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Joseph Marie ROUBAUD (1735-1797)

État civil

Joseph Marie Roubaud est né à Avignon le 16 janvier 1735, baptisé à la paroisse Notre-Dame la Principale, fils de Pierre Pascal Roubaud et de Marguerite Tressol (A.D.V.), il appartient à une famille nombreuse. Son père a, en effet, vingt et un enfants (Ars.) parmi lesquels Pierre Joseph André (voir art. suivant) et Pierre Ignace, né le 28 novembre 1739 (A.D.V.) et connu sous le nom de Roubaud de Trésséol (B). R. meurt à Paris le 26 septembre 1797 (Sommervogel).

Formation

Inscrit à l'Université d'Avignon (A.D.V.). Le père a tout sacrifié pour donner à ses enfants «une belle éducation» (Ars.).

Carrière

R. entre le 7 septembre 1752 dans la Compagnie de Jésus. Il est successivement professeur de grammaire à Embrun, de rhétorique à Chalon-sur-Saône et de grammaire à Aix-en-Provence (Sommervogel). C'est là qu'il se trouve au moment de la suppression de l'Ordre. Il quitte alors la province pour Paris où il rejoint son frère Pierre Joseph André avec lequel il travaille aux feuilles des «économistes». En 1775, il est de retour dans sa patrie et devient rédacteur du Courrier d'Avignon lorsque ce journal est de nouveau publié. Mais il est relevé de ses fonctions, probablement en mars 1776, et reprend le chemin de Paris (B ; M). A partir de mai, il assure la rédaction de la Gazette d'agriculture en remplacement de son frère Pierre Joseph André alors malade ; il loge à la Communauté des Eudistes, rue des Postes (Ars.). Il consacre ses dernières années à l'étude et la littérature (B), publiant des traductions de Vies d'hommes religieux. Dans une lettre datée de septembre 1776 (Ars.), il affirme qu'on lui a antérieurement proposé un poste de secrétaire d'ambassade (car il sait «les langues» «et à peu près ce qui se passe en Europe»), mais qu'il n'était prêt à accepter que le poste d'Angleterre où réside un de ses frères ; or ce poste n'était pas alors vacant.

Situation de fortune

R. est d'une famille peu aisée parce que nombreuse (on ignore la profession du père). Après la mort de Pierre Pascal Roubaud, les enfants se servent « mutuellement de père » et ne cessent de s'entraider (Ars.). En septembre 1776, R. se représente au fond d'«un labyrinthe» où l'ont jeté des «circonstances plus tristes les unes que les autres» : son frère, professeur à l'Ecole royale de Paris, maître pourtant consciencieux et auteur de Discours sur l'instruction des élèves, se voit privé de son poste et renvoyé sans pension (sans doute s'agit-il de Pierre Ignace) ; son autre frère qui se trouve également à Paris, Pierre Joseph André, reçoit du roi un ordre d'exil. Il a une sœur à qui il s'est chargé de faire une pension de 600 £. Il ne cache pas que «plus d'une fois» des «postes plus qu'honnêtes chez l'étranger», «propres à assurer sa fortune», lui ont été proposés comme d'ailleurs à ses deux frères résidant à Paris ; mais, déclare-t-il, «nous avons préféré la peine et le mal être en France à la fortune qu'on nous offrait ailleurs» (Ars.).

Opinions

Il prétend n'avoir jamais lu de livre d'économie politique et n'avoir «jamais mis le pied chez M. de Mirabeau» à l'occasion de réunions d'économistes (Ars.). Il reste avant tout comme un estimable traducteur de l'italien et un esprit très versé dans la poésie latine (B).

Activités journalistiques

R. collabore avec son frère Pierre Joseph André au Journal de l'agriculture, du commerce et des finances au début de l'existence du périodique (cf. notice suivante).

A partir de juillet 1775, il est rédacteur du Courrier d'Avignon (D.P.1 262) qui, devenu monégasque le 8 février 1769 (Courrier de Monaco), reparaît, chez Niel, le 4 juillet 1775, à Avignon restituée l'année précédente au Pape. Mais il est renvoyé en mars 1776 «pour avoir manqué aux devoirs d'un rédacteur exact et prudent » (lettre du vice-légat Filomarino au secrétaire d'Etat, 2 nov. 1776, Arch. Vat., Leg. Avignon 313, f° 262 v° ou 222, f° 42) (M), et est remplacé par Artaud. Il cherche à obtenir le bail du Courrier aux dépens du titulaire Joachim Leblanc et offre à Rome une redevance supérieure, mais sans succès : le ministre Vergennes et l'ambassadeur de France Bernis interviennent en faveur de Leblanc (M). C'est sans doute en relation avec ces tractations menées à Rome qu'il faut comprendre l'allusion des M.S. (3 juin 1776) au «voyage d'Italie» auquel semble bien renoncer «l'abbé Roubaud» (il s'agit, selon toute vraisemblance, de R.) «dégoûté des changements survenus dans le ministère».

A la même date, les M.S. nous apprennent que cet abbé Roubaud est «chargé de la rédaction de la Gazette d'agriculture, commerce, arts et finances (avril 1763 - déc. 1783, 21 vol. in-40 ; D.P.1 555). C'est, en effet, en mai 1776 que R., « forcé par la plus rigoureuse des nécessités » et animé par le désir de «soulager ses frères», succède, malgré «sa répugnance», à son frère Pierre Joseph André et se charge de rédiger la Gazette d'agriculture à la seule condition de ne pas se faire connaître (Ars., f° 44-45) : condition imposée par ses déboires au Courrier d'Avignon ? Mais il se heurte à la censure de l'abbé Aubert auquel il reproche non seulement de retrancher «jusqu'aux choses les plus favorables au gouvernement» et de lui interdire de laisser des vides, mais encore de substituer des phrases de sa façon (f° 75-76). Excédé, et simplement pour « contenir l'humeur » de son censeur (f0 44-45), il écrit une lettre anonyme où il menace Aubert d'imprimer contre lui à l'étranger et de le tourner en ridicule (f° 14). Cette «imprudence» vaut un ordre d'exil (6 août 1776) à son frère Pierre Joseph André et à l'abbé Baudeau. Dans une lettre de la mi-septembre 1776 adressée à M. de Marville (f° 75-76), il exprime le souhait de connaître les intentions du gouvernement : il se déclare prêt à renoncer ou continuer, mais, dans ce dernier cas, demande dans quelles bornes il doit se tenir, s'il doit révéler son identité, reprendre son nom de famille ou garder celui de Trésséol (il signe « l'abbé Roubaud de Trésséol » et indique son adresse sous le nom de «l'abbé de Trésséol»). Evoquant le sort de la Gazette dont Aubert lui paraît vouloir la perte, il précise que le privilège a été vendu par le Bureau des Affaires étrangères «pour cent mille livres ou peut-être plus» et acheté par «les premiers commis des finances».

Publications diverses

7. Cior 18, n° 54188-54191 (n° 54192 doit être restitué à Pierre Joseph Antoine Roubaud (1724-1781), lui aussi jésuite (Sommervogel).

R. a écrit des Discours, sermons, poésies qui n'ont pas été imprimés (B.Un. ; B).

Bibliographie

8. B.Un. ; D.L.F. ; N.B.G. ; Feller-Weiss ; B.H.C., p. 58 ; Sommervogel, t. VII, col. 222-223. — (A.D.V.) A.D. Vaucluse, reg. par. Saint-Pierre et Notre Dame la Principale, D 119. – Archives de la Bastille, Ars., ms. 12448, f° 14-77. — (B) Barjavel CF.H., Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, Carpentras, 1841, t. II, 360. — (M) Moulinas R., L'Imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècle, P.U. de Grenoble, 1974, 329-330.

Auteur(s) de la notice


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