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Samuel SWINTON (?-1797)

État civil

Samuel Swinton est d'origine écossaise. Cadet, il a deux frères dont l'un a servi sous les ordres de Lord Clive (guerre de l'Inde) et l'autre est chef de justice en Ecosse. Après avoir eu deux filles d'une femme qu'il abandonne, il vit avec une Française, Félicité Lefèvre, dont il a plusieurs enfants et qui, d'ailleurs, élève ses deux filles aînées. Il meurt en 179 7.

Carrière

Il vient à Londres «léger d'argent» mais «se donne des aïeux et une famille antique». Il fait la campagne de 1756 sur mer et obtient le grade de lieutenant de frégate. Avec le retour de la paix, il se livre à toutes sortes d'industries pour vivre : gains frauduleux au jeu, prêts à «grosse usure». En 1778, il a «la réputation d'un homme fort riche». Il tient une boutique de marchand de vin sous le nom d'un commis, un café sous le nom d'un autre, a des maisons où il loge de jeunes seigneurs français séjournant en Angleterre, spécule sur des pépinières, des remèdes anti-vénériens. Il habite Brompton, faubourg de Londres. Quand le Courier de l'Europe est réimprimé à Boulogne, il a une maison à Boulogne, en loue une autre à deux lieues de la ville près de la mer (Eden Abbey). Il achète, alors qu'elle n'a que douze ans, Félicité Lefèvre à sa mère plongée dans la misère et qui a vendu son aînée, Laurence, au comte de Lauraguais. Il veut faire de cette jeune personne une femme exclusivement dévouée à ses volontés. En 1773, il se trouve mêlé à un procès criminel où sont impliqués le comte de Lauragais, Laurence Lefèvre et le secrétaire du comte, Charles Drogard qui aurait épousé celle-ci (cf. Mémoire pour moi, par moi, Louis de Brancas, comte de Lauragais, Londres, 1773).

Situation de fortune

Il est présenté comme un «spéculateur» redoutable, un être cupide et «fécond en ressources». II tire des «profits immenses » des intérêts qu'il détient dans plusieurs gazettes anglaises - dont le Morning Post - et surtout dans le Courier de l'Europe en dépit de 1'«énorme rétribution» qu'il est obligé de verser à la trésorerie secrète de Vergennes. Il verse à Serres de La Tour, rédacteur du Courier, 1000 louis par an. Mais lorsqu'il engage Brissot à Boulogne-sur-Mer, il ne lui offre que des appointements de 100 louis, qu'il promet d'augmenter - ce qu'il se garde bien de faire. En 1779, il pense accroître considérablement ses profits en étendant son entreprise vers l'Espagne, puis, vers les Pays-Bas et l'Allemagne. Comme l'observe le duc de Croy, le Courier de l'Europe n'est pour lui qu'une «affaire de commerce». Il aurait songé à avoir une part dans le Journal de Paris dont le produit était très élevé. Mais Brissot qu'il aurait consulté le lui aurait - « étourdiment » - déconseillé. Sur l'histoire de ses démêlés financiers avec Beaumarchais, voir von Proschwitz.

Opinions

Entrepreneur de presse, il passe pour un personnage plutôt méprisable, «déchiré dans les papiers publics», peint sous les plus noires couleurs par les folliculaires français établis à Londres avec qui il se lie et qu'il aide à des conditions « onéreuses » : Serres de La Tour, Theveneau de Morande, qui ne cesse de le déchirer et de dénoncer son «astuce» en affaires, Brissot, qui cependant est d'abord dupe des apparences d'honnêteté de l'homme. S. est en relation avec le duc de Croy, commandant des troupes d'Artois, de Picardie, du Calaisis et du Boulonnais, dont il fait connaissance le 2 avril 1778 et dont les Mémoires sont riches de renseignements sur le Courier et sa réimpression à Boulogne-sur-Mer. Il est également en relation avec Beaumarchais. Propriétaire d'un journal utile au gouvernement français par les informations données sur l'Angleterre, connu du comte de Vergennes et de ses secrétaires, jouissant de la permission de vivre en France en temps de guerre, il est également au service du gouvernement contre 500 £ sterling par an et joue ainsi le rôle d'agent double. Ni Vergennes ni Beaumarchais ne semblent avoir été au courant de cette duplicité.

Activités journalistiques

Il est le propriétaire des deux tiers du Courier de l'Europe, le troisième tiers appartenant à Serres de La Tour, qui conçoit en 1776 le projet et le plan du journal. A la suite de l'embargo mis en 1778 par Londres à l'expédition du Courier en raison du tort que le périodique fait à l'Angleterre dont il dévoile les faiblesses et les divisions, il ouvre une imprimerie à Boulogne-sur-Mer pour y faire imprimer le journal (à partir du n° du 17 mars vraisemblablement). Il obtient l'accord de Vergennes à condition de soumettre les feuilles à la censure de l'abbé Aubert. C'est à Brissot qu'il en confie la rédaction. Mais le ministère, indisposé par les principes du rédacteur qui se charge notamment de la partie «Variétés», donne l'ordre de s'en tenir aux seules nouvelles anglaises et exige que le Courier imprimé à Boulogne ne soit que la simple réimpression de celui de Londres. En 1779, S. projette de faire traduire la gazette en espagnol et de la faire circuler en Espagne qui précisément a l'intention de participer aux affaires d'Amérique et ignore tout de l'Angleterre. Il obtient la permission. Ayant besoin d'un traducteur et désirant exécuter son projet le plus économiquement possible, il se sépare de Brissot au printemps 1779 et fait appel à un Espagnol, Sala Delunel, qui d'ailleurs sait également l'italien, avantage non négligeable au cas où le Courier serait un jour traduit dans cette langue. Il songe aussi à faire réimprimer son périodique pour les Pays-Bas, la Hollande et l'Allemagne. Il a, d'autre part, l'idée de lancer une feuille susceptible de rivaliser avec le Journal de Paris et dont Brissot serait le rédacteur. Mais Henique de Chevilie sollicite en vain les ministres. En 1783, «fatigué des caprices de La Tour qui lui [fait] payer bien chèrement la réputation du Courier», il offre la rédaction à Brissot venu à Londres mais exige que celui-ci prenne comme associé Theveneau de Morande. Brissot ayant refusé, c'est Theveneau seul qui succède à Serres de La Tour. En juin 1785, S., connaissant des difficultés financières, vend pour la somme de 1250 guinées le privilège du Courier (il semble cependant y garder certains intérêts) à Claude Pierre Maximilien Radix de Sainte-Foy, qui fait de mauvaises affaires (selon Theveneau, il perd 800 louis par an) et le lui rétrocède en 1788 avec une nouvelle perte.

S. est également propriétaire du Courier du Nord qui paraît à Maastricht de février à octobre 1780, eut six rédacteurs successifs (dont Louis Claude César de Launay, qui eut comme coopérateurs de Billemont et un nommé Otto) et dont le titre devint Gazette anglo-française ou Gazette anglo-françoise américaine. Lorsque le périodique, destiné aux Pays-Bas et à l'Allemagne du Nord, cesse de paraître le 3 octobre 1780, S. fait adresser aux abonnés en contrepartie le Courier de l'Europe.

Bibliographie

Deux lettres de S. à Thérèse Levasseur et au marquis de Girardin, 8 et 28 nov. 1778, signalées par A. Schinz (Annales

J.J. Rousseau, t. XXIV, 1935, p. 136 ; abbaye de Chaalis, collection Girardin, D.4.34). – Mémoires du duc de Croy' sur les cours de Louis XV et Louis XVI, publiés par le comte 271-307 ; t. II, p. 170 et suiv.). – Proschwitz G. et M. von, de Grouchy, Paris, 1897. – Mémoires de Brissot sur ses Beaumarchais et le Courier de l'Europe : documents inédits ou contemporains et la Révolution française, publiés par son fils avec peu connus, S.V.E.C. 273-274, 1990.

Auteur(s) de la notice


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