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Heinrich REICHARD (1751-1828)

État civil

Heinrich August Ottokar Reichard naquit à Gotha le 3 mars 1751, fils unique de Friedrich August Reichard, secrétaire du Consistoire supérieur et secrétaire général de police, et de Marie Charlotte née Bube. Tous deux étaient issus de familles très considérées dans la ville de Gotha. R. perdit son père en 1755, à l'âge de quatre ans. Sa mère épousa par la suite un certain Rudloff, conseiller privé à la régence, qui prit en charge l'éducation du jeune R. En 1786 R. épousa Amamie Seidler (1766-1805), fille d'un conseiller du Consistoire supérieur de Weimar. Ils eurent deux enfants : une fille, Charlotte (1788-1873), épouse de Karl Emil Konstantin de Goechhausen, chambellan de Gotha, et un fils, Ernst (1795-1863), lieutenant général de la Cavalerie royale de Saxe. R. mourut d'apoplexie le 17 octobre 1828 à Gotha.

Formation

R. reçut les premiers éléments de sa formation par des précepteurs. Un étudiant en théologie lui enseigna les sciences et les langues anciennes ; il apprit le français avec un précepteur français. En 1767, à l'âge de seize ans, il entreprit des études de droit à l'Université de Gôttingen, qu'il poursuivit à l'Université de Leipzig dès 1768, et de 1769 à 1771 à l'Université de Iéna, cependant sans grand intérêt. De retour à Gotha, il renonça donc à une carrière juridique et après avoir vainement tenté d'obtenir un poste d'officier, il se consacra à des activités littéraires et journalistiques qui furent décisives dans sa vie.

Carrière

A Gotha, résidence du duc Ernst II de Saxe-Gotha, R. participa à la vie culturelle, littéraire et scientifique qu'il influença lui-même par la suite. Son projet de création d'un théâtre destiné à la troupe d'Abel Seyler originaire de Weimar, fut réalisé en 1775. Le duc Ernst II nomma R. à la charge de «directeur littéraire» et d'administrateur de ce théâtre jusqu'à sa dissolution en 1779. Il y composa quelques drames, traduisit et adapta un grand nombre de pièces étrangères, françaises, italiennes et anglaises. Il obtint en même temps le titre de bibliothécaire. En 1780, il entra directement au service du duc de Gotha en tant qu'administrateur de sa bibliothèque privée et en tant que trésorier et secrétaire. Il exerça ces différentes fonctions avec dévouement jusqu'à la mort du duc en 1804, auquel il était particulièrement attaché. Pendant ses années de service auprès du duc Ernst II et de ses successeurs, lui furent décernés différents titres et fonctions : en 1785, celui de conseiller de guerre ; en 1818, de conseiller privé de guerre et en 1825, de directeur de guerre. En 1821, il fut décoré de la croix des Chevaliers de l'Ordre du Mérite. Il entreprit plusieurs voyages : entre autres, en 1784 à Berlin, en 1785 en Suisse et dans le sud de la France, en 1786 en Suisse et en France à nouveau, notamment à Bren, Lausanne, Genève, Chamonix, Lyon, Paris ; en 1805, 1811 et 1817 en Suisse. A partir de 1790, il se rendit fréquemment à Karlsbad ; en 1792, il assista au couronnement de François II à Francfort, d'où il entreprit un voyage sur les bords du Rhin, qu'il renouvela en 1803. Il profita de ces voyages pour rendre visite à des personnalités célèbres avec lesquelles ses activités de journaliste et d'écrivain l'avaient mis en contact. Il publia ses souvenirs et impressions de voyages dans différents livres et journaux. Il publia divers guides de voyage qui furent réimprimés plusieurs fois.

Situation de fortune

Dans son autobiographie (H.A.O. Reichard, éd. H. Uhde). R. se plaint à diverses reprises de sa situation financière. Son premier engagement en tant que directeur du théâtre n'était pas rémunéré. Son manque d'expérience dans l'administration d'un tel établissement lui causa d'énormes pertes d'argent, ce qui l'obligea à s'endetter. Ce n'est qu'en 1780 qu'il reçut un traitement en tant que bibliothécaire et secrétaire du duc de Saxe-Gotha : 200 thalers par an pour commencer et 300 par la suite (p. 162, 311). Ses activités d'écrivain s'avérèrent selon lui peu lucratives. Ses tentatives pour éditer ses œuvres lui-même entraînèrent la perte d'importantes sommes d'argent (p. 151). C'est pourquoi il y renonça par la suite. Ses éditeurs ne lui concédèrent que quelques exemplaires gratuits ou de minces honoraires qui s'élevèrent par la suite. Il reçut par exemple 25 thalers pour un volume du Theaterkalender et 50 thalers pour un volume de la Bibliothek der Romane (p. 106, 127, 153). C'est l'édition du Revolutions-Almanach qui lui rapporta le plus d'argent en raison de son succès, même auprès des partisans de la Révolution française, qui le prirent pour une œuvre pro-révolutionnaire. L'éditeur Dieterich lui versait 300 thalers par année de publication, et lui octroya quelques suppléments en nature : des huîtres, de la viande de bœuf, des homards et d'autres gâteries (p. 288). De plus, les adversaires de la Révolution lui témoignèrent leur reconnaissance par de petits présents tels que des coffrets en or, des médailles commémoratives (p. 289). Sa situation financière, aggravée par la famille, la maladie de son épouse, les dettes et le remboursement des intérêts, ne s'améliora que lorsqu'il hérita de sa mère en 1811 (p. 162). Pourtant il resta endetté et dut même supporter de nouvelles charges telles que l'impôt de guerre et la capitation (p. 450).

Opinions

C'est grâce à son précepteur français que R. fut initié à la littérature française et aux idées des Lumières, ce qui détermina considérablement le fondement de ses activités littéraires et journalistiques. L'édition de journaux, ses contributions dans de nombreuses revues ainsi que sa fonction de bibliothécaire le mirent en contact avec des savants et d'illustres personnalités de son époque, comme il le dit lui-même dans son autobiographie. Par sa réaction violente contre la Révolution française et l'édition du Révolutions-Almanach, il perdit de nombreux amis et fut exposé à de nombreuses attaques personnelles dans le camp des défenseurs de la Révolution. Cependant ses idées conservatrices favorables à la monarchie et ses convictions patriotiques recueillirent l'approbation d'un large public. Sur la recommandation du duc Ernst II, il fut admis dans la loge maçonnique de Gotha où il fut membre actif jusqu'à sa mort, tandis qu'il quitta l'Ordre des Illuminés au bout de quelques années.

Activités journalistiques

R. publia plusieurs périodiques :

Theaterkalender auf das Jahr [...] 1775-1800, Gotha, Ettinger, 1775-1800, t. I-XXV (1795 non paru) ; la première revue de théâtre parue en Allemagne, sur le modèle des Spectacles de Paris ou calendrier historique et chronologique des théâtres, comprenant des informations relatives aux théâtres, des notices biographiques et historiques, des articles dramaturgiques, les répertoires des troupes de théâtre nationales et étrangères, les répertoires des comédiens allemands, les répertoires des pièces représentées sur les scènes allemandes, des critiques de livres consacrés au théâtre allemand et international (voir Wilke ; Hill).

Theaterjournal für Deutschland, t. I-XXII, Gotha, Ettinger, 1777-1784 (réimpr. München, Kraus, 1981), sur le modèle du Journal des théâtres de Paris, contenu similaire à celui du Theaterkalender (voir Wilke ; Hill).

Nouveau Mercure de France, Gotha, Ettinger, 1775-1777, I-XII (D.P.i 987). Journal de lecture, Dessau et Gotha, 1782-1783, t. I-VIII (D.P.1 663). Cahiers de lecture, Gotha, Ettinger, 1784-1794 (D.P.1 191). Nouveaux Cahiers de lecture, Weimar, 1796 (voir D.P.1 191).

Olla Potrida, eine Vierteljahresschrift, Berlin, Wever, 1778-1797, 20 vol. : un magazine contenant un mélange de poèmes, de drames, de souvenirs de voyage, des écrits relatifs à l'histoire naturelle et à l'économie, des anecdotes, des lettres, des informations concernant le théâtre et les beaux-arts ainsi que des articles empruntés à des revues allemandes et internationales (voir Wilke, p. 190-192).

Bibliothek der Romane, Berlin, Himburg, 1778-1781, Riga, Hartknoch, 1782-1794, 21 vol., sur le modèle de la Bibliothèque universelle des romans de Paris.

Aus den Papieren einer Lesegesellschaft, 1787-1789, 3 vol.

Révolutions-Almanach, Göttingen, Dieterich, 1793-1804 (1793-1794 : Geschichte der nachteiligen Folgen der Staatsrevo­lutionen alter und neuer Zeit ; 1803 : Friedensalmanach ; 1804 : Kriegs- und Friedensalmanach, Reprint Nendeln, Kraus, 1976), un Journal anti-révolutionnaire, polémique, reflétant cependant le contexte historique (voir N. Oellers, Literatur für die Mehrheit? Notizen über Heinrich August Ottokar Reichard und seinen «Révolutions-Almanach», dans Außlärung, t. I, 1986, n° 2, p. 25-41).

De plus, R. rédigea de nombreux articles pour différentes revues, notamment pour celles dont il était aussi l'un des éditeurs : des notices sur l'histoire des civilisations, des notes biographiques, des souvenirs de voyage.

Publications diverses

En ce qui concerne ses activités d'écrivain, R. se consacra principalement à des traductions de pièces de théâtre étrangères, italiennes, anglaises et surtout françaises. Il les adapta ensuite pour la scène allemande, notamment pour le théâtre de la cour de Gotha. Il traduisit également de nombreux auteurs français, entre autres Mercier, le plus illustre d'entre eux. Il composa des poèmes, des récits de voyage, des écrits maçonniques ainsi que des pamphlets antirévolutionnaires. Son autobiographie est surtout intéressante dans la mesure où elle renseigne sur les relations qu'il entretenait avec de célèbres contemporains. La littérature allemande ne lui a concédé qu'une modeste place. Il est considéré comme un épigone de talent vouant un intérêt particulier à la littérature au sens large, sans faire preuve de créativité et sans qualités critiques. Cependant R. trouve à son époque un public certes large mais peu choisi (voir Rupp, p. 82 et suiv.). Liste des ouvrages de R. dans : J.G. Meusel, Das Gelehrte Teutschland, Lembgo, 1798, t. VI, p. 256-259 ; Neuer Nekrolog der Deutschen, t. VI, Ilmenau, 1830, p. 749-752 ; Deutsches Literatur-Lexikon, éd. W. Kosch, Bern, Stuttgart, 1990, t. XII, p. 777-773.

Bibliographie

Allgemeine Deutsche Biographie, Leipzig, 1888. – H.A.O. Reichard (1751-1828) : seine Selbstbiographie, éd. H. Uhde, Stuttgart, Cotta, 1877. – Cramer F., «Heinrich August Ottokar Reichard», Zeitgenossen : ein biographisches Magazin für die Geschichte unserer Zeit, t. II, 1817, n° Ii, p. 3-43. – Rupp F., H.A.O. Reichard : sein Leben und seine Werke, thèse, Marburg, 1911. – Hill W., Die Deutschen Theaterzeitschriften des 18. Jahrhunderts, Weimar, Duncker, 1915, p. 46-61. – Wilke J., Literarische Zeitschriften des 18. Jahrhunderts, Stuttgart, Metzler, 1978, t. II, p. 167-170.

Auteur(s) de la notice


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