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Michel SERVAN (1737-1807)

État civil

«Le troisième novembre mille sept cents trente sept j'ay baptisé Michel, Joseph, Antoine Servan né ce jourd'huy à deux heures après midy fils légitime de messire Joseph Servan de Boisseye écuyer et de dame Anne Henry son épouse » (A.M. Romans-sur-Isère, GG 29, p. 91-92). L'acte de baptême, contrairement à quelques biographies notables, ne date pas la naissance de Servan de 1739 (Portets, t. I, p. III ; M'Roe, p. 6). Le général Joseph Servan de même que son frère l'avocat général étaient surnommés parfois de Gerbey, nom de la maison forte de Gerbey sur la commune de Chonas l'Amballan, demeure qui appartenait à leur famille. Leur père, Joseph Servan de Boisset était receveur des tailles de l'élection de Romans et recteur de l'hôpital général de cette ville ; leur mère, Anne Henry descendait de la bonne bourgeoisie lyonnaise. S. était l'aîné de onze frères et sœurs. Il mourut dans la nuit du 3-4 novembre 1807 à l'âge de soixante-dix ans en son château de Roussan, près de Saint-Rémy-de-Provence.

Formation

Il fut pensionnaire du grand collège des Jésuites de Lyon jusqu'en 1752 ; puis obtint son baccalauréat et sa licence de droit à l'Université de Paris. Le 10 juillet 1781, il fut reçu à l'Hôtel de ville de Lyon comme membre correspondant de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de cette cité. En cette circonstance il prononça avec succès son Discours sur le progrès des connaissances humaines. Il participa au renouveau du «Lycée» qui devint Académie de Nîmes le 20 pluviôse An X (10 mai 1802). Le 20 mars 1806, du fait de ses travaux sur la jachère, il devint membre associé de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Marseille.

Carrière

S. fut inscrit, avec dérogation, avocat général au Parlement de Dauphiné le 30 novembre 1758. Il refusa en 1768 de siéger au Conseil du Roi comme maître des requêtes. Entre juillet et septembre de la même année, il rencontra Rousseau réfugié à Grenoble sous le nom de Renou. Dans l'affaire de la demoiselle Bon contre le comte de Suze, S. échoua et démissionna de sa charge d'avocat général, le 6 août 1772. Le public avait pris un trop vif intérêt pour l'actrice, et S. pour le comte de Suze et son épouse. Le 8 avril 1789 il fut élu député du tiers-état de la Sénéchaussée d'Aix-en-Provence, et le 17 avril élu à nouveau par la Sénéchaussée d'Arles. Il rejeta ces deux mandats. S. entreprit de nombreux voyages. En 1770 il s'était rendu pour la première fois à Lausanne pour consulter le célèbre docteur Tissot. Contre l'avis de celui-ci, en 1780 il se rallia au magnétisme animal, magnétisa et publia quatre brochures sur ce sujet avant d'être déçu par cette science. En 1790, séjournant chez un ami au château de Gillier près de Romans, il fut menacé par des paysans. A Saint-Rémy-de-Provence, en 1791, sa vie et celle de sa femme furent mises en péril ; ceci explique son émigration à Lausanne de 1792à 1802. Durant son séjour en Suisse, il fit quelques courts voyages dans son pays d'origine, durant la Révolution, particulièrement près de Saint-Rémy-de-Provence. Grâce à la décision du Sénat, le 6 floréal an X (26 avril 1802), qui permit le retour de nombreux émigrés, il put définitivement résider en son château de Roussan. Le 22 septembre 1803 il publiait son dernier discours : Discours prononcé par le citoyen Servan président du Collège électoral [...] séant à Tarascon. Le 18 frimaire an XII (8 déc. 1803), élu par le Sénat conservateur député des Bouches-du-Rhône au Corps législatif, il refusa pour raison de santé de siéger à Paris.

Situation de fortune

S. fut l'héritier des biens et propriétés de Noble Antoine Servan sieur de Roussan et de Granville, son oncle, par testament ouvert judiciairement le 7 octobre 1763 ; mais il prit véritablement possession de cet héritage le 21 mai 1768 (A.M. Saint-Rémy-de-Provence) : quarante-six terres au total, huit vignes et deux vergers avec des oliviers constituent cette succession. S. sera aussi sieur de Granville : un mas et tènement sur le terroir de Saint-Rémy-de-Provence seront les éléments de cet acquis. Le 5 décembre 1785 il aliénera Granville à cause de revers de fortune et pour assurer la tutelle de sa jeune sœur. Ses nombreuses publications et ses voyages, malgré quelques rentes viagères en Suisse, ne l'ont pas enrichi ; il ne resta à l'ouverture de son testament, le 15 février 1808, que 1818 francs. Ses héritiers principaux étaient l'abbé Michel Servan prêtre (1745-1837) et les filles des dames Prunelle. De plus il destinait des biens particuliers aux personnes déjà citées, mais aussi à M. de Prunelle et à M. Chanrion, homme de loi à Lyon (A.D. Bouches-du-Rhône).

Opinions

La carrière mouvementée de S. fut surtout dominée par ses rencontres avec Voltaire (échange de correspondances de 1765 à 1772) et avec Rousseau (1768). Il rencontra et correspondit aussi avec Mirabeau, Malesherbes, Brissot, Boissy d'Anglas, et sous Bonaparte, avec Siméon, Portalis et Thibaudeau. En 1789 S. se rattacha au parti patriote, comme Condorcet, Target, Bergasse, Lacretelle, Danton, Hérault de Séchelles, Fréteau, Brissot, Mirabeau, La Fayette, et La Rochefoucauld (E. Lavisse, Histoire de France, t. IX, 1er part., p. 356). A la fin de 1789 et en 1790 il se conduisit en monarchien : soutien actif du club monarchique comme le fut Mallet Du Pan. Il soutint également le Club très modéré des Impartiaux. Si influencé par Voltaire, il montra quelque hostilité à l'égard des Jésuites, ses anciens éducateurs, il était cependant connu pour faire un très bon accueil aux prêtres. Ses œuvres posthumes font état de ses convictions déistes, mais il passait pour athée à Saint-Rémy-de-Provence.

Activités journalistiques

En 1781, lors d'un séjour à Lausanne, S. publia sa Première Feuille jetée au vents (D.P.1 463). Les Eclaircissements sur la vie et les écrits de J.J. Rousseau furent publiés en 1783 en plusieurs livraisons dans le Journal encyclopédique ou universel (t. I, II, III, févr., mars, avril). Il publia en février 1789 la Première aux Grands, suivie de la Seconde (avril) puis de la Troisième (nov.). Voir D.P.1 1144.

Publications diverses

Une bibliographie partielle des œuvres abondantes de S. a été établie par Rochas et par Brun-Durand ainsi que par Brun-Durand dans Trois Servan (p. 14-21). Il eut son premier succès lorsqu'il prononça, le 21 novembre 1763, à la rentrée du Parlement de Grenoble sa «Mercuriale sur la véritable philosophie». Pour sa célébrité, son «Discours sur l'administration de la justice criminelle», qu'il prononça le 26 novembre 1766, à la rentrée du même Parlement, fut plus déterminant encore. Diffusé en Suisse en 1767, il lui conféra une renommée européenne. Ce texte, partiellement inspiré par le Traité des délits et des peines de Beccaria, le fit connaître des juristes, mais surtout des encyclopédistes et des philosophes. Voltaire le félicita. En 1767 son Plaidoyer dans la cause d'une femme protestante suscita une profonde émotion. Voltaire, à sa lecture le compara au meilleur discours de Cicéron. Le 27 novembre 1769, son Discours sur les mœurs l'éleva au sommet de la gloire. A Grenoble, la foule le porta en triomphe jusqu'à son domicile. En cette circonstance, grâce à Voltaire, il rencontra Mallet Du Pan. En 1773, S. prononçait une des oraisons funèbres de Charles Emmanuel III, duc de Savoie et roi de Piémont Sardaigne. En 1783 dans ses Réflexions sur les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, il critiqua la publication de lettres posthumes de Rousseau et la mise en cause de Mme de Warens dans les Confessions. Le plus célèbre de ses trois projets de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est daté du 31 juillet 1789 et fut examiné le même jour à l'Assemblée nationale. Un second projet, publié à Lausanne le 24 août 1789, fut interdit et sa diffusion interrompue par les autorités bernoises. Parmi des œuvres authentiques ou attribuées, publiées en 1789, se détache l'Adresse aux amis de la paix. Celle-ci parut à la fin de la même année à Lyon et à Grenoble, puis réfutée et complétée par des suppléments ; ce qui pose le problème d'œuvres attribuées à S. de 1787 à 1790. En 1795, S. publia : Des assassinats et des vols politiques ou des proscriptions et confisca­tions et Essai sur la conciliation de l'intérêt et de la justice, relatif aux assignats. Sur les Révolutions et à propos des Essais de Montaigne, S. laissa de nombreuses œuvres posthumes qui furent incomplètement publiées.

Bibliographie

N.B.G. ; B.N.C. – A.D. Bouches-du-Rhône, XIII Q 21/716, Déclaration de succession du VIII pluviôse an XIII, f° 194 r°. – A.M. Romans-sur-Isère, GG 29, acte de baptême, reg. par. Saint-Barnard-de-Romans (1729-1739), p. 91-92. – A.M. Saint-Rémy-de-Provence, CC 12, protocole de Me Lieutard cadastre de Saint-Rémy-de-Provence de 1730 à 1810, t. II, f° 710-719. – Boissy d'Anglas F.A., Les Etudes littéraires et poétiques d'un vieillard, Paris, Kleffer, 1825, p. 283-302. – Brun-Durand J., Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, Grenoble, Librairie dauphi­noise, 1900-1901. – Id., Trois Servan, ibid., 1901, p. 5-13. – Desjardins A., Servan et l'instruction criminelle, Paris, 1883, p. 5-43. – Dochier J.B., Mémoires sur la ville de Romans, Valence, Montai, 1812, p. 288-295. – Hulst A., Notice historique sur la vie et les ouvrages de S. en tête des Œuvres choisies, Liège, Collardin, 1819,1.1, p. 15 et suiv. – Lacroix A., Romans et le Bourg de Péage avant 1790, Valence, 1897, reprint Marseille, Lafntte, 1978, p. 340-342. – Lanier J.F., Michel Joseph Antoine Servan (1737-1807) avocat général de l'humanité, Romans, chez l'auteur, 1995. – Id., Un magistrat «éclairé» avant et pendant la Révolution française : Michel Joseph Antoine Servan (1737-1807), Grenoble, 1997. – Lavauden J., Eloge de Servan prononcé à la séance d'ouverture des conférences de l'ordre des avocats de Grenoble le vendredi 17 décembre 1858, Grenoble, Maisonville, 1859, p. 8-35. – Ludière F., Encyclopédie du XIXe siècle, Paris, 1844, t. XXII, p. 343-344. – M'Roe H., Michel Servan avocat général au parlement de Grenoble : étude historique, Lyon, Perrin, 1847, p. 6-17. – Merville F.M., Procès verbal de l'audience solennelle de rentrée de la Cour impériale, Lyon le 4 novembre 1861, Lyon, Perrin, 1861, p. 9-70. – Mesnard Q., Etudes sur les jurisconsultes anciens et modernes : rentrée de la Cour impériale d'Aix, Aix-en-Provence, 1861, p. 401-429. – Portets X. de, Notice sur la vie et les ouvrages de Michel de Servan avocat général au parlement de Grenoble, dans S., Œuvres choisies, 2e éd., Paris, chez les Editeurs, 1825,1.1, p. VII-CXXVII. – Rochas H.J.A., Biographie du Dauphiné, Paris, Charavay, 1856-1860. – Vernet A., Histoire anecdotique de Grenoble, Grenoble, Gratier, 1902, t. III, p. 325-328. – Id., Servan ou l'art de survivre, Grenoble, 1997.

Auteur(s) de la notice


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