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Joseph BUCHOZ (1731-1807)

État civil

Joseph Pierre Buchoz est né à Metz, le 27 janvier 1731, de Pierre Bughaut, «bourgeois de Metz et receveur de la commanderie de Malte», et de Jeanne Guerlange. Il était le filleul d'un capitaine au régiment d'Alsace, chevalier de l'ordre militaire de Saint Louis, Charles Joseph de Sehouarhenhausen (Paroisse Sainte Croix, 29 janv. 1731, A.V. Metz, GG 5). Sur l'acte de baptême le nom de son père fut corrigé en vertu d'une sentence du bailliage de Metz, rendue le 24 janvier 1758, conformément à la prononciation en vigueur dans la famille, puisque déjà la marraine signait Marie Buchose. Pour sa part, il adopta une autre graphie : Pierre Joseph Buch'oz. Il épousa, vers 1760, la fille du médecin et botaniste François Nicolas Marquet (C). Devenu veuf sous la Révolution, il se remaria quelques années plus tard, «malgré sa caducité» (B.Un.). Il mourut à Paris le 30 janvier 1807.

Formation

«Après des études classiques faites à Metz avec un certain succès, d'après le voeu de ses parents il étudia le droit» (A) et fut admis comme avocat à Pont-à-Mousson en 1750. Reçu médecin à Nancy en 1759 (A ; B. C), plutôt, semble-t-il, qu'en 1763 (D.B.F.), il obtint le titre de médecin ordinaire du roi Stanislas. Il fut membre actif ou correspondant de nombreuses Académies : Metz, Nancy, Châlons-sur-Marne, Mayence, Lyon, Dijon, Bordeaux, Angers, Caen, Rouen, Béziers, etc.

Carrière

Avocat au Parlement de Metz, puis médecin, il résolut bientôt de «se livrer entièrement à la botanique» (B.Un.). «Agrégé et démonstrateur de botanique au Collège royal des médecins de Nancy» (A), où il contribua à la fondation du Jardin des Plantes, il entreprit de nouvelles randonnées, en Auvergne, puis à travers l'Europe (D.B.F.), «mais le désir d'accroître sa réputation, joint à la nécessité de vendre les ouvrages multipliés qu'il composait», le «conduisirent à Paris, et il s'y fixa définitivement» après la mort de Stanislas (A). D'après les Almanachs royaux, où il est désigné parmi les médecins de quartier ou «médecins consultants», B. a résidé avant 1776 «rue Hautefeuille, près la rue des Deux Portes» comme «surnuméraire», puis «rue des Saints-Pères, vis-à-vis la Charité» (1776, p. 584, et 1777) ; puis «en survivance de M. Guinot», «rue de la Harpe, vis-à-vis de la Sorbonne» (1778). Même domicile en 1785, 1786, 1788. Dans ces derniers almanachs, il figure comme «botaniste, médecin honoraire», et dans celui de 1788 (p. 625), il est qualifié d'«ancien médecin de Mgr. le comte d'Artois».

Situation de fortune

Après 1770 il prit coutume de dédier autant que possible chacune de ses planches (et certaines années il y en eut plusieurs centaines), à «un riche amateur qui fournissait aux dépenses qu'elle exigeait» (B.Un.), mais ses frais de recherche et de publication, évalués par lui sous la Révolution à 220 000 £, l'obligèrent en 1788 à vendre sa collection d'ouvrages sur l'histoire naturelle (D.B.F., qui allègue une lettre de lui à Buffon). Après avoir lancé au «tribunal de la grande nation» et à «l'univers entier» des appels pathétiques et s'être vu allouer par la Convention en 1793 une pension de 1537 £ 10 sols, supprimée parce qu'il avait négligé de fournir un certificat de résidence, il obtint enfin, le 3 prairial (22 mai) 1794, grâce à une énergique intervention de Peyssard, «un secours annuel et viager» de 1000 £ à compter du 1er janvier 1790 (Moniteur du 4 prairial an II, p. 449). Mais, «pressé par d'avides créanciers» (A), il «serait mort dans la détresse [si] une demoiselle qui avait été l'amie de sa femme et qui depuis vingt-cinq ans dessinait et coloriait ses planches» ne l'avait «reçu dans sa maison», puis épousé, «pour mettre plus de délicatesse dans les dons qu'elle lui faisait» (B.Un.). Un peu rasséréné, il dut cependant encore adresser des placets à «Napoléon Bonaparte».

Opinions

Les principales relations de B. semblent avoir été des relations scientifiques : il fut l'admirateur et le continuateur de son beau-père, F.N. Marquet, dont il racheta au début de sa carrière un gros manuscrit sur la flore de Lorraine, correspondit avec le chimiste S.J. Macquer (B.N., f.fr. 12305), mais il ne semble pas avoir eu de disciples, bien que L'Héritier lui ait dédié la Buchozia, fleur nouvellement décrite dont le nom ne lui a pas survécu (A).

Activités journalistiques

A son arrivée à Paris B. conçut le grand projet de diffuser ses connaissances et observations sous la forme de périodiques. A quelque chose près, le cours de ces publications semble avoir été le suivant :

En août 1768 commença la série des Lettres périodiques sur la méthode de s'enrichir promptement et de conserver sa santé par la culture des végétaux exotiques (Cavelier et Durand neveu, 1768 - 1770, 5 vol. in 8° ; trad. all., Nuremberg, 1772 – 1774 ; DP1 836), suivies par des Lettres périodiques, curieuses, utiles et intéressantes sur les avantages que la société économique peut retirer de la connaissance des animaux (Durand, 1769 - 1770, 4 vol. in 8°, DP1 833), des Lettres hebdomadaires sur l'utilité des animaux dans la société civile (Durand, 1770, 2 vol. in 8°) et Sur l'utilité des minéraux dans la société civile (Durand, 1770, 2 vol. in 8° ; DP1 821). Cette publication fut continuée sous le titre de La Nature considérée sous ses différents aspects, ou Lettres sur les animaux, les végétaux et les minéraux contenant des observations intéressantes sur les moeurs et le caractère des animaux, sur la minéralogie, la botanique, etc., 1771-1783, in 8° (DP1 971). D'après Bégin, «dans le principe il paraissait régulièrement 26 cahiers par an» et il parut effectivement 8 volumes pour 1771, 5 pour 1772, 5 pour 1773, 3 entre 1774 et 1779, avec un supplément pour 1779 ; enfin 10 volumes entre 1780 et 1783, sous le titre de Première Epoque et Seconde Epoque. Les huit premiers volumes de La Nature considérée sous ses différents aspects furent réimprimés en 1775, avec un avertissement du libraire Costard, sous le titre de Correspondance d'histoire naturelle sur les animaux, les végétaux et les minéraux. Cinq autres volumes de cette encyclopédie de la nature furent réunis en trois, avec une nouvelle préface, et publiés chez Boudet, sous le titre de Lettres curieuses et utiles sur les animaux, végétaux et minéraux et leurs propriétés. B. publia aussi, chez Lacombe, une Première puis une Seconde Centurie de planches (gravées et coloriées) sur les animaux, les végétaux et les minéraux pour servir d'intelligence à l'histoire des trois règnes de la nature, in-folio, dont il paraissait une décade de trois mois en trois mois (C) et qui furent éditées en 1778 à Amsterdam chez M.M. Rey, ainsi qu'une Collection [des] fleurs les plus curieuses qui se cultivent dans les jardins de la Chine et dans ceux de l'Europe (un cahier de 10 feuilles, in-folio, trimestriel). Mais il semble impossible de fixer une limite à l'activité journalistique de B., car, «pour sortir de la dépendance où le tenaient les libraires, il imprima lui-même une partie de ses écrits» (A) : de cet atelier perpétuel sortirent une foule de «monographies», «mémoires», «méthodes», «réflexions», «amusements des dames », «dissertations » (sur l'ipo, poison des sauvages, sur le cacao, les roses ou le thé...), dissertations en forme d'«extraits», de «catalogues», de «préfaces», dons du producteur au public ou effusions, du coeur au coeur. Il collabore en 1768-1769 à la Gazette Universelle de F. Grasset (D.P.1 575). Par ailleurs, le Journal de médecine contient un grand nombre de prospectus, «notices» ou «extraits» sur les oeuvres de B. (43 mentions dans la Table [...] pour les 65 premiers volumes par le Roux des Tillets, Paris, de l'Imprimerie de Monsieur, 1788). Selon le Dictionnaire de biographie française, il collabora pendant douze ans à un journal d'agriculture (probablement le Journal économique, où un article publié par lui en octobre 1769 semble avoir rencontré un assez large écho ; mais il écrivit peut-être aussi dans le Journal d'agriculture). Enfin, d'après la B.Un., le Journal des mines publia «plusieurs mémoires et un grand nombre d'analyses de métaux», rédigés par ses soins, entre 1805 et 1811 (t. XVIII, XXIV et XXX).

Publications diverses

Ses biographes se sont demandés s'il n'a pas été, soit «l'écrivain le plus fécond de son siècle» (C), soit, avec l'Anglais Hill, le naturaliste le plus avide de publications. A cite une liste de 208 titres qui vont du Discours sur la botanique (1760) au Traité du chocolat (1812). D'après le Répertoire bibliographique universel de Peignot (voir aussi Q., la Bibliothèque physique de A.J.Hérissart et la Bibliographie lorraine, t. II, 1971), il évalue cette production à près de 400 vol. L'oeuvre qui établit la réputation de B. fut le Traité historique des plantes qui croissent dans la Lorraine et les Trois Evêchés, Nancy, F. Messin, et Paris, Durand, 1762-1770, 10 t. en 11 vol. ; réimpr. en 10 vol. in 12 et 3 vol. in 4° de planches, que Rousseau demanda à Du Peyrou le 10 octobre 1764 (Correspondance, éd. Leigh, n° 3554). Contentons-nous de citer encore son Histoire générale et économique des trois règnes de la nature, Paris, Didot le jeune, 1777, in-folio ; et son énorme Histoire universelle du règne végétal, Paris, Cottard, 1774-1780, et Brunet, 1775-1780 (autre version de son Histoire universelle des végétaux, Cottard, 1773, 3 vol. in-folio, avec un vol. de planches in-folio gravées dès 1771 chez Fetil) : 1200 planches, auxquelles fut annexé le Jardin d'Eden, ou le Paradis terrestre renouvelé dans le jardin de la Reine à Trianon, 1783-1785, 200 planches en 2 vol. in-folio. L'histoire naturelle, la «matière médicale» et toutes les branches de la médecine («moderne et pratique», «rurale et pratique», «vétérinaire»), mais aussi l'économie politique furent du ressort de B.. En 1797, il prévoyait encore de faire imprimer son Répertoire des arts et métiers (voir art. « Couret de Villeneuve »). Bien qu'il ait reçu des témoignages d'estime (notamment de D'Alembert, d'après D.B.F.), brassé beaucoup d'idées et fait toutes sortes de petites inventions, il semble difficile de dire si l'on doit ou non le considérer comme un savant méconnu.

Bibliographie

B.Un. ; N.B.G. qui renvoient à une «notice historique» de Deleuze, parue dans la Revue encyclopédique ; D.B.F., qui renvoie au Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de la Moselle, 1932 (notice de Dorveaux, p. 103-123). (A) Béguin E.A., Biographie de la Moselle, ou Histoire par ordre alphabétique de toutes les personnes nées dans le département, Metz, Verronnais, 1829, t. I, p. 177-213. – (B) Dezeimeris J.E., Ollivier [d'Argens] et Raige-Delorme, Dictionnaire historique de la médecine, Paris, Béchet jeune, et Bruxelles, Leroux et Périchon, 1835, t. 1.– (C) Bayle A.L.J. et Thillaye A., Biographie médicale par ordre chronologique d'après Daniel Leclerc, Eloy, etc., mise dans un nouvel ordre, revue et complétée, Paris, Adolphe Delahays, 1855, t. II, p. 549-551 . – On trouve des papiers relatifs à B. ou provenant de lui dans les Archives de l'ancienne Académie royale de Metz conservées à la B.M. de Metz, ms. 1337, 1338, 1340 et 1348.

Auteur(s) de la notice


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