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Jean Pierre d' AÇARQ (1717-1809)

État civil

D'après Louis Batcave, Jean Pierre d'Açarq serait né en 1717 à Abense-de-Haut, ancienne commune du canton de Tardets (Pyrénées-Atlantiques). L'état-civil de cette localité a disparu pour cette époque, mais son acte de décès (A.M. Saint-Omer, B.V., n° 626) indique qu'il était «natif de Tardez» et qu'au moment de sa mort, le 21 octobre 1809, il était âgé de quatre-vingt-douze ans. On y apprend aussi qu'il était le fils de Pierre d'Açarq et Anne de Mignaçabal et qu'il avait épousé Jeanne Louise Victoire Bruant, encore vivante en 1809.

Formation

Il fit «de bonnes études», nous dit Batcave. En 1759 il se présente à Voltaire (D 8192) comme un disciple de Dumarsais et vante la variété de ses connaissances : «Les intérêts des puissances, les traités, les négociations, le droit civil, le droit politique, les langues, surtout l'italiene et l'espagnole, c'est à quoi je me suis particulièrement appliqué». Il fut admis en 1763 à l'Académie d'Arras avec laquelle il entretint une correspondance soutenue de 1786 à 1790 (Berthe) et, le 16 novembre de la même année, à l'Académie de La Rochelle, dont il était membre correspondant (Léopold Delayant, B.V., ms. 355). ll fit partie de l'Académie de la Crusca (page de titre de son Plan d'éducation, 1776) et de la Société littéraire de Dunkerque.

Carrière

«Venu à Paris pour gagner sa vie, il commença par donner des leçons de grammaire et bientôt, sous le patronage de Fréron, ouvre un pensionnat sans succès. Il est appelé à rédiger la partie grammaticale de l'Année littéraire» (Batcave). Ecrivant à Voltaire le 16 mars 1759 (D 8192) pour lui demander de le mettre en relations avec «un grand seigneur ou un prince étranger qui chercherait un homme pour son fils», il se présente comme «avocat en Parlement et maître de pension à l'Estrapade» et rappelle ses espoirs déçus : «une chaire de philosophie que j'ai rattée à Bordeaux malgré la protection de Mr. Orry, contrôleur général, que vous m'avez procurée auprès de l'intendant de la province, la complaisance que vous avez eue de me recevoir chez vous lorsque j'étois attaché au comandant des Mousquetaires en qualité de gouverneur de son fils». Il y a longtemps qu'il a «renoncé à la métromanie...» «Ne voyant rien venir», il s'est voué à «l'institution de la jeunesse, machine compliquée et de trop peu de raport». La même année Pâris de Meyzieu lui procure une chaire de langue française à l'Ecole Royale Militaire, mais son poste est bientôt supprimé : dans les archives du Service Historique de l'Armée, il ne reste comme trace de ses liens avec l'Ecole Militaire qu'une lettre écrite de Paris le 8 novembre 1774 où il présente un projet de création de conseilleurs auliques (ms. 1788). En 1765, il habite au faubourg Saint-Marcel : «rue des Bourguignons, hôtel Dufay» (D 12874). En 1776 il tente à nouveau, mais avec aussi peu de succès que la première fois, d'ouvrir un pensionnat (Batcave). Il demeurait alors «faubourg Saint-Germain, Cour du Dragon, même maison que l'épicier». «Fixé à Saint-Omer avant 1780», il y donne des leçons de grammaire (Berthe). Son acte de décès le déclare «ancien juge au tribunal civil du département du Pas-de-Calais, professeur de Belles Lettres» : d'après l'abbé Berthe, il avait été nommé professeur de grammaire à l'Ecole Centrale de Saint-Omer le 4 septembre 1795 et juge suppléant en 1797.

Situation de fortune

Il mena certainement une vie besogneuse. Le 16 mars 1759 il écrivait à Voltaire : «Pangloss a tort, l'optimisme est une chimère [...] je le sens d'après ce que j'éprouve». Il rêvait de devenir précepteur chez un grand, «avec un viager proportionné dont au moins la moitié serait reversible sur la tête de [sa] femme» (D 8192). ll chercha souvent des protecteurs : en 1770, il joignit à ses Observations sur Boileau une épître où il sollicite l'appui du Dauphin et à la veille de la Révolution il avait dans son «portefeuille» plusieurs ouvrages qu'il ne put jamais publier. En 1795 il figure parmi les hommes de lettres auxquels la Convention accorde des secours (Berthe).

Opinions

Protégé de Fréron, qui le proclame «prince des grammairiens» et publie son discours d'installation à l'Ecole Militaire (Année littéraire, t. III ,p. 128 et suiv.), il se flatte au même moment dans une lettre à Voltaire (D 8192) d'avoir vécu durant six ans dans un «commerce étroit» avec Dumarsais et rappelle à l'hôte des Délices qu'il lui avait dédié un charmant madrigal et même proposé à une «date [...] déjà bien reculée de mener à ses côtés une vie philosophique». En 1765, fort de l'intercession de Thiériot (3 juil., D 12787),il correspond avec lui de nouveau, lui fait parvenir ses oeuvres complètes et lui soumet ses nouvelles productions (D 12874). Il fut violemment attaqué par Pipoulain-Delaunay (Lettre servant de réponse aux erreurs et indécences du sieur d'Açarq insérées dans l'Année littéraire, 1756), ridiculisé par La Harpe dans le Mercure (Oeuvres, éd. 1778, t. V, p. 178-185) et Lebrun dans la Wasprie.

En 1790, dans son «zèle contre le despotisme», il se proposait d'être la sentinelle du département du Pas-de-Calais ; en 1803 il chanta le «débonnaire pacificateur Buonaparte, sublime chef de la République Française», en 1804 «le héros solide Buonaparte, à qui l'on a déféré l'Empire des Gaules».

Activités journalistiques

Le Portefeuille hebdomadaire, par M. d'Açarq, Bruxelles et Paris, Valade, 1769-1771, in-8°. L'Année littéraire, 1778, t. VI, p. 282, en annonçait trois volumes et l'abbé Rive, Chronique littéraire, p. 1 et 31, parle des tomes III et lV (Batcave) : des «lettres philosophiques» contre le Système de la nature composées par lui alors que le rédacteur du journal restait d'Açarq (voir D.P.1 1129).

Le 24 novembre 1790 dans une lettre à Ferdinand Dubois, président du directoire du Pas-de-Calais, d'Açarq proposait de publier chaque lundi «pour cent francs par mois», sous le titre de La Politique hebdomadaire du département du Pas de Calais, un journal de 32 pages in-8°. Faute d'avoir trouvé 200 souscripteurs à 20 £ par an, il ne put faire paraître que le prospectus (Saint-Omer, impr. de H. F. Boubers, in-8° de 15 p. (Archives du Pas-de-Calais et A.N. Dxx A 365).

Publications diverses

Voir le catalogue des lmprimés de la B.N. et Cior 18. Il faut ajouter à sa liste : Vers français traduits en autant de vers latins. Hommages littéraires présentés au roi de Danemark, par M. d'Açarq , Paris, 1768, in-4° (c.r. dans les Mémoires de Trévoux, janv. 1769, p. 177) et signaler que deux ouvrages d'Açarq furent réédités : Grammaire française philosophique ou Traité complet sur la physique, sur la métaphysique et sur la rhétorique du langage qui règne parmi nous dans la société, Genève, 1760, in-12, et Paris, 1761, 2 vol. in-12 ; Les Vies des hommes et femmes illustres d'Italie, traduites d'un manuscrit italien de M. San Severino, Paris, 1762, in-12°, 1768, 2 t. en un vol. in-12°.

Bibliographie

B.Un. ; D.B.F. –Rive J.J., Chronique littéraire des ouvrages imprimés et manuscrits de l'abbé Rive, Eleutheropolis, 1790. – Berthe L.N., Dictionnaire des correspondants de l'Académie d'Arras au temps de Robespierre, chez l'auteur, Arras, 1969. – Batcave L., notice sur A conservée par les Services d'archives des Pyrénées-Atlantiques, 1911-1912.

Additif

Bibliographie : Biographie de la ville de Saint-Omer, par Henri Piers, Saint-Omer, 1835, p. 154-156 : contient quelques renseignements sur la fin de  carrière de Jean-Pierre Açarq et sur sa mort à Saint-Omer (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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