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Joseph RÉMY (1738-1782)

État civil

Joseph Honoré Rémy (ou Rémi) est né à Remiremont le 2 octobre 1738. Il meurt à Paris le 12 juillet 1782 au terme d'une brève maladie. II a un frère à qui il dédie un de ses ouvrages (Le Cosmopolitisme, s.l., 1770) et qui deviendra curé de Remiremont.

Formation

Après avoir, de huit à quatorze ans, cultivé la musique alors qu'à la suite de la petite vérole il avait perdu l'usage de ses yeux, il fait, sa vue une fois recouvrée, son cours d'humanités à Remiremont et sa philosophie à Epinal et Toul. Venu à Paris, il y recommence sa rhétorique et sa philosophie. Lorsque, quelques années plus tard, il revient à Paris, il suit les cours publics de physique, chimie, anatomie, histoire naturelle, poésie, éloquence, histoire, peinture, sculpture, bref de tout ce qui lui paraît digne de sa curiosité. Après avoir vainement concouru pour le prix d'éloquence de l'Académie française de 1769 (Eloge de Molière), il reçoit de cette même Académie un accessit en 1771 (Eloge de Fénelon), une mention honorable en 1773 (Eloge de Colbert) et le premier prix en 1777 (Eloge de Michel de L'Hôpital, Chancelier de France).

Carrière

Ayant choisi l'état ecclésiastique, il passe successivement par le collège de Reims, le séminaire de Saint-Louis où il s'occupe d'ailleurs moins de théologie que de sciences, lettres et arts. Selon le Mercure de France, il aurait été ordonné prêtre par l'évêque de Toul, Mgr Drouas. En fait, il semble n'avoir reçu que la simple tonsure, d'où son titre d'abbé. Il revient alors à Paris où l'appellent son amour de l'indépendance et sa curiosité. Désireux de se procurer un moyen de subsistance, il se fait recevoir avocat au Parlement de Paris, certain de pouvoir accorder la profession du barreau avec celle des lettres. Il fréquente des conférences de droit, s'exerce dans plusieurs causes intéressantes, défendant « le pauvre et l'innocent» contre «les vexations du crédit et de l'injustice». Il mène parallèlement une carrière littéraire. Son succès au concours de l'Académie en 1777 est suivi d'une censure prononcée par la Faculté de théologie de Paris (en dépit de l'approbation antérieure de deux de ses docteurs) qui relève dans l'Eloge « neuf articles reprehensibles » dont quatre sont relatifs au Concile de Trente. R. prépare une réponse où il montre que les articles condamnés sont empruntés « presque mot pour mot du judicieux abbé Fleury et du célèbre jurisconsulte Eusèbe Jacob de Laurière» (M.S.), mais finalement la supprime soit par «lassitude des tracasseries» et crainte des conséquences d'un tel débat (ibid.), soit par esprit de modération et amour de la paix.

Situation de fortune

Il obtient une bourse au collège de Reims. Avocat, il «ne profes[se] guère que gratuitement et pour la défense des malheureux» (M.S.).

Opinions

« Homme simple » (M.S.), amateur éclairé, il est en relation avec de nombreux gens de lettres, savants et artistes. Ami et familier de Panckoucke, il est reçu à l'Hôtel de Thou et, l'été, dans la maison de campagne de Boulogne (Tucoo-Chala). Dans son Eloge de Michel de L'Hôpital, il fait des «réflexions sur le gouvernement d'une critique fort amère» et lance surtout « des sarcasmes peu religieux contre le clergé » {M.S.). II est membre d'une loge de francs-maçons, les Neuf-Sœurs, qui compte beaucoup de gens de lettres et dont le vénérable est, en 1777, M. de Lalande (ibid.).

Activités journalistiques

Son activité journalistique est liée au Mercure de France dont il est le «rédacteur général» (C.S.) de la fin de 1778 à sa mort. «Bras droit du Sieur Panckoucke» (M.S.) qu'il conseille ou remplace, il veille au choix des collaborateurs, relit les articles, compose de nombreux extraits dont ceux qui concernent la jurisprudence (Tucoo-Chala). L'auteur de l'article nécrologique {Mercure de France) loue chez l'abbé le journaliste qui juge moins qu'il ne met le lecteur en état de juger, qui sait éviter aussi bien «le fiel dans la critique» (même s'il crible de traits ironiques les «productions ridicules») que «la fadeur dans l'éloge», et qui cherche toujours à distinguer l'écrit de l'homme et du citoyen. La Correspondance secrète salue également « l'impartialité, la modération, l'honnêteté » du rédacteur. Sa fonction n'a pas été cependant sans lui créer «beaucoup d'ennemis» (M.S.). C'est à lui qu'est attribuée en partie la disgrâce de M. de Sancy dont «il redoutait la censure trop religieuse» (ibid.). Il est, à sa mort, remplacé par G.H. Gaillard (C.S.).

Publications diverses

Voir Cior 18, ^52556-52561. – Participation, en collaboration avec M. Boislou avocat, à la rédaction de la partie de la Jurisprudence de l'Encyclopédie méthodique (il rédige le premier volume qui paraît en 1782 et rassemble des matériaux pour le second). – Rédaction de divers articles du Répertoire universel et raisonné de Jurisprudence (Fief, Commune, Pragmatique). – Collaboration à l'édition des Œuvres complètes de Voltaire (Tucoo-Chala). – En 1775, il obtient un privilège pour l'impression d'un ouvrage auquel il travaille depuis longtemps : Dictionnaire de physique et de chimie, avec l'application des principes et des découvertes de ces deux sciences à l'économie animale. – Le Mercure de France fait encore état d'un Traité des communes, d'une Vie de Charlemagne et de la Continuation des synonymes de l'abbé Girard (ouvrages sans doute manuscrits dont on ignore le sort).

Bibliographie

Desessarts, t. V, i8oi,p. 369 ; Tucoo-Chala, p. 135, 136, 150, 183, 185, 219, 275, 286. – (C.S.) Correspondance secrète, politique et littéraire, t. XIII, Londres, 1788, p. 169, 24 juil. 1782. – M.S., 27 août 1777, t. X, p. 12 ; 26 sept. 1777. 25 oct. 1777, t. X, p. 15 ; 26 nov. 1777, t. X, p. 19 ; déc. 1781, t.XVIII, p. 7 ; 26 juin 1781, t. XX ; 13 juil. 1782, t. XXL p. 9 ; 16 sept. 1782, t. XXI, p. 13. – Mercure de France, 14 sept. 1782, «Variétés», p. 85-90 (art. nécrologique, source principale de la présente notice). – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman, lettres des 22 sept. 1777 et 18 nov. 1777 à d'Alembert. – Vuillemin F., Biographie vosgienne, Nancy, 1848, p. 251-252.

Auteur(s) de la notice


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