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Victor DUBOURG DE LA CASSAGNE (1715-1746)

État civil

Tout ce que nous savons de Victor Dubourg est fourni par ses réponses aux deux interrogatoires du 20-21 décembre 1745 (A 1) et du 6-7 avril 1746 (A 2) dans les A.D. du Calvados (C 345). Victor Dubourg est né en 1715 à Espalion, de Digols ou Digou de La Cassagne (mort en 1743 : «depuis deux ans», A 1) et de Anne Dubourg (morte en 1745). Son père est originaire de La Cassagne, à 3 lieues d'Espalion, de famille noble et catholique ; sa mère est également originaire du Rouergue. Victor D. a deux sœurs religieuses à Saint-Génies et un frère, le R.P. de La Cassagne, augustin à Toulouse (A 2). Il ne s'est pas marié. Il est mort le vendredi 26 août 1746 au Mont Saint-Michel, après un an de détention ; selon le subdélégué Bordier, il s'est laissé «mourir de faim» (lettre à d'Argenson, 28 août 1746, C 345). Il signe «l'abbé D.B. » quoiqu'il n'ait jamais été ecclésiastique, comme il l'a avoué lui-même (A 2). Dès son arrivée à Paris, il porte le nom de sa mère ; il signe «Dubourg».

Formation

Il a fait ses études au collège des Jésuites de Toulouse jusqu'en rhétorique ; il fait son année de philosophie au Collège Royal de Paris en 1732 (A 2) et se destine très tôt aux belles-lettres.

Carrière

A Paris, il fréquente P. Crébillon, Fontenelle, l'abbé Chevet et l'abbé Séguy (A 1), publie des traductions de l'italien (Mérope de Maffei en 1743) et de l'anglais (Montesuma de Dryden en 1743) et un roman (Les Mémoires de la Comtesse de ***). Il fait la connaissance, en 1742, du baron de Pahi, probablement espion de Marie Thérèse d'Autriche, qui lui fait espérer une place de bibliothécaire et d'historiographe de l'Empire (A 2). Il quitte Paris en juillet 1744 et s'installe à Francfort où il entre en relations avec les ministres de Darmstadt, Saxe-Gotha, Wurtemberg, Brunswick et Cologne qui l'engagent à rédiger une chronique scandaleuse des cours européennes : L'Espion chinois. Le premier tome, paru en avril 1745, le fait soupçonner d'espionnage au profit de la «Reine de Hongrie» (A 2). Il est enlevé par la police du ministre d'Argenson en août 1745 «pour avoir distribué et fait distribuer des feuilles périodiques qu'il composait à Francfort avec la licence la plus effrénée et sans aucun égard au respect qui est dû aux têtes couronnées» (notice ms. du 9 déc. 1745, 3e pièce de C 345). Il est enfermé au Mont Saint-Michel sur lettre de cachet, le 22 août 1745, et placé dans la «cage de fer» d'où il ne sortira plus.

Situation de fortune

Sa famille est aisée et pourvoit en partie à son entretien jusqu'en 1744. Il vit également de ses travaux de librairie et reçoit 800 £ de sa traduction du Dictionnaire géographique de Laurent Echard. Au moment de son départ pour l'Allemagne, il a sur lui 1200 £ (A1). Il affirme ne pas avoir été payé par les ministres allemands pour L'Espion chinois, mais chacun d'entre eux lui a promis 40 ducats à la fin de la première année de publication, et le ministre de Saxe-Gotha lui offre 100 ducats pour la dédicace de sa première lettre (A 2).

Opinions

Ses sympathies vont au prince de Conti et à son entourage ; ses attaques s'exercent surtout contre l'alliance espagnole et contre Elisabeth d'Espagne, qu'il accuse de vouloir assassiner son mari : c'est là une des raisons probables de son arrestation (Beaurepaire, p. 496-497). Un chroniqueur écrit, le 13 février 1746 : «On a trouvé parmi les papiers du nouvelliste satirique qui a été arrêté à Francfort et qui est à présent dans la cage du Mont St Michel quantité de lettres de l'abbé Desfontaines où sont les principaux traits dont le nouvelliste a noirci le ministère de France et beaucoup d'honnêtes gens» (B.N., f.fr. 13903. f° 26 ; renseignement transmis par F. Weil). Les Bénédictins soulignent son absence de religion : « il est mort sans repentir et en désespoir après avoir déchiré tous ses habits» (lettre citée de Badier).

Activités journalistiques

6. L'Espion chinois paraîtra en deux volumes à Francfort, chez Muller en avril et en juin 1745, «A Peckin, chez Ochaloulou» (D.P.1 386). L'exemplaire conservé à l'Arsenal comporte 128 p. et 40 p. ; la 2e lettre du t. I est datée du 23 janvier 1745 (Beaurepaire, p. 485) ; le t. I comporte une clé que D. affirme n'avoir pas composée. Selon lui, une première édition, sous le titre du Mandarin chinois, ne comportait aucune clé et aucun nom «véritable» (A2) ; mais cette édition n'a pas été retrouvée et l'exemplaire qu'il a lui-même donné à Blondel, ministre de France à Francfort (et remis par celui-ci à la police) comporte bien la clé : c'est ce qui prouvera définitivement sa culpabilité (lettre de La Mazurie, président de l'élection d'Avranches à d'Argenson, 10 avril 1746, C 345). Le t. II est intitulé Le Mandarin chinois et s'interrompt après la 2e lettre (au lieu de 16 dans le t. I).

Publications diverses

D. déclare en 1745 (A1) être l'auteur des œuvres suivantes : Mémoires de la Comtesse de ***, chez Bienvenu, s.d. (non retrouvé). – Mérope, «tragédie de M. le marquis Maffei. nouvellement traduite par M. l'abbé D.B.», Vve Bienvenu, 1743. – Montesuma ou Fernand Cortez, «tragédie de M. Dryden, traduite par M. l'abbé D.B.», Lesclapart, 1743. – Dictionnaire géographique, traduit de l'anglais de L. Echard, Mérigoud, s.d. : il s'agit probablement du Dictionnaire géographique portatif publié en 1747 chez Didot et traduit par Vosgien, Ladvocat et Garnier après le départ de D. en 1744.

Bibliographie

B.H.C. ; Cior 18. – A.D. Calvados, C 345, dossier Dubourg. – Beaurepaire E. Robillard de, «Documents sur la captivité et la mort de Dubourg dans la cage de fer du Mont Saint-Michel», Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XXIV, avril 1859, p. 479-498 : Beaurepaire a analysé les pièces du dossier Dubourg avec attention : l'essentiel de son information est repris dans l'article suivant, sans plus. – Mourlot F., «Un délit de presse au XVIIIe siècle, Victor Dubourg et la cage de fer du Mont Saint-Michel», La Revue normande, n° 9, janvier 1902, p. 225-233.

Auteur(s) de la notice


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