : description de l'horloge placée à l'Hôtel de Ville ; 1er janv. 1783. annonce qu'il a adapté une «machine stationnaire» à son pendule et à son baromètre ; 14 oct. 1787 : rubrique « Arts » : article sur l'horlogerie : projet d'Etablissement par M. Bralle, avec la protection du Gouvernement, après avis de Berthoud, Bréquet, Gresson, R. et Paute. R. ne semble pas avoir pris d'autres responsabilités dans le Journal de Paris, en dépit de sa boutade selon laquelle, grâce à sa rubrique météorologique, «il faisait la pluie et le beau temps». Par exemple, lors des différents épisodes des publications des Confessions de J.J. Rousseau, seul son gendre Corancez est attaqué. Le 2 août 1778, le marquis de Girardin lui écrit : «Je vous plains sincèrement, Monsieur, des procédés du journaliste de Paris vis à vis de la mémoire de M. Rousseau, de sa femme et de moy, parce que je suis sur que dans le fonds de votre cœur vous les désaprouvés» (Leigh, n° 7233).

Publications diverses

Voir dans Leigh sa « lettre-journal » à Rousseau du 23 mai 1763 (n° 2720), qui constitue une sorte d'autobiographie. II y mentionne un Mémoire qu'il aurait fait « pour blâmé l'usage de metre des nom étranger Sur les montres de Genève».

Bibliographie

Haag. – [D.H.B.S.) Dictionnaire historique et biographique delà Suisse, Neuchâtel, 1926. – A.N., répertoire des Archives privées. – Journal de Paris. – Munier et Chennevière A., Nos Anciens et leurs oeuvres, 1916. – Des passages de la présente notice sont la traduction de l'article de Franck A. Kafker dans The Encyclopedists as individuals : a biographical dictionary of the authors of the Encyclopédie, S.V.E.C. 257, 1988, p. 333-336. Kafker s'appuie sur Leigh, sur l'ouvrage The Life of Sir Samuel Romilly writen by himself, London, 1842, et sur divers ouvrages traitant de l'horlogerie et de l'Encyclopédie (voir sa bibliographie, p. 336). Nous avons complété par d'autres extraits de Leigh.

Auteur(s) de la notice


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