GALLIEN DE SALMORENC

Numéro

326

Prénom

Timoléon

Naissance

vers 1740

Décès

?

Timoléon Alphonse Gallien est né au village de Salmorenc, près de Grenoble vers 1740. Il passe parfois pour le fils naturel de Richelieu, qui assura son éducation. En 1773, il ajouta à son nom de famille le nom de son lieu de naissance et devint Gallien de Salmorenc. Il signait souvent ses ouvrages par les pseudonymes : L'Anonyme de Septentrion, Clarmonse de Cromensal, Lord Soc Amen, Rosencalm, etc. Il avait une sœur, une certaine Mme Gallien-Mallet (Mme Gallien-Mallet à Voltaire, 24 juin 1777, D20772). La date de la mort de G. est inconnue.

2. Formation

Il fit ses études, en apparence, à la maison du duc de Richelieu.

3. Carrière

En septembre 1766, il est entré, comme copiste, chez Voltaire (Voltaire à Richelieu, 8 oct. 1766, D13602), ayant l'intention de s'occuper de l'histoire et d'écrire une histoire du Dauphiné (Voltaire à Richelieu, 28 déc. 1766, D13632). Mais le jeune homme négligeait ses devoirs, passait beaucoup de temps à Genève (Voltaire à Richelieu, 22 juil. 1767, D14300) et le philosophe en était très irrité. Voltaire plaça G. comme secrétaire chez le résident français à Genève, Pierre Michel Hennin (Voltaire à Hennin, 4 janv. 1768, D14221). G. se brouilla avec Hennin, fit beaucoup de dettes et fut entraîné dans une affaire politique ; il dut quitter Genève, visita probablement la Hollande, surgit ensuite à Paris où il fut mis à la Bastille à cause de nouvelles dettes (Richelieu à Voltaire, 27 mai 1768, D15042). Grâce au duc de Richelieu qui acquitta ses dettes, G. fut libéré.

Vers la fin de 1772 ou au début de l'année suivante, G. était venu en Russie, invité par Mme A.E. Demidoff. Il habita quelque temps Moscou (G. à Hennin, 1er août 1774, Di 9061) où il était soutenu par Mmes A.E. Galitzine et V.A. Dolgorouki. Il était entré comme gouverneur des enfants dans la maison des Rjevski, ensuite celles des Talysine, des Troubetskoi, des Volkonski. En 1779, G. épousa la jeune sœur de l'actrice du théâtre de cour Mlle Sage, habita avec sa jeune femme la maison de Narichkine. En 1781, sur l'invitation de S.M. Zoritche, aide de camp de Catherine II, G. devint directeur d'un pensionnat des enfants nobles dans une petite ville russe, Chklov (près de Moghiliov). Inculpé comme faux-monnayeur, il fut congédié en 1783. L'année suivante on le trouve à Saint-Pétersbourg, comme professeur d'histoire universelle et de rhétorique au Corps Impérial des Cadets. Il occupait encore ce poste en 1786.

6. Activités journalistiques

Avant 1781, G. faisait des efforts pour pouvoir éditer à Moscou des Annales universitaires. En 1786, il publiait à Saint-Pétersbourg une revue en langue française dont le titre était : Mercure de Russie. Ouvrage périodique publié sous les auspices de L.L.A.A.I.N.N. Alexandre et Constantin, Grands Ducs de Russie. Huit numéros ont paru (D.P.1931). L'édition fut interrompue au mois d'août.

Le Mercure de Russie était une revue des nouvelles littéraires et des mélanges. G. écrivait dans le premier numéro de sa revue : «Journaux périodiques de toute espèce parcourus, pièces fugitives recueillies, bibliothèques visitées, éditions confrontées, manuscrits même collationnés avec la plus scrupuleuse attention : voilà la carrière que nous avons à fournir, et nos lecteurs conviendront, sans peine, que ce ne sont pas là des occupations fort délicieuses» (n° 1, p. 67-68). La plupart des pièces publiées par la revue sont écrites par G. lui-même (articles, notes, poésies). Mais dans la table du Mercure figurent aussi des noms de quelques Français et quelques Suisses, professeurs du Corps des Cadets (Viridet, Berger de Montbéliard, Casai, Quinet d'Orbail, Berlire, etc.) et d'une dame russe, Elisabeth Villamova (1764-1847) qui a donné pour la revue la poésie : «Réponse à l'auteur de la charmante épître sur la nouvelle année» (n° 6, p. 115). G. se proclamait disciple de Voltaire, mais sa revue était très conformiste et très fidèle aux idées du gouvernement (voir ses odes «Progrès des Arts, des Sciences, et des Belles-Lettres en Russie, sous le Règne de Catherine II», «Le Noble Corps des Cadets», «Le Siècle de Catherine II»). – Le Bréviaire des politiques, Londres, 1769. – Le Spectacle de la nature, poème didactique, Liège, 1770. – La Rhétorique d'un homme d'esprit, Leyde, 1792 (?). – Abrégé de la Rhétorique, Pétersbourg, 1785. – Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. VIII, p. 952. – Rochas A., Biographie du Dauphiné, Paris, 1856,1.1, p. 409-410. – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman. – D.K. [Kobeko, D.F.] : «Une revue française à Saint-Pétersbourg», Bibliographie russe, 1882, n° 101, p. 3-6 (en russe). – Gouberti N. «Un collaborateur de la revue française Mercure de Russie», Bibliographe, 1885, n° 1, p. 22-25 (en russe). – Kobeko D.F., «Encore une note sur le Mercure de Russie», Bibliographe, 1885, n° 5, p. 89-93 (en russe). – Barsoukov A., Récits de l'histoire russe du XVIIIe siècle, Saint-Pétersbourg, 1885 (en russe). – Alexéiev M.P., «Un livre de Voltaire dans la bibliothèque universitaire de Tomsk», Voltaire, travaux et matériaux,Leningrad, 1947, p. 213-214 (en russe). – Zaborov P.R., «Voltaire dans les traductions russes du XVIIIe siècle», Epoque des Lumières, Leningrad, 1967, p. 197-198 (en russe).

9. Additif

État-civil: né vers 1746, mort après 1786.

Carrière: Le commerce de lettres de Voltaire dont on soupçonnait Gallien a été éclairci par Vladimir Somov dans un chapitre du volume collectif Les Archives de l’Est et la France des Lumières (dir. G. Dulac et S. Karp, Ferney-Voltaire, 2007, p. 514-517). La Société libre d’économie de Saint-Pétersbourg avait lancé en 1766 un concours sur la question de la propriété paysanne et du servage. Voltaire y répondit par deux discours, l’un en français, l’autre en latin. Or ces deux discours, qu’on croyait perdus avaient été apportés en Russie par Gallien de Salmorenc vers 1770. Dans une lettre du 5 octobre 1782, il les propose au prince Grigori Potemkine, avec « une très grande quantité de manuscrits fort curieux ». Potemkine ayant refusé cette offre, Gallien les proposa dans une annonce du Mercure de Russie. G. Somov les a publiés dans les annexes I et II des Archives de l’Est. (J.S.).