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Jean Baptiste François ROZIER (1734-1793)

État civil

Jean Baptiste François Rozier est né à Lyon le 23 janvier 1734 (état civil cité par B, p. 5). Son père, Antoine Rozier, était commerçant à Colombe en Dauphiné (D, p. II) ou, plus probablement, à Sainte-Colombe, près de Vienne ; il possédait en effet des terres à Sainte-Colombe et à Saint-Cyr au Mont-d'Or (B, p. 5) ; il avait été contrôleur provincial des guerres. La famille Rozier comptait, dit-on, huit enfants  (B.Un). À la fin de sa vie, R. vivait avec une sœur qui a fourni à Dugour plusieurs indications biographiques (D, p. XII). Il est mort à Lyon le 29 septembre 1793, lors du siège de Lyon, tué par l'explosion d'une bombe (B, p. 29 ; D, p. XII).

Formation

Il fit ses premières études avec un instituteur (D, p. II), séjourna peut-être au collège des Jésuites de Villefranche (B.Un.), puis entra au séminaire Saint-Irénée de Lyon, dont le directeur, le P. Vidal, le prit sous sa protection. Quoique porté vers les études scientifiques, il se résigna à l'état ecclésiastique (D, p. III) ; mais dès le 31 juillet 1752, il était reçu maître ès arts de l'Université de Valence, et le 3 août 1755, docteur de l'Université (B, p. 8). À la mort de son père, en 1757, il reçut sa légitime tandis que le domaine familial passait à son frère aîné. R. en prit cependant la direction et se consacra à l'agriculture (D, p. 3).

Carrière

Il entre alors en relations avec Claude Bourgelat, directeur de l'école vétérinaire de Lyon, avec Claret de La Tourette et Pierre Jean Willermoz (cf. L. Trénard, Lyon de l'Encyclopédie au Préromantisme, Paris, P.U.F., 1958, p. 67). Quand Bourgelat est nommé à Alfort en 1765, R. lui succède à la tête de l'école vétérinaire de Lyon ; mais une brouille avec Bourgelat lui vaut d'être destitué l'année suivante (D, p. 4 ; B, p. 10). II publie ses premières Démonstrations en 1766 et reçoit le prix de l'Académie royale d'agriculture de Limoges ; en 1769, il est couronné par l'Académie de Marseille et se voit élu par de nombreuses académies et sociétés savantes (la liste en est donnée par C, p. 13). Il est chargé par Turgot de plusieurs missions dont une en Corse, d'octobre 1775 à mai 1776 ; en 1777, il se rend en Hollande avec Desmarets. À la même époque, le roi Stanislas lui offre la direction de l'enseignement agronomique en Pologne ; R. refuse ; Stanislas lui fait obtenir, en décembre 1779, le bénéfice du prieuré de Nanteuil-le-Haudoin (B, p. 18). R. achète, en juillet 1780, le domaine de Beauséjour près de Béziers, et y installe en 1781 une ferme modèle (B, p. 21-24), mais un procès avec l'évêque de Béziers au sujet d'un droit de passage le décourage ; il revend son domaine et, en 1786, s'installe à Lyon, dans le quartier de la Croix-Rousse (B, p. 25). Il fonde, en décembre 1785, un cours gratuit d'agriculture (B, p. 27). Il devient chanoine d'honneur de Saint-Paul en 1787, est élu à l'Académie en 1788, et obtient la direction de la pépinière provinciale. Dès le début de la Révolution, il prend parti en faveur du nouveau régime, est nommé curé constitutionnel de Saint-Polycarpe (B, p. 29) et se consacre à sa paroisse. Il est tué par une bombe, dans l'exercice de ses fonctions, dans la nuit du 28 au 29 septembre 1793.

Opinions

Chargé de diverses fonctions officielles, auteur renommé, c'est pourtant à ses revenus ecclésiastiques que R. dut l'essentiel de sa fortune. Selon de Boissieu, il put acheter le Journal de Physique grâce au bénéfice que lui valut son titre de chevalier de l'Eglise de Lyon en 1771 (B, p. 13). Le bénéfice de son prieuré de Nanteuil lui permit d'acquérir le domaine de Beauséjour, puis de vivre de ses rentes, jusqu'en 1789. Dugour le considère avec raison comme un « philosophe » (p. XI). Il fut l'ami des encyclopédistes (Trénard, op. cit., p. 67), des physiocrates, et, à la fin de sa vie, des francs-maçons. Il fut inscrit à la loge des « amis réunis » (A. Le Bihan, Francs-maçons du Grand-Orient de France, Paris, Bibliothèque nationale, 1966). En 1768, il rencontra Jean-Jacques Rousseau à Lyon, herborisa avec lui dans le Lyonnais et fit en sa compagnie une excursion dans la Chartreuse. En 1776 cependant Rousseau lui reproche de s'approprier ironiquement la devise « vitam impendere vero » (en tête des Observations d'août 1776) et l'accuse de complicité avec les philosophes (quatrième promenade des Rêveries). R. eut pendant toute sa vie quelques amis fidèles, en particulier Claret de La Tourette, son associé à l'école vétérinaire de Lyon, et le médecin Gilibert, qui le recommanda à Stanislas et l'appuya à la mairie de Lyon jusqu'en 1793.

Activités journalistiques

6. Observations sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts : au début de 1771, R. rachète le privilège des Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique et sur la peinture, fondées par Jacques Gautier d'Agoty en 1752 et continuées épisodiquement par son fils, Arnauld Eloi d'Agoty (D.P.1 1089). Dans le «Tableau des matières», publié en prospectus puis en tête du premier volume en 1772, il annonce ses centres d'intérêt : la physique, la chimie, l'histoire naturelle et les arts «mécaniques» : l'agriculture, l'industrie, la médecine ; il laisse de côté la peinture et les beaux-arts en général : il souligne l'aspect «encyclopédique» de son entreprise (McKie, p. 73 et suiv.). Il donne des comptes rendus et publie des mémoires originaux, notamment de Lavoisier, de Priestley, de Black (McKie, p. 83 et suiv.). Distribuées par Le Jai, les Observations, souvent appelées «Journal de Physique», connurent un vif succès. Dugour parle de 1500 souscripteurs (p. 8) ; dans son Mémoire contre Dagoty, R. insiste plutôt sur les difficultés de la publication : il aurait perdu 3500 £ en 1771, 2800 £ en 1772, 1300 £ en 1773 ; s'il gagne 400 £ en 1774, il n'a encore en 1777, que 557 souscripteurs (Mémoire pour le Sieur abbé Rozier [...] contre le Sieur Jacques-Gautier Dagoty père, p. 8). En 1778, il entame un procès contre Gautier d'Agoty qui exige de lui une pension viagère de 9800 £ ; il affirme avoir créé un périodique original et défend son droit d'auteur (ibid., p. 5-8). Dès 1772, les Observations ont été lues comme un «supplément aux volumes des Académies » (ibid., p. 6), d'où le format « savant » in-4° qu'il a adopté en janvier 1773, après avoir publié 18 volumes in-12 (description par McKie, p. 79-81). R. poursuit régulièrement la publication à raison de deux volumes par an jusqu'en 1779. À cette date, il abandonne le journal pour se consacrer à son Cours d'agriculture ; les Observations sont reprises par Mongez qui les publie de 1780 à 1785 ; en 1794, elles prendront le titre de Journal de physique.

Publications diverses

L'ouvrage principal de R. est le Cours d'agriculture dont le premier tome parut en 1781 et le t. X en 1798 ; un supplément en 2 vol. parut en 1800. Une réédition fut donnée en 1800, en 10 vol., sous le titre de Cours complet d'agriculture avec la notice de Dugour sur la vie et les écrits de R. R. a publié en outre des Démonstrations élémentaires de botanique (1766, 2 vol.), un Mémoire sur la manière de se procurer les différentes espèces d'animaux (1774), une Nouvelle table des articles contenus dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris depuis 1666 jusqu'en 1770 (1775-1776, 5 vol.) et de nombreux mémoires sur la fabrication du chanvre, des alcools, des huiles, etc.

Bibliographie

8. B.Un. Mémoire pour le Sieur Abbé Rozier [...] contre le Sieur Jacques-Gautier Dagoty père, impr. Clousier, 1778 (B.V. Grenoble, Presse 1900). – (B) Boissieu A. de, Eloge de l'abbé Rozier, Lyon, Barret, 1832 (ouvrage couronné par l'Académie de Lyon lors du concours proposé sur ce sujet). – (C) Cochard, Notice historique sur l'abbé Rozier, Lyon, Ainé, 1832. – (D) Dugour A.J., «Notice sur la vie et les écrits de l'abbé Rozier», en tête du t. X du Cours complet d'agriculture, Paris, Librairie d'éducation, 1800,10 vol. – Thiebeau de Berneaud A., Eloge historique de l'abbé François Rozier, Paris, 1833. – Neave E.W.J., « Chemistry in Rozier's journal», Annals of Science, t. VI, 1950, p. 416-421 ; t. VII, 1951, p. 101­106, 144-148, 284-299, 393-400 ; t. VIII, 1952, p. 28-45. – McKie, D., «The Observations of the abbé François Rozier (1734-1793)», Annals of Science, t. XIII, 1957, p. 73-89.

Auteur(s) de la notice


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