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Michel Joseph XHROUET ( 1746-1809)

État civil

Michel-Joseph Xhrouet est né le 31 janvier 1746 à Spa d’Alexis Xhrouet, bourgeois de Spa, et de Anne Catherine Deleau (AN MC et Généanet). Il a un frère, Mathieu-Lambert. La famille arrive à Paris quand il avait deux ans (AN F/7). Son père, devenu veuf, épouse en secondes noces à Paris, le 5 février 1758, Marie-Madeleine Crouët, fille d’un marchand épicier. Les deux parties habitent « rue de Bourbon à la ville neuve, paroisse S. Sauveur », vivant chacune chez leurs parents. De nombreux témoins assistent à la signature du contrat : du côté du futur, un neveu, Jean Xhrouet, bourgeois de Spa, Anne Demonville, grand maître des eaux et forêts de Saint-Denis, Leroy, « officier maître des eaux et de la bouche de la reyne ». Du côté de la future, sa sœur Anne et son époux Jean de Condé, « capitaine de la chaîne », plusieurs membre de cette famille alliée, de petite noblesse bretonne et des bourgeois dont un architecte, la plupart officiers des finances royales (BHVP). À cette date, Alexis Xhrouet est officier du duc d’Orléans. Alexis Xhrouet décède  le 19 décembre 1786 à Spa, alors qu’il était en visite chez son fils Mathieu-Lambert, bourgmestre de cette ville (AN. MC- IAD, de 1780 à 1788 selon Wikipédia).Le 16 août 1788, M.-J. X., demeurant rue Platrière  épouse Adélaïde Dorothée Boullée, fille de l’architecte Etienne-Louis Boullée (cf. Jean-Yves Ribault  « Une maison de l’architecte Louis-Etienne Boullée, le 3, rue Royale (1777) » dans le Bulletin de la société d’Histoire de Paris et de l’Ile de France, n° 108, 1981), veuve de François Brice Hennequin Deblissy, avocat au parlement et au Conseil du Roy, demeurant elle aussi rue Platrière, mère de deux enfants, Françoise-Victoire et Adélaïde-Jeanne Victoire. Marie-Madeleine Crouët « seconde femme et veuve dudit Alexis et belle-mère du futur » assiste à la signature du contrat de mariage (AN, MC). En l’an III, la carte de sûreté de M.-J. X. le décrit ainsi : natif de Spa, pays de Liège ; « 49 ans, taille 5 P 3 Pouces – cheveux et sourcils bruns, front découvert, nez ordinaire, yeux gris, bouche ordinaire, menton rond, visage plein » (AN. F/7/10867).M.-J. X. n’a pas eu de descendance.  Il meurt le 27 septembre 1809 chez lui, au N°14 de la rue Grenelle Saint-Honoré. Le 10 janvier de la même année, il avait institué héritière sa belle-fille Françoise Victoire Hennequin de Blissy  à l’occasion du remariage de celle-ci avec Vincent Raphaël Hyacinthe Marie Defavetti de Bosses, après son divorce d’avec Louis Mathurin Pelletier Chambine. Puis il l’avait désignée comme légataire universelle dans un testament olographe enregistré au tribunal le jour même de sa mort (AN. MC. IAD). Son autre belle-fille, Adélaïde Jeanne Victoire, qui avait épousé en 1787 Pierre-Nicolas Benard, à l’époque entrepreneur des bâtiments du roi et élève de Louis-Etienne Boullée, était alors probablement décédée.Le site Généanet, parmi d’autres sites, donne la généalogie de la prolifique famille Xhrouet, mais les renseignements sont cantonnés à Spa et à la région de Liège. Ce site précise les dates de Mathieu-Lambert : il serait né en 1744, mort en 1810. Il est homonyme d’un des oncles de M.-J.X., né en 1709. Mathieu-Lambert eut un fils, Jean-Michel, qui serait  né en 1788 et mort le 8 mai 1810 à Spa. La notice Wikipédia cite encore un  « Lambert Xhrouet (1707-1781), tourneur du duc d’Orléans et écuyer de la reine de France ».Michel-Joseph Xhrouet a toujours signé de la même façon, par son patronyme écrit très simplement, sans jamais ajouter son double prénom. La graphie du patronyme a deux variantes : La plus usuelle est « Xhrouet », mais celle qui semble la plus ancienne mais peu utilisée est « Xhrouët ».

Formation

Selon Généanet, M.-J. X. aurait été apprenti orfèvre-joaillier. Le jeune Michel-Joseph aurait-il été envoyé dans sa famille spadoise après le remariage de son père ? Sa correspondance, ses fréquentations, la constance de ses choix littéraires et journalistiques attestent d’un intérêt aussi bien pour la culture encyclopédique des Lumières que pour l’ancienne érudition. Il connaît les langues germaniques mais ne lit pas le gothique. Trois amis sont ses témoins de mariage, tous parisiens : Achille  Delalouette, écuyer, docteur en médecine de la faculté de Paris, de la Société royale de médecine ; Christophe Joseph Delaplace, procureur au Châtelet de Paris ; Antoine Meghon, avocat en Parlement, ami de la famille et propriétaire du domicile familial (AN.MC/ET/XV/1029 et Almanach Royal)

Carrière

En l’an  III comme en l’an VIII,  M.-J. X. prétend devant les autorités n’avoir jamais quitté Paris depuis l’âge de deux ans (AN. F/7). Il aurait donc résidé à l’adresse de son père et de sa belle-mère, rue de Bourbon puis rue Saint-Honoré. En 1787 il demeurait rue des Fossés Montmartre, et en 1788  il s’installa rue Platrière, où se trouvait l’adresse officielle du journal (le bureau d’abonnement se trouvait au n° 11). En 1792 il se déplace de quelques centaines de mètres vers le sud, rue Grenelle Saint Honoré, au n°90, et y résidait encore en l’an VIII. A sa mort il était propriétaire du n° 14 de cette même rue, accueillant sous son toit sa belle-fille et son gendre.

Situation de fortune

Ce n’est qu’après le décès de son père que M-J. X. réussit à « s’installer » et à se marier. Il était déjà dans l’aisance puisqu’il avait prêté 7200 livres à son père (AN. MC/ET/ XXXIV/ 877, IAD). Il  achète à Louis d’Ussieux (cf DP2 789) sa part dans le Journal de Paris, et se marie  le 16 août 1788. Le contrat de mariage n’établit pas de  communauté de biens mais une donation entre vifs, chaque époux se donnant mutuellement en usufruit les « meubles meublants et biens immobiliers » et notamment les intérêts du produit du Journal de Paris. Après le 10 août 1792, M-J. X.  va poursuivre sa carrière d’administrateur  ou d’entrepreneur de presse, suivant Jean-Baptiste Suard dans ses aventures journalistiques, rue des Moulins, notamment avec les Nouvelles politiques nationales et étrangères, Le Publiciste et les Archives littéraires de l’Europe. En 1799, par suite d’une transaction entre héritiers, il reçoit la plus grande part de l’héritage de son beau-frère Etienne-Louis Boulbée, décédé le 6 pluviôse an VII (6 février 1800).  Cet héritage comprend un immeuble construit par Boulbée entre 1776 et 1779, dans le lotissement de la rue royale (Jean-Yves Ribault, art. cité). Le Journal de Paris avait en publicité, publié en 1780 le plan d’une partie de ce lotissement. À partir de 1803, il se dote d’une librairie et d’une imprimerie, mais il n’est pas propriétaire des locaux : il les loue à Mme Lecomte, au n°16 rue des Moineaux. La rue des Moineaux convergeait avec la rue des Moulins en débouchant rue des Orties (à l’emplacement actuel du métro Pyramide), dans le quartier Saint-Roch. Un dédale de cours intérieures unissait ces deux rues, abritant de nombreuses imprimeries (Voir le plan de Turgot). Avant de mourir, M-J. X. organise sa succession. Il vend son imprimerie à sa belle-fille, suivant acte passé devant Me Decourchant le 21 septembre, ne conservant que la librairie. Depuis quelques années la forte activité  de l’imprimeur se heurtait à la faiblesse de la demande en librairie. Avant d’accepter la succession, sa belle-fille demanda l’inventaire des biens laissés dans la demeure familiale, où elle vivait avec son beau-père et son mari, et des biens professionnels laissés dans les locaux de l’imprimerie et de la librairie, comprenant cinq presses à deux coups, une sixième « en bois de presse » et des milliers de livres. La mévente apparaissait comme évidente : restaient en stock par exemple 1948 exemplaires de la Correspondance de Voltaire ou encore  1265 des Mémoires de Marmontel. Le total de l’inventaire fut prisé à plus de 27 000 livres, dont une moitié environ en biens non professionnels (IAD, ibidem). Jacques Nicolas Pasquier, successeur de M-J. X. à la direction du Publiciste, fut désigné comme exécuteur testamentaire des biens professionnels de M-J. X. au 16 rue des Moineaux. On ne sait ce que devint le fonds de librairie. Pasquier racheta l’une des presses pour se consacrer à l’impression du Publiciste. Le 15 janvier 1810, pour faire face à la nouvelle réglementation qui se préparait,  il prit une patente dans l’espoir de ne pas être récusé et de s’installer comme véritable imprimeur, c'est-à-dire, comme imprimeur du livre. Mais il lui aurait fallu  les quatre presses pour être conservé. L’imprimerie du Publiciste fut donc fermée. (AN. F/18/2371 et Odile Krakovitch Les Imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier. Edition critique de l'enquête de décembre 1810).

Opinions

« La célébration se fera en face de l’Eglise à la première réquisition de l’un et l’autre » : cette clause du contrat de mariage de M-J. X.  semble indiquer que le mariage civil avait semblé plus nécessaire que le mariage religieux. Une autre assertion sur une éventuelle descendance qui pourrait entrer dans les ordres indique néanmoins que l’entourage familial, de l’épouse du moins,  n’était pas éloigné de la pratique religieuse. La bibliothèque personnelle  de M.J. X., très liée est celle d’un homme des lumières : on y trouve aucun livre de religion, mais les ouvrages de Voltaire, et des célébrités d’avant 1789 (IAD).  Ses fonctions au Journal de Paris (D.P.1, n°682) lui font rencontrer des personnalités savantes. Il côtoie les encyclopédistes de la deuxième génération et académiciens, Marmontel, l’abbé Morellet. Il se peut qu’il ait été protégé des Trudaine comme Morellet ou comme le frère de Cadet de Vaux, Cadet de Saineville. Surtout, il semble suivre Jean-Baptiste Suard dans la plupart de ses entreprises journalistiques, partageant avec lui sa connaissance de l’Europe du Nord et de ses réseaux journalistiques. Dans la liste des 108 pétitionnaires de décembre 1788, où figurent nombre de signatures de journalistes ou  personnages proches du Journal de Paris (voir la notice d’Ussieux), il se peut que la transcription « Krouet », mise à la suite de celle de Morellet (un membre de la famille de l’abbé Morellet ?), ait été fautive et mise pour Xhrouet. Il semble en effet qu’il ait suivi l’évolution politique de J. B. Suard. Mais il se peut aussi qu’il ait été rangé dans le camp royaliste autant pour ses activités professionnelles que du fait de ses liens familiaux, en relation avec les milieux de l’émigration, notamment ceux de Spa (région de Liège). Il suffisait de peu pour qu’il soit soupçonné  d’entretenir des relations avec l’armée de Condé, à l’exemple d’une lettre qu’il reçut au Publiciste en l’an V, d’un  habitant de Bruxelles qui l’informait de son arrestation et de ses démarches  auprès de la municipalité de cette ville pour obtenir le droit de rendre visite à son épouse et à son fils mourant (AN, F/7/3445). Il fit donc partie de la liste des journalistes et imprimeurs à déporter après le coup d’Etat du 18 fructidor an V (voir § 6). Son dossier de police conserve les papiers de l’an VIII, à la suite du décret du 13 nivôse rappelant les journalistes, et nommément « Xhrouet ».  Dès le18 nivôse, il rédigea une pétition au ministre de la police pour le supplier de fixer sa résidence à Paris où il avait « sa famille, tous ses amis et ses affaires ». Sa demande était appuyée d’une lettre de recommandation du citoyen Bourgueil, rue du Cherche-midi, un comédien ayant soutenu le 18 Brumaire, le disculpant de toute activité politique :  « C’est un homme honnête, doux  paisible, incapable d’intrigue, étranger à toute coterie ; vivant dans sa famille et avec ses amis » (AN F/710867). Mais ce n’est  que le 12 messidor an VIII [1er juillet 1800] que l’administration lui répond favorablement (cf Jean-Yves Ribault, art.cité). Nous ne lui connaissons donc qu’un seul écrit personnel, et c’est un écrit administratif (voir §6).

Activités journalistiques

En 1777, M.-J. X. a 31 ans. Il n’est pas impossible qu’il soit entré au Journal de Paris très tôt, en tant qu’administrateur de cette entreprise, mais son activité de directeur du Journal de Paris n’est attestée qu’à partir de 1781 par la signature qu’il apposa sur deux attestations d’abonnement, pour 1781 et pour 1782, au nom de Benjamin Franklin (Franklin papers). A-t-il eu part au projet de son frère qui en 1784 aurait tenté, selon Wikipédia, « de doter la communauté d’une imprimerie propre pour l’édition du journal de Spa » ? Le sac du Journal de Paris en août 1792 mit fin à ses fonctions de directeur. Il suit Jean-Baptiste Suard (DP2, n° 759) aux Nouvelles politiques nationales et étrangères (succédant à la Gazette universelle de Boyer et Cerisier), établies au n° 500 rue des Moulins, dont la première parution date du 15 novembre 1792 jusqu’à leur saisie par la police, le 19 fructidor an V (5 septembre 1797). Il en est l’imprimeur et l’un des copropriétaires. Les Nouvelles politiques font partie de la liste des 42 journaux supprimés par la loi du  22 fructidor an V, Suard ayant été décrété d’arrestation dès le 19. On a retenu que la plupart  « des auteurs, entrepreneurs et imprimeurs de journaux vendus au royalisme » selon les termes de la loi de déportation, avaient pu s’enfuir ou se cacher. Suard comme M-J. X., comme leurs autres associés, ont ainsi réussi à continuer leur publication, sous le titre du Nouvelliste dès le 29 fructidor, puis du Narrateur universel, puis du Narrateur politique, puis du Publiciste  (7 nivôse an VI / 27 décembre 1797) jusqu’aux arrêtés du Directoire exécutif des 19 brumaire et  16 fructidor an VII qui mirent à exécution la loi de déportation : Suard est encore une fois nommément désigné pour être déporté à l’île d’Oléron (AN, AF/III), comme rédacteur, avec Boyer, des Nouvelles politiques et les Nouvelles étrangères, mais l’imprimeur et éditeur était aussi concerné par l’expression  « et tous ceux visés par cette loi et celle du 19 brumaire an VII qui seraient omis ». M-J. X. fut bien alors déporté, puisqu’il  figure dans l’arrêté du Consulat du 13 nivôse an VIII, qui rappelle un grand nombre de déportés. À l’appui de sa pétition du 18 nivôse, le même Bourgueil précise : « Le C. Xhrouet n’a jamais écrit un mot dans les Nouvelles politiques, il en était l’imprimeur et chargé de la manutention et de l’administration » (AN, F/7/10867). Les papiers d’entreprise des Nouvelles politiques, nationales et étrangères, saisis par la police au lendemain du 18 fructidor an V, s’ils montrent bien que M-J. X. s’occupait de l’administration du Journal, montrent aussi que son statut le dispensait de travailler « à la manutention ». Un courrier régulier, venant de Belgique, était adressé à son nom, par le même expéditeur anonyme, et il s’agissait d’informations politiques. Et M-J. X. administrait aussi le Journal Batave, lié aux Nouvelles politiques. Ce journal peu connu est peut-être le même que celui conservé aux Archives nationales dans la série AD : Le Batave, ou Le Nouvelliste étranger, 23 juil. 1793-2 frim. an V, 1 vol. in-4°. Mais le dossier montre aussi que notre éditeur-imprimeur n’était jamais cité parmi les rédacteurs des divers titres qu’on trouve dans cette saisie de la rue des Moulins: Suard, Frasan, Chas de Fontanille, Lacretelle.  Il en fut de même pour le Publiciste. M-J. X. en fut l’actif directeur et imprimeur jusqu’à ses derniers moments. A l’époque où se tint l’inventaire d’après son décès, des abonnements lui étaient encore adressés : « Mme Defavetti apporte une lettre reçue par la poste pour M-J. X., envoyée par le sieur Cocatrix avec la somme de 14F 89 centimes pour trois mois d’abonnement au Publiciste ». Le journal ne lui survécut pas même un an.En janvier 1804, Suard associé à « Cotta », célèbre libraire de Tubingue, crée « Les Archives littéraires de l’Europe, ou Mélanges de littérature, d’histoire et de philosophie, par une société de gens de lettres, suivis d’une Gazette littéraire universelle », reprise d’une Gazette politique créée par Cotta en 1793.  Mais dès 1805 l’imprimeur Henrichs fait faillite. Dans une lettre du  25 décembre 1805, Suard propose à son associé Cotta de le remplacer par M-J. X. Ce qui fut fait en janvier 1806. C’est dans la correspondance de Vanderbourg, rédacteur en chef, puis copropriétaire du périodique, qu’on voit M-J. X. tenant les cordons de la bourse, en tant que propriétaire et imprimeur, et donnant son approbation ou non aux articles proposés, en fonction de l’état du marché et de ses possibilités d’investissement. C’est lui aussi qui trouve les libraires associés et décide de la page de titre. À partir de 1807, M-J. X. s’associe à l’entreprise de l’Almanach des dames, fondé par Jean Frédéric Cotta à Tubingue en 1801. Ce périodique est mentionné dans l’inventaire après décès, « 481 exemplaires de l’Almanach des Dames,  pour les années 1807, 1808 et 1809,  dont 21 reliés en maroquin rouge,  28 en papier maroquiné avec étui, 89 brochés et 254 en feuilles,  prisés la somme de 30 francs » et plus loin : « 157 pièces (correspondance, factures) de la main de Xhrouet pouvant servir de renseignements sur l’entreprise de l’Almanach des Dames ». Entreprise de librairie ou d’imprimerie ?  L’inventaire nous laisse dans l’incertitude sur la nature de ce dont il était propriétaire. En l’an X comme en 1809, l’Almanach porte l’adresse « A Tubingue chez J.G. Cotta  et chez Fuchs, Libraire, rue des Mathurins », le libraire Levrault n’étant indiqué qu’en l’an X. « J.G. Cotta » est le nom commercial de la librairie fondée par Jean George, père de Jean-Frédéric (Feller, Biographie Universelle). Il est fort probable que Xhrouet ait anonymement réédité et imprimé les exemplaires qui devaient circuler à Paris, le libraire Fuchs servant de couverture. Notons enfin qu’en 1806 encore, l’Almanach des Dames était « rédigé » par Madame Henrichs, divorcée de l’imprimeur défaillant de 1805.

Publications diverses

À Paris, M.-J. X. n’exerce à son compte et surtout en son nom l’activité d’imprimeur de livres (et non seulement de périodiques) puis celle de libraire qu’à partir de la Révolution, profitant de la liberté du commerce et de la disparition de toute organisation de l’imprimerie et de la librairie. Il décède, en pleine activité, plus d’un an avant l’instauration de la nouvelle réglementation impériale.M-J. X. marque ses ouvrages d’une vignette représentant ses initiales : à l’intérieur d’un ovale, la lettre X est posée au dessus de la lettre M laissant apparaître à l’arrière la jambe du J. Les lettres sont moulées. Les ouvrages qu’il imprime sont distribués pour la plupart chez Déterville, Lenormant, Petit. Mais aussi dans sa propre librairie. Certaines adresses n’ont qu’un intérêt stratégique. En témoigne cette réflexion de Vanderbourg à Schweighoeuser, pour le rassurer sur ses espoirs de voir son ouvrage accepté des associés Cotta et Xhrouet et  passer l’épreuve de la censure (Revue rétrospective -1887) : « d'ailleurs M. Xhrouet feroit de votre ouvrage comme de plusieurs autres, il le feroit annoncer chez lui et chez Le Normant, et ce dernier nom pourroit vous faire obtenir grâce ». Un seul ouvrage autre que périodique a été coédité par les seuls Cotta et Xhrouet : Correspondance de deux ecclésiastiques catholiques sur la question : Est-il temps d'abroger la loi du célibat des prêtres ?  de l'abbé G. Henry, en 1807. L’inventaire des biens de X confirme ce que dit de lui son associé Vanderbourg  à la même  époque  « Xhrouet est découragé, non seulement par la non-réussite de l'Essai sur l'Hôpital [par Bernardi], mais par celle des Œuvres posthumes de Marmontel, dont il n'a vendu que les Mémoires, et par celle aussi des Observations de Gaillard en quatre volumes, qui reste au magasin […] Je sais trop bien que, depuis un an, on n'a rien vendu en librairie que Corinne ». M-J. X. avait pensé réaliser une grande affaire lorsque quelques temps avant la mort de Marmontel il était allé lui rendre visite et avait obtenu d’être cessionnaire des droits sur ses mémoires. De 1803/1804 à la mi-1809, en six ans M-J. X. imprima, en plus des périodiques, une cinquantaine d’ouvrages, pour la plupart de nouvelles éditions d’oeuvres qui avaient été annoncés dans le Journal de Paris, avant la Révolution ou bien quelques rares nouveautés proposées par des relations, comme son ancien associé au Journal de Paris, Cadet de Vaux. Inadéquation de l’offre, s’ajoutant à la crise générale de la librairie ? Michel-Joseph Xhrouet nous offre l’image d’un homme dont le sens des affaires ne lui fit pas abandonner ses choix primordiaux. Il fut, dans son domaine, un passeur des Lumières

Bibliographie

Sources manuscrites :  B.H.V.P. : manuscrit autographe 3121, pièce 381 . – AN. MC : Minutier central des notaires  ET/XV/1029 ; ET/XXXIV/877. Sous-série F/7 (police) : F/7/3445 ; F/7/10867 (27 prairial an III, carte de sûreté, et 18 nivôse an VIII, demande de résidence) ; sous-série F/18 (librairie-imprimerie) F/18/10/A dossier 25 et F/18/2371. – Archives de Paris. Toutes les références aux Archives de Paris ont été directement extraites de l’article de Jean-Yves Ribault (voir plus loin) que nous nous sommes contentée de suivre. - D.C6 30, f° 19620 : curatelle à la succession vacante d’Alexis Xhrouet, 23 mars 1787 ; D.C6 270, n°4 : autorisation au citoyen Xhrouet de fixer domicile à Paris ; D.E U1 56 : scellés après le décès de M. Xhrouet, le 28 septembre 1809 ; D.E.1 Fonds Balley : articles 1, 2 et 3 : acquisition du lot de la rue Royale par E. L Boullée de 1776 à 1780 (art 1) ; succession et transactions entre les héritiers de 1799 à 1815 (art. 2).Sources imprimées :Bulletin des lois n° 143, du 19 au 22 fructidor an VI ; arrêté du 13 nivôse an 8, n°3523. – Recherches généalogiques et héraldiques sur la famille Nicolazo de Barmon et ses alliances, recueillies par M. de Pontaumont. Cherbourg, 1858 . – « Lettres de Ch. VANDERBOURG »  [à Schweighoeuser], dans Cottin, Paul (dir.), Revue rétrospective. Recueil de pièces intéressantes et de citations curieuses, 2e semestre 1887. – Odile Krakovitch, Les Imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier. Edition critique de l'enquête de décembre 1810. Editions des Musées de la Ville de Paris. 2008. – Pour le contenu des Archives littéraires de l’Europe, voir l’étude faite par Roland Mortier,  Les « Archives littéraires de l’Europe » (1804-1808) et le cosmopolitisme sous le Premier Empire. Bruxelles, palais des Académies, 1957. – Jean-Yves Ribault « Une maison de l’architecte Louis-Etienne Boullée, le 3, rue Royale (1777).- Préhistoire du restaurant Maxim’s (et fig.  36 à 38), par, dans Bulletin de la société d’Histoire de Paris et de l’Ile de France, n° 108, 1981, pages 235 à 243

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