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Constantin Chassebeuf, dit VOLNEY (1757-1820)

État civil

Constantin François Chassebeuf, dit Volney, est né le 3 février 1757 de Jacques René Chassebeuf et de Jeanne Gigault de La Giraudais à Craon. Le nom de Chassebeuf se trouvera plus tard orthographié Chassebœuf. L'origine de son pseudonyme reste obscure : pour le D.L.F., il «est la traduction syriaque de celui de Chassebœuf» ; pour beaucoup, il est la réunion abrégée de Voltaire et Ferney. La seule chose assurée est que l'apparition de «Volney» coïncide avec son voyage en Orient. En novembre 1810, il épouse sa cousine Charlotte Gigault de La Giraudais, veuve de Daniel Du Mortier, union «précédée par les souvenirs de toute la vie». Ils n'auront pas d'enfant. Il meurt le 25 avril 1820.

Formation

A sept ans, il est interne au collège d'Ancenis, puis il ira chez les Oratoriens d'Angers en 1769, où il met toute son énergie dans l'étude. En 1774, il s'inscrit à la faculté de droit d'Angers, et peut-être à celle de médecine ; mais en 1775, émancipé par un conseil de famille, il va à Paris et se consacre entièrement à la médecine. Cependant, il n'achèvera pas ses études qui se borneront à trois années. En même temps, il approfondit l'étude du grec, suit les cours d'arabe de Leroux Des Hauterayes au Collège de France et cherche à apprendre l'hébreu, dans l'idée d'une critique solide de la Bible. Il est introduit par son camarade Cabanis chez le baron d'Holbach et chez Mme Helvétius. Il y affine, sous des formes différentes, son goût pour la recherche, la science et l'anticléricalisme.

Carrière

Décembre 1782 à avril 1785, voyage en Egypte et en Syrie, très vraisemblablement comme envoyé secret du ministre Vergennes. Elu le 19 mars 1789 député du Tiers Etat d'Angers, il se rend à Versailles où il est l'un des fondateurs du « club breton » qui donnera naissance au Club des Jacobins. Il est élu le 23 novembre 1789 secrétaire de l'Assemblée nationale. Mais après 1790, il se détachera petit à petit des affaires politiques et à la fin de l'année 1791, il part en Corse pour se consacrer à la culture des agrumes. C'est un échec. De retour en 1793, il accepte du ministère de l'Intérieur des missions d'inspection dans l'ouest de la France. Le 16 novembre 1793, il est incarcéré pour dettes. A la fin de l'an III (sept. 1795), la Convention le désigne pour rédiger, à l'usage des écoles primaires, un livre sur les Droits de l'homme et la Constitution. La commission des Relations extérieures le charge de la correspondance avec l'empire ottoman. A la création des Ecoles normales, il est désigné comme professeur d'histoire (1795). Du 12 juillet 1795 au 5 juillet 1798, voyage aux Etats-Unis, de sa propre initiative. Après le 18 brumaire, auquel il participe au moins par ses conseils, familier de Bonaparte, il refuse le poste de ministre de l'Intérieur mais est nommé sénateur par celui-ci. Il est fait comte d'Empire le 26 avril 1808. Il se rallie à la Restauration et devient membre de la Chambre des Pairs, mais refuse de siéger au procès du maréchal Ney.

Situation de fortune

Par un conseil de famille réuni à Craon le 28 février 1775, il obtient son émancipation et se trouve à la tête d'une rente de 1100 £ sur les biens provenant de la succession de sa mère. En 1792, il obtient par adjudication une belle propriété de 1400 acres en Corse, la Confina del Principe, pour 100 000 £, dont 12 000 payables comptant, et le reste en douze annuités. Mais son expérience agricole échoue, il doit revendre et perd environ 14 000£ dans cette affaire. Le 2 brumaire an II (1793), il est emprisonné pour dettes à la Force ; mais il obtient son transfert à la maison Belhomme où la pension revient à 1000 £ par mois ; il ne sortira de prison que le 30 fructidor an III (16 sept. 1795), lorsqu'on arrêtera de lui réclamer le montant des arriérés. Maigres appointements comme professeur d'histoire en 1795à l'Ecole normale. En l'an VII (1798), le règlement de la succession de son père fait de lui un riche héritier : elle lui rapporte 31 400 £, sans compter la métairie du Ronceray-en-Ballots qu'il vendra plus tard. Cela lui permet d'acheter une ferme importante à Pringy, près de Meaux. Nommé sénateur par Bonaparte au moment du Consulat, il se retrouvera pair de France sous Louis XVIII. En 1802, il quitte le minuscule appartement qu'il occupait à Paris pour un petit hôtel rue de La Rochefoucauld, où il demeurera jusqu'en 1818. En 1806, il achète une belle maison de campagne, avec un parc de 25 arpents à Sarcelles pour 70 000 francs. Il y fera pour 20 000 francs de travaux avant de la revendre au prix d'achat. A sa mort, il est à la tête d'une ferme à Monthyon, d'une ferme à Pringy, d'une maison à Paris, au 73 rue de Vaugirard et de 24 000 francs placés chez notaire.

Opinions

V. a fait partie, avec, entre autres, Destutt de Tracy et Cabanis, des «idéologues». Ses opinions qui se regroupent autour de trois pôles - une érudition pragmatique, un républicanisme et un anti-cléricalisme modérés - sont originales, adaptées au réel et fidèles à elles-mêmes. Avant la Révolution, il fréquente le salon des Suard, entre en contact avec les loges maçonniques, adhère aux « Amis des noirs » qui luttent pour l'affranchissement des esclaves. Les récits de ses voyages sont des modèles du genre, tant pour la clarté que pour l'érudition mise à l'épreuve des faits. Une des passions de sa vie sera la simplification des langues orientales dans le but d'améliorer la communication entre les hommes, qu'elle soit culturelle ou économique ; il réagit contre les orientalistes de cabinet dont toute la science est de seconde main, contre les drogmans mal formés, etc. V. est un esprit fondamentalement moral, qui croit aux progrès de l'esprit humain, et rejette les religions en tant que facteurs de fanatisme et d'obscurantisme. Il réprouvera le Concordat signé par Bonaparte, et, alors qu'il avait été un fondateur de l'Académie celtique, en démissionnera en 1814 lorsqu'elle deviendra un lieu de réaction. C'est un homme fidèle à ses amis dans tous les cas, et, ayant eu des responsabilités politiques importantes sous différents régimes, il ne reniera aucune de ses idées et sera partisan du silence philosophique comme mode d'opposition. Homme à l'esprit XVIIIe, l'ironie de Napoléon et la pensée romantique l'ont fait oublier jusqu'à cette fin du XXe siècle où l'on redécouvre les qualités de sa pensée.

Activités journalistiques

Il fera paraître seul les 5 numéros de La Sentinelle du peuple, les 10, 20 nov., 5, 15 et 25 déc. 1788 (D.P.1 1209).

Publications diverses

Au cours de l'hiver 1788-1789, il fera paraître plusieurs brochures polémiques : Petit Prône aux roturiers. Lettre d'un Solitaire philanthrope. Lettre de M. Chassebeuf de Volney à M. le comte de Serrant. Pour le reste, voir Cior 18, n° 63750-63782.

Bibliographie

8. H.P.L.P., t. IV, p. 27-31 ; H.G.P., p. 410-412 ; D.L.F. – Gaulmier J., L'Idéologue Volney, Beyrouth, 1951. – Id., Un grand témoin de la Révolution et de l'Empire, Volney, Paris, Hachette, 1959. – Eisenstein E.L., «Le publiciste comme démagogue : La Sentinelle du peuple de Volney», dans La Révolution du journal, éd. P. Rétat, Paris, C.N.R.S., 1989, p. 189-196. – Viola P., «II viaggio di Volney nella Rivoluzione francese», dans L'Europa tra Illuminismo e Restaurazione : scritti in onore di Furio Diaz, Roma, Bulzoni, 1993.

Auteur(s) de la notice


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