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Antoine de RIVAROL (1753-1801)

État civil

Antoine dit comte de Rivarol est né à Bagnols le 20 juin 1753. Son père, Jean (1727-1807), était issu d'une famille piémontaise, les Rivaroli ; sa mère s'appelait Catherine Avon (1731-1815). R. était l'aîné de seize enfants (Lescure, p. 34 ; L, p. 329-343), dont deux seulement sont connus : sa sœur, Françoise (1754-1824), fut la maîtresse du général Dumouriez (L, p. 329-331) ; son frère, Claude François, «chevalier» ou «vicomte» de Rivarol (1758-1848), fut, après 1789, un violent contre-révolutionnaire (L, p. 333-336) : il mania la plume et l'épée avec plus d'enthousiasme que de talent. R. épousa vers 1780 une demoiselle écossaise, Miss Louise Mather Flint (1750-1821). Ce mariage fut un échec : ils se séparèrent au bout de trois ou quatre ans et finirent par divorcer, le 12 brumaire, an III. Entre temps, R. eut pour maîtresse une certaine Manette. Le fils unique de R., Raphaël, naquit vers la fin de 1780 et mourut en 1812. R. mourut à Berlin le 11 avril 1801.

Formation

Le premier maître de R. fut son père, qui lui enseigna le latin et le grec. Il pratiqua largement les classiques latins et grecs ainsi que les grands auteurs du XVIIe siècle français, particulièrement Pascal. Il fit ses études « chez les Joséphites de Bagnols, chez les Sulpiciens de Bourg-Saint-Andéol, enfin à Sainte-Garde d'Avignon» (L, p. 18). Il demeura dans ce dernier séminaire jusqu'à l'âge de vingt-deux ou vingt-trois ans (L, p. 17, n° 2). Il ne s'accommoda jamais de la vie religieuse ; il était par nature agnostique et ne crut ni en Dieu, son allié, ni à rien.

Carrière

Bien que sa carrière ait été souvent décrite, la plus grande partie de sa jeunesse reste mal connue. Il monta à Paris vers 1777 et se fit rapidement connaître dans les salons de l'époque. Il rencontra Voltaire. Il acquit une notoriété européenne avec son Discours sur l'universalité de la langue française (rééd., Paris, 1991), qui lui valut le prix de l'Académie de Berlin en 1784. Sa seconde œuvre importante fut la traduction de L’Enfer de Dante, qui parut en 1784. Durant la Révolution, il se fit plus d'ennemis que ne lui en avait valu le Petit Almanach de nos grands hommes (1788) ; il attaqua les chefs politiques de la Révolution dans son Journal politique national, et dans la suite du Petit Almanach : le Petit Dictionnaire des grands hommes de la Révolution (rééd., Paris, 1987). Le 10 juin 1792, il gagna l'Angleterre, juste à temps pour se mettre à couvert de la vengeance des révolutionnaires (voir les lettres à son père dans L, p. 338). D'Angleterre, il passa à Bruxelles puis à Hambourg où il demeura cinq ans (1795-1800) et à Berlin, où il mourut.

Situation de fortune

Il eut une réputation d'extravagance et de prodigalité envers ses amis. Son père avait de maigres revenus, n'ayant hérité de sa famille que peu d'argent et «quelques terres» (L, p. 6). R. reçut, en 1779, 50 écus par mois de Panckoucke pour la critique des ouvrages nouveaux dans le Mercure (L, p. 46) ; mais comme il ne fournit que quelques articles. Panckoucke dut recourir à un autre mode de rétribution. R. reçut une petite pension royale pour son Discours (L, p. 64) et quelques dons en argent pour ses autres ouvrages. Ce n'est que sous la Révolution, pourtant, qu'il dut à sa plume des revenus substantiels : il quitta la France en 1792 avec, dit-on, 80 000 £ (L, p. 62, n° 1). Il mourut pauvre ; moins paresseux ou plus vénal, il eût fait fortune (L, p. 61-70).

Opinions

R. fut un cynique, indifférent à la vérité ou à la fausseté de la religion aussi bien qu'à son utilité sociale. Conservateur, il haïssait la nouveauté. Il fut l'un des premiers à s'opposer à la Révolution ; il avouait néanmoins une admiration de principe pour la forme anglaise de gouvernement. Avant la Révolution, il ne s'occupa que de littérature et de morale : la Révolution mit en lumière ses dons d'analyste en politique : mais ses intuitions furent souvent obscurcies par un préjugé invétéré à l'encontre du peuple, et par des haines personnelles.

Activités journalistiques

Sa réputation de journaliste se fonde sur son opposition à la Révolution. Avant 1789, il n'a fourni que quelques articles au Mercure de France : le premier article qu'on puisse lui attribuer dans ce journal est consacré au «Théâtre de M. Louis de Boissy», le 25 février 1779. Jusqu'en mars 1782, il écrivit probablement douze articles (voir la liste donnée par L, p. 355-356) ; il fournit également trois articles anonymes en 1786-1787 (L, p. 359).

Journal politique national, Versailles, 1789, 23 numéros, rédigé par Sabatier de Castres puis par R. (L, p. 360-363).

Les Actes des Apôtres, nov. 1789-oct. 1791, 311 numéros (voir la liste des articles probablement dus à R., dans L, p. 364-365). – La Chronique scandaleuse, 1791, 33 numéros, par Champcenetz et Tilly ; il est possible mais non certain que R. ait aidé ses amis (voir B.H.C., p. 1791). – Le Spectateur du Nord, «Journal politique, littéraire et moral», Hambourg, janv. 1797-déc. 1802, 24 vol. : R. passe pour avoir collaboré à ce périodique en 1797. P. Hazard dans l'article qu'il a consacré au Spectateur du Nord (R.H.L.F., 1906, p. 26-50), mentionne cette collaboration sans tenter de la préciser. Elle fut probablement très réduite. Cior 18 attribue à R. le Journal-pie (n° 53269) ; il s'agit en fait de son frère, Claude François.

Publications diverses

Voir Cior 18, n° 53235-53302 ; liste critique des œuvres de R. ou attribuées à R. dans L. p. 355-384.

Bibliographie

La plupart des ouvrages consacrés à R. peuvent se classer en trois catégories : les éloges, les attaques, les morceaux choisis. Aucune biographie de premier plan. Des deux études les plus substantielles, celle de M. de Lescure et celle de Le Breton, la seconde est de loin la meilleure et reste l'ouvrage de base pour la vie et les œuvres de R. : (L) Le Breton A., Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, Paris, 1895. – Lescure M. de, Rivarol et la société française pendant la Révolution et l'émigration, 1753-1801, Paris, 1883. – Popkin J.D., The Right-wing press in France 1792-1800, Durham, U. of North Carolina Press, 1980. – Lessay J., Antoine de Rivarol, le Français par excellence, Paris, 1989. – Francotte A., « Rivarol et la Révolution française», Ecrits de Paris, oct. 1989, p. 88-96­, et nov. 1990, p. 89-96. – Matyaszewski P., «Le conservatisme éclairé de Rivarol», R.H.L.F., juil.-oct. 1990, p. 622-630. – Menant S., « Rivarol au travail », dans Langue, littérature du XVIIe et du XVIIIe siècle : mélanges offerts à Frédéric Deloffre, Paris, 1990.

Auteur(s) de la notice


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