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Louise de Roussillon TRONCHIN DUBREUIL (1690?-1763)

État civil

Louise de Roussillon est née à Celle vers 1690-1691, fille d'Armand de Lescours. On ne sait si son nom lui vient d'un premier mariage. Elle a épousé en 1716 César Tronchin Dubreuil (publication des bans le 20 août). Ils ont eu six enfants, dont Jean Pierre (1720-1789), Françoise Claudine, mariée le 29 juin 1746 à François Callas (ou Gallas), Eléonore Angélique Louise (1729-1797), mariée à Léonard Rutgers Davidsz. en 1756. Louise Tronchin Dubreuil meurt en 1763 (enterrement le 12 févr. à la Westerkerk, 1er classe).

Carrière

En 172 7, son mari, César Tronchin Dubreuil, devient seul propriétaire de la Gazette d'Amsterdam (G.A.). L'imprimerie de la G. A. prend de l'extension. En 1740, la famille est établie à la Prinsengracht ; à la mort de son mari, sa veuve déménage à la Herengracht. L'imprimerie se trouvait dans deux maisons de la Lange Leidse Dwarsstraat. Le propriétaire de ces maisons, Daniel Gongoux, semble avoir été le comptable de la G. A.

Situation de fortune

La fortune de T. fut sans doute considérable. Sa fille Françoise Claudine, lors de son mariage avec F. Callas, reçoit une dot de 1 0 000 florins, contre renoncement à ses droits sur la G. A.

Une dépêche de la Cour de France datée du 15 janvier 175 7 signale que « la De Tronchin » est « fort mal intentionnée pour la France» (voir art. «Mustel»).

Opinions

T. succède à son mari César à la direction de la G. A. en mars 1740. Elle obtient, le 17 septembre 1743, prolongation du privilège en faveur de ses enfants ; ce privilège entre en vigueur le 17 septembre 1751. Elle dirige la G. A. de 1740 à sa mort en 1763. Il ne semble pas qu'elle ait pris part à la rédaction. Dans son testament, elle déclare léguer 500 florins à «l'auteur Mustel de Candosse» (1713?-1771).

Bibliographie

Van Eeghen I.H., De Amsterdamse boekhandel (1680-1725), Amsterdam, 1960-1967, t. IV, p. 145 et suiv. (d'où sont tirés tous nos renseignements).

Additif

Activités journalistiques : En décembre 1752, Rousset de Missy la montre furieuse d’un démenti que le libraire Marc Michel Rey voulait publier en réponse à un avis de la G.A. :cet avis apparemment anodin faisait allusion à une édition des Amours de Zeokinizul, pamphlet humoristique de Crébillon visant Louis XV et ses maîtresses ; la « Gazetière Tronchin » s’y oppose ; Rousset s’apprête à le publier dans sa revue, L’Épilogueur; « la Tronchin » se précipite chez lui « en furie » et exige la destruction des exemplaires déjà imprimés. Visiblement, elle ne souhaitait pas soulever un nouvel incident diplomatique avec la Cour de France (voir la lettre de Rousset datée du 13 décembre 1752 dans C. Berkvens-Stevelinck et J. Vercruysse, Le Métier de journaliste au dix-huitième siècle, Oxford, SVEC 312, 1993, p. 176-179). C’est en effet dans le maintien d’un équilibre entre l’indépendance de sa gazette et le respect au moins apparent des intérêts français que son rôle est le plus sensible. Pierre Rétat a montré comment dans les années 1750 elle affronte avec habileté les interventions de l’ambassadeur de France lorsque la G.A.publie des « détails trop circonstanciés sur la division entre le clergé et les parlements du Royaume » ; Mme Tronchin « dont les intentions ne sont peut-être pas mauvaises, mais qui s’expose au danger de voir interdire à sa gazette l’entrée dans ce Royaume » doit multiplier les déclarations de zèle, de respect, de dévouement pour conjurer l’orage (textes cités par P. Rétat dans « Les gazetiers de Hollande et les puissances politiques » dans Dix-Huitième siècle, n° 25, 1993, p. 323-324). En janvier 1757, quand la Guerre de Sept ans provoque un renforcement du contrôle de l’ambassade, une dépêche chiffrée révèle que l’ambassade tente de suborner le rédacteur de la G.A. : « Je sais que la D[ame] Tronchin a toujours été fort mal intentionnée pour la France, mais on m’assure que le s[ieur] Mustel qui est chargé de la rédaction de la gazette d’Amsterdam pense fort différemment » (ibid., p. 325). Louise Tronchin demandera simplement à Mustel de Candosse de ne pas insister sur les affaires intérieures de la France. Rien ne prouve qu’elle ait désavoué son rédacteur. (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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