BERTHIER

9. Additif

État-civil: Guillaume François Berthier naît le 7 avril 1704 à Issoudun, où il est baptisé le jour même en la paroisse Saint-Cyr (Mairie d’Issoudun, état civil). C’est le fils de Guillaume Berthier, un avocat célèbre de Bourges (abbé Moulinet), et de son épouse, Catherine de l’Estang. Les Berthier sont apparentés aux meilleures familles du Berry et notamment à la noblesse locale. Le parrain du P. Berthier, François Joseph de l’Estang, est qualifié dans l’acte baptistaire de « noble homme », la marraine, Catherine Berthier, est l’épouse d’un sieur de Marigny. G.F. Berthier a au moins deux frères, l’un, prénommé René, sera chanoine de Bourges, l’autre, dont on ignore le prénom, aura un fils qui sera également chanoine de Bourges.

Formation: Selon la tradition, le futur directeur des Mémoires de Trévoux reçoit de son père, homme cultivé, une éducation très soignée, dans laquelle la religion, le latin et la musique occupent une place de choix (préface des Pseaumes, éd. du P. Berthier, pp. viij-ix). Il fait ses études secondaires dans le collège jésuite de Bourges, où ses aptitudes intellectuelles et ses vertus morales sont vite repérées par ses maîtres (Eloge de Montjoye, p. ix). Toujours selon la tradition, ses parents s’étant opposés à son entrée immédiate dans la Compagnie, Guillaume François Berthier s’inscrit à l’Université de Bourges, où il obtient ses lettres de maîtrise ès-arts à l’âge de dix-sept ans. Il attend ensuite encore un an l’autorisation de ses parents pour entrer dans la Compagnie de Jésus.

Il est admis au noviciat de Paris, rue du Pot-de-Fer, le 24 octobre 1722 (A.R.S.I., francia 21, f° 310). Contrairement à ce que rapporte son hagiographe Montjoye, il effectue, conformément à la règle, deux années de noviciat complètes avant d’être admis à prononcer ses vœux simples (A.R.S.I., francia 19, f° 312 r°) et d’être envoyé comme régent à Blois (1724-1726), puis à Bourges (1727-1728) et enfin à Rouen comme préfet des études au séminaire jésuite de Joyeuse (1729-1730). A Blois, il côtoie Pierre Joseph Plesse, son futur collaborateur dans l’équipe rédactionnelle des Mémoires de Trévoux, et fait la connaissance, déterminante pour lui, du P. Mathurin-Germain Le Forestier (1697-1780), Provincial de la Province de France deux décennies plus tard. Ce dernier, grand bibliophile et personnage important dans la Compagnie, a été un défenseur des thèses contestables des PP. Hardouin et Berruyer. Le P. Berthier le tient pour son véritable formateur (Eloge, p. 22). C’est sous sa férule que le jeune Berthier continue, selon une pratique courante chez les jésuites, à se former tout en enseignant. C’est peut-être au cours de ces années qu’il apprend l’anglais, l’italien, l’espagnol et l’hébreu dont il fait usage dans sa correspondance et ses oeuvres. Le jeune “magister” (professeur non prêtre) reprend officiellement ses études après ces années de régence. Ayant fait sa philosophie “ex societate”, il peut entamer directement son cursus de théologie à Louis-le-Grand, où il séjourne de 1731 à 1734 (A.R.S.I., francia 27, ff°12, 43, 52). A la fin de sa théologie, il reçoit la prêtrise (A.R.S.I., francia 20, f° 124 v°). Après son troisième an (second noviciat obligatoire), à Rouen (1735), Berthier enseigne en 1736 la physique à Rennes et l’année suivante la théologie morale à Louis-le-Grand, où il prononce ses vœux définitifs, le 15 août 1737 (A.R.S.I., gal 21, ff° 312-313 pour la formule autographe).

Carrière: Le P. Berthier continue à enseigner la philosophie et la théologie dans les années qui suivent l’émission de ses derniers vœux : il  est chargé, en 1738, du cours de physique à Louis-le-Grand, puis du cours de logique à Rouen en 1739. L’année suivante, on retrouve le P. Berthier dans le poste de professeur de théologie positive à Louis-le-Grand, poste dans lequel il est maintenu en 1741. Ces emplois prestigieux dans de grands établissements de la Compagnie ne sont confiés qu’à des individus brillants et ayant la confiance de leurs Supérieurs. Ceux-ci ne tarissent pas d’éloges sur le jeune jésuite dans leurs rapports triennaux envoyés à Rome : le P. Berthier est désormais une valeur montante dont on attend beaucoup (Préface, p. xiij). La consécration vient rapidement : en 1742, le P. Berthier est nommé scriptor, poste qu’il conserve pendant vingt ans, jusqu’à la fermeture du collège Louis-le-Grand en avril 1762.

Situation de fortune: La suppression de la Compagnie dans le ressort du Parlement de Paris (arrêts du 6 août 1762) impose au P. Berthier de trouver au plus vite un état et des moyens de subsistance dans un contexte difficile. Les premiers secours alloués aux profès (425 £) par le Parlement de Paris lui permettent seulement de faire face aux premières dépenses (AN., Minutier central, Et/LXXXVIII/775 et 776). Le P. Berthier traverse alors une période d’hésitations et doit choisir entre plusieurs possibilités qui s’offrent à lui.

Avant même les arrêts définitifs supprimant la Compagnie, il a songé à se retirer à la Trappe (A.F.C.J., carton Berthier, lettre du P. Berthier au P. Général, du 2 mars 1762 ou A.R.S.I., gal 62-63, f° 589 pour la copie). Il finit par renoncer en juillet à ce projet que ses Supérieurs de la Province de France et le P. Général, lui-même, combattent avec fermeté (A.R.S.I., gal 116, f° 176, lettre du 6 juillet 1762 du P. Provincial de La Croix au P. Général). Le P. Berthier doit se déterminer, par ailleurs, sur l’offre attractive du Chancelier Lamoignon, qui lui propose de poursuivre son activité de directeur des Mémoires de Trévoux, avec attribution du privilège de l’ouvrage et possibilité de le transmettre à ses héritiers (Bachaumont, 16 mai 1762). Le P. Berthier recevrait également 1500 £ d’appointements annuels et un appartement à la Bibliothèque du Roi. On annonce aussi l’ancien directeur des Mémoires de Trévoux à Rome, où le P. Général souhaiterait l’attirer pour lui confier un nouveau périodique (Bachaumont, 17 août 1762). A la fin du mois d’août 1762, le P. Berthier, comme nombre de ses collègues célèbres entrés dans de grandes familles, accepte enfin le poste d’intituteur des Enfants de France en cédant aux propositions du Roi et du Dauphin. Une telle nomination heurte les magistrats du Parlement de Paris, qui n’ont eu de cesse au cours du procès fait à la Compagnie de dénoncer le danger qu’il y a à confier la jeunesse aux soins des jésuites. Une formule diplomatique doit être trouvée : l’abbé Berthier devient membre du personnel de la Bibliothèque du Roi, faisant fonction d’adjoint à l’éducation des princes sous l’autorité du Duc de La Vauguyon, un ami des jésuites (AN., O/1/ 404, f° 349, lettre de Saint-Florentin à l’ancien évêque de Limoges du 31 août 1762 et l’Almanach royal pour 1763 et 1764). Les représentations du Parlement de Paris au Roi n’y feront rien : la décision royale est maintenue (Archivio segreto Vaticano, francia 517, f° 84 v°, dépêche du Nonce de Paris du 20 septembre 1762). Un appartement au Grand-Commun est attribué à l’abbé Berthier, ainsi qu’une pension de 4000 £ sur l’abbaye de Molesme, transférée par la suite sur les Economats (Préface, p. xxvij). Cette pension royale, dont le montant sera réduit, serait servie au P. Berthier jusqu’à la fin de sa vie (Eloge, p. 130).

Cette confortable situation ne dure que peu de temps. Continuant son offensive contre ce qui subsiste de l’Ancienne Compagnie, le Parlement de Paris ordonne aux jésuites refusant de prêter serment et ne renonçant pas à entretenir entre eux des relations de quitter son ressort (arrêt du 22 février 1764). Avec l’accord du Dauphin, le P. Berthier cherche un asile à l’étranger (Préface,p. xxvij). En compagnie du P. Charles de la Noue dont il s’occupe, il se dirige vers l’Allemagne, puis la Suisse. Il passe par Rastad, Baden-Baden, Soleure, avant de se fixer à Offembourg, à cinq lieues seulement de Strasbourg, où il se rend pour acheter des livres et recevoir les secours qui lui parviennent de France (Ibid., pp. xxx-xxxj). De puissants personnages continuent à vouloir se l’attacher en qualité de bibliothécaire : Marie-Thérèse et le Duc de Milan lui font des offres en ce sens, qu’il décline. Dans sa retraite, le P. Berthier se consacre à  des exercices de piété et à des tâches d’écriture. Il emploie, nous dit Montjoie, une grande partie de sa pension, réduite à 1000 écus (3000 £), à des aumônes.

En 1775, sentant ses forces décliner, le P. Berthier demande à pouvoir rentrer en France et obtient l’agrément du Roi, qui a été son élève. Il passe par Paris, en juin 1776, avant de se retirer à Bourges, rue de la Cage verte, auprès de son frère et d’un neveu, tous deux chanoines du chapitre de Saint-Étienne. On ne l’a pas oublié en France et il fait figure de héros dans son camp. Jusque dans son grand âge, il étonne par l’étendue de son érudition. Le 9 décembre 1782, l’Assemblée extraordinaire du Clergé lui accorde une pension de 1000 £ en récompense des combats qu’il a menés contre l’irréligion (Procès-verbal de l’Assemblée générale extraordinaire du Clergé de 1782, Paris, 1783, p. 302 ; Bachaumont, 15 janvier 1783). Le P. Berthier ne touchera pas cette pension : le surlendemain de son attribution, il se blesse gravement en chutant dans sa maison et meurt des suites de ses blessures, quelques jours plus tard, le 15 décembre 1782.

Opinions: Figure emblématique des Anti-Lumières, le P. Berthier, en tant que directeur des Mémoires de Trévoux, a combattu avec détermination les ténors du parti philosophique : il a eu de nombreux démêlés avec Voltaire, mais aussi avec Montesquieu (querelle de l’Esprit des Lois), Helvétius (affaire du livre de l’Esprit, en 1758) et sa polémique, en 1751 et 1752, avec les éditeurs de l’Encyclopédie est restée célèbre. Ses observations posthumes sur le Contrat social (Paris, 1789) ne ménagent pas davantage J.-J. Rousseau. De manière générale, le P. Berthier écrit et laisse passer dans les Mémoires de Trévoux de nombreuses et violentes critiques contre les Philosophes. Il apparaît comme un représentant de la ligne dure de l’anti-philosophie au sein de la Compagnie (lettres du P. Castel à Montesquieu, correspondance de Madame de Graffigny).

Homme de combat, le P. Berthier est ferme à l’égard des Philosophes sans toutefois mettre de l’acharnement dans son combat contre les Lumières. Le Journal de Trévoux de sa période renferme plusieurs recensions pleines de modération sur Buffon, Maupertuis et le J.-J. Rousseau des premiers discours (Correspondance passive de Formey, lettres de l’abbé Trublet à Formey). Son équipe rédactionnelle se porte même garante en 1760 des sentiments religieux du fort suspect Du Marsais. Au témoignage du comte de la Billarderie, enfin, le P. Berthier, lors de son préceptorat à la Cour, irait jusqu’à prendre la défense des Philosophes attaqués trop vivement à son gré par le Duc de la Vauguyon (Mémoires de Ch.-C Flahaut, comte de la Billarderie d’Angeviller, p. 39). Le P. Berthier ne rejette pas systématiquement les Lumières, mais leurs attaques contre la religion. Il ne rejette pas davantage la philosophie moderne en général et n’est pas un tenant de l’Ecole : selon le P. André, il se montrerait ouvert au cartésianisme, qu’il finirait même par adopter sous l’influence du P. Plesse, son collaborateur dans l’équipe rédactionnelle des Mémoires de Trévoux (A. M. de Caen, ms. in-4° 155, Recueil J, f° 60). Nullement tenté par obscurantisme, très intéressé par les sciences, intimement lié à l’astronome J.N. Delisle et à La Condamine, le P. Berthier soutient ardemment le progrès des connaissances.

Le P. Berthier mène d’autres combats, au sein de son propre camp. C’est un farouche adversaire du courant harduiniste encore assez puissant dans la Compagnie de Jésus au milieu du siècle. Il écrit notamment contre les PP. Hardouin et Berruyer un texte capital dans le numéro de décembre 1761 des Mémoires de Trévoux (art. CLXIX, décembre 1761, pp. 3012-3037), dont il reconnaît la paternité dans une lettre écrite au journal au lendemain de son départ (art. XCV, juin 1762, pp. 1505-1510). Avec l’accord de ses Supérieurs, il y critique fermement la pensée de ses deux collègues (A.R.S.I., gal 116, f° 57 et 108). Il fait également partie des opposants à la première édition de l’Essai sur le Beau. P. André, un malebranchiste endurci (A.M. de Caen, ms. in-4° 154, papiers du P. André, Recueil Mézeray, f° 203). Le Journal de Trévoux dont il n’a pas encore la charge ne recense pas cet ouvrage à sa sortie, en 1741, et ne parle que de sa réédition en 1760. Ce dernier article est dû au P. de Fredepont, un membre extérieur à l’équipe du P. Berthier (ibid.). Le P. Berthier se montre encore fort réticent à l’égard de la chronologie des anciens Chinois défendue par le P. Gaubil (1689-1759), missionnaire jésuite en Chine. Son collègue lui adresse en vain des informations et des manuscrits qu’il ne livre pas, tout comme son prédécesseur le P. Etienne Souciet, à la publication (La correspondance de Pékin, lettres du P. Gaubil éditées par R. Simon). Ces informations vont à l’encontre de ses idées sur la chronologie sacrée, qui s’appuient sur la version de la Septante.  

Activités journalistiques: Trois ans après sa nomination en tant que scriptor, le P. Berthier se voit confier, en 1745, la responsabilité du Journal de Trévoux, avec le titre officiel de “préfet (responsable) des journaux” (cf. les catalogues triennaux envoyés à Rome). Il garde ce titre jusqu’à la fermeture du collège, en avril 1762 : les sources parlementaires de la période le qualifient invariablement de “Directeur du Journal”. Avec lui, apparemment prennent fin les troubles qui ont secoué la rédaction du périodique jésuite au cours des deux décennies précédentes, que le P. Castel nous décrit dans ses anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux (BN., n.a.fr. 11364 ou Dix-huitième-siècle n° 8, 1976, pp. 193-204, pour la transcription et la présentation, par J. Sgard et F. Weil). On entre dans une période de stabilité avec une équipe de rédaction restreinte comprenant deux autres jésuites, à laquelle sont adjoints exceptionnellement d’autres collègues. Le P. André reproche, à cet égard, au P. Berthier de distribuer parfois des articles à de jeunes préfets (A.M. de Caen, ms. in-4° 155, Papiers du P. André, Recueil J, f° 59 v°). Le P. Berthier a les mains libres et supervise l’ensemble de ce que publie le périodique. Responsable de la publication, il a la charge, comme il l’explique à Omer Joly de Fleury, de tout relire avant de livrer le numéro, passé par la censure, à l’impression (BN., ms. Joly de Fleury 1609, f° 12 et sq. réponse autographe du P. Berthier à Omer Joly de Fleury sur un article qui lui est attribué).

Il n’est toutefois pas le maître absolu de la publication. Il doit obtenir, par exemple, l’aval des Supérieurs pour faire paraître l’article de décembre 1761 contre les PP. Hardouin et Berruyer (A.R.S.I., gal 116, f° 108, lettre du Provincial de La Croix au P. Général du 16 février 1762). Il souhaitait, par ailleurs, travailler seul et, selon le P. André, s’est vu imposer le P. Plesse (A. M. de Caen, ms. in-4° 155, Recueil J, f° 60 r°). Il ne doit donc pas être considéré, comme l’affirme péremptoirement Montjoye, suivi par Sommervogel, comme l’auteur ou le réviseur de tous les articles parus dans le périodique jésuite durant son agence. Des points de vue différents du sien sont présents dans les Mémoires de Trévoux. Plusieurs articles peuvent lui être formellement attribués, tandis que d’autres  peuvent l’être tout aussi formellement à différents collègues.

Publications diverses: En tant que scriptor, le P. Berthier écrit beaucoup. Certaines de ses publications portent son nom, d’autres ont très probablement été éditées sous le couvert de l’anonymat. Le P. Berthier, en sus des articles parus dans les Mémoires de Trévoux, a donné de son vivant les tomes XII à XVIII de l’Histoire de l’Eglise gallicane entreprise par le P. Longueval et  une Histoire des premiers temps du monde prouvée par l’accord de la Physique avec la Genèse (Paris, 1778).

L’autre partie de son œuvre officielle paraît de manière posthume. Il s’agit de traductions avec commentaires de textes de l’Ecriture (les Psaumes, Paris, 1785 ; Isaïe, Paris, 1788-1789) et d’ouvrages de spiritualité (Réflexions spirituelles du P. G.-F. Berthier, Paris, 1790). Le P. Berthier est également l’auteur d’une réfutation du Contrat social (Observations sur le Contrat social, Paris, 1789). On lui attribue, par ailleurs, deux apologies de la Compagnie parues dans le cadre du procès fait aux jésuites : Recueil de lettres sur la doctrine et l’Institut des jésuites (S.l.n.d) et Réponses à quelques objections concernant l’Institut des jésuites (S.l.n.d.). Il aurait enfin participé à la rédaction des Observations sur un livre intitulé De l’Esprit des Lois (Paris, 1757 ?). Le P. Berthier a laissé de nombreux papiers dont quelques-uns ont été édités comme ces fragments d’un plan d’études pour les Princes parus dans la Revue de l’Institut catholique de Paris (janv.-fév. 1909, pp. 44-62).

Bibliographie: Iconographie: deux portraits gravés, l’un en tête de l’édition des Psaumes, l’autre en tête de l’Eloge de Montjoye — A.R.S.I. (Archives romaines de la Compagnie de Jésus), série francia (catalogues triennaux), gal 62-63 (suppression de la Compagnie), gal 116 (lettres au P. Général) — Archivio segreto Vaticano, francia 517 (dépêches du Nonce à Paris pour 1762) — A.F.C.J. (Archives françaises de la Compagnie de Jésus), catalogues brefs, carton G.-F. Berthier — Procès-verbal de l’Assemblée générale extraordinaire du Clergé de 1782 — Angeviller, Mémoires de Ch.-C Flahaut, comte de la Billarderie d’Angeviller, éd. Charles Bobbé, Copenhague, 1933 — Bachaumont, Mémoires secrets, Londres, 1777-1789 —G.-F. Berthier, Les Pseaumes traduits en François, Paris-Mérigot, 1785 (Préface) — Formey, Correspondance passive de Formey, éd. de M. Fontius et alii, Genève, 1996 — Antoine Gaubil, Correspondance de Pékin, éd. R. Simon, Genève, 1970 —Montesquieu, Correspondance de Montesquieu, éd. Gébelin, Paris, 1914 —Voltaire, Correspondance, éd. de la Pléiade, Paris, 1977 et sq. —F. L. C. Montjoye, Eloge historique du P. G.-F. Berthier, Paris, 1817 — Abbé Moulinet, notice sur le P. Berthier, La semaine religieuse du Berry, 1868, p. 93 et sq. — J. N. Pappas, Berthier’s Journal de Trévoux and the Philosophes, Genève, 1957 — C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus,  Paris, 1891 et sq. t. II, col. 1377-1386 et Table méthodique des Mémoires de Trévoux, Paris, 1864-1865 — C. Albertan, Apogée et fin d’un périodique jésuite : les Mémoires de Trévoux (1751-1762) [à paraître]. (Christian ALBERTAN)

Décès

1784

Auteurs

Naissance

1704

Numéro

068

Prénom

Guillaume

Guillaume François Berthier est né à Issoudun, dans le Berry, le 7 avril 1704, de Guillaume Berthier, avocat et de Catherine de l'Estang. Il est mort à Bourges le 15 décembre 1784 (Montjoye).

2. Formation

Il entra au collège jésuite à Bourges en 1716. A l'âge de 18 ans, il commença son noviciat à Paris dans la Compagnie de Jésus (Montjoye).

3. Carrière

Après sept ans comme professeur des humanités à Blois, il enseigna la philosophie à Rennes, puis à Rouen. En 1742, on le rappela à Paris comme professeur de théologie, et il fut chargé en même temps de la continuation de l'Histoire de l'église gallicane. En janvier 1745, il devint rédacteur du Journal de Trévoux, fonction qu'il exerça jusqu'à la suppression des Jésuites en 1762. Refusant de continuer le journal, il voulut se retirer à la Trappe, mais on lui refusa la permission et on le chargea d'une défense des Jésuites auprès du roi, le Recueil des lettres sur la doctrine et l'institut des jésuites. Il fut nommé garde de la bibliothèque du roi et adjoint à l'éducation de ses enfants, et écrivit à cette intention plusieurs essais politiques et moraux qui rappellent Fénelon. Avec l'expulsion des Jésuites en 1764, il s'exila à Bade, puis à Offenburg, où il étudia les langues orientales et écrivit sa traduction des Psaumes et ses commentaires sur les prophètes Isaïe et Jérémie. En 1766, Louis XVI, son ancien élève, lui permit le retour en France et il alla vivre à Bourges avec son frère et son neveu ; il y mourut en 1784 (Montjoye, Pappas).

4. Situation de fortune

Deux jours avant sa mort, l'Assemblée du Clergé lui accorda une pension de 1000 francs (Montjoye).

5. Opinions

En tant que directeur du Journal de Trévoux entre 1745-1762, il se trouva en plein milieu des controverses suscitées par les Encyclopédistes. Un des premiers à exposer le côté irréligieux de l'entreprise, ainsi que les plagiats, il eut une part à la suppression de l'Encyclopédie en 1751, ce qui lui attira les satires de Voltaire. Intraitable dans les matières religieuses, il fut néanmoins un critique perspicace et modéré, préférant éviter les controverses, louant le talent de ceux-même dont il rejetait les idées. A part sa fidélité à la monarchie et à la religion traditionnelles, il se trouva souvent en accord avec les Philosophes en ce qui concerne le Newtonianisme et la méthode scientifique, la musique italienne, la condamnation des abus de l'Ancien Régime, etc. (Pappas).

6. Activités journalistiques

«Tous les volumes (du Journal de Trévoux) de 1745 à mai 1762, pourraient être regardés comme son ouvrage parce que, outre la surveillance sur la rédaction, il n'y a pas un volume qui ne contienne plusieurs articles de sa main» (Sommervogel, t. I, 1738, Pappas).

7. Publications diverses

Histoire de l'église gallicane, t. XIII-XVII, Paris, 1745. – Histoire des premiers temps du monde prouvée par l'accord de la Physique avec la Genèse, Paris, 1778, 288 p. – Observations sur le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, Paris, 1789, 197 p. Il collabora («en ce qui concerne le commerce et les finances», Sommervogel, t. I, 1738) à l'ouvrage de Claude Dupin, Observations sur un livre intitulé De l'Esprit des Lois, Paris, 1757 et 1758, 3 vol. – Les Psaumes traduits en françois avec des réflexions, Paris, 1785 ; 1807, 5 vol. ; 1829 ; 1831, 8 t. en 9 vol. – Isaïe traduit en français, Paris, Mérigot, 1788-1789. – Recueil de lettres sur la doctrine et l'institut des Jésuites (s.l.n.d.), 155 p. – Réflexions spirituelles du P. G.F. Berthier, Paris, 1790, 5 vol., ibid., 1841.

8. Bibliographie

Sommervogel ; Cior 18, n° 11586-11606. – Montjoye F.L.C., Eloge historique du P. G.G. Berthier, Paris, 1817, XVI, p. 208.– Pappas J.N., Berthier's Journal de Trévoux and the Philosophes, Genève, 1965, 238 p., S.V.E.C. 3, 1957.