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Jean Charles de RELONGUE DE LA LOUPTIÈRE (1724?-1784)

État civil

Jean Charles de Relongue de La Louptière est né au château de La Louptière, en Champagne, dans le diocèse de Sens, le 16 juin 1727 selon l'inscription qu'il a lui-même apposée au bas de son portrait peint par Surugue et gravé par Beauvarlet (reproduit dans B, p. 106), ou le 16 juin 1724 selon la nécrologie faite par Imbert dans le Mercure de France (déc. 1784, p. 179-182). Fils de Jean Paul de Relongue, comte de La Louptière, qui avait été mousquetaire gris dans la septième compagnie (mort à 96 ans le 23 juin 1771 ; voir Mercure de France, juil. 1771, p. 213) et de Marie Geneviève Barrât. R. est le premier de neuf enfants : Louise Jeanne (1728), Jean Philippe (1729), Augustin Paul (1731), Marie Claire (1733), Anne Marguerite (1735), Marie Geneviève (1737), Charles Hyacinthe Emmanuel, Anne Catherine (1738) (B). Un de ses frères, abbé de Maupertuis Relongue, mourut le 21 avril 1751 à dix-neuf ans («Epître élégiaque de M. de La Louptière », Journal de Verdun, févr. 175 5, p. 122-124). Ses sœurs font d'honorables alliances notamment avec les familles de Vaubercey, d'Alençon et de Vienne. Sa sœur Anne Catherine, chez qui il se réfugie peu avant sa mort, épouse le vicomte de Vienne, seigneur en partie de Courmononcle et de Saint-Benoît (Babeau). R. se marie le 9 juillet 1765 en l'église de Compigny (Yonne) avec Marie Anne de Compigny, âgée de 24 ans. Ils ont deux fils : le premier Louis Charles vécut à peine ; le second, né en 1768, s'appelle Jean Jacques. Ce dernier fait la guerre sous la Révolution et l'Empire, est pensionné et officier de la Légion d'honneur et meurt célibataire à Bray-sur-Seine (B ; Babeau). L. meurt au château de Courmononcle le 12 avril 1784 chez sa sœur, la vicomtesse de Vienne, veuve depuis longtemps. Ruiné, brouillé avec sa femme, R. s'était réfugié clandestinement chez sa sœur pendant l'hiver de la même année. Une autre de ses sœurs, peut-être l'aînée (« Réponse de Mlle de Relongue l'aînée»), marquise de Villiers de l'Isle-Adam, collabore au Journal de Verdun entre 1754 et 1760 (voir Journal de Verdun, nov. 1754, p. 378 ; janv. 1755, p. 54-55) : elle est donnée en décembre 1760 (p. 451) comme l'une des «muses de ce journal» (renseignement transmis par P. Burger).

Formation

R., versificateur prolixe, s'intitule fièrement le «Poète Champenois», dans une contrée qui a vu naître La Fontaine. Il est membre de l'académie de Châlons-sur-Marne et de celle des Arcades. Il entra sans doute en 1757 à l'académie de Villefranche-en-Beaujolais grâce à Jean-François Pezant, avocat, maire et académicien de Villefranche (B).

Carrière

R. se fixe à Paris, puis vit dans son château.

Situation de fortune

R. est l'héritier de la terre de son père et de 600 £ de rente. II manque toujours d'argent et cherche à contracter une riche alliance. Est-il particulièrement dépensier? A-t-il plus qu'un autre hypothéqué son patrimoine? A l'époque de sa mort, sa femme est réduite à lui faire une pension alimentaire. La levée des scellés, apposés à sa mort sur la malle et la cassette de R. entraîne un conflit entre sa sœur, la vicomtesse de Vienne, et sa veuve. Mme de Vienne veut faire payer à Mme de La Louptière les frais de séjour et la dépense de son mari pendant sa dernière maladie. Mme de La Louptière refuse puisque son mari ruiné recevait d'elle une pension (procès-verbal de levée des scellés dressé le 11 juin 1784 par Edme Philippe Bouillat, praticien, en la maison de Courmononcle, Arch. Judiciaires de l'Aube, n° 1455).

Opinions

L'activité favorite de R. est d'entretenir des relations épisxtolaires et des intrigues amoureuses (avant son mariage) avec des dames et des demoiselles à qui il dédie ses stances, ses madrigaux, ses chansons. Lorsqu'il s'adresse dans les premiers mois de l'année 1761 aux galantes lectrices du Journal des dames, il voit augmenter le nombre de ses correspondantes ; citons notamment Mme Estienne, d'Arc-en-Barrois et Mlle Brohon, celles qui se cachent sous des pseudonymes tels que la «savante étrangère», la «bergère des Alpes», la « bergère champenoise », la « baronne allemande », la « bergère Annette» (Mme de Vermont de Trecigny). On peut également lire des lettres de R. à M. Pezant, avocat du bailliage de Beaujolais, à M. de Vallières, à Mlle de Monspey (dans B).

Activités journalistiques

Avant d'être directeur du Journal des dames pendant les six premiers mois de l'année 1761, il donne des vers au Mercure de France (avril 1756, p. 23et46,juil. 177LP. 213, déc. 1784, p. 179-182).

Il adresse de nombreuses pièces fugitives, dans les années 1750-1770, au Journal de Verdun (août 1749, p. 116-117 ; nov. 1750, p. 371-374 ; juin 1752, p. 452-454 ; vers à Lévesque de Pouilly en mars 1753, p. 216-217 ; plusieurs pièces en style paysan en avril, mai 1755 ; oct. 1768, p. 290 ; sept. 1770, p. 215 ; mars 1771, p. 223) et à la Suite de la Clef : «Stances de Monsieur de La Louptière, à une demoiselle» (nov. 1759, p. 367) ; «Madrigal sur le portrait d'une belle personne» (déc. 1759, p. 449) ; «Les amours à la mode, vaudeville» (mai 1760, p. 377) ; voir également juillet et septembre 1766, janvier, mars, mai 1767 (renseignements transmis par P. Burger). La «Bergère Annette» lui envoie une lettre en 175 5 pour être insérée dans ce journal (Gelbart, p. 74).

R. succède à Thorel de Campigneulles à la direction du Journal des dames en avril 1761, après quelques mois de négociation difficile avec Malesherbes (D.P.1 697 ; Gelbart, p. 71 et suiv.). Il s'efforce habilement de conquérir le public féminin (Avant-propos et présentation du journal dans le Journal de Verdun, janv. 1761, p. 60-64 et juin 1761, p. 431­433 ; Gelbart, p. 80 et suiv.) et parvient à publier de nombreuses contributions de ses lectrices (id., p. 77). Il tente, avec moins de succès, de faire régner dans ses feuilles l'idéal chevaleresque de l'Académie des Arcades (id., p. 83 et suiv.). Il doit finalement céder la place à Mme de Beaumer en septembre 1761.

Publications diverses

7. Poésies et Œuvres diverses, 2 vol. in-12, 1765, chez Prault, puis 1768 et 1774.

Bibliographie

8. B.Un. ; D.L.F. ; N.B.G. Mercure de France, juil. 1771, p. 213 ; déc. 1784, p. 179-182. – (B) Joseph Balloffet, «Monsieur Pezant ou l'obligeant académicien», Bulletin de la Société des sciences et des arts du Beaujolais, juil.-dec. 1928, p. 180-192, et janv.-juin 1929, p. 106. – Babeau A. «La Louptière, le poète champenois», Revue de Champagne et de Brie, 1881, p. 5-15. – Gelbart N., Féminine and opposition journalism in old régime France : le Journal des dames, Berkeley, 1987, chap. 2.

Auteur(s) de la notice


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