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Jacques TURGOT (1727-1781)

État civil

Anne Robert Jacques Turgot, né à Paris en mai 1727, porta dans sa jeunesse les noms de Sousmont puis de Bru-court ; il était le troisième enfant de Michel Etienne Turgot, prévôt des marchands de 1729 à 1740 (décédé en 1751) et de Françoise Madeleine Martineau de Brétignoles (décédée en 1764). Les Turgot étaient d'une antique et illustre noblesse normande. Leur famille compta de nombreux magistrats et plusieurs intendants aux XVIIe et XVIIIe siècles. T. appartenait à la troisième branche, celle des Turgot de Sousmont. Le marquis de Naurois, actuel détenteur des archives familiales du château de Lantheuil (Calvados), descend du chevalier Etienne François Turgot, frère du contrôleur général. T. mourut à Paris le 18 mars 1781 (O.).

Formation

T. passa sa jeunesse à Paris ; il fit ses études au collège Duplessis, puis au collège de Bourgogne, et, à seize ans, commença sa théologie ; après un bref passage au séminaire de Saint-Sulpice, il entra en 1749 à la Maison de Sorbonne. Parmi ses condisciples : les deux Champion de Cicé, Boisgelin, de Cucé, Loménie de Brienne, Morellet, l'abbé de Veri. Ayant perdu la foi, T. renonça à l'état ecclésiastique en 1751 (O.).

Carrière

En 1752, T. devint substitut du procureur général au Parlement, puis conseiller à l'une des chambres des requêtes. Le 28 mai 1753, il fut nommé maître des requêtes ; la même année, en plein conflit parlementaire, il fut membre de la commission des vacations, instituée d'office par le gouvernement, et de la Chambre royale qui fut substituée au Parlement pendant son exil (déc. 1753 - août 1754) : ces fonctions lui valurent, du moins à son avis, l'hostilité durable des parlementaires. En 1755, il accompagna Vincent de Gournay, intendant du commerce, dans ses tournées. En 1760, il fit un voyage en Suisse, alla visiter Voltaire à Ferney et séjourna chez La Michodière, intendant de Lyon. Choiseul le nomma intendant de Limoges en 1761 : poste de début, peu recherché, où il resta jusqu'en 1774, passant chaque année plusieurs mois à Paris. Le 20 juillet 1774, il fut nommé secrétaire d'Etat à la Marine, avec le titre de ministre, puis le mois suivant, contrôleur général. II reçut l'ordre de démissionner le 12 mai 1776 et vécut dès lors dans la retraite (O.).

Situation de fortune

T. écrivait en 1762 : «Je n'ai ni terres, ni tenancier, parce que je suis né cadet dans une province où les aînés emportent tout» (O., t. II, p. 242). En 1766, il acquit la terre de Laune (Manche) pour 222 400 £.

Opinions

T. perdit la foi catholique, mais resta déiste. Il se montra très hostile au matérialisme d'Helvétius. Après avoir collaboré anonymement à l'Encyclopédie (t. VI et VII), il renonça à fournir des articles quand le privilège fut supprimé : il fut toujours soucieux de ne paraître attaché à aucune secte, même à celle des «économistes» dont il fut très proche, tout en rejetant leur théorie de 1'« autorité tutélaire» et du « despotisme légal » ; il était peu enclin à faire confiance aux souverains, même éclairés. II était très hostile aux parlements. T. correspondit activement avec André Morellet, qu'il protégeait et conseillait (Morellet), avec Du Pont de Nemours à partir de 1764, avec Condorcet à partir de 1770, avec son secrétaire Caillard et, épisodiquement, avec Voltaire, Diderot, Hume, l'abbé de Veri. Dans le cadre de ses fonctions, il adressa des lettres importantes à Trudaine de Montigny, à Laverdy et à l'abbé Terray (O. ; W1 ; W2).

Activités journalistiques

Eloge de Vincent de Gournay. Extrait dans le Mercure de France d'août 1759. – «Lettres sur les poésies erses», Journal étranger (puis dans les Variétés littéraires, 1.1, 1768, p. 219, 267). – Programme d'un concours sur l'impôt indirect envoyé à plusieurs journaux en 1765-1766 : le Mercure, le Journal de Verdun, le Journal encyclopédique, le Journal de l'agriculture, du commerce et des finances, les Ephémérides du citoyen (O., t. II, p. 430 et 516).

A partir de 1765, T. conseilla régulièrement Du Pont, secrétaire de la rédaction au Journal de l'agriculture, du commerce et des finances, puis directeur des Ephémérides du citoyen. Il s'occupa aussi de recueillir des souscriptions pour les Ephémérides (O., t. III, p. 387). Les contributions qu'il envoya au journal des économistes furent signées (C) de 1767 à 1769 : «Des caractères de la grande et de la petite culture» (extrait du Mémoire au Conseil sur la surcharge des impositions dans la généralité et sur la fraude et la petite culture, 1766), Ephémérides, 1767, t. VII, signé C (O., t. II, p. 445). – «Extrait d'un mémoire de M.C. » (Mémoire sur les mines et les carrières, 1764 ; O., t. II, p. 354), Ephémérides, 1767, t. VII, p. 32. – « Circulaire aux officiers de police des villes » (sur le commerce des grains ; O., t. II, p. 469), Ephémérides, 1768, t. VIL – Note de T. sur la corvée, insérée au milieu d'un article de Du Pont (lettre à M.N.) : Schelle (O., t. III, p. 67 et 99) n'a pu distinguer cette note du texte de l'article ; Ephémérides, 1769, t. VIII. – Réflexions sur la formation et la distribution des richesses par M.X. : écrite par T. en 1766, cette œuvre fut publiée par Du Pont avec de nombreuses modifications dans la première partie. L'auteur protesta vivement (lettres de T. à Du Pont, févr.-mars 1770). Ephémérides, 1769, t. XI et XII et 1770,1.1 (O., t. II, p. 533). – Résumé (par Du Pont) des Instructions générales par les ateliers de charité, rédigées par T. en 1770, Ephémérides, 1772, t. II, p. 195 (O., t. III, p. 229). – Préambule de la Déclaration royale approbative (sur l'abolition des contraintes solidaires), Journal historique, 13 févr. 1775 (O., t. IV, p. 338).

Publications diverses

7. Réflexions sur un livre intitulé : Pensées philosophiques [de Diderot] (1747). – Recherches sur les causes des progrès et de la décadence des sciences et des arts ou réflexions sur l'histoire des progrès de l'esprit humain (1748). Texte repris en partie dans deux Discours sur l'histoire universelle et sur les progrès de l'esprit humain. Remarques critiques sur les Réflexions philosophiques de Maupertuis sur l'origine des langues et la signification des mots (1750). – Tableau philosophique des progrès successifs de l'esprit humain (1750). – Lettres à un grand vicaire sur la tolérance (1753-1754). – Questions importantes sur le commerce, de Josiah Tucker, Londres, 1755 : trad. et notes par T. ; le premier travail de T. publié de son vivant. – Articles de L'Encyclopédie : «Etymologie», «Existence», «Expansibilité», «Foire», «Fondation» (1756-175 7). – Gessner S., Idylles et poèmes champêtres, trad. par M. Huber, Lyon, 1762 (T. a collaboré à la trad.). – Observations sur un projet d'édit remplaçant les vingtièmes par une imposition territoriale (1763). – Les Trente-sept vérités opposées aux trente-sept impiétés de Bélisaire, par un bachelier ubiquiste, Paris, 1767. – Réflexions rédigées à l'occasion du mémoire sur la manière dont la France et l'Espagne doivent envisager la querelle entre la Grande-Bretagne et ses colonies (daté de 1776). – Lettre à M. le docteur Price sur les constitutions américaines (Paris, 22 mars 1778).

Bibliographie

(O.) Œuvres de Turgot et documents le concernant, éd. G. Schelle, Paris, 1913-1923, 5 vol. – Morellet A., Lettres, éd.

D. Medlin, J.C. David et P. LeClerc, 1.1, Oxford, 1991. – (W1) Weulersse G., Le Mouvement physiocratique en France (de 175 6 à 1770), Paris, 1910. – (W2) Id., La Physiocratie à la fin du règne de Louis XV, 1770-1774, Paris, 1959. – Id., La Physiocratie de Turgot et de Necker, Paris, 1950.

Auteur(s) de la notice


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