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Philippe de SAINTE-FOY D'ARCQ (1721-1795)

État civil

Philippe Auguste de Sainte-Foy, dit chevalier d'Arcq (parfois orthographié d'Arc), naquit le samedi 12 juillet 1721 et fut baptisé le même jour en l'église Saint-Eustache, à Paris. Il fut déclaré fils de Louis Alexandre de Sainte-Foy et de Magdeleine Aumont, demeurant rue des Vieux-Augustins. Le père et la mère étant absents, l'enfant fut présenté sur les fonts baptismaux par son parrain Jean François Desjardins, juré mouleur de bois, habitant place des Victoires et par Madeleine de Vilmareuil, femme de Jean Ducros, bourgeois de Paris, domicilié rue Saint-Jacques (f.fr. 33201, f° 31). Le certificat de baptême ne révèle pas la véritable identité du père qui était le comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV. En fait, le nom de Louis Alexandre de Sainte-Foy ne se trouvait sur aucun des registres de la marine et celui de Magdeleine Aumont ne figurait pas sur celui des dépenses secrètes du comte de Toulouse (Mémoire justificatif, f.fr. 33202, f° 44). A. avait un frère aîné né en 1720, lui aussi fils naturel du comte de Toulouse qui acheta pour cet aîné la terre d'Arcq. Cet enfant mourut à l'âge de quatre ans. Le titre de chevalier d'Arcq ne fut conféré à son frère cadet qu'à la fin de l'année 1736, avant la mort du comte de Toulouse survenue en 1737. Il n'eut jamais la jouissance de la terre qui revint au duc de Penthièvre, l'unique fils légitime du comte de Toulouse.

A. obtint ses lettres d'émancipation en 1745 à la mort de son tuteur, le sieur Desjardins. En 1748, il reçut ses lettres de noblesse, lettres dans lesquelles les noms du père et de la mère ainsi que leurs qualités furent laissés en blanc. De plus, elles furent accordées sans sa participation et publiées à son insu (f.fr. 33202, f° 54). En 1772, il obtint la charge de premier fauconnier et de chef des oiseaux du Cabinet de la Maison du duc de Provence (A.R. 1772, p. 150). Il avait eu une liaison avec Octavie Guichard, veuve Belot, qui le quitta en 1764 pour épouser Durey de Meinières ; il se lia alors avec la marquise de Langeac, qui mourut en 1777 (David, p. 327). Le 11 février 1777, il épousa Anne Marie Richard, de fortune modeste. Ce mariage régularisa la naissance d'une fille née le 13 septembre 1767 (f.fr. 33202, f° 218). En 1785, il lui fut interdit de porter le titre de chevalier d'Arcq et la livrée du comte de Toulouse. Le 17 août 1792, son état est réduit à celui de citoyen Philippe Auguste de Sainte-Foy, ancien militaire (f.fr. 33202, f° 223). Il mourut à Paris le 21 janvier 1795, à l'âge de soixante-quatorze ans.

Formation

Les soins de son éducation furent confiés par le comte de Toulouse au sieur Desjardins, qui s'installa avec l'enfant dans une maison sise rue des Bons-Enfants, proche de la rue de la Vrillière où se trouvait la demeure du comte de Toulouse. Rien ne fut épargné pour son entretien et son éducation. Il eut domestiques, précepteurs et maîtres de musique. Toutes les dépenses furent réglées par le comte de Toulouse (f.fr. 33201, f° 15-20). Il entra en 1732 chez les Pères de l'Oratoire, au collège de Juilly, où il fut traité avec des égards particuliers. Ses études terminées, il s'entraîna au métier des armes et fréquenta la célèbre école d'équitation du sieur Dugard, où il s'exerçait avec les plus grands du royaume.

Carrière

A. n'avait d'autre ambition que de servir le roi et sa patrie. Il entra dans la compagnie des Mousquetaires, le 25 août 1736. Après la mort du comte de Toulouse, la duchesse d'Orléans, veuve du Régent et sœur du comte de Toulouse, s'intéressa à la carrière du jeune homme. Elle aurait souhaité qu'il embrassât l'état ecclésiastique mais se ralliant à ses vues, elle sollicita pour lui un régiment. La comtesse de Toulouse, qui lui fut toujours hostile, réduisit cette demande à celle de compagnie de cavalerie. Le roi lui accorda le grade de capitaine dans le régiment de Royal Cravates où il fut reçu sous le nom de chevalier d'Arcq. Il fit la campagne de Dettingue (1742), il se distingua à la bataille de Fontenoy (1745). Pour ses services, il reçut la croix de Saint-Louis et le maréchal de Saxe le retint auprès de lui. Il se battit à Lawfeld (1747). A la suite de cette campagne, il tomba malade et quitta le service en 1748. Désormais, il se consacra à des travaux littéraires. En 1759, il entra en relation avec le ministre Saint-Florentin. Cette amitié fut la cause de sa perte. Le duc d'Aiguillon, qui cherchait à supplanter le ministre, complota avec Mme Dubarry et Sartine pour discréditer A. qui fut compromis dans l'affaire des lettres de cachet (voir le détail de cette affaire dans David, p. 331-332). Lâchement abandonné par le ministre, il reçut un ordre d'exil pour Tulle le 12 juin 1773. Louis XVI, en montant sur le trône, usa de sa clémence, mit fin à son exil le 13 octobre 1774, mais seulement par permission verbale avec interdiction de s'approcher du lieu où résidait le roi (f.fr. 33201, f° 159). En 1783, ses malheurs atteignirent leur comble. Le duc de Penthièvre, pour des raisons mal déterminées, opposa une fin de non recevoir à toutes les requêtes de A. Il lui fut désormais interdit de porter le nom d'Arcq. La restitution de son état de fils naturel du comte de Toulouse lui fut refusée. A. intenta un procès au duc de Penthièvre et à son conseil. Dans douze mémoires justificatifs il fournit toutes les preuves de sa véritable identité, mais la cabale s'acharnait contre lui ; le 15 août 1785, une nouvelle lettre de cachet l'envoyait à Montauban. Le 12 décembre 1786, il lui fut enjoint de quitter Montauban pour Saint-Genier en Auvergne. Rien ne prouve cependant qu'il s'y soit rendu. Le 26 août 1789, le roi révoqua sa peine et il revint à Paris où il vécut dans la plus grande misère jusqu'à sa mort.

Situation de fortune

Le comte de Toulouse avait constitué pour lui une rente de 1200 £, somme destinée à subvenir à son entretien et à son éducation. Pour payer les 10 000 £ de taxe que tout engagé dans les Mousquetaires devait fournir, la duchesse d'Orléans s'engagea à verser 6000 £ et la comtesse de Toulouse avança 4000 £ sur la rente de 12 000 £. Son grade de capitaine l'entraîna dans des dépenses auxquelles 11 ne pouvait faire face ; il commença à vivre d'emprunts. Le roi lui accorda 6000 £ de rente viagère « pour des considérations particulières à lui connues». Il lui accorda de nouveau 12 000 £ de pension en récompense de ses services et de son attachement. La duchesse d'Orléans lui légua à sa mort 60 000 £ (1748). Le duc de Penthièvre lui vint en aide à maintes reprises. Malgré les secours financiers qu'il reçut, A., sans fortune personnelle, ne pouvait supporter les dépenses excessives d'une vie menée à la cour. Les M.S. relatent les fêtes somptueuses qu'il donna en l'honneur de la comtesse de Langeac (t. II, p. 247-249 ; t. III, p. 168-170 ; voir David, p. 327-328). En 1773, ses dettes se montaient à 70 0000 £. Il continua cependant à emprunter et à spéculer. Il acheta au sieur Chaudon un diamant évalué à 10 700 £ ; l'impéra­trice de Russie lui en offrit 30 000 £ ; finalement il le vendit au roi pour 24 000 £. Ce diamant ornait le chapeau du comte de Provence le jour de son mariage (1771). Il fut mêlé aux transactions louches auxquelles donna lieu la reconstruction de la Comédie-Française (M.S., t. VI, p. 137). En 1785, il dut se réfugier au Temple où il n'avait même pas les moyens de payer sa maigre pitance. Il fut réduit à vendre les rentes de sa femme, son mobilier et jusqu'à ses vêtements.

Opinions

En 1756, A. publia La Noblesse militaire ou le patriote français pour réfuter le point de vue de l'abbé Coyer, auteur de La Noblesse commerçante (1756). Cet écrivain ne voyait aucun déshonneur à ce que la noblesse hors de cour trouvât la possibilité de conserver ses terres, d'agrandir ses possessions, d'affermir ses droits et ses privilèges avec les richesses que pouvait lui procurer le commerce. A., après Boulainvilliers, Dubos, Montesquieu, définit le rôle de la noblesse dans l'Etat. Il répudie l'idée d'une noblesse commerçante. Le rôle de la noblesse est de tout sacrifier pour soutenir la gloire du prince. On relève à chaque page de cet ouvrage les préjugés du gentilhomme ; il fut à l'origine d'une grande controverse sur les origines et le rôle de la noblesse ; A. eut contre lui le clan des philosophes.

Activités journalistiques

Il prit une part active dans l'élaboration et la gestion du Journal étranger. Il acquit une part du privilège pour une somme de 5000 £, établit une correspondance suivie avec tous les savants de l'Europe et accumula quantité de matériaux en vue de leur publication dans le périodique. A l'époque où le journal fut menacé de faillite, il fut prié de donner des conseils aux rédacteurs et de faire un choix des meilleurs articles. Grâce à son intervention, la dépense fut réduite à 9000 francs au lieu de 13 000 francs qu'il en coûtait auparavant. Mais les promoteurs du Journal étranger étaient gens avides de gain et A. quitta le journal sans recevoir de compensation pécuniaire. Aussi quand il fut question de renouveler le privilège en 1759, il écrivit à Malesherbes pour demander que le privilège soit rétabli en sa faveur pour une durée de 15 ans (f.fr. 22133, f° 161). Sa requête fut appuyée par le ministre Saint-Florentin (ibid., f° 160). Le directeur de la Librairie fut alors obligé de révéler que le privilège avait été accordé à l'abbé Arnaud. Cette cession, ayant donné lieu à des transactions difficiles, était restée secrète. De surplus, Malesherbes jugeait que le commerce de la Librairie ne convenait pas à celui qui s'était élevé contre le système de la noblesse commerçante (ibid., f° 162).

Publications diverses

7. Cior 18, n° 8269-8287. Principaux ouvrages : Lettres d'Osman, imitation des Lettres persanes ; Grimm porta un jugement défavorable sur cet ouvrage (CL., t. II, p. 254), 1753. – Le Palais du silence, ouvrage également critiqué par Grimm (CL., t. II, p. 335-338), 1754. – Mes loisirs ou pensées diverses avec l'apologie du genre humain, ouvrage dédié au comte d'Argenson. Les Mémoires de Trévoux consacrent à cet écrit un article louangeur (juil. 1755, p. 1612-1618). La Noblesse militaire ou le Patriote français, 1756. – Histoire générale des peuples ou une dissertation sur chaque peuple, de l'Imprimerie royale par consentement du roi à qui l'ouvrage est dédié. Les Mémoires de Trévoux annoncèrent ce livre comme méritant de grandes attentions (mars 1756, p. 674­695 ; avril 1756, p. 799-810). Second tome en 1758. – Histoire du commerce et de la navigation des peuples anciens et modernes, 2 vol., ouvrage inachevé qui devait comporter 4 vol. – Le Roman du jour, publié en 1754 sous la rubrique de Londres, a toujours été attribué à A. Ce dernier se défend d'être l'auteur de ce roman libertin dans deux lettres adressées à Malesherbes (f.fr. 22133, f° 32 et 33). Voici ce que A. écrit dans une de ces lettres : «En même temps, Monsieur, je venais vous demander justice de l'auteur de l'Almanach des Belles-Lettres qui sans être certain de ce qu'il avance, sans ma participation, a écrit mon nom sans ménagement et en toutes lettres à côte d'un ouvrage [Le Palais du silence] que je n'ai avoué qu'à mes amis, il a parlé d'un autre ouvrage [Le Roman du jour] que je désavouerais avec la plus grande chaleur si je m'en sentais capable... Vous savez, Monsieur, que j'ai des raisons particulières pour être au désespoir de le voir paraître sous mon nom et d'en être publié l'auteur» (f° 33).

Bibliographie

D.B.F., t. III, p. 418-422. – B.N., f.fr. 33201-33202. Les papiers de A. ont été remis à la B.N. par la famille de Laigue. Un ancêtre de Louis de Laigue, parent de la veuve de A. et son exécuteur testamentaire, hérita de ce document (f.fr. 33202, f° 225). Ajouter des manuscrits (notes diverses) à Colmar, B.M., ms. 421 et 451. – Question d'Etat, 1790. – Forestié E., «Le Comte de Sainte-Foy, chevalier d'Arcq, fils naturel du comte de Toulouse», Bulletin de la Société du Tarn-et-Garonne, t. VI, 1878, p. 9-28. – Laigue L. de, «Un petit-fils de Louis XIV», Revue internationale, t. XIII-XIV, 1887. – Labriolle M.R. de, «The Journal étranger : its readers and foreign correspondents in Europe», The British journal for eighteenth-century studies, t. II, 1979, p. 37-57. – Id., «Le Journal étranger», Australian journal of French studies, t. XVIII, 1981, p. 143-163. – David J.C. «Intrigues et cabales ministérielles à la fin du règne de Louis XV : l'exil du chevalier d'Arcq», S.V.E.C. 1989, p. 321-351 ; voir en annexe les «Véritables causes de l'exil du chevalier d'Arcq, comte de Sainte-Foy, et sa justification des fausses imputations employées pour opérer sa disgrâce».

Auteur(s) de la notice


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