BRUHIER

Numéro

121

Prénom

Jean Jacques

Naissance

1686?

Décès

1756

1. État-civil

D'après Brainne, Jean Jacques Bruhier, connu aussi sous le nom de Bruhier d'Ablaincourt, «naquit à Beauvais, en 1686, d'une ancienne et honorable famille de commerçants». Il mourut à Paris le 24 octobre 1756.

2. Formation

Après avoir terminé ses études au collège de sa ville natale, il se rendit à Angers, où il avait un oncle, «dans l'intention d'y étudier la médecine» (Brainne). Selon Dezeimeris, «après avoir reçu le bonnet doctoral dans l'Université d'Angers, il se mit sur les bancs de la Faculté de médecine de Paris et y fut reçu docteur régent». Il semble qu'on puisse le suivre, plutôt que Bayle et Thillaye, d'après lesquels B. «ne prit aucun degré à Paris». Voir Robert Favre, La Mort au siècle des Lumières, P. U. de Lyon, 1978, p. 266 : approbation des thèses de B. dans les Mémoires de Trévoux (juin 1745, p. 975-976 ; oct. 1746, p. 1982) ; p. 208 et 267 : leur utilisation chez Dom Deschamps et Buffon ; p. 267-270 et 366 : discussion de ces thèses dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

3. Carrière

«Il vint à Paris, en 1715» (Brainne), «exerça l'art de guérir dans la capitale, fut censeur royal» (Dezeimeris) et membre associé libre de l'Académie d'Angers. En mentionnant sa qualité de censeur pour l'«histoire naturelle, la médecine et la chimie», les Almanachs royaux indiquent son adresse : en 1746, «rue de la Parcheminerie» ; en 1755, au «Collège des Trésoriers, près la Sorbonne».

4. Situation de fortune

Il reçoit 250 £ (de Malesherbes?) en 1752 (B.N., f.fr. 22133, f° 129).

5. Opinions

Dans le domaine littéraire, B. est un partisan déterminé de Cartaut de la Villate, qu'il considère comme «un génie du premier ordre» (Caprices d'imagination, p. 8). Loué lui-même par un Académicien de province comme La Sorinière (Mercure de juin 1750, t. 1, p. 96 et 97 ; Journal de Verdun, juin 1750, p. 442), cet admirateur de la marquise de Lambert a été de ceux qui ont le plus fait pour accréditer la notion équivoque de sociabilité : «L'esprit de société» ne serait-il pas «la même chose que l'amitié et la charité» (Caprices, lettre Vl)? Effectivement, il fournit des jugements nuancés sur l'Histoire de l'esprit humain du marquis de Saint-Aubin, comme sur le Recueil de divers écrits, commente avec modération les dernières pièces de Destouches, de Boissy et de Voltaire. En médecine il apparaît comme un disciple de Silva et de Chirac, de Lémery, et de Winslow, mais il a consacré une importante partie de son activité à traduire les «observations» ou «traités» d'Hendrik van Deventer (1733) et de l'allemand Friedrich Hoffmann (1739, 1746, 1747, 1751). Il s'est surtout signalé par son ouvrage «sur l'incertitude des signes de la mort» (Dissertation, C.F. Simon fils, 2 vol., 1742-1745, rééd. en 1749 et 1752, attaquée par Louis, mais traduite en anglais, en suédois et en allemand, et souvent citée, notamment par Rousseau dans la troisième de ses Lettres de la montagne ; cf. Lettre à M.M. Rey, Correspondance, éd. T. Dufour, n° 2144, t. Xl, p. 183) et ses «projets de règlement sur les enterrements et embaumements» (Mémoire de 1745, C.F. Simon fils, Morel jeune, Debure aîné ; Journal de Verdun, 1745, juin, p. 425 ; août, p. 422 ; sept., p. 164 ; avec une Addition de 1746, C.F. Simon fils ; Journal de Verdun, avr. 1748, p. 248-252). «Il s'attaquait à d'anciens préjugés et à la vieille routine, ce qui lui valut l'appui des encyclopédistes et des philosophes» (Brainne). Mais il s'est aussi penché avec intérêt sur la diététique («Examen sur les effets du vin», Journal de Verdun, juil. 1728, p. 25 ; «Dissertation sur l'usage du pain et de l'eau pour les enfants à la mamelle», mars 1728, p. 173-178 ; «Addition de l'auteur, où il confirme ses principes sur la nature du pain et de l'eau», juin 1728, p. 397), et il a manifesté une curiosité particulièrement vive pour la magie et toutes sortes de phénomènes para-psychologiques : «Les effets qu'on attribue aux différentes phases de la lune» (Journal de Verdun, juil. 1727, p. 9-13), «le sabbat et les sorciers» (ibid., août 1729, p. 87), «I'astrologie» (ibid., juil. 1734, p. 401), la «baguette divinatoire», la «pierre philosophale», les philtres d'amour et l'érotomanie, les perversions du «goût», les «sirènes, tritons et autres poissons rares» (Caprices, lettres III, IV, V, VII, XIX).

6. Activités journalistiques

B. a publié en 1740, chez Briasson, un recueil de vingt-trois «lettres» où la critique de l'actualité littéraire alterne avec des réflexions morales et de petites dissertations : Caprices d'imagination, ou Lettres sur différents sujets, d'histoire, de critique, d'histoire naturelle, etc., 514+40 p., in-12. Cet essai, qui a la forme d'un journal sans en avoir la périodicité, avait été approuvé dès le 26 janvier 1738 (privilège du 14 juillet 1739), et il fut réédité à Amsterdam en 1741.

Probablement un peu plus tard, B. «travailla pendant plusieurs années» (Dezeimeris) au Journal des savants dont il fut, d'après la Biographie universelle, «l'un des plus précieux collaborateurs» : de 1742 à 1752 selon J.P. Vittu (DP1 710) ; dans une lettre au médecin Haguenot de Montpellier, du 14 mai 1748, il écrit : «Je compte lire à l'assemblée prochaine du Journal l'extrait de votre excellent mémoire» (Archives hospitalières de Montpellier, B 84, n° 36). Dans une lettre datée du 13 octobre 1752, à Passy, B. demande (à Malesherbes?) le privilège de la «distribution» des exemplaires du Journal des savants : «Vous aviez eu la bonté de me promettre que ce petit avantage me serait conservé, et il me serait bien dû, vu les services que j'ai rendus à l'ouvrage [...]. Quoique j'aie renoncé à la perception de l'honoraire du Journal, je n'en suis pas moins de la Compagnie» (f.fr. 22133, f° 129-130).

Le Journal de Verdun contient de nombreux articles, projets, mémoires ou prospectus rédigés par ses soins. Voici la liste de ceux qui n'ont pas été signalés plus haut : 1732, mai, p. 320 («Nouvelles Observations sur le bain d'eau dans la petit vérole») ; juin, p. 407 ; 1733, oct., p. 242 ; 1734, oct., p. 24 («Réflexions sur une grossesse de quinze ans») ; 1735, févr., p. 93-99 («Examen des principes de M. Le Comte») ; 1739, juil., p. 9 («Dissertation sur l'utilisation des méchaniques»). Dans les premiers temps de cette collaboration, il avait tenu à figurer parmi les lecteurs qui répondaient volontiers aux questions proposées par le rédacteur : «Réponse sur l'amour de la patrie» (août 1728, p. 92-97), «Dissertation en faveur de l'amour des femmes contre celui du vin et du jeu» (oct. 1728, p. 251 ).

8. Bibliographie

B.Un., N.B.G. – Artigny A. d', Nouveaux Mémoires, Paris, 1749, t. II, p. 317. – Dezeimeris J.E., Ollivier (d'Angers) et Raige-Delorme, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, Paris, Béchet jeune, et Bruxelles, 1828, t. I. – Bayle et Thillaye, Biographie médicale par ordre chronologique d'après Daniel Leclerc, Eloy, etc., Paris, Adolphe Delahays, 1855, t. Il, p. 462. – Brainne, Les Hommes illustres du département de l'Oise, 1863, p. 158-160. – Bodet M., Une académie de province au XVIIle siècle, l'Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres d'Angers (1erjuil. 1686-30 juin 1789), mémoire de maîtrise conservé aux A.D de Maine-et-Loire.

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