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Louis d' USSIEUX (1744-1805)

État civil

Louis d'Ussieux, de son vrai non Dussieux, est né le 30 mars 1744, baptisé le 9 avril à Angoulême, paroisse Saint-Martial, «fils naturel et légitime de M. André Dussieux, Sieur de la Moradie, et de Marie de Borie, ses père et mère, le parrain a esté Messire Louis de Borie Ecuyer Seigneur du Repaire grand père maternel et la marraine demoiselle Marie Thevet grand mère paternel» (A.M., état civil d'Angoulême). Il a une sœur, Catherine, née en 1746. En 1761, son père hérite de la charge de conseiller secrétaire du Roi près la Cour des Aides de Bordeaux, qui constituait la dot de sa femme (ibid., inventaire série E, 18 nov. 1741, p. 123). Selon Musset-Pathay, la première épouse de U. fut demoiselle d'honneur d'une princesse de Wurtemberg. Il l'avait fort probablement rencontrée lors de son séjour en Allemagne, autour de 1768. Vers l'âge de quarante-quatre ans, il s'installe près de Chartres et épouse en secondes noces Marie Henriette Bellier-Duchesnay, de vingt ans sa cadette, dont le père, Alexandre Claude, appartenait à une des familles les plus anciennes et les plus notables de la ville (Magasin encyclopédique, 1810, p. 128-129). De ce mariage il eut une fille Louise, baptisée le 22 mai 1789 (A.D. Eure et Loir, état civil de Saint-Maurice-Saint-Germain) qui, selon la B. Un. épousa M. Lebrun des Charmettes. Il eut aussi un fils, Charles Henri Xavier, né le 29 juin 1795 (ibid., état civil de Pontgouin). Selon son acte de décès, U. est décédé le 21 août 1805, «troisième jour du mois de Fructidor an Treize, à une heure du matin, âgé de 62 ans [...] demeurant au Château de Veaux [sic], Commune de Pontgouin». Sa veuve fut institutrice à Ecouen (MP). Jusqu'à la Révolution il signe «d'Ussieux», même dans les actes officiels, ce qui fait que cette signature peut voisiner avec celles d'autres membres de sa famille signant «Dussieux» comme par exemple sur l'état civil de sa ville où l'on voit la signature du parrain, Augustin Marie Tobie Dussieux.

Formation

En juillet 1766, à 22 ans, il se trouve au séminaire de Strasbourg, «clerc tonsuré du diocèse d'Angoulême» (A.M. Angoulême, série E 1829). Ce séminaire avait été dirigé par les Jésuites. On ne sait s'il a profité de leur enseignement ou s'il est arrivé après leur expulsion qui eut lieu en août 1765. J. Voss émet l'hypothèse de la collaboration en 1768 du célèbre J.D. Schôpflin au premier journal fondé par U. Chanoine de l'université protestante de Strasbourg, historien, fondateur de l'Académie de Mannheim et d'une école diplomatique à Strasbourg, franc-maçon, correspondant de Voltaire et des encyclopédistes, Schôpflin était l'un des rares protestants à fréquenter des catholiques parmi lesquels le cardinal de Rohan et Choiseul. U. émule ou disciple de Schôpflin, c'est une hypothèse qui permettrait d'expliquer une grande partie de sa carrière et de ses choix. Il a édité des traductions de l'anglais, de l'espagnol et de l'italien, les traductions de l'allemand étant sans doute seulement l'œuvre de sa première femme. En 1774, témoin au mariage de Roucher, il ajoute à sa signature «de l'Académie de Montauban» (B.H.V.P., ms. 777). Nous n'avons retrouvé aucune autre mention de cette appartenance et U. n'apparaît pas dans l'ouvrage de E. Forestié sur cette Académie. Le 11 janvier 1787 il devient correspondant de la Société royale d'agriculture de Paris en remplacement de Cadet de Vaux nommé associé (voir ce nom). Ce n'est qu'en 1798 qu'il est accepté comme membre de la Société d'agriculture de la Seine.

Carrière

Selon le D.B.F. il serait venu à Paris à l'âge de vingt ans et aurait eu des « débuts difficiles comme homme de Lettres sous le nom de Jacques d'Ussieux ». Nous n'avons rien trouvé qui puisse vérifier cette assertion. Après son séjour à Strasbourg il fonde à Mannheim, en 1768, son premier journal (D.P.1 424). La liste de ses souscripteurs nous donne une idée de son appartenance à plusieurs réseaux de relations : on y trouve trois abbés, deux de Strasbourg, un de Wissembourg. On y trouve les libraires associés Bourdillon et Bernier de Genève, qui prennent neuf abonnements, la « Petite Compagnie» qui faisait le commerce des livres entre Paris et Strasbourg, qui en prend vingt-sept et le libraire Lacombe, à Paris, qui en prend treize. On y trouve aussi le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Choiseul. Curieusement le libraire Fontaine, qui fournissait le milieu français de la cour de Charles Théodore, ne fait pas partie des souscripteurs de l'Europe littéraire. Mais U. a dû bien connaître son fils et successeur Mathias, car en 1794 le catalogue de la Librairie françoise, en revanche, contient treize de ses ouvrages (Voss, « Mannheim als Verlagsort »). Mathias, de cinq ans plus jeune que U., avait fréquenté le collège des Jésuites de Mannheim. Il faudrait démêler la part des raisons religieuses, diplomatiques ou littéraires et personnelles qui amenèrent U. à tenter une carrière à Strasbourg puis à Mannheim. En 1770, grâce à la Société typographique de Bouillon, U. et son épouse publient chacun un premier ouvrage : lui, l'Histoire abrégée de la découverte et de la conquête des Indes par les Portugais, dont l'adresse indique aussi «Paris, chez Gauguery» et elle, une « imitation » de CM. Wieland, Le Nouveau Don Quichotte. De 1772 à 1775, U. publie chez différents libraires parisiens des nouvelles et des anecdotes réunies sous le titre Le Décaméron français. C'est donc à cette époque qu'il a dû s'installer à Paris. En 1776, il s'associe à Cadet de Vaux, Corancez et Romilly dans la fondation du Journal de Paris (D.P.1 682). Nous n'avons pas retrouvé des preuves directes de liens intimes avec ses associés, mais ceux-ci eurent vraisemblablement une part dans l'orientation de sa vie. Leurs liens avec les encyclopédistes ont pu les réunir, peut-être dès 1770. On remarque aussi que Cadet de Vaux, en 1770, a traduit Spielmann, collègue de Schôpflin. S'il quitte, vers 1786, à la fois la capitale et le Journal de Paris, U. garde ses relations. Comme Cadet de Vaux, son intention était de s'adonner à sa nouvelle passion, l'agronomie. Il s'y était exercé dès le printemps 1786. On lit en effet dans les Mémoires d'agriculture de l'été 1786, au titre des «extraits des séances de la Société royale d'agriculture» que «M. d'Ussieux a fait part à la société de plusieurs procédés de culture qu'il a employés avec succès en Brie», ce qui suppose d'ailleurs sa présence dans la région au moins au printemps de cette année-là. Cependant, c'est à Chartres qu'il s'installe, et son choix n'est sûrement pas dû au seul hasard d'une annonce (annonce de vente dans les Affiches de Chartres du 9 août 1786). Son associé Corancez rassemblait autour de lui une partie du milieu chartrain de la capitale. Par son achat, entre août 1786 et août 178 7 du domaine de Vaux, U. devient le voisin de son futur beau-père, Bellier-Duchesnay, qui, lorsqu'il était maire de Chartres, en 1781, avait connu et apprécié Cadet de Vaux. Il est vrai que U. a pu le connaître directement dans sa fonction d'éditeur. En tout cas la Beauce comme la Brie étaient les terrains d'expérience privilégiés des agronomes. Correspondant de la Société royale d'agriculture, il est collègue de Cadet de Vaux, de Parmentier, de Gilbert et de Benezech, tous actifs militants du mouvement agronomique. On lit, dans les Mémoires d'agriculture, «La société a distingué surtout les réflexions présentées par le c. Dussieux sur la perception des impôts» (an X, t. III, p. 17) ; «le c. Dussieux, dans le département de l'Eure et Loir, s'occupe aussi de l'amélioration des chevaux et des moutons et il est parvenu, sur un sol en partie composé de cailloux ferrugineux et le plus ingrat du département, à supprimer la jachère, par un nouvel ordre de cultures.» (ibid., p. 21). Cela explique l'assertion de Lefevre, selon lequel il fut «chargé par le gouvernement républicain de faire des expériences en agriculture». Malheureusement «Ces expériences ne réussirent qu'à moitié [...] toutefois la culture de pommes de terre eut quelques succès, et c'est Dussieux qui l'a introduite un des premiers dans cette contrée» (Lefevre, p. 333). L'achat du domaine de Vaux est lié aussi à son désir d'enrichissement et d'ascension sociale. En effet U. eut aussi des activités dans la finance. Selon le Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire de J.F.E. Robinet (Paris, 1899), il «fut pourvu le 18 oct. 1787 de la charge de Trésorier de France et général des finances en la Généralité de Montauban». On peut supposer qu'il fit le voyage de Montauban pour être reçu en la Chambre des comptes, le 24 octobre de la même année. Mais il ne fit pas celui de 1789, pour être reçu au Bureau des finances. Le registre C 565 des A.D. de Tarn-et-Garonne conserve un certificat médical daté du 8 juin 1789 confirmant son empêchement et une lettre du 16 juin donnant pouvoir à M. Bouisson de Bonnac pour procéder à son installation le 1er juillet suivant. Cet office lui permit de se désigner, dès le 22 mai précédent, au baptême de sa fille comme « écuyer, seigneur de St Maurice de Gasloup, St Germain de Lépinay et autres lieux». Ultime étape de son ascension sociale, mais bien tardive eu égard aux événements! En 1795, à la naissance de son deuxième fils, il a évidemment abandonné sa particule et se désigne comme «cultivateur». Après la Révolution, il reprend sa carrière de notable rural : en 1795, il est député par le département d'Eure-et-Loir au Conseil des Anciens. Maire de sa commune après 1799. En 1801, il fut élu membre du Conseil général de son département. Nous n'avons pas pu vérifier l'assertion de Musset-Pathay selon laquelle il aurait voyagé en Espagne. Deux hypothèses : en 1772 sa traduction des Nouvelles espagnoles a pour adresse «Madrid, Paris». Son élevage de moutons mérinos a pu occasionner un voyage, soit en 1786, soit à la suite du traité de Bâle de 1795, en l'an VII avec Gilbert ou en 1802 avec le fils de Corancez, Louis Alexandre.

Situation de fortune

Pour soutenir ses études au séminaire de Strasbourg, ses parents lui constituent une rente «à titre clérical» de 150 £

(A.M. Angoulême). Il participe à l'édition de collections et d'oeuvres qui ont dû être suffisamment fructueuses pour que, par exemple, son libraire ait engagé dans les 80 000 £ pour une édition de luxe de sa traduction de l'Arioste (Journal de Paris, 28 juin 1780). Le Journal de Paris, lui rapporte 30 000 £ de rente. Selon Musset-Pathay « il fut forcé de le vendre à un prix bien au-dessous de sa valeur» (130 000 francs), très probablement en 1786, au libraire Xrouet, « ce qui lui permit d'acheter le domaine de Vaux» pour la somme de 160 000 £ (A.N., notaire Griveau). Il ne semble pas qu'il ait pu hériter de l'office de conseiller secrétaire du roi qui constituait la dot de sa mère, son père lui ayant survécu. Mais il y a peut-être eu une raison familiale au fait qu'il se trouva pourvu de la charge de trésorier général à Montauban, la dernière qui fut mise en vente selon Mila de Cabarieu, et dont la valeur était tombée à 20 000 £, selon D. Ligou, Histoire de Montauban. A sa mort, ses enfants revendirent le domaine de Vaux à la famille d'Aligre (Lefevre), qui en avait été propriétaire avant 1776.

Opinions

Ses études au séminaire ont peut-être marqué son style, mais il s'est vite défroqué aussi bien de corps que d'esprit. La plupart des œuvres collectives auxquelles il participe ont un caractère encyclopédique. Il a toujours un souci pédagogique, de caractère progressiste. Arrivé à Paris, il fréquente aussi une tout autre société, par exemple celle de Guillaume Wasse, « métromane d'une singulière espèce » selon J. Labiée (Mémoires d'un homme de lettres, Paris, 1824). Cet original réunissait de jeunes poètes comme Sylvain Maréchal, qui le cite dans son Dictionnaire des athées, Gilbert, Baculard d'Arnaud, François de Neufchâteau. Il est, avec Barthélémy Imbert, témoin au mariage de Jean Antoine Roucher, à Paris en 1774. C'est tout le milieu des poètes francs-maçons. Sixte Sautreau de Marsy, qui fit son éloge après sa mort, ajoute à la liste de ses amis Le Tourneur et Berquin. Ses activités maçonniques ne sont pas négligeables. Avec Roucher il est initié à la loge des Neuf-Sœurs le 28 novembre 1778 à l'occasion d'une cérémonie officielle organisée par la loge en l'honneur de Voltaire (Amiable). Il la quitte en 1783, en même temps que Cadet de Vaux. Dans le dossier de la B.N., FM2 163, f° 38-40, le «R.F. Dussieux, député de la 1. de la Parfaite Charité» de Bernay dans l'Eure est plusieurs fois mentionné. L'affaire date de 1784-1785, et U. agit en tant que député alors qu'il réside à Paris (il n'est pas inscrit sur les tableaux de la loge). Selon Le Bihan, il s'agit bien de U., député de cette loge de 1780 à 1789. Les autres dictionnaires de la Franc-maçonnerie ne mentionnent pas ce fait ; ils indiquent qu'il était député de la loge «la Parfaite Clarté», Orient de Beauvais, et dignitaire du Grand Orient en 1789 (Ligou), mais nous ne savons pas sur quelles sources ils se fondent. Dans son éloge, Sautreau indique que U. écrivit sa tragédie Le Héros français ou le Siège de Saint-Jean-de-Lône pour exprimer ses sentiments patriotiques. On serait tenté de dire chauvins. A l'époque où elle fut jouée, la CL., avec toute sa partialité aristocratique, ne voulut y voir que «bassesse» «bourgeoise» (sept. 1780). Selon Musset-Pathay «il fut proscrit après le 31 mai 1793 et sauvé grâce à l'humanité de Sergent». Il s'agit du graveur Antoine François Sergent, dit Sergent-Marceau, auquel il était lié par la famille de sa femme et qui, à son tour, se réfugie chez lui après 1794 (M. Jusselin, Catalogue du Musée historique, Chartres, 1958). Au Conseil des Anciens il s'oppose à la création d'une inspection générale des contributions et approuve un nouvel impôt sur le sel, arguant du fait que le cultivateur pourra répercuter la hausse du prix du sel sur le prix de ses productions, alors que l'impôt foncier est «réellement accablant» pour le pauvre. « Ce n'est pas sur les contributions des riches qu'un Etat doit fonder ses moyens de revenus publics parce que cette classe est toujours essentiellement bornée. C'est dans la masse de ses habitans et là seulement que réside la source des revenus nécessaires au maintien de l'ordre social» (séance du 9 ventôse an VII). Il adhère au coup d'Etat du 18 brumaire.

Activités journalistiques

1768, L'Europe littéraire, voir D.P.1 424 et Voss, «Fragment». Le Prospectus que U. écrivit âgé seulement de vingt-quatre ans, le montre homme des Lumières, militant actif de la République des Lettres. Son souci est «d'établir une correspondance générale entre tous les Savans [...] On envisage la république des Lettres comme un seul corps dispersé dans diverses contrées, [...] ce journal mettra l'homme de lettres à portée de mesurer, d'apprécier, de comparer les travaux de ses frères, d'y puiser de nouvelles connaissances et d'enrichir sa patrie de leurs découvertes. [...] L'Europe littéraire rapproche toutes les nations, réunit toutes les langues [...]. [0]n invite les jeunes gens, ceux que d'heureuses dispositions appellent à la carière des Sienses [sic], à se servir de L'Europe littérairepour manifester l'aurore de leurs talens».

Au Journal de Paris U. s'occupe principalement des comptes rendus de la Comédie-Française. Il s'intéresse surtout au jeu et à la voix des acteurs et des actrices, particulièrement des débutantes. Ses critiques sont toujours modérées, nuancées. A ses yeux, ces jeunes comédiennes annoncent toujours des talents et sont toutes susceptibles de progrès. Mais la douceur et l'affectation de U. ne semblent pas suffisantes à certaines. Le 8 octobre 1779 il écrit : «Doligny se distingue par la sensibilité de son organe et sa naïveté précieuse». Cela ne plaît pas à l'intéressée et U. doit fournir le 10 octobre une réponse signée : «Je suis désespéré, Mademoiselle, de ce que ma mémoire n'a pu me fournir des expressions qui vous fussent agréables et plus propres à donner une idée vraie de vos talents : cependant en y réfléchissant bien, il me semble qu'à la rigueur vous pourriez vous en contenter. J'ai toujours pensé que quand on disait d'une Actrice <elle a l'organe sensible >, cela voulait dire <elle a le talent d'intéresser et d'émouvoir >. C'est tout ce que le spectateur doit attendre du comédien et c'est du comédien seulement que j'ai à parler. J'ai loué aussi, Mlle, votre < naïveté > et ce mot vous paraît encore insuffisant. En y joignant l'épithète de < précieuse >, j'ai voulu dire que votre jeu était d'un naturel parfait. »

Les critiques de U. se caractérisent aussi par leur style exclamatif, mais c'est toujours pour louer, pour admirer et distribuer des bons points. En 1778, le Journal de Paris engage une dure polémique contre La Harpe. Selon la Correspondance secrète du 15 avril, celui-ci «riposte en attaquant à la fois Sautereau et d'Ussieux». II semble cependant que U. ne soit responsable que des comptes rendus du spectacle des Barmécides les 12 et 15 juillet. Le journaliste s'y réclame de son «impartialité», il note que La Harpe a su faire «de beaux vers», mais que «l'action est faible et traînante». L'attaque se trouve dans les trois lignes finales, quand il reprend l'expression que La Harpe avait utilisée contre le théâtre de Voltaire : «c'est une terrible entreprise que de refaire une pièce de Corneille, surtout quand il a très bien fait. »

Cela pouvait mettre en rage La Harpe, mais c'était beaucoup moins violent que les articles des 28, 29 et 30 août, du 12 octobre, des 16 et 30 novembre qui, eux, semblent tout à fait de la plume de Sautereau. En 1782, U. clôt la polémique, par une série d'«extraits» élogieux, qu'il signe, montrant à la fois qu'il n'est pas l'auteur habituel de la rubrique et qu'il est le seul, dans l'équipe du journal, à prendre la responsabilité de louer l'académicien. Le 15 avril, il rend compte de l'Eloge de Voltaire : «Quel pathétique! quel abandon ! quel charme entraînant dans ce tableau ! » s'exclamet-il avec toujours autant d'affectation. Le 19 mai, c'est le compte rendu de Tangu et Félime. Ce qui fait dire à la Correspondance secrète que La Harpe et d'Alembert auraient gagné «l'un des principaux auteurs du Journal de Paris en lui prodiguant l'espérance d'une belle fortune littéraire». On voit encore la signature de U. le 28 juin suivant. II envoie une lettre très aimable au comte de Tressan, comme lui traducteur de l'Arioste. Le comte lui répond tout aussi aimablement le 9 juillet, ce qui est de bonne publicité pour chacun d'eux.

C'est au cours de l'année 1786 que U. cesse son activité au Journal de Paris. La rubrique «Trait historique», dont il semble qu'il était chargé, disparaît progressivement, alimentée un moment par des lettres de lecteurs (qu'il a pu lui-même envoyer) ; la même supposition peut être faite pour I'«extrait» concernant les Mémoires particuliers auxquels il collabore et pour les «extraits» des 27 et 30 avril, tous trois envoyés par un correspondant anonyme.

En tant que correspondant de la Société royale d'agriculture il a aussi envoyé des mémoires aux différents journaux traitant d'agriculture : Mémoires d'agriculture (D.P.1 871) déjà cités, 1786, 11 janv. 1787;Bibliothèque physicoéconomique, 1788 ; Feuille du cultivateur, un art. par an entre 1788 et 1791 (voir les tables).

Il a collaboré, en tant qu'auteur, à la Bibliothèque universelle des dames pour un art. de botanique (voir D.P.1 171).

Publications diverses

Voir Cat.B.N., auquel il faut ajouter : en 1772, l'Histoire de la littérature française en collaboration avec Bastide (B. Un.) ; et diverses nouvelles recensées par Martin, Mylne et Frautschi. Dans le Journal de Paris du 15 octobre 1778 on peut lire le prospectus de souscription à l'Histoire universelle, traduite de l'anglais, qui présente l'œuvre comme une «histoire encyclopédique du genre humain ». Dans le supplément du 26 novembre 1786, le second prospectus de la Collection universelle des Mémoires particuliers relatifs à l'Histoire de France et une publicité pour la Bibliothèque des dames.

Bibliographie

Tous les dictionnaires biographiques mentionnent U. ; les notices sont classées à d'Ussieux (B.Un. ; N.B.G. ; Martin, Mylne et Frautschi, Bibliographie du genre romanesque français, 1751-1800, Londres, Paris, 1977) ou Dussieux (D.B.F.). – A.D. Charente, A.M. Angoulême, état civil par. Saint-Martial, année 1744 ; tables de la série E : inventaire t. III, p. 323, 18 nov. 1741 ; t. IV, p. 78, 2 mai 1760 ; p. 133, 10 juil. 1766. –A.D. Tarn-et-Garonne, A.C. Montauban : deux lettres du 8 et du 16 juin 1789 intégrées au reg. C 565, entre les p. 53 et 54. – A.D. Eure-et-Loir, états civils de Saint-Maurice et Saint-Germain, communes regroupées sous le nom de Pontgouin après 1790. – A.N., notaire Griveau, M.C., LUI, 618, art. 56. – Amiable L., Une loge maçonnique d'avant 1789, les Neuf-Sœurs, Paris, 1897. – Le Bihan, Loges et chapitres de la grande loge et du grand Orient de France, t. II, Paris, 1967. – Ligou D., Dictionnaire universel de la franc-maçonnerie, Paris, 1992. – Id. (éd.), Histoire de Montauban, Toulouse, 1984, chap. VIII. – Cabarieu M. de, «Le Bureau des Trésoriers de France de Montauban, 1635-1790», Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 189 5, p. 140. – Forestié E., La Société littéraire et l'ancienne Académie de Montauban, 2e éd., Montauban, 1888. – Lefevre E., Docu­ments sur le canton de Courville, Chartres, 1870. – Magasin encyclopédique, n° 5, 1805, éloge de U. par Sautreau ; et 1810, notice sur Alexandre Claude Bellier-Duchesnay. – Jusselin M., Catalogue du Musée historique, Chartres, 1958. – (MP) Musset-Pathay V.D. de, Bibliographie agronomique, Paris, 1810,p. 317. – Voss J., «Mannheim als Verlagsort franzö­sischen Journale im 18. Jahrhundert», Mitteilungen der Gesellschaft der Freunde der Universität Mannheim, oct. 1986, p. 41-48. – Id., «Le fragment d'une version inconnue de l'Encyclopédie», Recherches sur Diderot et l'Encyclopédie, n° 9, oct. 1990. – Mes remerciements vont à Mme A.M. Ferrier, archiviste à Angoulême, à Mme A. Lafforgue, directeur des Archives de Montauban et tout particulièrement à M. J. Voss pour les sources manuscrites concernant l'Europe littéraire qu'il m'a aimablement transmises.

Additif

État civil: La première épouse de U. s’appelait Jeanne Herrfort (AN. MC. IAD). Un fils naquit de leur union, Marie Tobie Auguste. De ce second mariage naquit cinq enfants : Louise, déjà citée, Louis-Alexandre-Ernold, Pierre-Henri et Marie-Adolphe, tous mineurs au moment de son décès, comme lors du décès de leur demi-frère Marie Tobie Auguste, qui survint moins de deux mois après celui de leur père, le 23 brumaire an XIV(AN MC IAD). Sa veuve résidait à Paris en novembre 1805, rue Charlot, n° 45 et quai des Ecoles, n° 18, en 1806. Avant la Révolution il signe indifféremment ou selon les circonstances « Dussieux » ou « d’Ussieux ». Dans un acte notarié datant de 1781, il signe avec la particule en ajoutant le titre d’écuyer (Nicole BRONDEL).

Carrière: Le premier titre que nous connaissons de lui a pour titre « ESSAY sur l’état actuel de la littérature française ». L’ouvrage a été publié à Paris en 1868, l’année même où il fonde son premier journal à Mannheim, et dédicacé au Prince Louis de Hesse d'Armstadt. On peut y trouver déjà une profession de foi littéraire et philosophique, de l’auteur qui s’était sans doute mis au service de ce prince, sans doute peu après avoir quitté le séminaire de Strasbourg. Il semble que le couple s’est installé à Paris à partir de 1770. Sous le Directoire il reprend sa carrière de grand propriétaire terrien. C’est en 1799 qu’il est député d’Eure et Loir. Il vend  sa part du Journal de Paris à son directeur,  Michel-Joseph Xhrouet (voir DP2, notice N°…) ; Il obtient la charge de trésorier de France à Montauban, le 18 octobre 1787, puis de trésorier général, en 1789. On le trouve en possession d’un domaine, dénommé « de Pommiers », commune de Beauronne, dans le canton de Neuvic, en Dordogne. Ce domaine, qu’il ne semble pas avoir habité, ainsi que cette charge de finance, explique peut-être son inscription sur  la liste des émigrés de la Dordogne (voir § suivant). Il le vend, le 1er prairial an VI (AN. MC, notaire Pérignon), à Magdeleine Angélique Fayard-Beaurepaire, une noble venue de Beaussac, près d’Angoulême, paiement effectué par traites s’échelonnant jusqu’en 1807 (ET/XVIII/ 1030).  Les dernières années de la vie de d’U. furent vraisemblablement assombries par des difficultés financières car le 12 messidor an XI (1er juillet 1803) son épouse gagna contre lui un procès en séparation de biens (mention dans AN ET/XVIII/1030). A sa mort, elle revendit au nom de ses enfants, pour lesquel un tuteur, M. Dutillet, avait aussi été nommé, le domaine de Vaux  à la famille d'Aligre, qui en avait été les premiers propriétaires. La levée d’hypothèque permettant l’achat ne put avoir lieu que le 4 août 1807 (ibid.) (Nicole BRONDEL).

Opinions: La citation de Lucrèce, extaite du De natura rerum, en exergue de son premier journal, « Floribus ut apes in saltibus omnia libant » est un bon témoignage de ses premières orientations philosophiques et poétiques. Le 29 mai 1780, il est élu secrétaire de la loge des Neuf-Sœurs aux côtés du Rouzeau, et Barrett secrétaires, le Comte de Milly étant vénérable, (cité par Marc Labouret, document tiré des « archives russes »). Dussieux  fait partie des 108 « habitants de la ville de Paris » signataires de la première pétition politique collective de la révolution de 1789, ainsi que la présente CH. L. Chassin. Cette pétition accompagnant un texte en forme de Mémoire ouvrant sur une consultation d’avocats au Parlement, pose de façon juridique la question des moyens pour les Parisiens de nommer eux-mêmes leurs représentants aux Etats-Généraux.  Il signe en 75e position « D’Ussieux de Saint-Maurice », avec, parmi les notables nobles comme Lafayette et bourgeois comme Bailly de la capitale,  les journalistes Suard (17e), Morellet (Abbé, en 21e position), Garat (73e), Cadet de Vaux ( 77e) et, en 90e position, un autre Morellet (visible seulement sur la copie manuscrite, non sur l’imprimé)  accompagné par un dénommé Krouet, mis probablement pour Xhrouet. Pendant la Révolution, son statut  de propriétaire de terres nobles conduisit à son inscription sur la liste des émigrés du département de la Dordogne. Par décret du Directoire du 16 germinal an V [5 avril 1797], il fut radié de cette liste (Nicole BRONDEL).

Publications diverses: ESSAY sur l’état actuel de la littérature française; dédiée au Prince Louis de Hesse d'Armstadt, à Paris, 1768. Mis en ligne sur Google books (Nicole BRONDEL).

Bibliographie: A.N. Minutier Central : - notaire Gauldré Boilleau, AN MC/ET/XVIII/1012, 28 frimaire an XIV, IAD « Dussieux » [lire : Marie-Tobie Auguste Dussieux] ; articles 1013 et 1030, janvier 1806 à novembre 1807 – notaire Griveau ET./LIII/618, art.56. achat du château de Vaux. AN.AF III 442, plaquette 2571, pièces 5-28 = Émigrés, radiation. Sources imprimées: Archives russes, papiers du Grand Orient de France, cités en ligne sur le site de Marc Labouret -The Papers of Benjamin Franklin, Yale University Press, New Haven et Londres - Charles-Louis Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, 1888, liste page 80 et suiv. (Nicole BRONDEL).

Auteur(s) de la notice


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