PRAVAL

Auteurs

Numéro

658

Prénom

Charles

Naissance

?

Décès

1821

On ne trouve Charles Praval qu'à partir de 1776 dans le Dublin Almanach, comme «enseignant de la langue française », à quatre adresses successives : 10 Great Strand Street, 5 Whitefriar Street, George's Court et à «Platanus», Donnybrook Road, cette dernière adresse étant un signe de succès dans un quartier résidentiel, avec un platane sur le jardin. Il ne semble avoir enseigné que chez lui, par leçons privées. Dans la liste des testaments acceptés dans le diocèse de Dublin, il est noté comme «gentilhomme mort intestat» en 1821.

6. Activités journalistiques

Son seul périodique connu est le Magasin à la mode, deux vol., de 1777 et 1778, édités par W. et H. Whitestone à Dublin (D.P.1 857). Il semble que le public francophone de Dublin ait été trop réduit pour soutenir cette entreprise, même si Dublin connut autour de 1750 une activité assez remarquable dans l'édition des classiques français.

7. Publications diverses

The Rudiments of the French tongue, reduced into question and answer, Dublin, W. et H. Whitestone, 1779 (National Library, Dublin, J 445). – The Idioms of the French language, compared with those of the English, Dublin, W. et H. Whitestone, aussi chez G. Burnet, 1783. – The Rudiments and syntax of the French language (of M. Praval) enlarged by Albert Doisy, Belfast, Impr. Simms and Mclntyre (N.L. Dublin, I 6551) : cette édition augmentée atteste la persistance de la francophonie de la colonie huguenote à la fin du siècle. – The Syntax of the French tongue reduced to practice by a series of rules, examples and exercices, Dublin, W. et H. Whitestone, 1779 (N.L. Dublin, 4452), le même chez Burnett, 1802 et 1804.

8. Bibliographie

En l'absence de toute biographie de P., cette notice doit surtout aux renseignements fournis par les bibliothécaires et archivistes d'Irlande.

9. Additif

État-civil : Charles Praval épousa Catherine Tobin à Londres le 27 octobre 1771. Ils s'installèrent en Irlande vers 1772/3. [Christine Gordon]

LARROQUE

Auteurs

Numéro

463

Prénom

Daniel de

Naissance

1660

Décès

1731

Daniel de Larroque est né à Vitré en Bretagne en 1660,fils de Matthieu Larroque et de Jeanne de Gênes, est né à Vitré en 1660, où son père était établi comme pasteur. Patronné par la duchesse de La Trémoïlle, ce pasteur avait reçu plusieurs appels d'autres paroisses plus prestigieuses, notamment Charenton, que les autorités lui avaient interdite, ne tenant pas à voir une des meilleures têtes du protestantisme établi dans un poste influent près de la capitale. Il fut ensuite pasteur à Rouen.

2. Formation

L. reçut à Vitré de son père une excellente éducation classique, mais on ignore quelles écoles il a pu fréquenter ni dans quelle université il a pu suivre des cours de droit pour devenir jurisconsulte et «l'avocat» qu'il dit être dans l'Avis important aux Réfugiés. En cela il semble une exception dans une famille qui s'est tournée en bloc vers le pastorat et la théologie réformée, sauf de très rares exceptions. A Oxford, L. a pu suivre les cours de Humphrey Prideaux, descendant de huguenot, professeur renommé de langues bibliques à Christ Church, dont, un peu plus tard, en 1699 il publierait La Vie de l'Imposteur Mahomet. Son séjour en Angleterre s'interrompt pour un séjour à Rotterdam en 1684, où il publie, avec une dédicace à Pierre Bayle sous la formule : «à M.*** Professeur en Philosophie et en Histoire», signée D.L., Le Prosélyte abusé, oeuvre historique et polémique. Bayle, ami de la famille depuis 1674, et qui devint, pour quelques années, ce qu'on pourrait appeler le «patron» de L. Celui-ci ne semble pas avoir résidé en permanence à Rotterdam, car après un court séjour, il revint à Oxford pour un total d'au moins un an et demi. Je ne trouve aucune preuve d'une ordination, comme pasteur de L., ni en France ni à Londres.

3. Carrière

La décennie 1680-1690, est pour L. extrêmement mouvementée, et les dates-clé en sont : 1684, date de la mort de son père et voyage à Oxford ; 1685, date de la Révocation qui change le sort de toute sa famille ; 1687, où il remplace puis seconde Bayle aux Nouvelles de la République des Lettres ; 1689, où paraît l'Avis important aux réfugiés et où il accepte un poste britannique à Hanovre ; 1690, quand il abjure et revient en France. Pendant cette période nous le voyons circuler de Rouen à Oxford, d'Oxford à Rotterdam et retour, de Rotterdam à Copenhague, puis Hanovre et enfin Paris, sans que nous puissions dater ces séjours avec exactitude ni en retrouver les adresses.

L. devait jouer un rôle marquant dans le refuge par l'Avis important, où il laisse apparaître le danger où se trouve la France après la bataille de la Boyne (1690). Le jeune protégé de Bayle, depuis longtemps hostile à Guillaume d'Orange, dut redouter, au-delà d'une guerre périlleuse, d'autres conflits fatals pour la prédominance française. Par ailleurs, il faut se souvenir que pour presque tous les protestants français, les rois étaient les lieutenants de Dieu, chacun dans son pays, auxquels les sujets n'avaient pas le droit de résister. Autant de raisons pour persuader L. que ses talents trouveraient à se déployer plus loyalement et naturellement en France, où son abjuration de 1690 fut vite récompensée par une pension qui pouvait rétribuer aussi les services de renseignement d'un secrétaire d'ambassade britannique à Hanovre, poste que L. venait de quitter. Revenu en France, L., d'après Moréri, a vécu plusieurs années parmi les gens de lettres, à Paris, composant divers ouvrages, quand il se trouva incarcéré au Châtelet le 25 novembre 1694, accusé d’avoir participé à la publication d’un « libelle satyrique » contre le gouvernement. Après plusieurs mois de détention, il fut transféré dans la prison d'Angers, puis en 1696 au château de Saumur. Il retrouva sa liberté vers 1699 par l'intervention de l’abbesse de Fontevrault. De retour à Paris, il trouva un emploi – Marais dit : «une place honorable» –, comme traducteur aux Affaires étrangères, où le marquis Colbert de Torcy allait organiser «l'Académie politique du Louvre» pour former de jeunes diplomates. Savant, lettré et grand voyageur, Torcy a pu connaître L. dans les cercles intellectuels parisiens peu après le retour du prisonnier vers 1699 et se l'attacher pour son utilité. Cette charge obligea L. à résider à Versailles, près de Torcy, jusqu'à sa démission, en 1715. Mais les changements imposés par le régent ne lui nuirent point : ses talents le firent nommer par le duc d'Antin et le régent, secrétaire du nouveau «Conseil du Dedans» (lettre de l’abbé d’Olivet au président Bouhier, 14 fév. 1722, Correspondance littéraire du président Bouhier, t. III, p. 76).

4. Situation de fortune

Sa famille, semble-t-il était aisée. Avant son retour en France, L. semble avoir voyagé sans difficulté dans les pays du Nord, avoir financé des séjours à Oxford par exemple, et fréquenté des gens assez fortunés, comme les amis anglais de Bayle, sans avoir à quémander. Au moment de son abjuration, L. reçoit une pension de 3 ou 400 £, augmentée probablement par la restitution d'une partie de son patrimoine. Par la suite, son emploi au ministère des Affaires étrangères lui procure des honoraires qui, même s'ils sont modestes, s'ajoutant à ses ressources personnelles, à sa pension de converti, devaient le mettre à l'aise. A la dissolution du Conseil de Dedans, dont il est secrétaire, il reçoit une pension de 4000 £ jusqu'à sa mort. (lettre de l’abbé d’Olivet au président Bouhier, 6 juil. 1738, p. 281).

5. Opinions

Les prises de position de L. ne sont pas moins surprenantes que les renversements de sa carrière. Ce fils de presbytère provincial, et jeune protégé de Bayle, polémiste actif contre les critiques du protestantisme, a subitement quitté un poste très prometteur dans la diplomatie britannique pour abjurer et faire publier par Bayle, sous le sceau du secret, le long Avis important aux réfugiés sur leur prochain retour (1690). Alors que Bayle exultait dans sa pièce liminaire devant «le miracle manifeste» de l'élévation de Guillaume d'Orange, comme roi de la Grande-Bretagne et chef de la coalition européenne, L. se crut justifié à renier toutes les croyances de sa famille, parce que mieux renseigné par son emploi diplomatique sur les desseins implacables de Guillaume contre Louis XIV (voir E. Briggs, « Bayle ou Larroque ? »). Il envoya son texte à Bayle, avant d'abjurer dans la chapelle de l'ambassadeur de France à Copenague, et rentra en France, probablement par mer, les frontières étant fermées par la guerre. Revenu à Paris, il apprit que le confesseur royal, le P. La Chaise, comme l'archevêque de Paris, François de Harlay, voyaient d'un mauvais oeil l'Avis, «comme l'oeuvre d'un protestant déguisé ou d'un fort mauvais catholique puisqu'il traitait de persécuteurs, ou peu s'en faut, les ministres du Roi». L. se tint donc coi un premier temps, mais il essaya de parer de nouveaux coups éventuels en préparant une seconde édition qui désavouerait en partie la première, mais sans y mettre son nom. Pendant sa captivité, due peut-être en partie à la réputation équivoque de son Avis, il fut visité par le savant hollandais Hartsoeker et il lui avoua sa paternité de l'Avis que ce savant divulgua à quelques amis discrets.

Quoique rarement libre de visiter Paris, il y fut bien reçu de lettrés comme P. de Vitry et l'abbé Nicaise et des savants du cercle qui correspondaient régulièrement avec le président Bouhier de Dijon. C'est cette correspondance volumineuse, qui a fait connaître la vie et le caractère de L. Bouhier lui faisait régulièrement cadeau de ses livres nouveaux et faisait rechercher les siens. Une dernière évolution surprenante, mais bien dans la ligne logique de la sincérité et de la fidélité de L. à ses propres valeurs, est à signaler : l'abbé J.B. Bonardy, bibliothécaire du cardinal de Noailles et jansénisant, écrit le 28 avril 1726 à Bouhier, sur l'Avis, paru depuis quarante ans : «Il n'y a point à douter que M. de La Roque, dont vous me marquez les qualités, n'en soit l'auteur. Je saurai son nom de baptême par le P. Le Quien, son ami et le mien [...]. Il était protestant lors de la composition de l'ouvrage, mais il a changé jusqu'à devenir ultramontain, ce qui me surprend beaucoup dans un homme d'esprit et d'érudition [...]».

6. Activités journalistiques

Par ses connaissances et ses relations anglaises, L. avait pu fournir des contacts et des renseignements pour les Nouvelles de la République des Lettres, avant de prendre la direction temporaire de ce périodique lors de la maladie de Bayle au printemps de 1687. Des attributions très excessives, par différentes autorités et bibliothèques, ont exagéré son rôle, qui semble n'avoir pas dépassé la composition des trois numéros de mars, avril et mai, avec une participation mal définie dans les trois suivants, c'est-à-dire jusqu'à la fin d'août 1687. C'est ce qu'affirme l'abbé d'Olivet. Une lacune de sa correspondance avec Bayle entre octobre 1686 et décembre 1690, due à ses voyages en Angleterre, pourrait appuyer cette conclusion, mais il est naturellement possible qu'il ait pu fournir des contributions, étant absent – ou présent – en Hollande. On peut remarquer que Bayle donnait à ce jeune ami de 27 ans une belle marque de confiance, en lui passant ce qui était alors son meilleur titre à la célébrité. Quant au contenu de ces numéros, il est difficile d'attribuer tel morceau à telle personne, là où toute indication manque. Ce qui frappe c'est la place considérable accordée aux Anglais et aux autres protestants du Continent. Quoique le lecteur soit averti que M. Bayle n'a même pas lu le numéro de mars, où son nom ne continue pas de paraître dans le titre, L. n'est pas nommé. Le journal se contente de dire : «D'habiles gens les ont faites [ces Nouvelles] pour lui et continueront tout le temps que cela sera nécessaire». L. se place sur un terrain plus naturel pour lui, en traitant avec sympathie les Articles de réunion entre les Protestants de la conférence d'Augsburg et les Réformés, traduits par un réformé (L.?) et publiés à Rotterdam en 1687. «Présage, peut-être, de la réunion qu'on souhaite», dit-il, mais soulignant que certains d'entre eux excluraient plusieurs enseignements des Sociniens qui furent souvent sa cible, et des Anabaptistes. L. loue ces propositions comme pratiques et tolérantes, mais prévoit que les partis voudront demander des éclaircissements, la tolérance soulevant bien des doutes et difficultés, et il ajoute familièrement «la conscience n'est pas une chemise» : trait typique de son style clair et naturel, apte à frapper des lecteurs assaillis de tant d'ouvrages guindés et prétentieux. L. s'étend avec un plaisir évident sur les récits de voyages (en anglais) du futur évêque Gilbert Burnet – cet auteur « trop célèbre pour qu’on lui donne des éloges » – en Suisse, Italie et France, publiés à Rotterdam en 1686. Suivent des articles variés traitant d'écrits par l'abbé Cathelan (autre collaborateur de Bayle qui a peut-être contribué aux numéros de juin à août), du réfugié Pierre Allix sur les chronologies bibliques des Egyptiens (imprimé à Londres en 1687 par J. Cailloué), du Père Maimbourg sur le pape Saint Léon le Grand (1687) et un extrait des Transactions philosophiques, sur une glande pinéale trouvée pétrifiée par un médecin anglais (nov. 1686). Le volume X pour mai 1687 porte le nom de Bayle dans le titre, sans autre indication, mais sans sa participation, comme aussi celui de juin. Le premier article s'avère exceptionnel par sa longueur et son importance, comme celui sur Burnet. C'est une lettre de Van Dale répondant à Fontenelle, dont l'Histoire des Oracles, toute récente, avait été une réponse plaisante à son propre livre. L. en a peut-être fourni la traduction française mais rien d'autre, semble-t-il. Le volume pour juin continue dans la même voie ésotérique avec comptes rendus des livres d'Osiander, Tractatus Theologica de Magia, de Heidegger, Sod Babel Rabat, de Pierre Poiret, l'Oeconomie Divine, tous parus dans l'année, et la longue notice sur Poiret est continuée en juillet, sans doute par L. Ce rapprochement est un témoignage significatif des intérêts éclectiques du jeune savant et de l'intérêt renouvelé pour des éléments extra-rationnels ou para-psychologiques qui échappaient alors à la plupart. Le numéro de juillet continue avec la réponse de Denis Papin dans les Transactions philosophiques de janvier 1686 sur sa pompe à eau, critiquée par M. Nuis dans les Nouvelles de mai-juin 1686 et l'article IV, ici (p. 709) avec une lettre de M. L... (Larroque ?) sur les principes de la nature, répondant à Malebranche. Il revient tout de suite après aux idées plus spécifiquement religieuses, à propos du tome III de l'Histoire des Révolutions (religieuses) en Europe de Varillas et des Nouvelles accusations contre Varillas (1687) de L. lui-même. Il argumente contre le début de l'Histoire des Hérésies, et cela se continue en août avec un autre assaut contre ses Révolutions. Il semble qu'on peut donner tout ceci à L., ainsi qu'une Apologie pour l'église anglicane, traduite de l'anglais en juillet. Mais on peut penser aussi à Jean Le Clerc qui, selon R. Granderoute (D.P.1 1016) partageait la direction des Nouvelles avec L. après juin, pour certains morceaux comme La Créance de l'Eglise orientale sur la Transsubstantiation, en août, et la Relation historique de la Pologne par M. d'Hauteville (1687). L. pourrait bien avoir entrepris la défense de Poiret et de Mlle Bourignon dans l'article IX de juillet. Dans la livraison de septembre le libraire, en gardant le nom de Bayle, avertit qu'une seule plume y a travaillé, ce qui semble indiquer Le Clerc, et la fin des travaux de L., ainsi que de sa brève carrière de journaliste.

7. Publications diverses

Le Prosélyte abusé ou les fausses vues de M. Brueys dans l'examen de la séparation des Protestants, , anon. , Rotterdam, Leers, 1684, in 12, XX – 192 p. – Les Véritables Motifs de la conversion de l'abbé de La Trappe [...] ou Entretiens de Timocrate et de Philandre, anon., Cologne, 1685, in 12. Cet ouvrage a provoqué une controverse tardive (voir Duranton, 1977, t. V, p. 13). – Diatriba de Legione Fulminatrice [cum] M. Larroquani Adversariorum Summa Vitæ Autoris, [...] autore Daniele Larroquano M. filio, Amsterdam, 1687, in 8°. Une réplique tardive par P. Curtz : Dissertatio [...] de Legione fulminatrice parut en 1705. – Nouvelles Accusations contre M. de Varillas ou remarques critiques contre une partie de son Histoire de l'Hérésie, Amsterdam, anon. 1687, 163 p. et pièces liminaires. – Avis important aux Réfugiés sur leur prochain retour en France donné pour étrennes à l'un d'eux en 1690, par M.C.L.A.A.P.D.P. avec une dédicace à M. P.B. professeur de philosophie à Rotterdam et un long Avertissement [de Bayle], Amsterdam, 1690, in 12, 412 p. et pièces liminaires, 2e éd. : Paris, 1692, in 8°, 356 p. avec un nouvel Avis. –Préface de l'Ombre de Scarron? Cette attribution est contestée par E. Labrousse (voir Inventaire) ; il s'agirait plutôt des Amours de Mgr le Dauphin, Cologne, 1694. – Réflexions contre les Ministres transfuges (ms. de 1699 selon Haag qui parle d'une demande à cette date pour un permis d'imprimer qui n'aboutit pas). – La Vie de Mahomet ou l’on découvre amplement la vérité de l’imposture, Amsterdam, 1698, in-12, traduit de langlais de Humphrey Prideaux (éd. Anglaise 1697). – Remarques générales sur [...]Lettres, Mémoires et Négociations de M. le Comte d'Estrades, sl., 1709, in 12, 76 p. – Un Mémoire non encore identifié de 1718 pour les Princes du sang contre les légitimés. – Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'à la translation de l'Empire par Constantin, (1728-1742), 16 vol., in 12, trad. de Lawrence Echard par L. et Guyot Desfontaines. On ignore la part exacte qui revient à chacun. T. Morris attribue les trois premiers volumes à L. les t. IV-VI seraient entièrement refondus, en partie suivant l’Histoire de Tillemont, après quoi son collaborateur l’abbé Granet aurait continué la traduction (L’Abbé Desfontaines et son rôle dans la littérature de son temps, S.V.E.C. 19, 1961). L. avait déjà marqué sa propriété en envoyant de sa prison le premier volume au libraire Gallet d’Amsterdam qui le publia en 1698 (seul exemplaire connu à la Congress Librairy.) L’abbé d’Olivet nous donne l’historique de cette publication : « D’un côté il est certain que M. de Larroque fit dette traduction dans sa prison de Saumur, qu’ayant pris des livres chez Boudot libraire de Paris, il lui donna son manuscrit en payement et que Boudot étant mort avant d’avoir d’en avoir fait usage, d’autres libraires le confièrent à M ; l’abbé de Desfontaines. On est bien fondé à croire que la traduction imprimé lui appartient, et non à L. Je prendrais seulement la liberté de n’âtre pas tout à fait de son avis en ce qu’il prétend que L. écrivait très mal. Un homme dont quelques ouvrages furent attribués à M. Pellisson ou au cardinal de Polignac écrivait-il mal ? L’examen du style ne pouvant nous découvrir la vérité, si personne n’a plus d’intérêt que moi à la tirer du puits, elle y demeurera fort longtemps » (lettre du 6 juil. 1738, éd. citée p. 282). – D'Olivet parle d'un manuscrit de L. : Anecdotes du règne de Charles I roi d'Angleterre. Ce titre n'a pas permis jusqu'ici de l'identifier (voir Duranton, t. IV, p. 281). – Vie de François Eudes de Mézeray, Amsterdam, P. Brunet, 1726, in 8°, 111 p. – Mémoires touchant M. de Thou [...] durant son ambassade de Hollande, anon., Cologne, P. Marteau, in 8°, 1710, réédité à La Haye en 1732. La matière de ce premier texte a pu provenir des archives du ministre Torcy et être préparée par L. peu avant sa mort en 1731. – Fragments d'Histoire et de Littérature, anon., La Haye, 1734, in 8°, 244 p., avec une note manuscrite «par Larroque de Rouen» sur le feuillet de garde. Le contenu est un mélange d'essais courts sur des sujets d'histoire et de philosophie tout à fait dans le goût et la manière de L. Il y expose ses propres critiques contre Varillas ainsi que celles de Bayle, Burnet, d'Hozier, etc. Les p. 101-108 expriment ses idées contre les athées et les sociniens et je ne doute pas de cette attribution d'autant plus que la bibliothèque de la S.H.P.F. possède une autre édition identique du même libraire datée de 1706. – Marais lui attribue un Traité de la Régale que L. fit imprimer en 1688 à Rotterdam, mais le titre marque clairement qu'il est de son père «par feu M. de Larroque».

8. Bibliographie

Moréri ; D.L.F. – Chauffepié, Nouveau dictionnaire historique et critique, Amsterdam, La Haye, 1750-1756. – Marais M., Journal et Mémoires de M.M. sur la Régence et du Règne de Louis XV, éd. M. de Lescure, Paris, 1863. – Publication of the Hugenot Society of London. Pour Larroque parrain à Londres, v. XXXI, 1928, p. 3 ; pour sa famille et les Aufrère, vol. XL. – Dalton C., English Army Lists, Commission Registers, Londres, 1894-1904, t. III, p. 26-351 ; t. IV, p. 166-268. – Labrousse E., Inventaire critique de la Correspondance de Bayle, Vrin, 1961, p. 371-374 : c'est la seule esquisse biographique sérieuse jusque-là. Partout ailleurs L. est, ou confondu avec d'autres, ou occulté, comme par Haag, parce qu'il n'était pas pasteur et qu'il abjura. – Id., Pierre Bayle, t. I, Du pays de Foix à la cité d'Erasme, La Haye, Nijhoff, 1963. – Correspondance littéraire du Président Bouhier, éd. H. Duranton, U. de Saint-Etienne, 1976-1988 ; voir en particulier, dans le t. V, la lettre de l’abbé d’Olivet au président Bouhier en date du 6 juil. 1738 ? P ; 278-285. – Brigg E. « Bayle ou Larroque ? De qui est l’Avis important aux réfugiés de 1690 et de 1692 », dans De l’Humanisme aux Lumières, Bayle et le protestantisme : mélanges en l’honneur d’Elizabeth Labrousse, éd. M. Magdelaine et al., Paris, Oxford, 1996k, p. 509-529. – Ascoli G., La Grande-Bretagne devant l'opinion française au XVIIe siècle, Paris, Gamber, 1930, t. I, p. 327 et suiv.

LA COUR

Auteurs

Numéro

440

Prénom

James de

Naissance

1709

Décès

1785

Il est difficile de déterminer à quelle branche d'une nombreuse famille appartient James de La Cour (ou de La Court), nom courant en Grande-Bretagne depuis le milieu du XVIe siècle. Par exemple, un garçon de ce nom venant de Normandie est enregistré à Londres dès 1544, on ne sait pourquoi, et il semble avoir fait souche, car ce nom est fréquent au XVIIe siècle dans les registres de la guilde des tisserands, comme ailleurs.

2. Formation

Le père de L. devait être à l'aise dans ses affaires et bien intégré dans la société anglo-irlandaise ; il put envoyer son fils se faire instruire, d'abord chez le révérend Edward Mulloy, anglican, à Cork et à l'âge de 18 ans à Trinity College, Dublin, fondation anglicane datant d'Elisabeth I. Immatriculé le 29 janvier 1727-1728, il y payait les frais annuels normaux d'un «pensioner», fut diplômé B.A. (printemps 1732), M.A. (été 1735). Ce grade pouvait lui ouvrir une carrière dans l'église anglicane qui ne semble pas l'avoir tenté d'abord, car il s'était déjà illustré dans la littérature à un âge précoce. Peut-être son père finança-t-il une ou deux années d'études ou de recherches à Dublin, où il publia dès 1730, comme étudiant, un poème anglais Letter of Abelard to Eloïsa, réponse à celui d'Alexander Pope qui avait donné en 1717 Eloïsa to Abelard. Peut-être aussi reçut-il des fonds d'un noble condisciple de Trinity College, pour la dédicace de son deuxième ouvrage en vers : A Prospect of Poetry, qu'il écrivit en 1733, et dédia à John Earl of Corke and Orrery. Son père, peut-être ébloui par des débuts en telle compagnie, a bien pu le soutenir après son premier diplôme. On ne sait pas la date de la mort du père ni si L. put hériter de quoi vivre indépendant, jusqu'en juillet 1737 quand il fut ordonné prêtre anglican à Cork et jusqu'en 1744 quand il fut nommé curate (vicaire) de la petite paroisse campagnarde de Bollinaboy. En 1755, il fut révoqué, après de longues absences dues à ses entreprises journalistiques sur le continent.

3. Carrière

Il s'est adonné entièrement à la vie littéraire et sociale de Dublin pendant les années 1730, s'y faisant apprécier par son esprit et son caractère amène. Il ne s'est jamais marié et on ne sait ce qui l'a poussé à s'expatrier vers 1740. Très admiré en Irlande, traité même de poète de génie par certains, complimenté par Thomson, poète des Saisons, en l'honneur de qui il avait ajouté un poème à la suite de son Prospect of Poetry (1734), espérant peut-être de l'avancement par Charles Boyle, le père de son ami d'études, grand noble lettré, ou même par cet ami, John, qui succédait au titre et aux biens des comtes de Cork, à l'extinction de la branche aînée des Boyle, L. semble avoir été déçu, après un début brillant. Etait-ce faiblesse de caractère? On ne le sait pas, toujours est-il que sa carrière se distingue par trois parties très distinctes : la première, très réussie, à Dublin, jusqu'à 30 ans (1740) ; la seconde, assez réussie, comme journaliste publiciste et homme d'affaires à Francfort-sur-le-Mein (jusqu'en 1756), où il fut l'ami de Voltaire et de la Beaumelle (C. Lauriol, La Beaumelle, Genève, Paris, Droz, 1798, p. 300-301) ; la troisième, en Irlande, sur laquelle les informations sont lacunaires. Ses premières oeuvres ont été saluées dès leur parution comme des poèmes d'un génie précoce, et pas seulement en Irlande. Dans l'Europe au Magasine on loua le Prospect d'abonder en belles descriptions des vrais sujets poétiques d'une harmonie parfaite. Les louanges de Thomson ont dû ouvrir à L. les pages du Gentleman's Magazine, où il fit paraître plusieurs de ses poèmes fugitifs. Il fut donc connu en Angleterre et visita Londres, dont il cite certains beaux monuments, mais il ne semble pas y avoir trouvé de protecteurs. C'est peut-être la raison de son expatriation dans la colonie de réfugiés francophones à Francfort car la grande maison de Boyle-Orrery ne semble guère l'avoir aidé non plus. Peut-être son goût prononcé pour les cercles littéraires et mêmes badins le rendait-il impropre à d'autres occupations, comme on l'a dit de son entrée dans le clergé anglican. Il était petit, gai, bien reçu pour son esprit primesautier toujours à son aise dans toutes sortes de compagnies, étant bilingue, avec une étonnante facilité pour les improvisations en vers. Son registre était large et varié, depuis l'imitation de Pope jusqu'aux thèmes romantiques, excellant dans la peinture délicate des amours naissantes comme dans la raillerie affectueuse. Pour cette dernière on peut consulter le recueil intitulé Poetry and Legendary Ballads of the South of Ireland (série I, Cork, 1894, p. 270-278). Sa petite Epitaphe élégante sur sa grand-mère maternelle Anne y accompagne la sienne, du 4 avril 1785, inscrite sur leur pierre tombale à Shandon, Cork. Cette date infirme celles de 1771 et 1781 données par beaucoup de commentateurs. La raison de cette incertitude est évidente : après 1781, il sombra dans la folie, avec intermissions, et disparut, finissant ses jours peut-être dans une institution d'où l'ignorance sur sa mort.

6. Activités journalistiques

A partir de 1740 jusqu'en 1748 au moins, L. diffusa, deux fois par semaine, une traduction de papiers anglais auprès des «Grands seigneurs de l'Empire» (Le Patriote Anglais, 2e série, t. IV, n° 7). Il créa divers journaux, dont il paraît avoir assuré en grande partie la rédaction et la compilation :

Le Babillard anglais ou Raisonnements politiques, galants et critiques : pédiodique condamné par les échevins de Francfort le 11 février 1745 (Strauss B., La Culture française à Francfort au XVIIIe siècle, Bibliothèque de littérature comparée, 1914, p. 155-156, 201-202) et non retrouvé.

Le Patriote anglais, 1748-1752, 4 vol., bi-hebdomadaire sous-titré en 1749-1751 : « [remarques] tirées des auteurs anglais et autres les plus célèbres» (D.P.1 1109).

Le Nouveau Magasin de Londres, 1752-1753, 3 vol. (D.P.1 984), à ne pas confondre avec le Nouveau Magasin français de Mme Leprince de Beaumont.

Nouveau Cordial pour ranimer les esprits abattus ou l'Inquisiteur anglais, Francfort-sur-le-Mein, 1755 (D.P.1 978).

Les Amusements historiques, 1755-1756, 4 vol. (D.P.1 98).

D'autre part, L. publia une contrefaçon : Le Vrai Patriote hollandais, imprimé à Amsterdam par Rousset de Missy et repris sans indication d'éditeur par L. (1748-1750, 6 vol. ; (D.P.1 1267). Cette contrefaçon était réalisée au fur et à mesure de la parution, l'éditeur se contentant de postdater d'une semaine les livraisons. L'attribution à L.C. de cette contrefaçon se fonde sur la publicité qu'il ajoute pour le Patriote anglais, sur une allusion au fait que la nouvelle édition n'est pas faite en Hollande (t. V, n° 8), sur l'aspect général de la typographie et des ornements. (Paragraphe rédigé par F. Moureau).

7. Publications diverses

Letter of Abélard to Eloïsa, 1730. – A Prospect of Poetry (1733). – Verses inscribed to the Rt. Hon. Colonel Boyle on his being chosen Speaker to the House of Commons in Ireland. – Prospect of Poetry to which is added. A Poem to Mr Thomson on his «Seasons», 1734, (ouvrages réédités très souvent depuis, en volume ou en recueils collectifs, quelquefois avec d'autres vers occasionnels de L.). – The Progress of Beauty (un de ses poèmes les plus loués, de date inconnue, paru dans un recueil collectif). Traductions : La Prudence humaine, trad. de l'anglais de W. de Britaine, avec Sententiae Stellares, Bernes, 1744. – Dialogues et débats entre les maris et les femmes ou le but utile qu'on doit se proposer dans le mariage [...] traduit de l'anglais, Francfort-sur-le Mein, 1848 [1748].

8. Bibliographie

Smith C., The Ancient and Present State of the Country and City of Cork (1750, etc.). – Cork Historical and Archeological Society, Journal, 1872, 1926, 1969. – «Selections from James Delacourt», Poetry and Legendary Ballads of the South of Ireland, Cork, 1894. – Brady W., Clerical and Parochial Records of Cork, Dublin, Cloyne and Ross, 1863, t. I. – Smiles S., Huguenots in England and Ireland, Londres, 1876. – O'Kelly Eoin, The Old Private Banks and Bankers of Munster, Cork U. P., 1959. – Folliott Rosemary, Biographical Index to Cork and Kerry Newspapers from 1756 to 1827 (dact., dans Cork City Library). – Allibone S.A., A critical dictionary of England literature and British and American Authors, Philadelphia, Childs and Peterson, 1859-1871. – Lee G.L., The Huguenot Settlements in Ireland, London, Longmans, 1936. – Raymond J., Life of Thomas Dermody, Londres, William Miller, 1806 ; contient le meilleur éloge de L.

DU GARD

Numéro

266

Prénom

Guillaume

Naissance

1606

Décès

1662

Guillaume Du Gard, connu en Angleterre sous le nom de William Dugard, est né le 9 janvier 1606 à Bromsgrove Lickey (Worcestershire), fils du révérend Henry Dugard (1589-1637). Il semble que ce soit son grand-père, Guillaume Du Gard, pasteur huguenot de Normandie qui soit venu en Angleterre, par les îles de la Manche, avant la Saint-Barthélemy. De toute façon on trouve plusieurs porteurs du nom à Londres et à Jersey, à partir de 15 70.

2. Formation

Elève de l'Ecole royale près la cathédrale de Worcester, puis admis à seize ans comme boursier («sizar») à Sidney Sussex Collège, à Cambridge, où son oncle Richard Dugard enseignait avec grande réputation. Bachelier ès arts en 162 7, maître ès arts en 1630.

3. Carrière

D'abord assistant à Oundle School (Northamptonshire), il devient professeur titulaire à Stamford School (Lincolnshire) puis directeur de Colchester School, de 1637 à 1643, où il augmente le nombre des élèves et agrandit les bâtiments. En mai 1644 il devient directeur de Merchant Taylor's School à Londres et réussit si bien que quatre ans plus tard, les autorités lui confient le rôle d'inspecteur de leurs écoles provinciales. On a de lui un registre in-folio concernant ses élèves qui révèle quelques-unes de ses idées politiques. Il installe des presses dans l'école et il imprime en 1649 la Defensio regia pro Carolo Primo, de Saumaise. Cette publication royaliste amène le Conseil d'Etat à jeter D. en prison, à Newgate, ordonnant la destruction de ses presses, sa destitution de directeur d'école et l'expulsion de sa femme et de sa famille de leur maison (1650). L'amitié de John Milton lui vaut le pardon du Conseil et la restitution de ses biens, y compris les presses sur lesquelles il imprime en 1652 la traduction française de L'Iconoclaste, de Milton, réponse à Saumaise. Peut-être était-il lui-même l'auteur de cette traduction ; il indique à la première page : « Par Guillaume Du Gard, imprimeur du Conseil d'Etat». Cette faveur du Conseil d'Etat se manifeste par les trois injonctions aux Merchant Taylors qui le font replacer à la tête de leur école. Elle lui permet aussi de ne pas être inquiété quand sort de ses presses en 1652 le Catéchisme de Rakow, en latin, écrit d'inspiration socinienne, jugé si hétérodoxe que la Chambre des communes le fait brûler. Enfin c'est en juin 1650 qu'il commence à publier un hebdomadaire en français : Nouvelles ordinaires de Londres, manifestement inspiré par le souci de servir le Conseil d'Etat et le besoin de propagande de Cromwell à l'intérieur et à l'extérieur. Son activité est importante : il est à la fois journaliste, écrivain, pédagogue et directeur d'une grande école qu'il développe si bien que la Compagnie des tailleurs qui le patronne lui reproche de prendre trop d'élèves et ne voit pas d'un bon œil ses activités d'imprimerie. Il prépare lui-même des manuels scolaires en anglais, latin, grec, dont certains eurent de nombreuses réimpressions après sa mort. A la Restauration, la Compagnie des tailleurs le révoque (juin 1661), mais il s'empresse de rouvrir une école privée à Coleman Street, qui a bientôt deux cents élèves.

Il meurt donc en pleine réussite et prospérité à la fin de 1662, à cinquante-six ans. Il habitait Newington Butts, banlieue campagnarde au nord de Londres.

4. Situation de fortune

Si son grand-père pasteur réfugié, eut une existence modeste, à la seconde génération son père et ses oncles, tous membres du clergé anglican étaient confortablement installés dans de bonnes prébendes. Lui-même, seul laïc de la famille, comme directeur de plusieurs écoles, toutes florissantes, et imprimeur - ses presses saisies en 1649 valaient l'importante somme de 1000 £ -, était un homme riche. En témoigne encore le fait qu'en 1660, il se porte garant pour un ami et donne une caution de 5000 £ sterling, soit 65 000 £ tournois environ à l'époque. Bien qu'il ait traversé une période difficile, pris des positions politiques exposées, subi la persécution et la prison, il laissait à sa mort des biens importants (testament conservé : cf. Plomer, p. 67).

5. Opinions

D., élevé dans un milieu fort anglican et traditionaliste, doit sans doute aux circonstances historiques, mais aussi à sa personnalité courageuse et indépendante, une carrière mouvementée. Son refus d'entrer dans la prêtrise anglicane, malgré l'exemple de toute sa famille ecclésiastique, montre déjà qu'il s'en distancie ; sa carrière d'enseignant, réussie, mais non sans heurts successifs, suggère aussi une indépendance d'esprit croissante. Le fait qu'à l'encontre des siens il s'est mis à écrire son nom à la française, en deux mots, avec le prénom de Guillaume au lieu de William, indique un retour bien réfléchi à ses racines huguenotes après son arrivée à Londres, en 1644, en pleine guerre civile. Or la majorité des huguenots y appuyait avec enthousiasme la cause du Parlement, comme presque tous les marchands de la cité. L'absence de D. dans les registres des églises huguenotes où figurent d'autres Dugard, n'est pas étonnante : le directeur d'une école importante ne pouvait afficher une appartenance non anglicane, étant tenu d'y résider et d'y présider des services orthodoxes journaliers, mais rien ne l'empêchait de voir des intellectuels huguenots moins fondamentalistes que certains de leurs pasteurs. Ni même d'aller discrètement dans quelques-uns des conventionnels plus radicaux qui essaimaient alors à Londres, ce que suggèrent certaines de ses publications après 1650. Il semble bien avoir trouvé le milieu capable de l'émanciper des traditions anglaises et de le porter en avant, religieusement et politiquement parlant, vers un nouveau credo ; notons d'ailleurs qu'il a toujours travaillé dans la moitié est de l'Angleterre, plus dissidente et non-conformiste que l'ouest où vivait sa famille en majorité. C'est bien un « latitudinaire » avant la lettre, qui n'a pourtant pas rompu avec les siens.

Royaliste jusqu'en 1643, il inscrit dans son registre d'élèves des vers grecs en l'honneur de Charles Ier, compensés par deux autres morceaux sur l'enterrement de la mère de Cromwell, lors de sa nomination à Merchant Taylor's School. Il y installe très vite une presse privée, se fait enregistrer comme imprimeur-éditeur par le Stationers' Company (sept. 1648) et édite d'abord un manuel scolaire : Rhetoricae Elementa. L'apparition en 1649 de son édition de Eikon basilike, défense personnelle supposée du roi décapité, avec le texte du grand érudit Saumaise à l'appui, ne manifeste pas forcément une prise de position royaliste mais le besoin de transmettre au public toutes les pièces politiques importantes. L'épisode des sanctions brèves : saisie, prison, destitution de son école puis réhabilitation rapide, invite à des recherches supplémentaires. On sait peu de chose sur son amitié pour John Milton, «secrétaire latin» du Conseil et sur les bons offices de celui-ci, mais on peut penser que comme D. figurait déjà parmi 1'«intelligentsia» classicisante de Londres, leur fréquentation était antérieure. Son revirement apparent après son élargissement et la gratification du titre d'« imprimeur du Conseil d'Etat», soulève la question de sa sincérité et de son désintéressement. Dut-il payer cette faveur en s'engageant à traduire et imprimer en français la riposte fameuse de Milton à Saumaise, comme à lancer ensuite ses Nouvelles ordinaires au service de Cromwell ? Hypothèse peu conforme au caractère de celui qui ose jeter sur le marché en 1652 le Catéchisme de Rakow, en anglais, credo des sociniens polonais (qu'on regardait comme des monstres d'impiété) que d'autres n'osaient pas imprimer. Et pour cause, car la Chambre des communes en ordonna promptement la destruction, sans que le Conseil inquiétât l'imprimeur, Cromwell ayant toujours été favorable aux Indépendants. Il semble donc préférable de croire chez D. à une évolution sincère, sans doute accélérée par son emprisonnement : il fait confiance au Commonwealth et maintint pendant dix ans un journal pro-gouvernemental, pour l'arrêter brusquement à la Restauration.

Une autre preuve de sa sincérité se trouve dans la caution fort élevée de 5000 £ sterling qu'il fournit en 1660 pour l'écrivain libéral Sir James Harrington, auteur de l'utopie critique Oceana, lorsque la Restauration voulait lui intenter un procès. Risquer de perdre une grosse partie de sa fortune et s'associer avec un homme mal vu des autorités n'est pas le geste d'un homme sans convictions. Ajoutons qu'il refusa d'obéir aux directives réitérées des gouverneurs de son école qui n'aimaient pas ses activités d'imprimeur, avec, sans doute l'appui gouvernemental, car son nom figure chaque année jusqu'à sa mort sur les listes de livres nouveaux. La plupart des siens sont des classiques pour les écoles, mais on trouve d'autres choix surprenants, en plus du traité socinien : l'utopie Arcadia, et d'autres ouvrages critiques de Sir Philip Sidney, et trois volumes in-40 des Propos de table de Martin Luther, - risque commercial certain ! - où il semble chercher plus l'influence que le bénéfice. L'historien d'imprimeurs britanniques, Plomer, ne sait quelle part il y eut «de ses mains», mais lui accorde d'avoir égalé les meilleurs de l'époque pour la qualité et la variété des caractères employés dans ses impressions. Soulignons enfin chez lui comme moteur central de sa vie le besoin constant d'agir sur les esprits par le double moyen de l'école et du livre à visée pédagogique où s'inscrit bien une activité de journaliste.

6. Activités journalistiques

De juin 1650 à juin 1660, D. est l'imprimeur et sans doute le rédacteur, en tout cas le responsable des Nouvelles ordinaires de Londres (D.P.1 1053), feuille de nouvelles paraissant le jeudi. Comme il a le titre de « Printer of the Council of State», il semble bien que son journal ait été officiellement soutenu et contrôlé. Les historiens (Ascoli, C. Bastide, J.B. Williams et J. Frank) qui s'en sont occupés, soulignent l'aspect politique de ce journal destiné à la propagande pour le Commonwealth.

Ce que nous savons de la vie même de D. à cette époque nous invite à penser qu'il fut lui-même personnellement engagé dans cette publication qu'il commença, aussitôt libéré de prison. Mais fût-ce par ordre d'en-haut, ou par zèle et conviction personnelle, aucun document ne le révèle directement. Et pas davantage la lecture attentive du journal qui pendant dix ans donne toutes les semaines sur quatre pages in-40 des nouvelles d'Angleterre, d'abord, mais aussi d'autres pays. Le ton est en général fort mesuré et fort neutre. Nous ne savons rien sur la diffusion et la réception des Nouvelles. Mais nous savons pour l'avoir comparé avec la presse anglaise de l'époque qu'il s'agit d'un journal rédigé et non traduit.

La fin de la participation de D. intervient en 1660. Les Nouvelles s'interrompent au n° 525 et reparaissent trois semaines plus tard chez un autre imprimeur, expliquant : «Nous avons été obligés d'interrompre le cours ordinaire de nos relations par le caprice et la mauvaise humeur de l'imprimeur». Ce qui désigne D., dont les 524 numéros précédents indiquaient le nom comme imprimeur. L'explication psychologique sommaire alléguée pourrait bien recouvrir une crise de conscience d'un homme qui a été dix ans l'apôtre de la République et qui accepte mal la Restauration, dont il pouvait aussi craindre des ennuis personnels analogues à ceux qu'il avait connus lors du premier renversement politique. La reprise de 1660 fut éphémère (3 numéros seulement chez le nouvel imprimeur) ; le journal fut repris une seconde fois par l'imprimeur royaliste Brown, revenu de Hollande, mais avec une publication très irrégulière (40 numéros seulement jusqu'en 1663).

Enfin il faut noter ce que dit J.B. Williams : «Nouvelles ordinaires had, next to the still existing Gazette, the longest life of any seventeenth century journal».

7. Publications diverses

A part les manuels scolaires : Rudiments of Graeca Lingua (1656), Vestibulum Linguae Latinœ (1656), Lexicon Graeci Testamenti (1660), etc., que signa cet humaniste de haut niveau universitaire, il est difficile de découvrir la part qui lui revient dans les livres qui sortirent de ses presses. On lui attribue généralement la version française de Eikonoklastes de Milton. A quoi s'ajoute peut-être la traduction ou la rédaction des nouvelles qu'il publie chaque semaine.

8. D.N.B. – Plomer H.R., Dictionary of booksellers and printers in London (1647-1667), Londres, 1907, p. 67-68. – Ascoli F., La Grande-Bretagne devant l'opinion française au XVIIe siècle, Paris, Gamber, 1927. – Bastide C, Anglais et Français au XVIIe siècle, Paris, Alcan, 1912. – Frank J., The Beginning of the English newspapers (1620-1660), Harvard U.P., 1961. – Stow J., Survey of London, London, J. Wolfe, 1598, t. I. – Williams J.B., History of English journalism to the foundation of the Gazette, London, 1908. – Wilson J., Merchant Taylor's School. – Wood A., Athenae Oxonienses, London, T. Bennet, 1691, t. II, p. 178. – Registers of the French church of Threadneedle Str., London, Huguenot Society, 1.1. – Registres de l'Eglise wallonne de Southampton, Huguenot Society, 1890, t. IV. – Darier J.M., La Politique extérieure de l'Angleterre de Cromwell à travers les «Nouvelles ordinaires de Londres», thèse dact, U. de Grenoble II, 1997, 3 vol.