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Thomas Marie ROYOU (1743-1792)

État civil

Thomas Marie, connu sous le nom d'abbé Royou, est né à Quimper, le 25 janvier 1743 (D.L.F. ; B.Un. donne 1741 mais la notice contient beaucoup d'erreurs) ; il était fils d'un procureur fiscal de Pont-l'Abbé. Il eut au moins deux frères, tous les deux hommes de loi ; le cadet, Jacques Corentin (1749-1828) fut son proche associé dans la lutte contre-révolutionnaire que mena L'Ami du Roi, et il poursuivit la lutte, après la mort de R., dans divers périodiques et ouvrages de son cru. L'aîné des Royou, Guillaume (1739-1805), «avocat au Parlement de Rennes», évita les controverses chères à ses frères et vécut en Angleterre dès le début de la Révolution (Trévedy, p. 24-28). La sœur de R., Anne Françoise (1748-1814) fut la seconde femme - sans enfants - d'Elie Catherine Fréron ; elle hérita de L'Année littéraire à la mort de son mari, d'abord avec son beau-fils Stanislas, puis resta seule propriétaire à partir de 1781 (A.N., T 54161). R. mourut, probablement à Paris, le 22 juin 1792 (peut-être le 21 juin, sûrement pas le 8 juillet comme il est dit souvent). La date est fournie par le zélé royaliste Regnaud de Paris dans sa notice nécrologique du Journal général, le 27 juin 1792.

Formation

Il professa pendant plus de vingt ans la philosophie au collège Louis-le-Grand (Feller-Weiss). Il fut, jusqu'en 1789, dénommé «docteur en théologie, chapelain de l'ordre de Saint-Lazare, professeur de philosophie au collège Louis-le-Grand».

Carrière

R. semble avoir passé toute sa jeunesse en Bretagne, et le reste de sa vie à Paris.

Situation de fortune

Indépendamment de son salaire d'enseignant, R. ne semble avoir eu d'autre source de revenus que ses écrits. Par un contrat dressé le 26 février 1784 avec sa sœur, Mme Fréron, R. lui céda le privilège du Journal de Monsieur et promit de travailler pendant deux ans, à dater du 1er janvier 1784, soit au Journal de Monsieur, soit à L'Année littéraire. Il devait être payé 600 £ par an, qu'il travaillât ou non à ces journaux, pourvu qu'il ne s'engageât avec aucun autre (A.N., T 54161). Le journal de R., L'Ami du Roi, fondé le 1er septembre 1790 pour lutter contre la Révolution, fut immédiatement un succès commercial et le resta jusqu'à son interdiction. La sincérité de R. peut difficilement être mise en doute, mais il fut également poussé par l'intérêt. Accusé d'avarice par ses ennemis, Desmoulins déclara en 1790 qu'il saluait la chute du Journal de Monsieur, avec la réserve suivante : «sacrée b... de religion, voilà plus de mille écus qu'il m'en coûte pour te défendre» (Révolution de France et de Brabant, n° 65, p. 620).

Opinions

Associé par les liens familiaux à Fréron (il était déjà son beau-frère quand son frère Corentin épousa l'une des filles du premier lit de Fréron), il subit l'influence de ses idées. Cependant, ses violentes attaques contre les philosophes ne devinrent vraiment furieuses qu'à partir de la Révolution. R. fut un catholique intégriste, autoritaire et intolérant : il considérait la liberté de conscience, la raison et l'innovation comme les monstres du temps. Il poursuivit la campagne anti-philosophique de Fréron dans tous ses écrits. Intolérant par nature comme par principe, il eut la réputation d'être détesté de ses élèves au collège Louis-le-Grand ; ses intempérances de langage eurent pour effet de faire retirer ses articles de L'Année littéraire, par crainte que le journal ne perdît son privilège : ces critiques ont été formulées par La Harpe, ennemi déclaré de R. dans le Mercure de France, 20 février 1790, p. 112-113, en réponse aux attaques de L'Année littéraire. Cependant il eut le soutien fidèle de son collègue Geoffroi, de sa sœur Mme Fréron et de son frère Corentin, à la fois avant la Révolution et lors de la querelle d'août 1790, quand, opposé à Montjoie, Crapart et Briand, il quitta leur journal pour fonder le sien, L'Ami du Roi. Il ne se réconcilia jamais avec Montjoie.

Activités journalistiques

La réputation de R. comme journaliste est surtout née de son opposition à la Révolution dans L'Ami du Roi, entre 1790 et 1792. Auparavant, il avait cependant acquis une longue expérience du journalisme.

L'Année littéraire : R. a presque certainement collaboré à ce journal durant la vie de Fréron. Grosier, qui le reprit à la mort de Fréron, en qualité d'éditeur principal, a affirmé que R. et Geoffroy, ses collaborateurs, «étaient à cette époque peu exercés dans l'art d'écrire, peu façonnés aux formes du genre polémique et à la tactique des journaux» (lettre au Journal de Paris, 10 avril 1817, citée dans l'art. «Grosier», B.Un.). Grosier ne resta que peu de temps éditeur de L'Année littéraire, et R. y joua progressivement un rôle de plus en plus important avec l'appui de sa femme, sœur de Fréron, et en s'alliant provisoirement à Stanislas Fréron. Linguet a noté dans ses Annales, peu de temps après la mort de Fréron : «M. Grosier a, en effet, travaillé quelque tempsà L'Année littéraire. C'est aujourd'hui l'abbé Royou qui le remplace» (H.P.L.P., t. II, p. 33). En mars 1780, commentant la réfutation par R. des Epoques de la nature de Buffon, Meister appelait R. le «digne successeur de l'illustre Fréron, plus savant que lui peut-être, tout aussi impartial, mais un peu moins plaisant » (CL., t. XII, p. 380). R. est resté à la tête du journal de la fin de 1778 au milieu de 1781. Evincé par Stanislas Fréron, il réussit à s'emparer à son tour du privilège et restera désormais le seul directeur du journal (sur la succession de Fréron en 1778, voir Balcou, p. 460-463). Le rôle de R. dans L'Année littéraire n'a pas été établi définitivement. Il n'y écrivit probablement pas tant qu'il eut son propre Journal de Monsieur ; après la chute de ce dernier, il passe pour avoir écrit exclusivement dans L'Année littéraire. Il y joua dès lors et jusqu'à mars 1790, un rôle déterminant. Il est certain qu'il ne travaillait plus à L'Année littéraire quand il publia le premier Ami du Roi le 1er juin 1790.

Journal de Monsieur : R. et Geoffroy achetèrent le privilège de ce journal pour 4000 £ en 1781, à un moment où le nombre des souscripteurs était tombé à moins de 100 (D.P. 1 674). Il tomba en 1783 «faute de souscripteurs», selon l'avis de La Harpe, l'un de ses adversaires (Correspondance, t. I, p. 418), peut-être aussi sur l'ordre de Monsieur, à l'instigation de l'Académie (H.P.L.P., t. II, p. 211).

L'Ami du Roi : entre le 13 juin et le 6 août 1790, R. assura la rédaction des articles de fond du premier Ami du Roi, après quoi il en fit son propre journal.

L'Ami du Roi : fondé par R., il parut entre le 1er septembre 1790 et le 4 mai 1792, avec une première interruption en juin et une seconde en juillet-août 1791.

Publications diverses

Le Monde de verre réduit en poudre, ou analyse et réfutation des «Epoques de la nature» de M. le comte de Buffon, par M. l'abbé Royou, Paris, s.d., in-12. Plusieurs articles de R. ont été réimprimés comme pamphlets.

Bibliographie

H.P.L.P. – A.N., T 54161. – Trévedy T., Fréron et sa famille, Saint-Brieuc, L. et R. Prud'homme, 1889. – Balcou J., Fréron contre les philosophes, Genève, Paris, Droz, 1974. – Popkin J.D., The Right-Wing Press in France 1792-1800, Durham, U. of North Carolina Press, 1980. – Id., Revolutio­nary News, the Press in France, Durham N.C., Londres, Duke Press, 1990. – Bertaud J.P., «L'Ami du Roi de l'abbé Royou», S.V.E.C. 287, 1991.P. 221-227. – Chisick H., The Ami du Roi of the Abbé Royou: The Production, Distribution and Readership of a Conservative Journal of the Early French Revolution, Philadelphia, American Philosophical Society, 1992.

Auteur(s) de la notice


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