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Richard SIMON (1638-1712)

État civil

Né à Dieppe le 13 mai 16 3 8 de Joachim Simon et Marguerite Renard et baptisé quatre jours plus tard en l'église Saint-Jacques de cette ville (B.M. Dieppe). Il appartient à une famille humble (son père est artisan-taillandier ou forgeron ou coutelier) dont certains membres cependant exercent des professions libérales : son parrain - Richard Simon - est avocat. Un de ses neveux, Jacques Simon, entra dans les ordres et collabora peut-être à quelques-unes de ses œuvres (A). Un autre de ses neveux - à la mode de Bretagne - est Antoine Augustin Bruzen de La Martinière qui écrivit son Eloge historique (E.H.). C'est à Dieppe que S. mourut le 11 avril 1712 ; son corps est enterré dans le chœur de l'église Saint-Jacques.

Formation

Il accomplit ses études – 1er année de philosophie comprise - au collège que tiennent à Dieppe les Pères de l'Oratoire (E.H.) et où il aurait étudié le grec (A). En 1657, il fait sa seconde année de philosophie (logique et morale) chez les Jésuites à Rouen (A). Sur les conseils du P. André Fournier, oratorien, curé de Saint-Jacques de Dieppe, il entreprend, le 8 octobre 1658, à la Congrégation de l'Oratoire, dans la maison de la rue d'Enfer dont le P. Berthad est supérieur, son année d'institution au cours de laquelle il aurait commencé à apprendre l'arabe : il prend la robe le 22 octobre. Mais, «pris de quelque dégoût» (E.H.), il n'achève pas l'année : avant le 26 août 1659, il a quitté l'Oratoire (A). Revenu à Dieppe, découragé (il est conscient de l'impossibilité où il est, faute de ressources, de poursuivre des études auxquelles le portent son génie et son inclination, E.H.), il reprend confiance grâce à l'abbé Hyacinthe de La Roque-Hue, futur officiai de Rouen, qui le ramène à Paris où ils vont étudier ensemble pendant trois ans, de 1659à 1662, la théologie : étude de l'Ecriture sainte sous la direction de M. Le Maistre, de la scolastique sous celle de MM. Chamillard et Leblond. S. s'applique alors aux langues hébraïque et syriaque (A). Ce n'est donc pas à l'Oratoire qu'il doit sa formation théologique et scripturaire. Lorsqu'il entre pour la seconde fois dans la Congrégation, il a déjà acquis de solides connaissances (A).

Carrière

Ses trois années d'études théologiques achevées, il revient à Dieppe où il continue ses lectures, puis, se décide à rentrer à l'Oratoire (2 sept. 1662) où il commence une nouvelle année d'institution (A). Tout en accomplissant les exercices de la communauté au cours de cette année traditionnellement consacrée à la lecture des seuls livres de spiritualité et de méditation, il poursuit, par faveur spéciale, et avec le P. Berthad, ses lectures théologiques (originaux de l'Ecriture sainte, commentaires des Pères) (E.H. ; S). A la suite de la mort du supérieur général, le P. Bourgoing, survenue le 28 octobre 1662 et de son remplacement par le P. Sénault (17 avril 1663), il aurait songé à abandonner l'Oratoire et à entrer chez les Jésuites (A), mais en aurait été dissuadé par le P. Berthad (E.H. ; A). A la fin de son temps d'institution, il est chargé, pendant un an, au collège de Juilly, d'une régence de philosophie sous le R.P. Verneuil (A), ce qui est marque d'estime particulière puisque, selon les habitudes de la Congrégation, le novice n'est régent que dans les classes qui vont de la sixième à la rhétorique (E.H.). En 1664, il revient à Paris dans la maison de la rue Saint-Honoré où il demeure jusqu'en 1666 : tout en étant répétiteur de philosophie, il est adjoint du P. Le Cointe, bibliothécaire, et l'aide à dresser le Catalogue des livres et manuscrits orientaux de la Bibliothèque. Occasion privilégiée pour le jeune érudit de s'adonner à ses études favorites et d'accumuler une abondante documentation (E.H.). Au cours de l'année 1666-1667, il est de nouveau régent de philosophie à Juilly où il reste sans emploi jusqu'en mars 1668. A cette date, il revient à Paris, poursuit ses lectures et seconde le P. Le Cointe. En avril 1669, il reçoit le sous-diaconat, en février 1670 le diaconat et, le 20 septembre 1670, il est ordonné prêtre par Mgr Hardouin de Péréfixe (A). Sur l'ordre du P. Sénault, il retourne à Juilly d'août 1671 à avril 1672 à titre de précepteur du jeune prince César d'Esté. Revenu à Paris, il jouit des avantages notamment d'ordre intellectuel de la maison de la rue Saint-Honoré (A). Dès 1669, il connaît ses premières difficultés avec Port-Royal à l'occasion des remarques qu'il fait sur la Perpétuité de la foi d'Arnauld dans une lettre adressée à M. Diroys, mais qui finit par être divulguée (E.H. ; A). Signe précurseur d'une longue suite d'«affaires» et de «traverses» que vont soulever bon nombre de ses œuvres. Car, à partir de 1671, il commence à publier ses travaux érudits qui lui valent sans doute la notoriété, mais aussi bien des attaques. Les difficultés relatives à la publication de l'Histoire critique du Vieux Testament (1678) sont telles qu'il est exclu de l'Oratoire : prise le 18 mai 1678, sans être d'ailleurs argumentée, la décision, enregistrée le 20, lui est notifiée le 21 (A). Sans résister ni discuter, il se retire à Bolleville où, depuis novembre 1676, il a un bénéfice (S). Il y demeure jusqu'en 1682, mais non de façon continue ; par sa correspondance, nous savons qu'il se rend de temps en temps à Paris (A) ; en août 1682, il résigne son bénéfice. S'il fait alors de Dieppe sa résidence ordinaire, il n'hésite pas à aller à Paris chaque fois que l'exigent ses travaux et ses publications (E.H.). Lors de la destruction de Dieppe bombardée par la flotte anglo-hollandaise le 22 juillet 1694, il perd «ce qu'il a de plus précieux» (E.H.), c'est-à-dire ses livres imprimés et une cassette de manuscrits, et en est profondément affecté (A). Il se fixe alors à Paris, loge au collège Fortet (E.H.) et ne se rend en province que pour le besoin de ses affaires ou pour son délassement. A-t-il vraiment, en 1697, l'intention de rentrer à l'Oratoire? Aucune trace ne subsiste d'une démarche en ce sens (A). Il est difficile de dire si, après 1703, il réside à Paris ou à Dieppe (A). Si l'on en croit l'Eloge historique, il se serait retiré seulement après 1710 dans sa ville natale. Le 20 mars 1712, il rédige son testament et lègue à la Bibliothèque du chapitre de Notre-Dame de Rouen l'essentiel de ses livres et manuscrits (voir J. Saas, Notice des manuscrits de la Bibliothèque métropolitaine de Rouen, primatiale de Normandie, Rouen, 1746, p. 32-70).

Situation de fortune

Il est d'une famille «sans grands biens» (E.H.). Quand il entre pour la première fois à l'Oratoire, il obtient, grâce au P. Fournier, une des places fondées en faveur «des mérites distingués» (ibid.), autrement dit une bourse. II est même le seul boursier des novices de son année (A). Pendant ses trois ans d'études théologiques, il est généreusement entretenu par l'abbé de La Roque qui pourvoit à ses besoins (E.H.).Rentré à l'Oratoire, il n'est pas sans connaître la difficile situation de celui qui, privé de tout revenu, ne peut payer une pension dans une maison où il n'est pas possible de vivre gratuitement. C'est pourquoi, en 1666, après avoir terminé son travail de catalogage, il demande à retourner à Juilly (ibid.). Quand il réside rue Saint-Honoré, il assume divers travaux et charges (leçons particulières, conférences publiques, A). La cure de Bolleville lui est conférée en novembre 1676 à titre de récompense pour son Factum pour le prince de Neubourg (1675). Selon l'Eloge historique, il n'aurait joui toute sa vie que d'une très médiocre fortune, suffisante cependant grâce à sa frugalité ; sa principale dépense aurait été en port de lettres. Selon un document manuscrit en date du 15 août 1694, cité par J. Saas (op. cit.), il a perdu, lors de la destruction de Dieppe, « 63 louis d'or et 43 écus». Dans son testament, il donne 3000 £ aux pauvres des deux paroisses de Dieppe et lègue à diverses personnes 2000 £ et 100 écus, toutes sommes d'argent qu'il a gagnées, précise-t-il, par son propre travail (A).

Opinions

Savant hébraïsant, exégète, controversiste, d'une érudition peu commune et d'une hardiesse d'opinions singulière (qu'on pense à son attitude face au Pentateuque), incapable de céder aux ordres de ses supérieurs comme aux exigences de l'Institution ou même aux sollicitations de ses amis. Très tôt hostile au jansénisme et acquis aux principes molinistes (peut-être sous l'influence des Jésuites de Rouen, S). En butte à d'innombrables querelles liées à la publication de ses livres : il s'oppose à Arnauld et Port-Royal, aux protestants, aux ordres religieux (Bénédictins notamment), à Bossuet, J. Le Clerc, Vossius, Jurieu, Ellies Dupin, M. Le Vassor, Spanheim. Mais il a aussi de solides amitiés (Frémont d'Ablancourt, H. Justel) jusque chez les Oratoriens. Bref- et sa correspondance en témoigne -, il est en relations polémiques ou cordiales avec les principaux membres de I'«intelligentsia» de l'époque.

Activités journalistiques

Bien qu'il n'ait «jamais convenu que cet ouvrage fut de lui» (E.H), il est, selon toute vraisemblance, l'auteur de la Bibliothèque critique, ou Recueil de diverses pièces critiques, dont la plupart ne sont point imprimées, ou ne se trouvent que très difficilement. Publiées par M. de Sainjore qui y a ajouté quelques notes, Amsterdam, J.L. de Lormes (Nancy selon E.H. ou Rouen selon A), t. I-III, 1708, t. IV, 1710, in-12 (D.P.1 153). Il a eu pour collaborateur Nicolas Barat, son élève et ami (voir t. I, chap. 25-26, 33-34). Eusèbe Renaudot, ancien collaborateur de Bossuet auquel S. s'est opposé, dénonce, le 26 juillet 1710, dans une lettre sans doute adressée à Pontchartrain (A), l'ouvrage comme plein de médisances et de calomnies : «M. Simon s'est mis en possession de faire imprimer sans permission, sans lieu d'impression et sans aucunes formalités, divers libelles dans lesquels il déchire qui il lui plaît, et, quoique cela ne soit pas tolérable, il va plus loin. Car il attaque la mémoire de feu M. de Meaux [...], il déchire les PP. de l'Oratoire, les Bénédictins, ce qu'il y a de plus honnêtes gens, et répand, à cette occasion, dans le public des histoires fausses». Et de laisser entendre qu'il convient d'« arrêter cette licence» (B.N., n.a.fr. 7488, f° 242). Le 5 août 1710, un arrêt du Conseil d'Etat porte confiscation et mise au pilon de la Bibliothèque critique. Celle-ci est néanmoins continuée par N. Barat sous un autre titre : Nouvelle bibliothèque choisie où l'on fait connaître les bons livres en divers, genres de littérature, et l'usage qu'on en doit faire, Amsterdam, D. Mortier, t. I-II, 1714 (D.P.i 1002). Parue après la mort de S. - et de N. Barat, décédé en 1706 -, cette Nouvelle bibliothèque contient des pièces qui sont très probablement de S., qui a dû en préparer l'édition avant sa disparition.

Il fait paraître deux dissertations dans les Mémoires de Trévoux (mars 1701, Supplément sept. 1701) où il critique une édition du Dictionnaire de Furetière faite en Hollande par les soins de Basnage de Beauval et de Huet.

Publications diverses

Voir Cior 17, n° 63041-63094. Beaucoup de ses œuvres ont été, comme la Bibliothèque critique, publiées sous des pseudonymes ou des initiales derrière lesquels se cache l'auteur.

Bibliographie

Nicéron, t. I, p. 237-251 (Vie et Catalogue des ouvrages de R. Simon), t. X, p. 58-75 (Changements, corrections et additions) ; F.L. 1769 ; B.Un. ; N.B.G. ; Q. ; D.L.F. ; H.P.L.P., t. II, p. 282;H.G.P., t. I, p. 155. – B.M. Dieppe, reg. par. Saint-Jacques-de-Dieppe (17 mai 1638). – B.N.,f.fr. 22583, f° 205 et suiv. (notes du P. Léonard). – (A) Auvray P., Richard Simon 1638-1712 : étude bio-bibliographique avec des textes inédits, Paris, P.U.F., 1974. – (E.H.) Bruzen de La Martinière A.A., Eloge Historique de Richard Simon Prêtre, dans Lettres choisies de M. Simon, Amsterdam, P. Mortier, 1730, t. I, p. 3-100. – Féron A., «Richard Simon, curé de Bolleville», Les Amys du Vieux Dieppe, 1938, n° 3-4, fasc. XLI p. 15-19. – «Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de feu M. Simon», Journal des savants, 1714, p. 185-193. – «Mémoire pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de feu M. Simon», Journal littéraire, t. III, 1er part., p. 225-230. – (S) S., Additions aux «Recherches curieuses sur la diversité des langues et religions » d'Edward Brerewood, éd. J. Le Brun et J.D. Woodbridge, Paris, P.U.F., 1983, Introduction, p. 17-20. – Le Corbeiller E., «Richard Simon à Dieppe», Les Amys du Vieux Dieppe, 1927, n° 3-4, p. 23-27.

Auteur(s) de la notice


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