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Genu SOALHAT DE MAINVILLERS (1714?-1776)

État civil

Genu Soalhat de Mainvillers se fait appeler «Genu Soalhat, chevalier de Mainvillers». Il n'était sans doute pas chevalier : Mme Leprince de Beaumont, qui semble l'avoir connu à Londres, le dit «un des plus minces bourgeois», neveu d'un «honnête procureur» (Œuvres mêlées, 1775, t. VI, p. 295). Il s'est flatté de la protection du marquis de Maillebois ; on trouve effectivement la trace, dans les registres de la paroisse de Maillebois, près de Chartres, d'un Charles Soalhat, concierge du château, veuf en 1710, père de Charles Claude Soalhat. Celui-ci épousa Marie Catherine Genu, dont il a au moins deux filles : Catherine Charlotte Soalhat, baptisée le 15 février 1712, et Charlotte Luce, baptisée le 21 mars 1713. Dans L’Homme-dieu, paru en 1754, S. affirme être né «le 14 juillet 1714», mais il n'est pas mentionné dans les registres paroissiaux bien que ses parents présumés, Charles Soalhat et Marie Catherine Genu résident à Maillebois au moins jusqu'en 1733-1734, époque où ils entreprennent une procédure de séparation de biens (A.D. Eure-et-Loir, reg. par. Maillebois, B 752). La tradition veut qu'il soit mort à Stolzenberg, près de Dantzig, le 12 juin 1776 (F.L.).

Formation

Destiné, selon Mme Leprince de Beaumont, à être clerc de son oncle, procureur fiscal (peut-être Jacques Foucher, procureur fiscal, compère de Marie Catherine Genu à Maillebois en 1711), il commence très tôt une carrière aventureuse. Dans Le Petit-maître philosophe, il affirme être passé au séminaire de Chartres, puis à Paris, puis à la Trappe, avant d'entrer en septembre 1734 dans le régiment de Maillebois.

Carrière

Dans L'Homme-dieu de 1754, il parle de «vingt années de voyage». Il aurait rencontré d'Argens à Berlin. Au début de 1750, il arrive à Genève où il «hante le café» (reg. du Conseil, Arch. d'Etat de Genève, vol. 250, p. 54, 3 févr. 1750) ; le pasteur Joly s'inquiète de le voir lié aux «jeunes fils de famille» (reg. du Consistoire, R 85, p. 158). Le 3 février, le Conseil décide de « lui ordonner de se retirer » (reg. du Conseil, vol. 250, p. 54) ; le Consistoire prend acte de cette décision le 5 février. En 1751, il imprime à Londres Le Petit-maître philosophe ; Mme Leprince de Beaumont parle de son «extrême pauvreté», de son «extrême indigence» aggravée par une « longue maladie ». Il se rend en Allemagne vers 1752. Dans L'Homme-dieu, il évoque ses séjours chez le margrave d'Anspach, à Brunswick, à Hambourg, à Copenhague auprès du ministre Bernstorff, puis de nouveau en Allemagne, où «il jouit depuis un an d'un agréable loisir [...] grâce à l'empressement de M. le comte de Rantzau» (p. XVII). Il écrit à André Roger, de Stralsund, le 18 septembre 1754 : «j'allais à Berlin par Stralsund que je n'avais point encore vu car il faut que je remplisse mon titre du plus grand et du plus curieux voyageur de mon siècle» (B.P.U., suppl. 738, f° 156-157). On perd ensuite sa trace.

Situation de fortune

Extrême pauvreté en Angleterre, indigence en Allemagne : en septembre 1754, il ne peut se présenter au vice-roi, « étant trop mal habillé» (à A. Roger, lettre citée).

Opinions

Lié au marquis d'Argens : «Leur confession de foi est à peu près la même», écrit Baulacre à P. Marchand en 1750 (B.U. Leyde, March. 2). Le pasteur Joly l'accuse en février 1750 de tenir «des discours très impies et blasphématoires contre notre Sainte Religion» (reg. du Consistoire, R 85, p. 158-159). Déiste, il se donne dans la Nouvelle philosophie secrète, pour le Moïse des philosophes, mais il s'agit d'un Moïse initié (voir en fin du volume, les «stances adressées à M. Le Chev. de Mainvillers à l'occasion de sa nouvelle philosophie secrète et de son système sur la préexistence par M. le Chev. Dulussy, auteur des Francs-maçons vengés et de la Muse maçonne»). Il affirme, dans L'Homme-dieu, s'être fait initier «dans toutes les sectes de religion suivant le conseil de Saint Paul» (p. 50).

Activités journalistiques

Il inaugure en janvier 1750 un périodique intitulé : Le Petit-maître philosophe ; selon un rapport au Consistoire daté du 3 février, il «donne une feuille à imprimer toutes les semaines au sieur Gosse» (reg. du Conseil, vol. 250, p. 54) ; le pasteur Joly s'élève contre la permission qui lui a été accordée (reg. du Consistoire, R 85, p. 158-159). Le périodique semble n'avoir eu qu'un numéro : «II n'en a paru qu'une [feuille] où l'on a trouvé des choses trop libres» (Baulacre à Marchand, 15 févr. 1756, B.U. Leyde, March. 2). Un seul exemplaire connu (B.P.U., legs Thury, 1954) : Le Petit-maître philosophe ou aventures philosophi-badines de Soalhat, chevalier de Mainvillers. Avec ses études, ses voyages pour perfectionner ses connaissances, son système sur toutes choses. Ouvrage périodique. A Genève, chez Henri Albert Gosse et comp., 1750, avec une lettre de l'auteur au libraire (D.P. 1 1114). S. réédite et augmente son ouvrage l'année suivante : Le Petit-maître philosophe, « A La Mecque », 1751 (éd. signalée par J.D. Candaux) : trad. anglaise : The Beau philosopher or the History of the Chevalier de Mainvillers, London, R. Freeman, 1751 ; rééd. du Petit-maître à Londres en 1752. Une éd. du texte français est signalée à Londres en août 1751 (Books published, n° 14, juil. 1751 ; La Bigarrure, t. XII, n° 1, 14 oct. 1751 ; Nouvelles littéraires de Clément, 1er sept. 1751).

Publications diverses

Nouvelle philosophie secrète, Londres, aux dépens de l'auteur, 1752. – Les Huit Philosophes aventuriers de ce siècle, «ou rencontre imprévue de Messieurs Voltaire, d'Argens, Maupertuis, Marivaux, Prévôt, Crébillon, Mouhi et de Mainvillers», La Haye, Saurel, 1752 ; rééd. sous le titre : Les Huit Philosophes errants, 1754. – L'Homme-dieu, ou l'Univers seule famille, poème épique, Londres, 1754 ; S. affirme, dans l'introduction, avoir écrit un Lucrèce devenu platonicien (p. V). – La Pétréade ou Pierre le Créateur, Amsterdam, J.H. Schneider, 1763 ; ouvrage saisi à Paris (B.N., n.a.fr. 3348, f° 46-47). – Selon La Beaumelle, S. aurait participé à l'éd. de Francfort (1753) du Siècle de Louis XIV, t. I ; c'est ce qu'il affirme au commissaire Rochebrune lors de sa perquisition à l'hôtel de Rennes, rue Saint-André-des-Arts le 24 avril 1753 (B.N., n.a.fr. 1214, p. 72).

Bibliographie

F.L. 1769. – B.U. Leyde, fonds Marchand. – A.D. Eure-et-Loire, B 752. – Archives d'Etat de Genève, reg. du Conseil et du Consistoire (renseignements fournis par J.D. Candaux).

Additif

État-civil : Dans L’Homme-Dieu, mais aussi dans Le Petit Maître philosophe (éd. de Londres, 1752, p. 5), Soalhat affirme être né le 14 juillet 1714. Il est donc très probablement le troisième enfant de Charles Claude Soalhat et de Marie Catherine Genu, Catherine étant née en 1712 et Charlotte en 1713. Son prénom serait donc Charles ; Genu est le nom de famille de sa mère. L’oncle dont il aurait dû être le clerc pourrait être Luc Genu, frère de Marie Catherine, procureur à Argentan. Quant à « Mainvillers », c’est un nom de plume qui apparaît avec les premiers écrits de Charles Soalhat, Le Petits Maître philosophe de 1753 et L’Homme-Dieu de 1754. 

Carrière : D’après A. Mézin et V. Rjéoutski dans Les Français en Russie au siècle des Lumières. Dictionnaire des Français, Suisses, Wallons et autres francophones en Russie de Pierre le Grand à Paul Ier, Publications du Centre international d'étude du XVIIIe siècle 23-24, Mainvillers arrive en Russie au printemps 1756 ; il rencontre Chouvalov, curateur de l’Université, et obtient un poste de professeur de politique et d’ héraldique au collège de l’Université. Il semble avoir eu de mauvais rapports avec ses collègues ; il compose un discours sur Pierre le Grand, que l’Université refuse de publier. Il l’édite en 1762 à Amsterdam, chez J.H. Schneider sous le titre : La Pétréade, ou Pierre le créateur, poème en dix chants par « Mr. G.S. Chevalier de Mainvillers ». Il le fait réimprimer par Schneider et en envoie 500 exemplaires au libraire Durand à Paris en février 1763 ; le 3 mars suivant, Durand reçoit l’ordre de réexpédier le colis, et déclare « je me suis engagé de le renvoyer en entier » (B.n.F., ms. fr. 21932, f° 69). Le récit que Genu faisait de l’épopée de Pierre le Grand se doublait d’accusations contre les menées criminelles de sa sœur Sofia Alexeievna et de son favori Galitzine, ainsi que d’attaques violemment anticléricales contre « le prêtre fanatique, imposteur consacré, du peuple de toute terre haï… » (Chant 1). La présence de D.E. en Russie est encore signalée en 1777. (Jean SGARD)

Auteur(s) de la notice


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