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Jean ROY (1744-1805?)

État civil

Jean Roy (ou Roi) est né le 9 octobre 1744 à Bourges (Ersch ; Desessarts ; mais les reg. par. qui subsistent pour l'année 1744 ne mentionnent pas cette naissance). Il vit les temps troubles de la Révolution et meurt dans les premières années du XIXe siècle - au moins après 1801 (Desessarts), en 1805 selon le Catalogue de la Library of Congress.

Formation

Il fait des études de théologie. Il est reçu docteur ès arts à l'Université de Bourges et licencié en droit à la faculté de Paris (Q.). Il est membre associé ou correspondant de nombreuses sociétés et académies de France : Société royale de physique, d'histoire naturelle et des arts d'Orléans (depuis le 11 juin 1784 : voir A. Fauchon, «L'Académie des sciences, arts et belles-lettres d'Orléans», Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, 5e série, t. XXII, 1927, p. 110, 118), Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen (depuis le 16 févr. 1785 : voir A. Héron, Liste générale des membres de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, 1903, p. 46), Académie de Bordeaux (B.V. Bordeaux, ms. 1696, t. XXIX, lettre, 10 févr. 1785), académies d'Arras, de Montauban (depuis 1787 : voir E. Forestié, La Société littéraire et l'ancienne académie de Montauban, 2e éd., Montauban, 1888, p. 167, 293, 304), Société royale de Metz, Société patriotique bretonne. Il est également membre d'académies étrangères : Académie des Arcades de Rome, Académie Electorale et Palatine, Académie des sciences de Mannheim, Société d'émulation des arts et belles-lettres de Liège.

Carrière

Prêtre du diocèse de Bourges, il est nommé chanoine de l'église collégiale et séculière de Dun-Le-Roi (voir A.D. Cher : prise de possession de son canonicat, extraite des délibérations du chapitre tenu le 31 mars 1774). Il est protonotaire apostolique (Ersch). Il prête serment devant le Parlement de Paris dont il a le titre d'avocat (voir Nouvelle histoire des cardinaux français, t. I, 1785, Discours préliminaire). Au cours de la décennie 1770, il commence une carrière littéraire où il va s'affirmer moraliste et historien et qui ne semble pas être totalement passée inaperçue : en 1784, il présente au roi L'Ami des vieillards, dédié à la duchesse de La Vallière, il reçoit des brefs flatteurs du pape Pie VI pour ce même Ami des vieillards et pour la Nouvelle histoire des cardinaux français, dédiée, elle, au roi. Il remplit les fonctions de censeur royal, au moins à partir de 1784, et de secrétaire ordinaire du comte d'Artois et d'historiographe de ses ordres, au moins à partir de 1786. En 1785, il se présente (voir Nouvelle histoire des cardinaux, t. I), comme «conseiller intime de S.A.C. le Prince Evêque de Liège». A cette date, il habite à Paris rue Guénegaud, n° 20.

A la fin de 1787 (Ri), il reçoit d'un libraire étranger en paiement d'un manuscrit de sa composition (il s'agit d'un ouvrage sur les Assemblées nationales depuis le commencement de la monarchie) un billet au porteur signé Réveillon. Lorsque son notaire se charge de faire acquitter le billet, le sieur Réveillon l'argue de faux et intente une action criminelle en faux principal contre R. alors même que celui-ci n'a pas exigé judiciairement le paiement du billet (auquel cas une action criminelle en faux incident aurait pu seulement être formée). Cette affaire d'ordre privé va se trouver liée et mêlée en 1789 à une affaire d'ordre politique. Voici en effet que R. est accusé d'être «le moteur et l'instigateur» de l'émeute populaire du faubourg Saint-Antoine. Le « ministre de Paris», Laurent de Villedeuil, le fait arrêter le 3 mai «sur simple dicton d'accusation» ; plus tard R. assurera que Villedeuil voulait suspendre la publication de la brochure : Jean-Jacques ou le réveil matin des représentants de la nation (R2). Conduit au Châtelet (id.), détenu au secret (Ri), il est, le 5 mai, interrogé «sans forme juridique» et prouve son innocence. Cependant il n'est libéré que le 12. Il rentre chez lui et, sans avoir le temps de rétablir sa santé affaiblie ni de remettre de l'ordre dans ses affaires auxquelles on avait mis le feu, il est, le 27 du même mois, l'objet d'un arrêt provisoire prononcé par le Parlement de Paris (qui d'ailleurs le croit toujours en prison) dans le cadre de l'affaire du billet. Réveillon, qui, quelques jours plus tard, publie un Mémoire injurieux contre lui, tend, non sans habileté semble-t-il, à confondre les deux affaires et à accroître les préventions publiques contre son adversaire, lequel a tôt fait de passer pour un anti-patriote et un ennemi du peuple. Comme il refuse d'obéir à l'arrêt et se cache, R. devient la proie des accusations que colportent les journalistes : Tournon (Révolutions de Paris, n° 2), Feydel (L'Observateur, n° 5, 20, 36, 37,40, 83), Mercier (Annales patriotiques et littéraires de la France, n° 40), le rédacteur de la Chronique de Paris (n° 81), Camille Desmoulins (Révolutions de France et de Brabant, n° 7) et des auteurs de libelles telles que La Circulaire des districts ou dénonciation forcée des apôtres du despotisme (s.l.n.d.). Selon eux, R. aurait quitté Paris, aurait été reconnu dans un village de Picardie, à Vienne, à Bruxelles, conspirant pour le compte des aristocrates, travaillant à la solde des Polignac, revoyant et corrigeant le Mémoire signé des Princes, lié à l'abbé Caton Sabatier, au marquis de Beaupoil. Le 14 ou 16 juillet (Ri ; R2), «une espèce d'ecclésiastique», Edmond Cordier, est faussement pris pour R., conduit à l'Hôtel de ville et sur le point d'être «lanterné» à la Grève s'il n'avait été reconnu et identifié par des officiers municipaux (Cordier écrira peu après l'Exposé fidèle des manœuvres de plusieurs séditieux, sous le faux prétexte de se saisir de l'abbé Roy, s.l.n.d. ; c'est dire les risques que court la vie de R. Dans ses écrits justificatifs qui datent de 1790 (Ri ; R2), celui-ci repousse toutes ces accusations qu'il juge calomnieuses, fait état de ses œuvres et de ses actes qui témoignent de son patriotisme et, en donnant ses adresses successives, entend prouver qu'il n'a pas quitté Paris, qu'il ne s'est pas «expatrié» : le 27 mai au soir, il se réfugie chez les Vichard « rue Dauphine maison du bonnetier vis-à-vis le musée » où sa gouvernante, Catherine Alain, lui apporte ses effets indispensables (elle est, elle, le 29, interrogée, arrêtée et conduite à l'Hôtel de la Force, où, refusant de découvrir la retraite de son maître, elle finira par se suicider : voir Le Crime des suppôts de justice, s.l.n.d.). Il reste chez les Vichard, malade et sans quitter sa chambre jusqu'au 5 juillet. Du 5 juillet au 7 août, il loge avec les Vichard rue des Grands Augustins, dans l'hôtel garni de M. de Lamotte, n° 10, vis-à-vis l'hôtel de Saint-Cyr. Il est encore alité et ne sort pas une seule fois. Le 7 août, la famille Vichard regagne son domicile. R. demeure jusqu'au 8 mars avec une gouvernante chez M. de Lamotte où il voit souvent Baculard d'Arnaud, M. Guibert procureur au Châtelet. A partir du 8 mars – date après laquelle il compose ses pièces justificatives – R. refuse de révéler son adresse. On perd alors sa trace. Mais il semble avoir en mars 1790 recouvré sa santé et se déclare prêt à repousser tous les traits calomnieux.

Situation de fortune

Quand il prend possession de son canonicat, il paie la somme de 67 £ 10 sols pour les droits accoutumés dont 60 £ sont versées au trésor du chapitre (ms. cité). Le billet au porteur signé Réveillon s'élève à 7000 £ (Ri).

Opinions

Ecrivain soucieux d'inspirer «la saine morale», il s'est intéressé particulièrement aux problèmes de l'éducation, comme le prouve, entre autres, sa production périodique.

Activités journalistiques

6. Le Mentor universel, 1er juin 1784 - déc. 1785, Paris, Théophile Barrois le jeune, 16 vol. en 4 t., in-12, privilège du 31 mars 1784, périodicité mensuelle, puis bi-mensuelle (D.P. 1 910). Ce périodique se propose d'être « une encyclopédie complète d'éducation» et entend donner une analyse « raisonnée » des ouvrages nouveaux relatifs aux problèmes pédagogiques.

Le Petit Voyageur, Suite du Mentor universel : le prospectus paraît dans vol. 16 du Mentor. Consacré au voyage - si important en matière d'éducation - ce second périodique, approuvé le 10 mars 1785, est annoncé comme hebdomadaire. Le premier numéro est prévu pour le 8 janvier 1786. Mais nous n'avons retrouvé aucun exemplaire de cet ouvrage périodique, qui aurait eu cinq numéros (Ersch ; Desessarts).

Publications diverses

7. Cior 18, n° 57634-57640. – Ajouter : Lettre importante de M. l'abbé Roy à M. Bailly maire de Paris etc. suivie du serment civique signé de son sang, Paris, Laurens junior, 1790. Instructions sur toutes les assemblées nationales depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours : publié dans les premiers jours de l'Assemblée des notables, l'ouvrage est suspendu par un arrêt du Conseil d'Etat du roi et vaut une interdiction d'un mois au libraire Royer chargé du débit (R2). – Jean-Jacques ou le réveil matin des représentants de la nation française : les mots Jean-Jacques ont été ajoutés à l'insu de l'auteur par M. Genest d'Ormesse à qui a été vendu l'ouvrage imprimé chez Ballard et paru en juin 1789 (50 chap., 174 p.) (R2). – Signalons que, dans L'Ami des vieillards (1784, p. 43 n.), R. annonce la publication prochaine de sa traduction en vers français de l'Art poétique d'Horace.

Bibliographie

Ersch, t. III : Desessarts, t. V, p. 405-406 ; D.L.F. ; Q. – (R1) R., Lettre importante de M. l'abbé Roy à M. Bailly maire de Paris etc. suivie du serment civique signé de son sang, Paris, Laurens junior, 1790. – (R2) Id., La Vérité dévoilée ou mémoire d'une victime de l'aristocratie, s.l.n.d.

Auteur(s) de la notice


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