664

Giles de RAGUET (1668-1748)

État civil

Gilles Bernard Raguet naquit en 1668 à Namur, s'installa très jeune en France, et mourut dans son domicile de la rue Sainte-Anne, à Paris, le 20 juin 1748.

Formation

R. acheva ses études en France et les couronna par un doctorat en théologie de la faculté de Toulouse.

Carrière

Membre de la communauté de Saint-Sulpice, R. demeura à Paris comme prêtre habitué de l'église Saint-Paul et manifesta dans ces deux activités une érudition qui attira l'attention de l'abbé Bignon, toujours à la recherche de talents pour ses bureaux. Sous sa direction R. entra au Journal des savants (].S.)en 1703 et la même année il devint censeur pour la théologie, fonction qu'il remplit, tout en examinant aussi l'histoire et les lettres, jusqu'en 1715. Bignon l'employa aussi comme secrétaire (voir Journal de Galland, nov. 1710 et mars 1712) et à la Bibliothèque du Roi avec une pension de 1000 £.

Cette carrière de lettré prit un tournant lorsqu'en 1715 R. fut appelé à enseigner la géométrie au jeune Louis XV, ce qui lui valut la protection du Régent et de Fleury qui firent sa fortune. Il obtint d'abord plusieurs bénéfices, ce qu'autorisaient ses lettres de naturalité de 1696 et de 1707. Chapelain du roi du château du Quesnoy, il fut nommé, grâce à Fleury, membre du Conseil de conscience, abbé commendataire de l'abbaye de Lagrace Notre Dame de Charron (diocèse de Saintes), puis de celle de Blanchelande (diocèse de Coutances) en juillet 1721 ; il résigna alors ses fonctions à la Bibliothèque du Roi et au J.S. En 1722, il fut pourvu de l'abbaye de l'Aumône au diocèse de Blois, puis en 1723 il se démit de ses deux premières abbayes et reçut le prieuré royal d'Argenteuil. Fleury devenu premier ministre ajouta en 1724 à ces commendes la fonction de Directeur de la Compagnie des Indes : pendant sept ans R. se chargea particulièrement des affaires religieuses, du bureau de la Louisiane et des archives de la Compagnie, poste grâce auquel il imposa aux navigateurs des programmes de navigation.

A la fin de sa vie il perdit l'esprit et fut pourvu en 1741 d'un curateur pour gérer ses biens ; ses protecteurs, les ducs de Sully et de Charost lui évitèrent l'internement. Ainsi les étapes de la carrière de R. montrent comment la participation à un journal quasi-officiel pouvait permettre à un clerc érudit d'acquérir de hautes protections et d'accéder à la fortune.

Situation de fortune

Bénéfices et fonctions lui procuraient plus de 20 000 £ de revenus annuels, ce qui lui permit, en 1729, de verser 25 000 £ à Jérôme de Pontchartrain pour la jouissance viagère d'une maison rue Sainte-Anne, dans laquelle il amassa de riches collections de livres, d'estampes, de tableaux et d'antiques.

Activités journalistiques

En 1703 Pierre François Bigres, mécontent de la modification d'un de ses extraits, quitta le J.S.En septembre l'abbé Bignon appela R. à lui succéder pour la théologie et la religion, matières qu'il examinait comme censeur et qui représentaient environ le quart des recensions du périodique.

A la mort de Julien Pouchard, en 1705, R. le remplaça comme secrétaire de la rédaction du J.S. et coordonna son travail pendant une période où furent créées de nouvelles rubriques et un supplément mensuel qui parut de 1707 à 1709. Il conserva ses fonctions après la première retraite de Jean Paul Bignon, en 1714, auquel succédèrent plusieurs hauts fonctionnaires, alors que Pierre Witte remplaçait la Veuve Cusson comme imprimeur après 1715. Bientôt Nicolas Andry dirigea en fait la revue et lorsqu'il fut pourvu de bénéfices, R. abandonna, en 1721, le J.S. qui connut alors plusieurs années de déclin.

Publications diverses

Pendant la première période de sa carrière, R. mit à profit son érudition en donnant quelques ouvrages. En 1702 il donna La Nouvelle Atlantide de François Bacon, traduite en françois et continuée, Paris, 1702, accompagnée de réflexions sur les académies (des sciences, des inscriptions et française), puis il prit le parti du jésuite Barthélémy Germon (journaliste aux Mémoires de Trévoux) dans son attaque de l'œuvre de Dom Mabillon {Histoire des contestations sur la diplomatique, Paris, 1708), enfin il publia dans les Mémoires de Trévoux de juillet 1714, puis dans le J.S.d'avril 1715, une explication d'un bas-relief en bronze appartenant à l'abbé Bignon.

Bibliographie

B.Un. ; Cior 18. – Le Court J.V. de, Bibliographie nationale, Bruxelles, i960-, t. XVIII, p. 591-692. – A.N., M 758 : Recueil de notes historiques et critiques (par le P. Léonard). – A.N., O1 40, f° 418 et O1 51, f° 203 : lettres de naturalité de R. (1696 et 1707) ; Y 55, f° 4 et suiv. : nomination d'un curateur pour la personne et les biens de R. – A.N., M.C., XXXI, 121,9 sept. 1741 : inventaire des biens de R. – B.N., f.fr. 15277-15280 : Journal d'Antoine Galland, années 1708-1715 ; f.fr. 21940 : Registres des ouvrages manuscrits ou imprimés présentés à M. le Chancelier ; f.fr. 22225,f° 107 : privilège du J.S. du 8 juillet 1714. – Brice G., Description de la ville de Paris, reproduction de l'éd. de 1752, Genève, 1971. –Buvat ]., Journal de la Régence (1715-1723), éd. E. Campardon, Paris, 1865. – Gallia christiana, t. VII et VIII.  Journal des savants, 13 juin 1718. – Tables du Journal des savants, t. VIII. – Giraud M., Histoire de la Louisiane française, Paris, 1974, t. IV.

Auteur(s) de la notice


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH