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Paul SCARRON (1610-1660)

État civil

Paul Scarron est né à Paris le 14 juillet 1610, sur la paroisse Saint-Sulpice. Il est le septième enfant de Paul Scarron, conseiller au Parlement, surnommé «l'Apôtre», qui mourra en 1643 et de Gabrielle Goguet, morte en septembre 1613. Sa famille paternelle est originaire du Piémont ; son ascendance maternelle a pour berceau Fontenay-le-Comte. Pierre Scarron, évêque de Grenoble de 1620 à sa mort en 1668, est son oncle. Entre février et mai 1652, S. épousera Françoise d'Aubigné, future Mme de Maintenon (Gazette de Loret, 9 juin 1652). Il meurt en 1660 ; le 7 octobre, son corps est inhumé à Saint-Gervais.

Formation

On ignore tout de ses études. Mais il savait le latin, le grec et l'espagnol.

Carrière

S. passe à Charleville ses treizième et quatorzième années. En 1629, il prend le petit collet. Vers cette époque, il fréquente Marion de Lorme, chez laquelle il se lie avec le futur cardinal de Retz. Hantant coulisses et cabarets, il entre en relations avec Sarasin, Tristan, Saint-Amant, Faret, Beys, Neufgermain, Mairet. Fin 1663, il devient «domestique» de l'évêque du Mans, Charles II de Beaumanoir, qu'il suit à Rome en 1635. Au cours de ce séjour qui dura huit mois, il fit la connaissance de François Mainard et de Nicolas Poussin. De retour au Mans, il devint chanoine du chapitre de la cathédrale, le 18 décembre 1636. On le voit alors en liaison avec la famille de Lavardin, la comtesse de Modène, qui vit à Malicorne, et ses enfants, Henri, le marquis, Philibert Emmanuel, l'abbé, plus tard évêque du Mans, qui avait été du voyage d'Italie, et Madeleine. Dans ce milieu, il retrouve Tristan. Chez le comte de Belin, il renoue avec Mairet, se lie avec Rotrou, prend part, semble-t-il, à la querelle du Cid en composant deux pamphlets contre Corneille (Magne, Bibliographie, n° 251-252). Il est reçu à Bonnétable, chez la comtesse de Soissons, où l'on danse des ballets organisés par Louis de Mollier, au château de Sablé, où il rencontra probablement La Mesnardière, chez le comte de Tresmes, gouverneur du Maine. Avec Rosteau, jeune chirurgien du Mans, il court les tripots. En 1638, il éprouve les premières atteintes du mal qui devait bientôt le clouer sur son célèbre fauteuil. Exilée au Mans fin 1639 ou début 1640, Marie de Hautefort devient sa protectrice. Dans le courant de 1640, S., de retour à Paris, s'installe rue de la Tissanderie, au Marais. En 1641, il fait une cure de six semaines à Bourbon-l'Archambauld : sa Première légende de Bourbon, que l'on peut considérer comme une ébauche de son activité de journaliste, et qu'il adresse à Mlle de Hautefort, passe en revue les brillantes relations qu'il s'y est faites. Il y retourne l'année suivante, et s'y retrouve notamment avec Gaston d'Orléans. Après s'être logé un moment rue des Saints-Pères, pour être à proximité de l'Hôpital de la Charité, il revient habiter au Marais, derrière la place Royale. En 1643, grâce à Mlle de Hautefort, il obtient de la reine, à titre de son malade, 500 écus, transformés l'année suivante en pension régulière grâce au commandeur de Souvré. En 1646, il passe deux mois au Mans pour ne pas perdre ses droits à la prébende. Favorable à la Cour pendant la Fronde parlementaire, après la paix de Rueil, ayant réclamé vainement que lui soit payée sa pension, il se tourne contre Mazarin, auquel il avait dédié, sans profit, en 1644, son Typhon, et commence à penser à sa Mazarinade. A l'Hôtel de Troyes, rue d'Enfer, derrière le Luxembourg, il est visité par les Frondeurs, dont l'un des plus assidus est le coadjuteur, et par les émissaires de Condé. En 1651, S. publie sa fameuse Mazarinade dont s'autorisent abusivement les ennemis du cardinal pour faire passer sous son nom leurs libelles diffamatoires en dépit de ses démentis. Cette même année, il prend une part dans la nouvelle Compagnie des Indes, résigne son canonicat en faveur du secrétaire de Ménage, Girault. En octobre 1652, et jusqu'au début de 1653, il se rend avec la jeune Mme Scarron en Touraine, dans sa propriété des Fougerets, près d'Amboise, peut-être avec le dessein de s'embarquer à Nantes pour la Guyane (Gazette de Loret, oct. 1652). Presque dès son retour à Paris, il s'installe rue Neuve-Saint-Louis, au Marais, où son salon devient le rendez-vous des gens du monde, comme le maréchal d'Albret, Vivonne, Saint-Aignan, le comte de Châtillon, la comtesse de Fiesque, Mme de La Sablière, Mme de Sévigné, de gens de lettres, tels que Marigny, Scudéry et sa sœur, Furetière, Pellisson, Boisrobert, Gilles Boileau, d'artistes comme Mignard. En 1657, S. demande l'autorisation d'installer chez lui un laboratoire, et d'y fabriquer l'or potable. Plus tard, grâce à Fouquet, il songe à créer une compagnie de «déchargeurs» destinée à la livraison des marchandises dans Paris. II se laisse aussi duper par un associé indélicat, Baron, dont il se venge par la satire, publiée après sa mort, de la Baronade, dans une affaire douteuse de recouvrements de créances. Après avoir tenté de rentrer en grâce auprès de la reine et de Mazarin, et avoir sollicité en vain le surintendant Abel Servien et le chancelier Séguier, il avait obtenu de Fouquet, sur l'entremise de Pellisson, une pension de 1600 £ et sa protection. S., depuis longtemps, ne quittait plus Paris, sinon pour aller passer l'été chez sa sœur Françoise à Fontenay-aux-Roses. Son activité de journaliste fut occasionnelle et de courte durée. Les deux Légendes de Bourbon avaient montré ses dons pour la relation mondaine et la chronique amusante. La Mazarinade avait mis en lumière sa vigueur de pamphlétaire burlesque et de polémiste. Sa Gazette burlesque, commencée le 14 janvier 1655 fut interrompue dès le 22 juin de la même année.

Situation de fortune

S. avait fait de sa part d'héritage paternel une donation entre vifs à Françoise de Plaix, que son père avait épousée en secondes noces vers 1617, et à ses trois enfants, moyennant une rente. Cet acte fut à l'origine d'un long procès. En 1652 seulement, un jugement définitif donnait à S. droit à sa rente, mais maintenait la donation entre vifs, qui fut résiliée lorsqu'il se maria. A partir de 1643, n'ayant d'autres ressources qu'une pension de 500 écus et sa prébende de chanoine au chapitre de Saint-Julien-du-Mans, il cherche à vivre de sa plume, exploitant ce qu'il appelle avec esprit son «marquisat de Ouinet», notamment grâce au Virgile travesti, qui commence à paraître en janvier 1648 à raison, en principe, d'un livre par mois, mais qui sera interrompu après le livre VII, en 1653, non sans avoir valu à son auteur, d'avance, 11 000£ pour les onze derniers livres du poème (Boislisle, p. 194-195). La première partie du Roman comique, en 1651, lui rapporte 1000 £ (ibid., p. 108-110). En dépit cependant de ses succès au théâtre, et des cadeaux de ses amis, S., après son mariage, continuera à connaître une existence matérielle précaire : ses Gazettes burlesques, en particulier, apparaissent comme une besogne alimentaire. Jusqu'à sa mort, S. ne cessera de multiplier les sollicitations et de tenter sans succès diverses spéculations.

Opinions

Pendant la Fronde, après avoir pris parti pour la Cour, il se tourne vers les Frondeurs. Ce revirement lui vaut de violentes attaques de Cyrano de Bergerac (Lettre contre Ronscar, et Lettre contre les Frondeurs), qui avait suivi l'évolution inverse.

Activités journalistiques

L'œuvre de S. journaliste se trouve réunie dans le Recueil des Epîtres en vers burlesques de M. Scarron et d'autres auteurs sur ce qui s'est passé de remarquable en l'année 1655, Paris, Alexandre Lesselin, 1656 ou 1657 (6 exemp. connus, dont 4 incomplets). Le privilège accordé pour cinq ans le 9 janvier à S. pour ses Epîtres en vers, registre le 12 janvier, fut cédé à Lesselin après le quatrième numéro, daté du 9 février (acte du 2 févr.). La nouvelle gazette, hebdomadaire et de format in-40, concurrence Loret, à qui S. rend justice dès le premier numéro (14 janv.), et Robinet, dont la Muse héroï-comique est éditée sans privilège par le même Lesselin ; mais elle ne prétend nullement doubler celle de Renaudot. Après sept numéros (14 et 21 janv., 1er , 9, 16 et 23 févr., 2 mars), S. se voit contraint de s'interrompre à cause de ses maux d'oreille. Il donne un numéro isolé le 8 avril, mais la publication régulière ne reprend qu'avec le numéro du 12 mai, et la fiction d'un commerce épistolaire entre Jacquemard, horloge de Saint-Paul et la Samaritaine, horloge du Pont-Neuf, utilisée jusqu'alors, est abandonnée ; désormais, chaque épître est adressée par S. à une personne différente, susceptible de se montrer généreuse envers le rédacteur : le marquis de Molac (12 mai), M. d'Alzau (20 mai), Servien (26 mai), Potel le Romain (1er juin), Mlle de Sainte-Hermine (9 juin), la marquise de Villars (16 juin), la marquise de Montaterre (22 juin). A partir de cette date, S. s'arrête définitivement. F. Lachèvre a supposé que ce silence n'était pas sans relation avec l'affaire de l'Ecole des Filles, où S. se trouve impliqué (il a procuré l'ouvrage à Foucquet). Le 29 juin, Lesselin improvise un numéro dédié à S. (Lettre à Monsieur Scarron, écrite par un sien ami sur le sujet de ses Epîtres qu'il donne au public toutes les semaines). A partir du 4 août, la plume passe à Julien, que F. Lachèvre (Historique de la Gazette burlesque) identifierait volontiers avec Saint-Julien, auteur, pendant la Fronde, des Courriers burlesques. On ne considérera pas comme faisant partie de l'œuvre journalistique de S. les mazarinades, pamphlets publiés séparément ; mais il a joué dans l'évolution du genre, comme l'a montré H. Carrier, un rôle important (La Presse de la Fronde, 1648­1653 ; les Mazarinades, Genève, Droz, 1989-1991).

Bibliographie

Loret, Muse historique, 23 janv. 1655. – Boislisle A. de, P. Scarron et Françoise d'Aubigné d'après des documents nouveaux, Paris, 1894. – Magne E., Bibliographie générale des œuvres de Scarron, Paris, Giraud-Badin, 1924. – ld., Scarron et son milieu, Paris, Emile-Paul, 1er éd. 1905, rééd. 1924. – Lachèvre F., Un point obscur de la vie de Scarron : Scarron et sa Gazette burlesque (14 janv. -22 juin 1655) réimprimée pour la première fois, précédée d'une introduction reproduisant deux lettres de Pierre Louys, et de l'historique de sa Gazette burlesque, Paris, L. Giraud-Badin, 1929 (voir aussi à l'Appendice de cet ouvrage, « M.E. Magne et la Gazette burlesque de Scarron (1655)», p. 205-210). – ld., Glanes bibliographiques et littéraires, 1929, t. II, p. 159-160. – Morillot P., Scarron et le genre burlesque, Paris, Lecène et Oudin, 1888.

Auteur(s) de la notice


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