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Jean Pierre BERENGER (1737-1807)

État civil

Jean Pierre Bérenger, né à Genève le 26 mars 1737, est le fils cadet d'Isaac Zacharie Bérenger, entrepreneur de transports muletiers, originaire du Dauphiné, reçu habitant (et non pas bourgeois) de Genève en 1733, et de Louise Engelheim (Angelin). Il avait une soeur, Anne, née en 1741, couturière. B. a épousé à Duillier (VD) le 4 juin 1773 Antoinette Lorentz, fille de Gaspard, fourbisseur d'origine saxonne établi à Genève, et de Charlotte Chastel. B. a eu deux fils, Jean Charles, né en 1782, et Benjamin Paul Joseph, né en 1785, morts sans descendance, et une fille Charlotte, épouse en 1794 du pasteur et bibliothécaire Charles Bourrit. B. est décédé à Genève le 23 juin 1807.

Formation

Apprentissage d'orfèvre bientôt interrompu. Humanités et études d'autodidacte à Genève sous l'égide de Firmin Abauzit (1679-1767).

Carrière

Précepteur chez Gabriel Cramer-Delon, puis chez Marc Théodore Bourrit. «Natif» lui-même (c'est-à-dire né à Genève sans en avoir la bourgeoisie), se fait le porte-parole des Natifs et l'avocat de leurs revendications. Dès le 7 août 1767, son Mémoire instructif concernant les Natifs est brûlé par la main du bourreau. Condamné à l'exil pour son activité politique par édit du 20 février 1770, se réfugie d'abord à Calève près de Nyon (VD) où il ouvre une pension de jeunes gens, puis dès 1776 à Lausanne, où la Société typographique en fait son principal agent littéraire, tandis que ses pamphlets en faveur des Natifs continuent d'être brûlés par les autorités genevoises. De retour à Genève, fugitivement à la faveur de l'«acte d'oubli» du 10 février 1781, puis définitivement en 1790, B. est reçu bourgeois le 18 mai 1791, sans avoir renoncé à son combat pour l'égalité politique. La Révolution genevoise de décembre 1792 le porte aux responsabilités. Il entre en février 1793 à l'Assemblée nationale genevoise et au Comité provisoire d'administration le 13 juillet suivant. Le 4 avril 1796, il est nommé pour un an l'un des quatre syndics de la Cour de justice criminelle. Après la «réunion» de Genève à la France d'avril 1798, qu'il dénonce vigoureusement, B. reprend sa carrière d'éditeur et de publiciste, non sans accepter d'entrer finalement au service de la nouvelle Préfecture du Léman.

Situation de fortune

Disciple de Jean Jacques Rousseau, B. est un pur patriote qui «ne dissimule pas à ses concitoyens que la liberté du peuple lui importe plus que le pouvoir du peuple» (selon Marc Neuenschwander).

Activités journalistiques

B. a été vraisemblablement l'un des principaux collaborateurs littéraires des Nouvelles de la république des lettres publiées à Lausanne par la Société typographique de juillet 1775 à août 1777 (D.P.1 1017). D'autre part, durant son bref retour à Genève en 1781-1782, B. a publié l'un de ses pamphlets politiques, L'Observateur vigilant, sous forme périodique (D.P.1 1085). Il fut enfin de janvier 1792 à février 1794 l'un des deux éditeurs du deuxième Journal de Genève et en 1794 le principal rédacteur du Tableau de la dernière quinzaine.

Publications diverses

B. a publié une trentaine de pamphlets d'actualité et d'autres écrits de politique genevoise, décrits par Emile Rivoire dans Bibliographie historique de Genève au XVIIIe siècle, Genève, 1897 : t. I, n° 960-961, 964, 981, 985, 1205, 1223, 1226, 1231-1232, 1275, 1287, 1302, 1341, 1838, 1911, 1991, 2115, 2122-2123, 2147, 2229, 2286, 3126, 3144, 3161, 3284, 3397, 3564-3565, 3579, 3586 ; et t. II, n° 4085-4086, 4249, 5054, 5083, 5828, 6024 et 6187. Il est également l'auteur d'une Histoire de Genève depuis son origine jusqu'à nos jours ([Lausanne], 1772-1773, 6 vol.) et d'une Histoire des derniers temps de la République de Genève et de sa réunion à la France (Genève, 1801). Il a publié un pieux J. J. Rousseau justifié envers sa patrie (Londres, 1775) et un roman épistolaire d'éducation civique intitulé Les Amants républicains (Paris, 1782, 2 vol.). A la demande de Paul Moultou, B. a rédigé l'«Eloge historique de l'auteur» placé en tête de l'édition hollandaise des Oeuvres diverses de Firmin Abauzit (Londres, 1770, 2 vol.). On lui doit enfin nombre de compilations géographiques et de traductions (listes dans Q, I, 280 et dans Montet, p. 42).

Bibliographie

Bourrit M.T., «Notice sur Jean Pierre Bérenger», Genève, B.P.U. ms. suppl. 980 (ancien ms. d'Ivernois 5).– Haag, t. II, p. 192-193.– Montet A. de, Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Lausanne, 1877, t. I, p. 41-42.– Fontaine-Borgel C., Jean Pierre Bérenger, Genève, 1885, 140 p. («Bulletin de l'Institut national genevois», t. XXVII).– Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, t. II, Neuchâtel, 1924, p. 63-64. – Bovard-Schmidt M., dans Revue historique vaudoise, 1966, p. 20-21.

Auteur(s) de la notice


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