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Pierre NOGARET (1742-1823)

État civil

Pierre Jean Nogaret (souvent dit Nougaret) est né à la Rochelle le 17 décembre 1742 et a été baptisé le 18, fils légitime de Pierre Nogaret et de Marie Louise Bourgeois (A.M. la Rochelle) et mort à Paris en juin 1823 (B.N.C.). D'après Rétif de La Bretonne, il a été marié à Angélique Minot, fille d'un lunetier, et a abandonné ses trois enfants, deux filles et un garçon (Nuits de Paris, 300e, 307e et 379e nuits ; R, t. II, p. 215, 1141, n. 3). Rétif le surnomme Gronavet, Progrès, Mamonet, etc.

Carrière

Il essaie de se faire connaître comme écrivain dès 1760 : il fait jouer à Toulouse en 1760 une comédie en un acte, L'Incertain ; il ajoute à une édition lyonnaise de la Dunciade en 1763 un quatrième chant (C.L., juin 1764, t. VI, p. 9), qu'il publiera en 1771, puis rédige une «épître obscène» qui lui aurait valu, selon Rétif, trois mois à Bicêtre (307e nuit) ; il compose en 1763 une héroïde en faveur de Calas (L'Ombre de Calas, le suicidé à sa famille), qui obtient l'approbation de Voltaire ; il fait des vers pour le portrait de Mlle Clairon (M.S., 19 août 1764) ; il publie en 1765 son premier roman, Lucette, ou les dangers du libertinage.

Il a connu jusqu'à la Révolution la carrière d'un écrivain vivant de sa plume, spécialisé dans les recueils d'anecdotes, la comédie et le roman, «à l'affût de toutes les modes, de toutes les commandes de libraires, prêt à écrire tout ce qui peut être aisément monnayable» (R, t. II, p. 1136). En 1766, il sollicite Rétif de La Bretonne, alors prote chez le libraire Quillau, à la fois pour se faire éditer et pour lui emprunter 12 £ (lettres de N. à Rétif, ibid., p. 1136-1137). Les deux écrivains se lancent dans des carrières rivales, traitant les mêmes thèmes et empruntant souvent l'un à l'autre (ibid., p. 1137-1139) ; la rivalité tourne à la haine inexpiable à partir de 1787, et Rétif ne cesse plus de couvrir N. d'injures, (ibid., p. 1139-1140 ; voir Les Nuits de Paris, 37e, 103e, 118e nuit, etc.) ; N. lui rend la pareille, en particulier dans ses Historiettes. Cependant N. se faufile dans le monde du théâtre, travaille pour Audinot, directeur de l'Ambigu-comique dans les années 1770 (R., t. II, p. 190-191), s'introduit auprès de Mme Du Barry et parvient à faire jouer à Choisy, par le théâtre d'enfants, Il n'y a plus d'enfants, petite comédie en prose donnée à l'Ambigu (M.S., 9 avril 1772 ; Rétif, 118e nuit). Après avoir prôné dans son Art du théâtre (1769) le genre moral et sensible, en particulier à l'Opéra-comique, il publie en 1777, en collaboration avec Jean Henri Marchand, Le Vidangeur sensible, amas de «catastrophes horriblement noires» (F. Gaiffe, Le Drame en France au XVIIIe siècle, A. Colin, 1907, p. 137-138 et 310). Aucune de ses pièces ne lui ayant valu le succès, il se lance à partir de 1775 dans les compilations d'anecdotes. En 1789, il prend parti pour la Révolution, devient chef de division au Comité de sûreté générale ; la Convention, en récompense de ses services, lui accordera en 1795 les secours prévus pour les gens de lettres (B.N.C., Feller-Weiss). Après la Révolution, il se consacre plus que jamais aux recueils d'anecdotes historiques.

Activités journalistiques

Auteur de nombreux almanachs et de recueils d'anecdotes (liste dans Cior 18), d'une revue annuelle, Les Spectacles des foires et des boulevards de Paris, qui connut au moins cinq volumes (Cior 18, n° 48417-48420), N. fut certainement un authentique journaliste, même si la plupart de ses recueils ne sont pas soumis à une publication périodique.

Il publie en 1775, avec la collaboration de Cerfvol et de J.H. Marchand, Le Radoteur, petite revue satirique consacrée essentiellement au théâtre (D.P.1 1155). Jean Henri Marchand, avocat et censeur, écrivain fécond (voir Cior 18, n° 42408-42451), était un collaborateur de N. (voir Rétif, «Mes censeurs» dans R, t. II, p. 1006).

En 1808, N. donne les Anecdotes secrètes du XVIIIe siècle, «rédigées avec soin d'après la Correspondance secrète, politique et littéraire» d'après Quérard et Barbier, mais sans goût et sans ordre selon Mettra, et à partir des Mémoires secrets (M. Hjortberg, Correspondance littéraire secrète. 1775-1793. Une présentation, Acta Universitatis Gothoburgensis, 1987, p.89).

Publications diverses

Il a écrit une douzaine de pièces de théâtre, environ vingt romans et recueils de nouvelles, des poèmes, des essais critiques ; voir Cior 18, n° 48387-48526 ; Brenner ; A. Martin, V. Mylne et R. Frautschi, Bibliothèque du genre romanesque français, 1751-1800, Londres, Paris, 1977.

Bibliographie

F.L. 1769, N.B.G., B.N.C., Cior 18. – Rainguet P.D., Biographie saintongeaise, Saintes, 1851. – (R) Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas, éd. de P. Testud, Paris, 1989.

Auteur(s) de la notice


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