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Madeleine FAUCONNIER (?-?)

État civil

Maîtresse de Palissot (H.P.L.P., t. III, p. 89). Pidansat de Mairobert présente Madeleine Fauconnier comme une «courtisane jadis célèbre et qui depuis a donné dans le bel-esprit» (M.S., 25 févr. 1764, t. II, p. 28), et Grimm, comme «fille du monde retirée du service à cause de la multiplicité de ses services et de son âge» (CL., t. IX, p. 199-200). Elle était mère d'une fille naturelle, Cécile, à qui elle s'efforça de conserver le privilège du Nécrologe ; après l'absorption de ce journal par le Journal de Paris, elle obtint une pension annuelle de 4000 £ réversible sur sa fille (Delay, p. 245).

Activités journalistiques

Palissot lui fait obtenir «le privilège d'annoncer les deuils de la cour aux particuliers, moyennant une rétribution de trois livres» (texte cité de Grimm). La mode de suivre à Paris les deuils de la cour s'était imposée à partir de 1747-1748 ; Barbier situe en mars 1761 l'institution d'un «bureau pour instruire les particuliers des deuils [...] moyennant trois francs par an» (Journal de Paris, t. VII, p. 339). F. publie à la même époque un Journal des deuils qui durait «depuis quelques années » quand Mairobert signale sa disparition et sa transformation en Nécrologe ; le tarif passe alors « de trois livres à six francs» (texte cité, du 25 févr. 1764). Jusqu'alors, la feuille indiquait la durée de chaque deuil et les détails correspondant à son importance ; habillement, parure, livrée, etc. Dès lors, à l'initiative de Palissot, sont ajoutées des notices sur les « personnes célèbres dans les sciences et dans les arts, mortes dans le courant de l'année» (ibid.). Le Nécrologe se perpétue de 1764 à 1782, date de son absorption par le Journal de Paris (H.P.L.P., t. V, p. 138) ; le 13 février 1782, on annonce que le Journal de Paris « s'est chargé du nécrologe de tous les personnages à talents» (M.S., t. XXII, p. 83). L.S. Mercier écrit : «Le jour indiqué par la feuille hebdomadaire, tout le monde est en noir» (Tableau de Paris, 1788, t. V, p. 120).

Le Journal des deuils publié par F. jusqu'en 1764 ne se confond pas avec la Gazette des deuils, premier titre du Nécrologe en 1765 (mentionné par les M.S. en 1766, additif pour 1766, 11 mai, t. XVI, p. 269 et par B.H.C., p. 70, à propos du Nécrologe).

Bibliographie

H.P.L.P. ; D.P.1 698 ; CL. – Delay J., Avant-Mémoires, t. III, La Fauconnier, Paris, Gallimard, 1982.

Additif

État civil : Madeleine-Joseph Fauconnier est née vers 1725 et morte le 14 septembre 1784 : « Le mardy quatorzième septembre mil sept cent quatre vingt quatre, damoiselle Maddeleine-Joseph Fauconnier, fille de deffunt André Louis Fauconnier, bourgeois de Paris, et de deffunte Madeleine Marguerine Gournay, son épouse, décédée d'hier à trois heures après midi chez Monsieur Charles Palissot, bourgeois en ce lieu ; âgée d'environ soixante ans, a été inhumée ... » (registre paroissial d’Argenteuil, cité par J. Delay, Avant-mémoires, t. 3, La Fauconnier, Gallimard, 1982, p. 353). D'après un autre acte, une demande d'émancipation, elle a 19 ans en 1744 (Delay, p. 36-37). Elle serait donc bien née en 1725. Les manuscrits de la Bastille mentionnent deux soeurs Fauconnier : l’aînée, Madeleine-Joseph (ou Josèphe), et la cadette, Marie-Anne, toutes les deux versées dans la galanterie (voir L. Bongie, From Rogue to Everymore, Mc Gills University Press, 2004, p. 193-194, 195, 196). On connaît d’autre part une Cécile Fauconnier, fille de Madeleine, née en 1750 et actrice dès 1762 si l’on en croit une lettre de Favart au comte de Durazzo datée du 11 juin 1762 : « Mlle Fauconnier est engagée dans la troupe de Versailles jusqu’à Pâques de l’année 1763. Elle est plus âgée que son âge, si j’ose me servir de cette expression ; elle ne paraît que treize à quatorze ans, et l’on assure qu’elle en a trois ou quatre de plus » (Favart, Mémoires et correspondance, Paris, Léopold Collin, vol. 1, 1808, p. 288)

Carrière : La carrière galante de Madeleine Fauconnier semble avoir commencé en 1749 ; elle est alors entretenue par le duc de Grammont ; elle joue sur son théâtre privé de Puteaux ; elle rompra avec lui en 1752 (Voir sur le site chass.utoronto.ca/trott/societe, l’inventaire « Théâtres de société » de M.E. Plagnol et D. Quéro). Les financiers Charles Le Normant d’Étioles et Étienne Bouret auraient ensuite partagé ses faveurs (Voir J. Delay, p. 175). Elle fréquente assidûment Mlle Hus, maîtresse du financier Bertin, et Mlle Astraudi, maîtresse de Le Normant. Celui-ci confie sa protégée à Madeleine F., imprudemment peut-être, si l’on, en croit un témoignage satirique un peu suspect : « Cette demoiselle Fauconnier est d’autant plus charmée de ce dépôt qu’elle aime les femmes et qu’elle fatigue la Demoiselle Astraudi à un point qu’un de ces jours en venant faire sa toilette chez elle, on a remarqué qu’elle avait les yeux battus et qu’à peine elle pouvait marcher » (ms. Bastille 11846, cité par Bongie, p. 195.)

En 1763, M.F. avait près de quarante ans. En 1766, elle s’efforce de garantir son privilège au profit de sa fille : « Dlle Madeleine-Josèphe, demeurant ordinairement à Argenteuil, Inventrice et Propriétaire de l’Annonce des deuils de la Cour et du Nécrologe des hommes célèbres » s’engage à fournir au Bureau des Correspondances un recueil annuel d’annonces contre la somme de 2400 £, somme portée ensuite à 3600 £. (Delay, ouvr. cité, p. 245). Le 31 décembre 1766, un tuteur est donné à « Joséphine-Cécile de la Mothe, mineure âgée de 16 ans » (Delay, p. 246). On en déduira que Cécile, née en 1750 hors mariage (des oeuvres du duc de Grammont ?) , avait été pourvue d’un père putatif. Sous la date du 26 mai 1773, les Mémoires secrets rendent compte de la séparation de M. F. et de Palissot : Charles Palissot s’est pris de passion pour la fille d’un bonnetier du quartier Saint-Roch et l’a aussitôt demandée en mariage : « C’est l’abbé de La Porte qui a été chargé d’annoncer à la Dlle Fauconnier, courtisane très renommée, avec laquelle il vivait, qu’il fallait se quitter. Celle-ci a reçu l’annonce très héroïquement et le sieur Palissot a actuellement installé chez lui sa nouvelle moitié ». Le mariage de Palissot avec Agnès Charlotte Petit-Radel, « fille mineure », est attesté à la date du 27 avril 1773 (voir H. Guénot, DP2, notice 613). On notera qu’à sa mort en 1784, M.F. habitait encore chez Palissot (J. S.).

Auteur(s) de la notice


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