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Jean THIBAULT DE LAVEAUX (1749-1827)

État civil

Jean Charles Thibault de Laveaux, ou La Veaux, est né à Troyes, de parents aisés, le 17 novembre 1749. Nous n'avons pas de détails sur sa femme ; d'après B.Un., sa fille fut une habile grammairienne et collabora avec lui à son Dictionnaire. Il est mort à Paris en 1827. Il ne faut pas confondre T. avec Dieudonné Thiébault (voir ce nom), qui fut à Berlin en même temps que lui.

Formation

II règne beaucoup de confusion au sujet de sa vie. D'après la B.Un., c'est à Troyes qu'il commença ses études, mais il vint très jeune à Paris faire ses humanités : « Il eut de grands succès de collège, surtout dans tout ce qui tient au technique des études scolaires». Denina écrit qu'il fit ses études à Clermont en Auvergne pour devenir prêtre de l'ordre de Saint-Dominique, F.L. en parle comme d'un ancien bénédictin. D'après B.Un. encore, pendant qu'il était professeur à Bâle, «il prit les ordres dans l'Eglise réformée». Il n'a pas été membre de l'Académie de Berlin, mais d'après Thiébault il «a vivement désiré d'en être» (p. 122).

Carrière

T. a d'abord été professeur de français à Bâle, une position trouvée par ses parents d'après B.Un. ; des ennemis insinuèrent plus tard qu'il arriva à Bâle après avoir été expulsé de Genève, ce qu'il nie dans une brochure publiée pendant la Révolution à Paris, Réponse à un écrit anonyme intitulé Portrait de Laveaux ; il nie également avoir enlevé la caisse de son bienfaiteur bâlois von Mechlin. Plus tard il devint professeur de littérature française à Stuttgart, où, d'après B.Un., il « acquit une réputation méritée comme possédant toutes les difficultés, toutes les délicatesses de la langue française ». C'est cette réputation qui aurait attiré l'attention de Frédéric II de Prusse qui lui aurait confié la chaire de langue et de littérature française à l'Université de Berlin. Mais rien n'est moins sûr que ce dernier détail, donné aussi par F.L. Denina écrit simplement qu'il donnait des leçons de français à Berlin, mais qu'il devint professeur royal en 1784. Quant à Thiébault, très hostile, il écrit que T. vint à Berlin avec son épouse, « muni de plusieurs lettres de recommandation, et particulièrement pour M. Mérian qui, de très bonne foi, le prône et le protège » (p. 122) ; et qu'il ouvrit une pension pour jeunes gens. Malgré son insistance, il n'aurait jamais réussi à se faire recevoir par le roi, à qui pourtant il envoie ses écrits. Thiébault raconte que lui-même en dissuada Frédéric ; prétendant prendre un congé de quatre mois, il quitta Berlin, et se plaint dans ses Souvenirs (t. V, p. 136) que T. «écrivit au roi qu'il était évident que je ne reviendrais pas ; que de cette sorte ma place était vacante, et qu'il la demandait à sa majesté». Le roi lui refusa ce poste de professeur à l'Ecole militaire. En 1785, il quitta Berlin pour Stuttgart, où il enseigna au collège ducal, et en 1791 se rendit à Strasbourg. Dans cette ville, il ne semble pas avoir enseigné, s'occupant seulement de journalisme. A la suite d'une dispute avec le maire de la ville, Dietrich, qu'il avait attaqué dans le Courrier de Strasbourg, il est emprisonné du 22 avril au 16 mai 1792. Il quitta Strasbourg avant la fin du mois, et au mois d'août on le trouve à Paris, membre du Tribunal de la Commune ; en septembre il est envoyé en mission dans les départements. Il est de retour à Strasbourg après le 8 novembre. Poursuivant sa campagne contre Dietrich, arrêté à son tour, T. alla à Besançon pour témoigner contre lui, du 22 février au 12 mars 1793. Il quitta définitivement Strasbourg au début du mois d'avril 1793 ; arrivé à Paris, il devint rédacteur du Journal de la Montagne, organe des Jacobins. Il fit encore un bref séjour en prison, vers le 8 octobre 1793, et encore une fois après Thermidor. A partir de ce moment, il abandonna le journalisme pour se consacrer à des traductions et à des activités littéraires. Sous le Consulat, il fut chef du bureau militaire du département de la Seine, puis chef de division ; il fut inspecteur général des prisons et des hospices du département jusqu'en 1815, quand il fut destitué.

Situation de fortune

T. semble avoir toujours vécu de l'enseignement du français, ou du journalisme. Quand il arriva à Strasbourg en 1791, il signa, le 16 novembre, un contrat avec le libraire Treuttel pour la publication et la direction du Courrier de Strasbourg et de son supplément, le Courrier de Paris et des départements à Strasbourg, qui remplacent le Courrier politique et littéraire des deux nations (voir Prospectus). Le 30 mai 1793, il est chargé par la Société des Jacobins de publier le Journal de la Montagne à Paris.

Opinions

La vie de T. semble avoir été une suite de scandales et de disputes, dont nous ne pouvons que résumer les plus importants. D'après Denina (t. III, p. 431), il a quitté l'habit clérical après avoir séduit une pénitente, avec laquelle il serait parti à Bâle, ou Genève. Dans sa Réponse, il nie ces faits. Même s'il n'a jamais été prêtre ni pasteur, il semble bien qu'il se soit converti à la religion réformée pendant son séjour en Suisse. Pendant la Révolution il proclame qu'il a toujours été ennemi du despotisme, mais il conserve une grande admiration pour Frédéric II de Prusse. Quoiqu'il en soit, à Strasbourg il est membre de la Société des Amis de la Constitution, où il prononce plusieurs discours qui sont publiés, et comme nous avons vu, il est, à Paris, Jacobin actif et estimé. Quand il est emprisonné en octobre 1793 par le comité révolutionnaire du Luxembourg à la suite d'une dispute avec Vincent, secrétaire général de la guerre, il doit sa libération au soutien du club des Jacobins. C'est un ennemi acharné de Hébert, qu'il attaque sans cesse dans son Journal de la Montagne. Emprisonné une deuxième fois pour robespierrisme et terrorisme, il est encore libéré grâce à l'intervention du club. Il semble être resté fidèle à ses principes, car il fut destitué en 1815 à cause de son hostilité aux Bourbons. Parmi les querelles littéraires, citons, pendant son séjour à Berlin, ses attaques contre les prédicateurs et académiciens, en particulier J.H.S. Formey. En 1789, à la suite de la publication des Souvenirs de ce dernier, T. publie une réponse virulente intitulée Frédéric II, Voltaire, Jean-Jacques, d'Alembert et l'Académie de Berlin vengés du secrétaire perpétuel de cette Académie, ou M. Formey peint par lui-même, dans laquelle il défend Voltaire. Thiébault, très hostile à T., raconte (p. 122) un scandale auquel celui-ci aurait été mêlé, à la suite d'une querelle avec une femme, contre qui il publia une imitation de Candide.

En 1802 T. est impliqué dans un procès retentissant, au sujet du Dictionnaire de l'Académie française, publié par Moutardier et Leclerc, qu'il rédigea en utilisant des notes appartenant à l'Etat, et auxquelles il apporta de nombreuses additions et corrections. Les libraires Bossange, Masson et Besson, substitués aux éditeurs de l'édition de 1798, poursuivirent Moutardier et Leclerc comme contrefacteurs, et le 14 janvier 1805, ils gagnèrent en quatrième instance. T. publia son propre Dictionnaire en 1820, dans la préface duquel il écrit, au sujet de ce procès, «l'auteur s'est consolé de cet échec par l'accueil que le public a fait à son ouvrage. Dans l'espace de quelques mois, une édition de 4000 exemplaires a été épuisée ; le prix, qui était d'abord de 20 fr., a quadruplé » (p. VIII). Cette édition est généralement considérée comme supérieure aux précédentes.

Activités journalistiques

Le premier journal de T. semble avoir été le Maître de langue, commencé à Berlin en 1783, qui critiqua les Berlinois écrivant en français et les prédicateurs (voir Denina, t. III, p. 432). En 1784 ce journal devint le Cours théorique et pratique de langue et de littérature françaises, publié chez Werver. Entrepris, d'après l'auteur, sur ordre de Frédéric II, ces cahiers périodiques contenaient, à part les extraits de grammaires, des annonces et critiques des ouvrages publiés en Allemagne. Le journal se termina à la mort du roi. Nous avons déjà parlé du Courrier de Strasbourg, qu'il dirigea à partir de novembre 1791, avec des absences, jusqu'en avril 1793 ; on y lit : «J.Ch. Laveaux se charge de la rédaction et s'engage de mettre son nom à la tête pour se rendre responsable du contenu et de ses suites ; mais par conséquent il doit être libre d'insérer dans cette feuille ou d'en rejetter ce qu'il jugera à propos». En janvier 1793, T. publia le prospectus du Journal d'instruction civique et politique, également chez Treuttel, qui semble avoir été de très courte durée. A partir du 30 mai 1793 il est rédacteur du Journal de la Montagne, dont le premier numéro sort le 1er juin, à l'Imprimerie patriotique et républicaine. Le 9 juillet il signale qu'il n'est responsable que des articles signés L « et il ne répond que de ceux-là» ; son nom disparaît définitivement du titre au n° 161, en novembre 1793. En 1793 il publia un prospectus d'un autre journal intitulé Le Conservateur ou Journal historique de la République française, à l'Imprimerie patriotique de J.C. Laveaux et compagnie, dont existent seulement quelques numéros, datant du mois de germinal. Il publia aussi le Premier Journal de la Convention, ou le Point du jour, du 21 septembre 1792 au 30 juin 1793.

Publications diverses

T. est l'auteur de divers ouvrages polémiques et de discours, dont la liste se trouve dans la B.Un. Notons, outre les publications dont nous avons parlé ci-dessus, sa Vie de Frédéric II (7 vol., 1777-1779). Il fut surtout connu pour ses ouvrages de grammaire et ses dictionnaires.

Bibliographie

8. B.Un. ; F.L. ; Ersch, t. III, p. 365-369. – Denina C, La Prusse littéraire sous Frédéric II, Berlin, 1790-1791, t. III, p. 431. – Thiébault D., Mes Souvenirs de vingt ans à Berlin, Paris, 1827, t. V, p. 122-136. – Courtat F.T., Monographie du Dictionnaire de l'Académie française, Paris, 1889 (Slatkine Reprint, 1970), p. 52.

Auteur(s) de la notice


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