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VOYARD DU CHENAU ( ?- ?)

État civil

On ne sait presque rien de Voyard, en dehors de son rôle d’intermédiaire entre le libraire Marc-Michel Rey et le ministre Malesherbes durant les années 1775-1777 ; et l’essentiel de ces renseignements vient de la correspondance Rey-Voyard, exploitée par Y. Z . Dubosq, dans Le Livre français et son commerce en Hollande. D’après Dubosq, V. travaille pour Rey d’avril 1775 à juillet 1777. « Religieux défroqué, marié et père de famille, Voyard de Chenau se vit obligé de travailler jour et nuit pour subvenir aux besoins des siens » . On ne connaît ni sa date de naissance ni la date de sa mort (D., p. 33, note 2). Il est marié et a eu cinq filles (REY, 4 juin 1777).

Formation

Sa correspondance laisse entendre qu’il a séjourné à l’Oratoire, peut-être comme membre du chapitre ; il revoit en 1775 l’ancien général de sa Communauté, qui l’a beaucoup « caressé » (REY, 24 août 1775) ; il traite en 1776 avec un ancien confrère de la Communauté (REY, 27 juin 1776) ; travaillant en 1777 sur les conflits religieux, il constate qu’il n’a pas oublié sa théologie (REY, 27 mars 1777). En 1776, il a espéré vainement le soutien d’amis jansénistes (REY, 29 juillet 1776).

Carrière

V. travaille à Amsterdam comme correcteur d’imprimerie ; mais sa connaissance du milieu littéraire parisien et son « intelligence supérieure » (selon Dubosq, qui a tendance à le surestimer) lui permettent de fournir à Rey toutes sortes de renseignements sur les ouvrages en préparation et sur les contrefaçons, et parfois de lui procurer des manuscrits et des bonnes feuilles. Il peut fournir à Rey des copies que celui-ci publie rapidement, par exemple pour l’Histoire des Incas de Marmontel, dont il obtient un exemplaire avant publication, grâce à la complicité de la « brocheuse » (D., p. 67). Rey a eu recours à lui pour des éditions importantes, qui nécessitaient de la prudence et de la discrétion, ainsi pour la Lettre à d’Alembert et la Nouvelle Héloïse de Rousseau. Il apprécie ses services et les rétribue généreusement ; il lui adresse régulièrement des lettres de change : ainsi en six mois, une dizaine de lettres de 300 à 500 £ (p. 34). Grâce à Rey, V. peut engager un copiste à 25 £ par jour (p. 35), et même bénéficier d’une subvention de 1000 £ pour ses recherches, peut-être pour un voyage à Paris. De son côté, V. manifeste sa reconnaissance envers Rey, « homme de probité » (p. 34), remarquable par ses « procédés honnêtes et généreux » (17 octobre 1776). Il participe à son deuil lors de la mort de sa fille aînée (6 mars 1777). L’importance du rôle de V. est liée à ses relations avec Malesherbes, qui l’utilise de son côté pour sa connaissance du monde littéraire : V. rend au directeur de la Librairie des services appréciables en le renseignant sur les ouvrages susceptibles de permissions tacites (D., p. 121). V. écrit de Paris le 1er septembre 1775 : « Je suis ici sous la protection de M. de Malesherbes, à qui j’ai exposé tout mon cas. Il m’a fait avoir une audience de M. Albert, Lieutenant de police, qui m’a dit de vivre tranquille, et qui m’a assuré  que j’étais autant en sûreté ici qu’à Amsterdam » (D., p. 121). Ce propos laisse entendre que V. a travaillé à Amsterdam avant 1775, qu’il pourrait être suspect, et qu’au moment où Albert remplace le Lieutenant de police Le Noir, il peut être assuré de la complaisance du pouvoir. Les Mémoires secrets affirment, à la date du 27 août 1775 :  « Extrait d’une lettre d’Amsterdam du 21 août 1775... Il y avait ici un Français réfugié nommé Voyard, passé depuis quelques années en Hollande, qui avait embrassé la religion protestante, et s’était fait correcteur d’imprimerie. Il a travaillé pour le fameux Rey, et s’était surtout attaché à M. Changuion, dont il écrivait les Annales belgiques. Il y avait, depuis la révolution de la magistrature en France, fait constamment l’éloge de M. de Malesherbes. Depuis que ce magistrat patriote a été élevé au ministère, M. Du Clairon, le consul français dans cette capitale, a eu ordre de faire chercher M. Voyard : il lui a proposé un sort avantageux et fait quitter ce pays-ci... ». On suppose que V. a obtenu un poste au ministère ; d’autres le considèrent comme un agent double (Mémoires secrets, éd. C. Cave, vol. V, Champion 2010, p. 977-978) ; la correspondance de Rey prouve toutefois que Voyard, rentré effectivement à Paris en août 1775, a été déçu dans ses espérances.

Situation de fortune

En 1775, à la suite du départ de Malesherbes, il perd son soutien et vit petitement en chambre garnie (REY, 19 octobre 1775) ; son « bien être », écrit-il, est devenu « fort précaire » ( REY, 29 juillet 1776), et sa correspondance consiste en bonne partie en appels de fonds. À partir de juillet 1776, V. est appointé par Rey pour rédiger et annoter l’Extrait des Registres du Parlement, soit 17 volumes de manuscrits : Rey lui alloue 300£ tous les deux mois, mais V. avoue dépenser 160 £ par mois et multiplie les appels au secours. Il recevra au total 2125 £ 10 sous pour 4 volumes (REY, 26 juin 1777).

Opinions

Protégé de Malesherbes, et sans doute employé par lui jusqu’en 1775, il est partisan déclaré de la politique de Turgot et de Malesherbes, « bons citoyens » (REY, 27 juin 1776). Il se montre souvent hostile au clergé, qu’il considère comme soutien du « despotisme ».

Activités journalistiques

Voyard a dirigé et sans doute rédigé les Annales belgiques chez Changuion à partir de février 1772.

Bibliographie

Correspondance Marc-Michel Rey, Dossier Voyard, BVB Amsterdam (686.2 REY). – Y.Z. Dubosq, Le Livre français et son commerce en Hollande de 1750 à 1780, Amsterdam et Paris, 1925 (D.).

Auteur(s) de la notice


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