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Jean Louis SOULAVIE (1752-1813)

État civil

Jean Louis Soulavie naquit à Largentière dans le Vivarais le 8 juillet 1752. On trouve un Giraud Soubslavie au hameau de Bize de la paroisse d'Antraigues dont l'origine remonte au XVe siècle (M, t. I, p. 1). Son père, Jean Soulavie III, se rendit à Largentière comme clerc de notaire et épousa le 4 février 1750 la tille de son patron, Anne Faure (M, Ap., p. 4). S. fut le premier enfant issu de ce mariage. Le second, Louis, né en 1755, mourut en 1757. Le troisième, Jean Louis, né en 1757, prêtre et géographe, survécut à son aîné (M, t. I, p. 2). Pour se distinguer de son frère cadet qui portait le même prénom que lui, S. a signé ses œuvres Jean Louis Giraud Soulavie jusqu'à son arrivée à Paris. Il fut le premier prêtre qui se maria publiquement en 1792, avec Marie Madeleine Mayaud, et reçut la bénédiction de Claude Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados. Une fille, qu'il prénomma Montagne Constance Félicité Perpétue, naquit en juin 1793 à Saint-Claude (Jura) ; elle devait mourir treize mois plus tard à Genève (M, t. I, p. 148). S. renouvela son mariage à la mairie de Carouge, pendant son séjour à Genève, puis en 1795 à sa sortie de prison, et reçut enfin la bénédiction religieuse le 9 mars 1813 (M, t. I, p. 133) ; son bref de sécularisation avait été signé par le légat du pape Pie VII le 23 avril 1803 (A.D.A., 52 J 147, p. 158). Sa fille Victoire, qui naquit le 3 novembre 1802, fut son quatrième enfant et le seul qui survécut (M, t. II, p. 90). Il mourut à Paris le 11 mars 1813 (A.D.A., 52 J 147, p. 1-16), après s'être réconcilié avec l'Eglise et avoir signé une rétractation le 21 février 1813 (B.Un.). Son médecin, M. Menuret, dressa un rapport d'autopsie le 13 mars 1813 (A.D.A., 52 J 237).

Formation

S. était de constitution chétive ; sa mère l'avait emmené, dès 1763,à quelque altitude, au village de Vinezac, où la famille possédait une propriété. C'est là qu'il commença ses observations géologiques sur les grès, les calcaires et les fossiles (M, t. I, p. 4-6). A partir de 1767, il reçut des soins du Dr Barthélémy Girard, de Marvejols, intendant des eaux de Bagnols et de Saint-Laurent-les-Bains, mais également amateur de géologie. Tous deux correspondaient avec M. Séguier, secrétaire de l'Académie de Nîmes (M, Ap., p. 10). Il fit ses études au collège Saint-Nicolas d'Avignon, puis au séminaire du Saint-Esprit en 1774. Il y suivit des cours de philosophie et de théologie, de droit civil et de droit canon (A.D.A., 52 J 146, p. 96). Ordonné prêtre en 1776 pour répondre au vœu maternel, sa nomination comme vicaire à Antraigues, au centre d'une région volcanisée, l'amena tout naturellement à reprendre ses observations géologiques. Il se rendit à Paris en 1779 afin de présenter ses travaux à l'Académie des sciences. Son séjour lui permit de fréquenter activement les milieux philosophiques et scientifiques (M, t. I, p. 6-23). Il reçut de nombreux diplômes qu'il énuméra dans le titre des Mémoires du règne de Louis XVI : «correspondant de l'ancienne Académie et de celles des Antiquités de Hesse-Cassel et Pétersbourg ; ancien associé de celles de Nîmes, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Paris, Dijon, Orléans, Montauban, Angers, Arras, Metz, La Rochelle, Châlons-sur-Marne, etc. ». Il avait été présenté au maréchal de Richelieu, qui lui ouvrit ses archives privées : ce fut, à partir de 1785, le début des travaux historiques de S., d'un caractère polémique fortement accentué. A la fin de la préface des Mémoires du règne de Louis XVI, S. cite ses sources et raconte qu'il a demandé et obtenu auprès du Comité de surveillance la communication des papiers du roi saisis le 10 août. Il obtint de même du Conseil exécutif d'aller à Versailles dans les appartements de Louis XVI pour rechercher des notes historiques appartenant au monarque.

Carrière

A Antraigues, S. se consacra à la géographie physique, à l'observation des volcans notamment. Ses recherches l'amenèrent à formuler des lois générales sur la formation du globe. Il quitta son vicariat probablement au mois d'août 1778 pour rentrer dans sa famille, puis se rendre à Paris où il parvint en 1779 ; mais il n'abandonna pas pour autant ses excursions géologiques (M, 1.1, p. 12). Il publia en 1780 les deux premiers volumes de l'Histoire naturelle de la France méridionale concernant le Vivarais et ses volcans. Son compatriote, le Jésuite Augustin Barruel, le prit violemment à partie dans le 1.1 de ses Helviennes, paru en mars 1781, l'accusant d'être en contradiction avec la Genèse selon Moïse. Afin d'obtenir le privilège de l'Académie des sciences pour les volumes suivants, S. supprima, en vain, les chapitres incriminés : «Vues sur l'Histoire ancienne du monde organisé» et «Les corps fossiles qu'on trouve sur la surface de la terre sont-ils des monuments du Déluge dont Moïse nous a laissé l'histoire ? ». Les parutions suivantes ne reçurent pas le privilège. S., estimant que la polémique soulevée par Barruel l'avait privé de l'accès au canonicat de Viviers, lui intenta un procès auprès du Châtelet, qui mit la hiérarchie ecclésiastique en grand embarras. On lui proposa d'embarquer avec La Peyrouse. Son refus, prétexté par un mauvais état de santé, eut le mérite de lui sauver la vie. Il consentit à abandonner son action après que l'archevêque de Narbonne lui eût procuré une pension accordée au gens de lettres par les Etats du Languedoc (M, t. I, p. 32-48). Il fut nommé curé de Sévent en Normandie en janvier 1787. La fonction de vicaire général à Châlons-sur-Marne qu'il obtint le 8 novembre 1788 était purement honorifique (M, t. I, p. 56-57). S. participa activement à la préparation des Etats généraux : dans les Doléances des curés du royaume, et particulièrement des curés de Normandie, il réclamait le retour des dîmes aux curés. Cependant, il ne fut pas élu comme représentant (M, t. I, p. 89) et n'obtint d'ailleurs jamais aucune fonction élective par la suite. Il prêta serment à la Constitution civile du clergé et devint membre de la Société des Amis de la Constitution (B.Un.). S'appuyant sur ses travaux historiques (les Mémoires du maréchal duc de Richelieu étaient parus en 1790), S. sollicita un poste dans la diplomatie. Il fut nommé ambassadeur à Copenhague. De 1792 à 1793, sans rejoindre son affectation, il négocia la neutralité du Danemark avec le comte de Bernstorff, frère du président du Conseil danois et correspondit avec le Danemark et la Suède. Il fut nommé ensuite résident français en mission à Genève le 25 mai 1793 (M, t. I, p. 143-146). Sa première dépêche est datée du 5 juillet suivant. Ces différentes correspondances diplomatiques se trouvent aux A.A.E. Malgré les recommandations pressantes de neutralité qui lui furent prodiguées, S. ne tarda pas à mener une politique inspirée du jacobinisme, encourant l'accusation de vouloir peser sur un rattachement à la France. Les incidents avec la république de Genève se multiplièrent. Sa première révocation fut sans effet, probablement à cause du soutien de Robespierre. Il fut arrêté le 9 août 1794 et incarcéré par un arrêté du Comité de salut public du 28 septembre suivant. Il écrivit, approximativement en février 1795, sa justification en prison, L'Insurrection des clubs genevois, qui parut s.l.n.d. (M, t. II, p. 23). Il fut libéré à la faveur de l'amnistie du 3 brumaire an IV. Il avait gardé le goût de la diplomatie occulte. Après sa sortie de prison, il ouvrit un cabinet de consultation politique. Il obtint du Directoire une commission secrète auprès de M. de Sandoz, ambassadeur de Prusse (M, t. II, p. 60). Après le 18 brumaire, les consuls Sieyès et Roger Ducos inscrivirent S. sur une liste de déportation. Mais leur collègue Bonaparte s'y opposa. S. se consacra alors à ses travaux littéraires (B. Un.). Il préparait une histoire de la Révolution et s'occupait d'un plan d'embellissement de Paris. Il collabora à la biographie universelle de Prudhomme et au Dictionnaire des athées de Sylvain Maréchal. Il avait élaboré un plan d'éducation pour sa fille à compter de l'âge de dix ans, qu'il ne put mettre en pratique, car la mort l'atteignit à cette époque. Sa production littéraire fut immense, car cet esprit protéiforme aborda de nombreux domaines, tant scientifiques, politiques qu'historiques. Son cabinet comportait un nombre considérable de documents qui avait excité bien des envies. Sous prétexte que leur acquisition avait été parfois frauduleuse, ses papiers furent saisis et déposés au ministère des Affaires étrangères le 23 mars 1813, accompagnés de leur état détaillé (A.D.A., 52 J 147, p. 203 et suiv.). Son imposante collection d'estampes et de dessins en 152 volumes concernant l'histoire de France fut rendue à sa veuve le 5 mai suivant. Selon une annotation de sa fille, elle fut vendue en 1818 pour la somme dérisoire de 15 000 £ au prince Eugène de Beauharnais. Après bien des vicissitudes, elle fut achetée pour partie à l'amiable en 1904 par le baron Edmond de Rothschild. Cette collection fit l'objet d'une exposition au musée du Louvre en 1989 pour la commémoration du Bicentenaire de la Révolution.

Situation de fortune

S. jouissait d'une importante fortune grâce à sa production d'auteur. Il semble d'ailleurs avoir pris soin de ses revenus de bonne heure : la pension des Etats du Languedoc en témoigne. Il avait acquis en 1788 le couvent des Récollets à Largentière, dont le maire et les consuls s'emparèrent le 19 novembre 1789 (M, t. I, p. 60-62). Dans un ouvrage intitulé Des droits de l'ambassadeur paru en 1810, il ne manqua pas de revendiquer auprès de Napoléon des dédommagements pour les préjudices (réels) qu'il avait subis lors de sa mission à Genève. Il écrivit à Napoléon pour lui proposer les pièces du ministère secret de Louis XV, que, dit-il, il avait acquises peu à peu depuis 1782 et classées lui-même, ainsi que des manuscrits concernant la défense des côtes et le projet de descente en Angleterre (dans une lettre du 3 mars 1810, A.D.A., 52 J 152, sa fille dit qu'il avait acheté en 1788 de M. de La Bastide une partie des fameux papiers du ministère secret). Cette proposition n'eut pas de résultat. Il avait fait imprimer un prospectus concernant les Monuments de l'Histoire de France, ce qui laisse présumer une intention de vente. Il sut par-dessus tout admirablement exploiter son œuvre littéraire, reprenant parfois une édition au sein d'une autre œuvre, ou inversement, faisant un tirage à part. Ainsi La Révolution du peuple génois en 174.6 contre l'armée de 40 000 Autrichiens, qui parut chez Buisson en 1792, était la reproduction des derniers chapitres du t. VI des Mémoires du maréchal duc de Richelieu parus en 1790 chez le même libraire. On trouve encore dans cette œuvre les Réflexions impartiales sur les progrès de l'art en France éditées en 1785. Certains ouvrages furent traduits et parurent à Londres, les Mémoires du règne de Louis XVI notamment. Habilement, il renvoyait le lecteur d'une œuvre à l'autre, en n'oubliant pas de mentionner les nom et adresse du libraire. Il forma même, seul, à un moment, sa propre société d'édition (M, t. I, p. 99). Ainsi, il fut son propre éditeur pour Des droits de l'ambassadeur. Ajoutons que ses ouvrages se vendirent bien. Plusieurs furent réédités. Faut-il ajouter foi aux accusations de Grenus, qui, dans une lettre à Desonnaz du 28 décembre 1793, prétend que « Beausobre » (S.) était un agent de Pitt et de la coalition ? Le peu de vraisemblance de ces assertions ressort à la fois de la conduite de S. à Genève et de ses moyens de fortune, assurés par ailleurs. L'inventaire de la succession fut déposé chez le successeur de Ferrier, Oudinot, notaire rue du Bac. Barruel, qui avait dicté à S. le texte de sa rétractation, avait tenté de persuader S. que, l'origine de sa fortune étant malhonnête, il devait déshériter sa famille au profit de bonnes œuvres. Le courage de S. fut heureusement relevé par son vieil ami, l'abbé de Berthelet (A.D.A., 52 J 149, notice par sa fille). La maison du 51 rue de Verneuil était un grand et bel hôtel avec cour, jardins et dépendances qui fut vendue le 21 novembre 1821 avec une mise à prix de 130 000 F. Une propriété à Issy fut adjugée pour 50 050 F. le 21 juillet 1821 (A.D.A., 52 J 147, p. 228-262). Rien ne devait subsister de la fortune de S. : sa veuve s'était remariée avec le sieur Brunei, originaire de Largentière, qui se chargea de tout dilapider et disparut ensuite.

Opinions

La vocation religieuse de S. était pour le moins incertaine, puisqu'il n'avait fait qu'obéir aux directives de sa mère. Son activité ecclésiastique fut insignifiante : dans une lettre du 6 décembre 1880, le curé d'Antraiguës d'alors dit n'avoir retrouvé que deux actes signés Soulavie Giraud : du 22 mai 1777 et du 3 juillet 1778 (A.D.A., 52 J 152). Lorsque Mlle Blachère, sa gouvernante à Paris, lui donna un fils, il lui proposa d'aller en Angleterre abjurer le catholicisme et se marier ; ce que d'ailleurs elle refusa. L'enfant mourut par la suite (A.D.A., 52 J 149). Il ne faut donc pas s'étonner de voir S. préconiser le mariage des prêtres et donner lui-même l'exemple. Mais l'odeur de soufre dont Barruel l'avait accablé sous le sobriquet de Rupicole, était bien plus grave qu'une banale affaire de mœurs. S. avait bâti son étude de la formation de la terre en l'étalonnant sur le creusement des vallées. Or, d'après ses calculs, la destruction d'une coulée de lave représentait plus de six millions d'années. C'était replacer la Création dans un temps illimité, remplacer le créationisme par l'évolutionnisme. Cette hypothèse, contraire à l'enseignement de Moïse, ne pouvait être qu'une hérésie. S. abandonna ses recherches scientifiques. Si l'on consulte le plan général de l'Histoire naturelle de la France méridionale placé en tête du t. I, l'étude, commencée par les minéraux, s'étendait aux végétaux, puis aux animaux et enfin à l'homme. Il était en effet convaincu qu'il existait des rapports entre l'histoire naturelle et l'histoire politique. Une Histoire naturelle et politique de la France qui parut sous ce titre avec un privilège daté de 1785 ne comprenait que la préface et n'eut pas d'autre suite. Les idées révolutionnaires aidant, S. fut donc anticlérical. II se fit l'écho, dans un article retentissant du Moniteur en date du 4 juillet 1790, de la disparition d'un certain dom Patouillot, avec lequel il avait été antérieurement en relations ; il aurait été enfermé dans une cage à l'abbaye de Cîteaux pour avoir donné un soufflet à son prieur. L'information était probablement fausse : elle ne put en tout cas jamais être vérifiée. Au t. IV des Mémoires du maréchal duc de Richelieu notamment, il dénonce âprement dans une note «nos querelles ecclésiastiques en 1792» (p. 378-379). On retrouve la même sensibilité hostile aux ordres religieux et à la souveraineté papale dans sa correspondance avec Jullien de Paris qu'il avait connu en prison (A.D.A., 52 J 146). A l'approche de la mort, S. voulut se réconcilier avec son frère. La réconciliation avec Dieu s'ensuivit, chèrement payée. Sa fille parle d'un «pauvre mourant» auquel on n'épargna pas les humiliations (A.D.A., 52J 149). Il est rare de rencontrer une personnalité qui fut aussi controversée, tant dans sa personne que dans ses œuvres. S. ne fut ni un bon fils, ni un bon mari, ni un bon père. Il se brouilla avec le Dr Girard qui lui avait ouvert ses travaux de géologie et le surprit en train de copier ses manuscrits (M, Ap., p. 47). Ses œuvres scientifiques ne furent pas seulement contestées sur le plan dogmatique. Buffon, notamment, ne l'avait pas en grande estime à cause des lacunes que présentaient ses connaissances minéralogiques. Ses premières œuvres historiques présentaient un caractère polémique qui souleva un tollé de protestations. Le fils du maréchal de Richelieu, le duc de Fronsac, s'indigna de l'exploitation scandaleuse d'archives qui lui avaient été si généreusement ouvertes. La mission à Genève fut un véritable fiasco. Il commit sans nul doute une série de sottises par ignorance. D'une façon générale, on lui reprochait une impulsivité mue par une imagination enflammée ; ses ouvrages étaient de même rédigés sans aucun plan et dans un style brouillon ; bref, S. n'avait rien d'un héros. Et pourtant, ses proches lui reconnaissaient un caractère agréable. Il ne fut pas inquiété après la Révolution, car il ne commit aucune violence d'aucune sorte. Son obligeance l'amena même à remettre à Mgr de Clermont-Tonnerre, pour émigrer, une somme de 10 000 F. en or qui représentait toute sa fortune. Il abrita à Genève son compatriote, le Girondin Gamon en fuite, ce qui provoqua sa disgrâce immédiate. Le caractère précurseur de ses travaux scientifiques fut reconnu après sa mort. Il a inventé la stratigraphie moderne et a fait progresser une paléontologie naissante. On peut le considérer comme le fondateur de la géomorphologie. Son œuvre historique fut certes entachée de subjectivité, mais il eut le mérite d'assembler une masse de documents qui, sans lui, auraient probablement disparu dans le tourbillon révolutionnaire. Sa pensée, loin d'être versatile, a toujours suivi le même fil : de ses observations sur les affaissements et les soulèvements successifs du même terrain, S. induisit que les monarchies deviennent des républiques par voie de restauration, et que les républiques deviennent des monarchies par dégradation (M, 1.1, p. 23).

Activités journalistiques

S. ne fit qu'effleurer le domaine du journalisme. Il avait pourtant un véritable goût pour le reportage. Deux faits sont à cet égard symptomatiques. Il avait obtenu du conventionnel Julien de La Drôme le célèbre croquis de David représentant Marie-Antoinette conduite au supplice, fixation d'un instant hautement significatif de l'attitude de la reine. Dans le même esprit, il assista aux cérémonies de l'Empire dans le but d'en faire le récit et poussa même ses investigations jusqu'à aller à l'Opéra pour voir le comportement de l'empereur et constater qu'il était impassible. Le Journal de Paris publia en 1782 ses informations concernant les quarante-trois lettres et documents qu'il disait détenir sur la guerre civile entre les protestants et les catholiques. Le Mercure fit paraître en 1788 son article intitulé «Observations sur le dépérissement de la langue méridionale et sur les moyens de la conserver par des traductions, extraites d'un voyage fait récemment en Provence» (Cior 18, n° 60505) ; le numéro 48 du 29 novembre de la même année (p. 195) publia les matériaux dont il s'était servi pour les Mémoires du maréchal duc de Richelieu (renseignement donné t. IV, p. 4 de cet ouvrage). Le Journal des provinces parut sous la forme anonyme en 1789 ; il est attribué à S. (B.H.C. ; D.O.A. ; D.P.1 708). Son existence fut éphémère. Six cahiers de seize pages virent le jour. Ils contenaient principalement des comptes rendus des séances des trois ordres des Etats généraux ou d'ouvrages politiques (D.P.1 708). S. écrivit par la suite des articles pour Le Moniteur.

Publications diverses

La liste de ses œuvres n'est pas aisée à établir. L'attribution à l'auteur fut parfois controversée. Pour plus de clarté, nous les présenterons selon leur objet, ce qui nuit assez peu à leur chronologie, S. ayant à peu près abordé ces différents domaines les uns après les autres.

1) Œuvres scientifiques : Premier Prospectus de l'Histoire naturelle de la France méridionale, Montpellier, Martel, 1779 ; éd. signalée dans les Œuvres complètes de M. le chevalier Hamilton, p. 324. – Prospectus de l'Histoire naturelle de la France méridionale, par M. l'abbé Giraud-Soulavie, Nîmes, Impr. de C. Belle, 1780,in-8°, 54 p. – Géographie de la nature [...] ouvrage qui sert de préliminaire, par M. l'abbé Giraud-Soulavie, Paris, Hôtel de Venise, 1780, in-8°, 16 p. – Histoire naturelle de la France méridionale en deux parties, par M. l'abbé Giraud-Soulavie, in-8°. – Histoire naturelle et politique de la France, IIe partie, contenant l'histoire civile de ce royaume, par M. l'abbé Soulavie, Paris, Quai des Augustins, s.d., in-8°, 16 p. Le privilège est daté de 1785. L'ouvrage ne comprend que la préface, intitulée : « Observations sur la manière de traiter l'histoire de France». – Histoire philosophique du progrès des sciences en France depuis 1700 jusques et compris 1783, par M. l'abbé Soulavie, Paris, 1783, in-8°, 37 p. Contient seulement l'introduction et les sommaires des 3 parties ; repris dans le t. V de l'Histoire naturelle. Les Classes naturelles des minéraux et les époques de la nature correspondantes à chaque classe, ouvrage qui a remporté le 2e accessit sur la question proposée par l'Académie des sciences de St-Pétersbourg, pour le prix de 1785, Saint-Pétersbourg, 1786, in-40. La B.Un. cite peut-être le même ouvrage sous le titre Eléments d'histoire naturelle. Mémoire pour M. Giraud Soulavie [...] contre M. Barruel [...] auteur du libelle intitulé «Genèse selon M. Soulavie», Paris, Impr. de Grange, s.d., in-8°, 55 p.

2) Œuvres politiques : Des moeurs et de leur influence sur la prospérité ou la décadence des empires, Paris, Quillau, Mérigot le jeune etc., 1784, in-8°. Ce discours, composé pour l'ouverture des Etats généraux du Languedoc, ne fut pas prononcé, mais imprimé sous forme de brochure à Paris. Il est repris dans le t. V de l'Histoire naturelle. Mémoire du cardinal Dubois au Régent sur les Etats généraux que ce prince avait envie de convoquer quand le système [de Law] eut mis l'état en désordre, 1789, 4 p. – Plan de conduite donné à l'archevêque de Sens, principal ministre, au mois de juin 1788, dont l'original en chiffres a été trouvé chez lui en 1789, 15 p. Il s'agit du cardinal de Loménie, archevêque de Sens, ministre de Louis XVI de 1787 à 1788. Cette pièce et la précédente sont reproduites dans les Mémoires de Richelieu. L'Aristocratie enchaînée et surveillée par le peuple et le Roi, suivi d'un mémoire des barons nés du Languedoc et de la réponse à leurs prétentions exorbitantes par J.L. G.S. : I e r cahier, 31 janvier 1789, 70 p. La 2e éd., qui a 75 p. et porte la date du I e r mars 1789, a pour sous-titre Aristocratie des provinces ; 2e cahier, contenant l'état actuel du clergé de France, 10 mars 1789, 50 p. – Doléances des curés de Normandie, présentées par le sieur Soulavie, curé de Sévent, au bailliage de Caen, vicaire général de Châlons-sur-Marne, correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres de Paris, etc., 16 p. On voit dans cet opuscule que S. avait projeté la publication des œuvres du cardinal de Luynes, ancien évêque de Bayeux, ensuite archevêque de Sens. Doléances des curés du royaume, et particulièrement des curés de Normandie, présentées et adressées par M. Soulavie, 3e éd., Caen, 1789, in-12, 16 p. Ces deux derniers opuscules ne sont que la reproduction, à peu près textuelle, du second cahier de L'Aristocratie enchaînée. A M. le Cte de Balazuc-de-Montréal, président de l'assemblée des trois ordres du Vivarais à Privas, signé : l'abbé Soulavie, 1789, in-8°, 4 p. – L'Histoire, le cérémonial et les droits des Etats généraux du royaume de France, où l'on a ajouté l'histoire des vains efforts qu'on a faits, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, pour obtenir la convocation des Etats généraux, Paris, Buisson, 1789, 2 vol. in-8°. Le 1.1 est de Louis Joseph Caries Amable d'Albert, duc de Luynes. Le t. II est de S. (D.O.A.). Histoire des Etats généraux de Versailles, 1er mai 1789, 325 p. – Histoire de la convocation et des élections aux Etats généraux en 1789, Paris, 1790-1791, in-8°. – Mémoires du maréchal duc de Richelieu, Londres, Marseille, Paris, Lyon, 1790-1793, 9 vol. in-8°. Les quatre premiers vol. parurent en 1790. La 2e éd., complète, parut en 1793. On y a joint un prospectus in-40 ; trad. Memoirs of Duke de Richelieu, New York, Merrill and Baker, 1904. – Traité de la composition et de l'étude de l'histoire, 8.1., 1789 et 1792, in-8°, 104 p. Extrait du t. I des Mémoires du maréchal duc de Richelieu. Vie privée du maréchal de Richelieu, Paris, Buisson, 1790-1792, 3 vol. in-8°. S., dans sa lettre au duc de Fronsac (Le Moniteur, 20 janv. 1791), nie en être l'auteur. – Adresse des ecclésiastiques de la paroisse de Saint-Sulpice, qui ont signé le serment, à l'Assemblée nationale, Paris, Impr. nationale, 1791, in-8°, 3 p., signé Soulavie, 10 janv. 1791. – La Révolution du peuple génois en 1746 contre l'armée de 40 000 Autrichiens, Paris, Buisson, 1792, in-8°, 30 p. Reproduction des derniers chapitres du t. VI des Mémoires de Richelieu. Politique de tous les cabinets de l'Europe sous Louis XV et sous Louis XVI, Paris, Buisson, 1793, 2 vol. in-8°. Contient la substance de la diplomatie secrète du comte de Broglie, plusieurs mémoires de Vergennes et les conjonctures raisonnées de Favier.

3) Editions : Œuvres complètes de M. le chevalier Hamilton [...], avec des commentaires sur les phénomènes communs aux volcans agissants de l'Italie et aux volcans éteints de France, Paris, Moutard, 1781, un vol. in-8°, 506 p. – Mémoires de M. le duc de Saint-Simon, Londres, Marseille, Paris, 1788, 3 vol. in-8°, Supplément, Paris, 1789, 4 vol., en tout 7 vol. Selon S. (début des Mémoires de Maurepas), c'est une des publications «que des anonymes et les subalternes de l'ancien gouverne­ment ont opposées depuis quelque temps à la vérité de l'histoire». Mais on peut lire dans l'Histoire de la décadence de la monarchie française, t. I, p. 10 : «J'ai été l'éditeur avant et pendant la Révolution des Mémoires du duc de Saint-Simon ». Correspondance particulière et historique du maréchal duc de Richelieu avec M. Paris du Verney, Londres, Paris, 1789, 2 t. en un vol. in-8°. – Correspondance particulière du comte de Saint-Germain, Londres, Paris, 1789, 2 vol. in-8°. – Mémoires historiques de Duclos, Paris, 1790, in-8°. – Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon [...] composés par le comte de Mirabeau, Paris, 1790 et 1792, in-8°. – Correspondance du cardinal de Tencin, Paris, 1790, in-8°. – Mémoires de M. le duc de Choiseul, Paris, Buisson, 1790, 2 parties en un vol. in-8°. D'après Mazon, qui se fonde sur une lettre placée en tête des Mémoires de Maurepas, cette éd. serait l'œuvre d'un concurrent payé par le libraire Buisson. – Œuvres complètes de Louis de Saint-Simon, Strasbourg, Treuttel, 1791, 13 vol. in-8°. – Mémoires du comte de Maurepas, Paris, Buisson, 1791, 4 vol. in-8°. – Mémoires de la minorité de Louis XV par Massillon, Paris, Buisson, 1792, in-8°. – Mémoires historiques et anecdotiques de la cour de France pendant la faveur de Mme de Pompadour [...] extrait des manuscrits du duc de Luynes, Paris, Arthur Bertrand, 12 prairial an X (1er juin 1802), in-8° ; trad. Historical memoirs and anecdotes of the court of France, during the favour of Madame de Pompadour, London, W. Lipdsell, 1811. 4) Ouvrages concernant l'ambassade à Genève : Discours du citoyen J.L. Soulavie [...] résident de la République française [...] près celle de Genève, le jour de l'audience publique qui lui a été accordée le 3 juillet 1793 etc., Genève, 1793, in-8°, 4 p. L'Insurrection des clubs genevois [...], premier compte rendu au Comité de salut public par J.L. Soulavie avec les pièces justificatives, Paris, 1794, in-8°, 36 p. – Lettre sur l'insurrection des clubs genevois adressée aux membres des Comité de salut public et de Sûreté générale, 1794, 4 p. – Réponses de Soulavie aux douze griefs qui lui sont imputés relativement à sa mission à Genève, Paris, 1794, in-8°, 12 p. – Chronologie et rétablissement des dates relatives à l'insurrection du grand club central de la Montagne de Genève, Genève, Impr. de Campenon, 1794, in-12, 8 p. – Nouvelle édition des pièces officielles publiées à Genève sur les fusillades des clubs genevois, Paris, 1795, in-8°, 19 p. Le titre de départ porte : Insurrection des clubs fusilleurs etc. – Des droits de l'ambassadeur, Paris, chez l'auteur rue de Verneuil n° 51, 1810, in-40, 16 p. – Premier mémoire [...] pour obtenir le retour des papiers et du mobilier de Jean-Louis Soulavie, Paris, Rougeron, 1810, 16 p. – Second mémoire à S.M. Napoléon-le-Grand, en son conseil, sur la dispersion, le recouvrement, les périls et l'état actuel des archives et documents du ministère secret de Louis XV, recueillis, acquis et classés, depuis 1782 jusqu'en 1810, par Jean-Louis Soulavie [...] pour obtenir de S.M. le retour en nature de la douzième partie [...] de ces archives, Paris, l'auteur, 1810, in-40, 24 p. 5) Œuvres historiques : Mémoires historiques et diplomatiques de Barthélémy depuis le 14 juillet jusqu'au 30 prairial an VII, Paris, 1799, in-8°, 223 p. L'ouvrage que possède la bibliothèque de Valence comporte la note manuscrite suivante : «par Soulavie son collègue en Suisse - publié trois jours avant l'arrivée de Bonaparte en Egypte». On trouve p. 221 la signature sous forme d'initiales : J.L.G.S.C.R.D.F.A.G., que je lis : Jean Louis Giraud Soulavie Citoyen Résident de France à Genève. S. dit en être l'auteur dans les Mémoires du règne de Louis XVI, t. V, p. 357. – Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, Paris, Treuttel et Wûrtz, an X, 1801, 6 vol. in-12 ; trad. Historical and political memoirs of the reign of Lewis XVI, London, G. & J. Robinson, 1802. – Histoire de la décadence de la monarchie française, Paris, L. Duprat, Letellier & Cie, 1803, 3 vol. in-8°. – Tableaux de l'Histoire de la décadence de la monarchie française, Paris, L. Duprat-Letellier, in-40, s-d-, 24 P- – Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, Paris, L. Collin, 1809, 2 vol. in-8°. 6) Divers : Lettre aux auteurs des Ecoles nationales militaires du 25 juillet 1782, dans Mémoires concernant les Ecoles nationales, Paris, 1781 [1789], in-8°. – Réflexions impartiales sur les progrès de l'art en France et sur les tableaux exposés au Louvre, par ordre du roi, en 1785, à Londres, et se trouve à Paris, 1785, in-8°, 36 p. – Tableau des anciens Grecs et Romains, où l'on trouve le cérémonial, la vie privée, l'état politique, civil et militaire, les sciences et les arts de l'antiquité, avec des figures coloriées dessinées d'après des statues et des monuments antiques, Paris, Musier, 1785, 2 cahiers in-40 contenant 12 sujets. Cet ouvrage devait former 2 volumes, mais il n'en a pas paru davantage. – Mémoire sur la conservation de la ville de Paris et sur ses anciennes institutions concernant les constructions civiles en général (signé Soulavie), Versailles, J.A. Lebel, Paris, Ferra aîné, 1809, in-40, 4P- – Monuments de l'histoire de France en estampes et en dessins [...] par un homme de lettres [S.], Paris, Impr. P.N. Rougeron, s.d., in-40, 4 p. – Monuments de l'histoire de France en estampes et dessins, 152 vol. in-folio d'estampes et de dessins recueillis en France et à l'étranger jusqu'en 1809. Cette précieuse et immense collection pour un particulier a été transférée aux A.A.E. sur l'ordre de Napoléon. – Catalogue de la collection d'estampes formée par J.L. Soulavie, 1783-1811, dont la vente aura lieu à Paris, Hôtel Drouot, 1903-1904, 4 fascicules ; se trouve aux A.D.A. Le fascicule n° 2 manque. Le contenu du fascicule n° 3 a été vendu à l'amiable, selon une mention manuscrite. Les n° 1 et 4 comportent en marge les annotations manuscrites des prix de vente. – Histoire de Jean d'Alonzier Allarmet de Brogny, cardinal de Viviers, Paris, 1774, in-12, 50 exemp. Mercier de Saint-Léger dit que «cet ouvrage imprimé très incorrectement n'a pas été publié et l'auteur n'en a fait tirer que quelques exemplaires » (Q.). On le retrouve dans l'Histoire du Vivarais, ms. (M). – Tableau des alliances naturelles et convenables à la république de France dans la conjoncture actuelle. Mémoire lu au Comité de salut public en 1793, 36 exemp. (M). 7) Manuscrits (la liste se trouve à la fin de la préface des Mémoires du règne de Louis XVI). Histoire de la révolution française depuis la seconde assemblée des notables jusqu'en l'an IX de la République, composée en partie sur les papiers du Roi apportés, après le 10 août, au comité de surveillance, 12 vol. Ouvrage annoncé dans les Mémoires historiques de Massillon, p. 256. – Du gouvernement et de la société avant et pendant la Révolution et sous le Consulat. Révolutions de Genève, «ouvrage écrit sur les pièces de la légation de France à Genève, et terminé à Paris l'an V de la République, dans les bureaux des relations extérieures, sous les yeux du gouvernement, sur les pièces officielles des ministres de Genève, sur les contre-correspondances des secrétaires de légation et des envoyés secrets du gouvernement», 2 vol. – Histoire de l'établissement et des progrès du protestantisme, depuis l'époque de Calvin et Luther jusqu'à celle de la Révolution française, ouvrage écrit en partie sur les papiers du maréchal de Richelieu [...] papiers conservés dans la bibliothèque du feu maréchal de Richelieu, son petit-neveu, 4 vol. Ouvrage mentionné également dans les Mémoires [...] du règne de Louis XVI, t. III, p. 289. Développement du mémoire concerté entre B. Franklin et J.L. Soulavie. Annoncé dans le Journal de Paris le 26 juin 1782 ; cité dans les Mémoires [...] du règne de Louis XVI, t. V, p. 194. – Dictionnaire historique des principaux personnages [...] depuis l'année 1774 jusqu'en 1800. Apologie des intentions des philosophes du XVIIIe siècle. Histoire du Vivarais. Une copie manuscrite se trouve aux A.D.A.

Bibliographie

Q. ; B.Un. ; N.B.G. ; Cior 18 ; D.O.A. ; B.H.C. – (A.D.A.) A.D. Ardèche. – (M) Mazon A., Histoire de Soulavie, Paris, 1893 ; (M, Ap.) Appendice, 1901. Les bibliographies se trouvent 1.1, p. 64-66 et t. II, chap. XXI. – Aufrère L., De Thaïes à Davis -Le Relief et la sculpture de la terre, t. IV, à la fin du XVIIIe siècle/Soulavie et son secret, Paris, Hermann, 1952.

Auteur(s) de la notice


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