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Théodore TSCHUDI (1720-1769)

État civil

Théodore Henri de Tschudi, dit chevalier de Lussy, est né à Metz vers 1724 dans la famille d'un conseiller au parlement de la ville. La famille de Tschudi est connue en Suisse depuis le XVIe siècle. Il est mort à Paris le 28 mai 1769 (Bégin).

Carrière

Nommé très jeune conseiller au Parlement de Metz en succession de son père, il lui fut conseillé de voyager avant d'entrer dans ses fonctions (Bégin). En 1748 il vivait à Naples et à Rome où il prit part à la vie sociale. Déjà maçon de haut rang, il publia le Vatican vengé, pamphlet dirigé contre Benoît XIV et la bulle de condamnation de la franc-maçonnerie et dut quitter le pays. En 1751-1752, il visite probablement l'Angleterre et la Hollande. Vers la fin de l'année 1753, T. est venu en Russie où il entre dans la troupe française du théâtre de cour de Saint-Pétersbourg. Peu de temps après, il fit la connaissance d'Ivan Schouvalov, homme d'Etat, fondateur de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, et ensuite devint son secrétaire et probablement secrétaire de l'Université de Moscou fondée en 1755. Les derniers mois de l'année 1755, Schouvalov envoie T. à Paris en mission secrète : il passe par Riga. A Paris T. fut arrêté et mis à la Bastille. Grâce aux démarches de Schouvalov, de M. Vorontsov et de l'ambassadeur russe F. Bekhteev, T. fut libéré et revint à Saint-Pétersbourg (début 1756). Il prit part à la fondation du Corps des pages et, le 30 septembre 1759, fut nommé par le rescrit de l'impératrice Elisabeth «hofmeister» des pages. En ce temps T. rédige un Mémorial sur les méthodes d'éducation des jeunes gens. En 1760 T. part pour la France où il se livre à des activités maçonniques. Il ne revint jamais en Russie.

Opinions

Maçon éminent, T. consacra à la franc-maçonnerie la plupart de ses œuvres.

Activités journalistiques

6. Le Philosophe au Parnasse français, ou le moraliste enjoué, lettres du Chev. de L*** et de M. de M** (Amsterdam, 1754, 12 numéros), bien que publié en un volume, peut sans doute être considéré comme un journal ; c'est le terme qu'emploie Duclos dans ses Mémoires sur le règne de Louis XV (Œuvres complètes, éd. de Fain, Paris, 1806, 10 vol., t. VII, p. 252-253). En 1755, T. publiait à Saint-Pétersbourg une revue hebdomadaire de langue française dont le titre était : Le Caméléon littéraire, «par l'auteur du Philosophe au Parnasse» (D.P.1 196). La revue parut du jeudi 5 janvier jusqu'au jeudi 14 décembre 1755 (n° 49). On a imprimé 312 exemplaires de chaque numéro. Les 49 numéros de la revue sont brochés en quatre volumes (vol. I, n° 1-12 ; vol. II, n° 13-25 ; vol. III, n° 26-37 ; vol. IV, n° 38-49).

Le programme de la revue était assez vague ; T., pourtant, écrivait dans le premier numéro : «Je suis François, on s'y est attendu, la frivolité de mon travail annonce un homme de ma nation, à cette première qualité, je pourois joindre le titre de Cosmopolite cela me ressemble asses [...]. Je sais au vrai que je ne butte point à la réputation, ce n'est pas même au publique que j'écris, jaloux de pouvoir amuser le Mécène, dont les bontés et les grâces sont le point d'appui de mon existence, je n'ambitionne que son suffrage : pour l'obtenir j'emploirai tout ce que je croirai propre à lui plaire : du Sérieux, du Comique, du Tendre, de la Morale, des Vers, de la Prose, de l'Histoire, des Anecdottes, à cet égard mes compatriotes se chargent de m'en fournir, Messieurs les Auteurs par leurs ouvrages nous donneront matière à critique et sujet de rire par leurs débats : tel est mon canevas, que je remplirai au hasard et sans ordre une fois chaque semaine».

La revue publiait des articles historiques, philosophiques, littéraires, pédagogiques etc. (en tout 97 art.) et des poésies (94). La plupart des pièces étaient anonymes et on peut les attribuer à T., de même que les six articles signés par les initiales (L.C.D.L., R.R.R., Le P.D.L., etc.). Quelques articles sont signés par Euler, Lütke, Mme de Beaumont, Mme de Vigeau, Mme Dursé, quelques pièces en vers par l'abbé Marchandiez Mme Du Boccage, Mlle Bernard, d'Arnoud, Des Forges, La Beaumelle, La Fate, Turben, Darnault.

Parmi les articles publiés par la revue on peut nommer une lettre d'Euler à Lomonosov (n° 20), une dissertation de Lütke sur l'origine de la lumière (n° 35, 36), quelques notes anti-cléricales (n° 12, 14), un article sur l'athéisme dans le goût de Voltaire (n° 3), petites notes sur la querelle de Voltaire avec La Beaumelle (n° 1) et Crébillon (n° 2, 70), enfin un pamphlet satirique Nouvelles des antipodes de Frédonopolis CXV de la lune visant le favori de l'impératrice Elisabeth le comte Alexis Razoumovski (n° 26).

Publications diverses

7. Etrenne au Pape, ou les francs-maçons vengés, réponse à la bulle du pape Benoit XIV, lancée l'an 1751, La Haye, 1752. Le Vatican vengé, apologie ironique pour servir de pendant à l'Etrenne au Pape, ou Lettre d'un père à son fils, à l'occasion de la bulle de Benoit XIV, avec les notes et commentaires, par le chevalier de L., La Haye, 1752. – La Folle sensée, ou histoire de Mademoiselle F... dédiée à Madame la marquise deV..., par le chev. D. L, Londres, 1752. – La Muse maçonne, «recueil des nouvelles chansons sur la maçonnerie, dédié à M. le baron de W..., Grand Maître de toutes les loges des sept provinces unies etc., par le chevalier de Lussy, auteur des Etrennes au Pape», La Haye, 1752. – Le Philosophe au Parnasse français ou le Moraliste enjoué, lettres du chevalier de L** et de M. de M**, dédiées au comte de Chevaloff, Amsterdam, 1754. Panégyrique de Pierre le Grand, «prononcé dans la séance publique de l'Académie impériale des sciences le 26 avril !755 ' P a r M. M. Lomonosow et traduit par M. le baron de Tschudy», s.l., 1759. – L'Etoile flamboyante ou la Société des franc-maçons, considérés sous tous ses aspects, Francfort et Paris, 1766. – Ecossais de Saint-André d'Ecosse, «contenant le développement total de l'Art royal de la Franc-Maçonnerie», s.l., 1780.

Bibliographie

Q., t. IX, p. 571-572 ; Cior 18. – Bégin E.A., Biographie de la Moselle, Metz, 1829. – Bésuchet M., Précis historique de l'ordre de la franc-maçonnerie, Paris, 1829, t. I, p. 42-43, t. II, p. 275-279. – Quérard, Les Supercheries littéraires dévoilées, t. III, Paris, 1850, p. 164-166. – GoubertiN., «Sur l'éditeur du Caméléon littéraire», Bibliographie russe, 1881, n° 87, p. 239-240 (en russe). – «Le Caméléon littéraire» (à propos d'une note de N. Gouberti), Bibliographie russe, 1881, n° 91, p. 328-330 (en russe). – Miloradovitch G.A., Les Matériaux pour servir à l'histoire du Corps des pages, Kiev, 1876, p. 21-30 (en russe). – Levchine D.M., Le Corps des pages pendant cent ans, Saint-Pétersbourg, 1902, t. I, p. 62­82 (en russe). – Les Archives du prince Vorontsov, t. VI, p. 196, 274 ; t. XXXIII, p. 71-73, 79, 102, 115, 123, 126­127,133, 139, 248, 281 (enrusse). – Rousski biografitcheski slovar [Dictionnaire biographique russe], Saint-Pétersbourg, 1905, p. 447-448, art. «Tschudi» (voir «Tchaadaev-Chvitkov») (en russe). – Popova M., «Théodore-Henri Tschudi et le premier périodique de langue française en Russie, Le Caméléon littéraire, fondé par lui en 175 5 », Bulletin de l'Académie des sciences de l'URSS, VIP série, classe des humanités, 1929, n° 1, p. 17-48 (en russe). –Zaborov P.R., «Voltaire dans les traductions russes du XVIIIe siècle», dans Epoque des Lumières, Leningrad, 1967, p. 117-122.

Auteur(s) de la notice


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