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Antoine BRET (1717-1792)

État civil

Antoine Bret est né à Dijon le 9 juillet 1717 et mort à Paris le 25 février 1792 (D.B.F.).

Formation

Il fit ses études à Dijon, ville dont il se réclamera toujours. Il fut membre de l'académie de cette ville ; il tenta vainement de se présenter à l'Académie française contre Trublet en mai 1755 (lettre de Piron à Dumay, le 12 mai 1755, dans P1, p. 161).

Carrière

Il fit ses débuts d'écrivain à Paris vers 1740. S'il n'est pas sûr que Cythéride, «histoire galante traduite du grec» (1743) soit de lui (D.B.F.), Le Quartier d'hiver, comédie en un acte en vers, donnée à la Comédie Française en 1743, imprimée en 1745, résulte de la collaboration de B., de Villaret et de Godard d'Aucour selon Clément (Anecdotes dramatiques, Paris, Duchesne, 1775,1.1, p. 247). Le Déguisement pastoral opéra-comique en un acte, donné à la Foire Saint-Laurent en 1744, lui est attribué en toute propriété par Clément ; ce fut le début d'une longue carrière d'auteur de théâtre, carrière jalonnée de nombreux échecs et d'ennuis avec la censure. La Correspondance littéraire de Grimm, qui insiste lourdement sur ces échecs, ne manque pourtant pas de ménager la réputation de B., «homme d'esprit et de mérite» (t. III, p. 30), «très honnête et galant homme d'ailleurs» (t. VI, p. 275). En 1745, il est bien introduit dans le monde musical et prend le parti de Rameau contre Rousseau, épisode qu'il rappelle à la fin de sa vie dans ses «Variétés littéraires» inédites (voir Leigh, t. II, annexe A96, «Entretiens entre Rameau et Antoine Bret au sujet de Rousseau»). Le B[idet], histoire bavarde platement imitée du Sopha de Crébillon, lui vaut d'être incarcéré à Vincennes le 12 mai 1749, en raison d'un portrait satirique de l'abbé Leblanc (Nouvelles littéraires de Raynal, CL., t. I, p. 305 ; P1, lettre du 21 mai 1749, p. 122). Il est libéré en août. Vers 1750, selon les «Variétés littéraires», commence sa liaison avec Mme de Graffigny, dont il fréquentera le salon pendant plusieurs années ; il y rencontre Duclos, Crébillon, Caylus, Rousseau ; quand celui-ci refuse de terminer pour Mme de Graffigny le petit drame des Saturnales, il s'en charge volontiers (Leigh, t. II, A81). Il entre en relations avec Diderot à l'époque où il travaille à L'Orpheline ou le faux généreux, et où Diderot entreprend Le Père de famille (réponse de Diderot du 29 novembre 1757 dans Roth-Varloot, t. II, p. 18-20). Diderot en conçoit de l'estime pour B., et cite L'Orpheline dans son essai De la poésie dramatique (Oeuvresesthétiques, Paris, Garnier, 1959, p. 193 ; voir la n. 2 de P. Vernière). Il est, à cette époque, censeur royal, mais il sera relevé de ses fonctions le 26 février 1767 pour avoir approuvé Bélisaire (voir J. Renwick, « Marmontel, Voltaire and the Bélisaire Affair», S.V.E.C. 121, 1974). Il sera d'ailleurs rétabli dans ses fonctions l'année suivante. Le 22 mars 1784, il est amené à rédiger un rapport de censure au sujet d'un canevas du Mariage de Figaro ; ce rapport, comme l'a souligné G. von Proschwitz, est probablement l'œuvre de Beaumarchais lui-même (voir P2 t. I, p. 141-142, et t. II, documents 368-369) ; le 19 juin 1784, il suggère quelques modifications (doc. 391), puis au début de l'année suivante, une censure modérée de la préface (doc. 413). Ces bonnes relations avec Beaumarchais peuvent s'expliquer à la fois par leur goût commun de la comédie, et par leurs positions à l'égard des comédiens français : en 1780, B. a en effet été nommé troisième représentant des écrivains dans le comité de conciliation suscité par le maréchal de Duras (voir la Correspondance de Marmontel, éd. Renwick, U. de Clermont, 1974, lettre n° 251 de La Porte à Marmontel, et P2, doc. 255). Vers 1782, il s'est retiré à Fontenay-sous-bois et met fin progressivement à toutes ses activités publiques ; il rédige alors ses « Variétés littéraires et morales ou amusemens de Fontenai», conservées au département des manuscrits de la B.N. avec l'ensemble de ses manuscrits.

Situation de fortune

On ne sait rien de ses revenus personnels, mais il semble avoir réuni, au cours de sa carrière, tous les revenus traditionnels de l'écrivain de métier : ressources tirées de ses nombreuses comédies, charge de censeur royal, direction de la Gazette.

Opinions

Il se fait reconnaître en 1751, avec ses Mémoires sur la vie de Mlle de Lenclos, comme un héritier du libertinage classique, mais en donnant à la vie de Ninon un tour souvent sentimental. A.C. Keys le soupçonne d’avoir eu accès au manuscrit de son rival, Douxmesnil, dont les Mémoires et lettres pour servir à lhistoire de la vie de Mlle de LEnclos parurent également en mars 1751 («Bret, Douxménil and the Mémoires of Ninon de Lenclos»). Il fut estimé de Voltaire, de Marmontel, de Diderot, mais sans avoir avec eux des relations suivies. Il fut très lié à Piron, son compatriote, dont il projetait d’éditer une partie des œuvres (M.S., 27 janv. 1773). Il fut l’ami de Crébillon fils, dont il signa l’acte de décès en 1777. S’il donna sur Bélisaire un avis favorable, ce fut en réservant son jugement sur les matières de religion. Le fait d’être resté censeur pendant vingt ans et directeur de la Gazette pendant huit ans témoigne au moins de sa prudence.

Activités journalistiques

Il eut peut-être part au Journal encyclopédique, qui, dans les comptes rendus de ses pièces, lui est souvent favorable ; mais il ne s'agit certainement pas de collaboration régulière. Il fut nommé en avril 1775 directeur et rédacteur de la Gazette, fonctions qu'il garda jusqu'en juin 1783 (voir D.P.2 492). Les M.S. annoncent, le 1er avril : « Il passe pour constant que monsieur Bret est nommé directeur général de la gazette, et que l'abbé Aubert lui est adjoint pour la partie de la comptabilité, qu'il entend mieux que la partie politique». Un supplément des M.S. pour la même date donne un commentaire un peu différent : « On est si mécontent de la gazette de France depuis qu'elle est entre les mains de l'abbé Aubert, qu'on parle d'en confier la rédaction au sieur Bret, autre homme de lettres, mais qui n'est pas plus exercé dans le genre de ce travail public».

Publications diverses

Liste de ses œuvres dans Cior 18, n° 13822-13844 ; à compléter par la liste de ses œuvres théâtrales dans Brenner, n° 4069-4096. Il a été considéré, ainsi que le voulait Diderot, comme l'un des fondateurs du «genre honnête et sérieux», mais plus encore, comme l'un de ceux qui ont tenté de porter à la scène des adaptations de pièces allemandes (L'Hôtellerie de J.C. Brandes) ou anglaises : Les Deux amies ou le vieux coquet, d'après les Merry wives of Windsor, en 1761, et Les Deux sœurs, d'après The Taming of the shrew en 1767 (voir A.C. Keys, «Shakespeare en France, La Mégère apprivoisée en 1767», R.L.C., t. XXXI, 1957, p. 426-428).

Bibliographie

D.B.F. (art. de A.C. Keys) ; Brenner ; Cior 18. Keys A.C, Antoine Bret (1717-1792) : the career of an unsuccessful manof letters, Auckland University monograph, 1959. – Id., «Bret, Douxménil and the Mémoires of Ninon de Lenclos», S.V.E.C. 12, i960, p. 43-54. – (P1) Alexis Piron épistolier : choix de ses lettres, éd. G. von Proschwitz, Acta Universitatis Gothoburgensis, 1982. – (P2) Proschwitz G. et M. von, Beaumarchais et le Courier de l'Europe, S.V.E.C. 273-274, 1990.

Auteur(s) de la notice


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