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Louis Joseph de PREVILLE (1698-1752)

État civil

Les catalogues romains de la Compagnie de Jésus font naître Louis Joseph de Préville, alias Louis de Kerguern, nom sous lequel il entre au noviciat et qu’il conserve plusieurs années durant dans la Compagnie, dans le diocèse de Quimper, le 4 avril 1698. Sommervogel, qui simplifie ici, indique Quimper comme lieu de naissance (son acte de baptême n’a pu être retrouvé dans les registres paroissiaux de cette ville qui subsistent). Le P. de Préville meurt au collège Louis-le-Grand, le 8 janvier 1752, des suites d’une “espece d’Apoplexie” (lettre mortuaire conservée aux A.F.C.J.).

Formation

Préville mène tambour battant ses premières études : il a déjà à son actif deux années de philosophie à dix-huit ans, à son entrée au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Paris, le 10 octobre 1716 (A.R.S.I., francia 19, f° 211). Au sortir de ses deux années de noviciat, il fait sa troisième année de philosophie à Louis-le-Grand pour achever son cursus dans cette discipline, enseigne ensuite les humanités en province, avant de revenir à Louis-le-Grand pour achever sa formation de futur profès, avec quatre années de théologie (1726-1730). Il devient prêtre à Paris, en 1729 (A.R.S.I., francia 19, f° 468 r°), et prononce ses derniers vœux trois ans plus tard, le 2 février 1732, à Rennes (A.R.S.I., gal. 20, ff° 322-323), où il enseigne alors la logique, partie de l’enseignement de la philosophie.

Carrière

Suit une carrière professorale au sein de la Compagnie au plus haut niveau : le P. de Préville enseigne la philosophie, puis la théologie - summum de la carrière d’un profès- dans les grands établissements de la Province de France, à Paris et à Rennes, où il se trouve notamment de 1741 à 1745. Ses aptitudes dans le domaine des Belles-Lettres et de la philosophie font l’unanimité (cf. sa lettre mortuaire et les catalogues triennaux adressés à Rome par chaque province de la Compagnie) et on ne s’étonne pas de le voir nommé en 1746, scriptor au collège Louis-le-Grand, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort.

Opinions

Le P. de Préville semble avoir été un esprit ouvert et curieux de tout. En 1739, la rédaction des Observations sur les écrits modernes (2 mai 1739, t. XVII, p. 215) dit avoir eu communication de lettres du P. de Préville relatives aux pompes hydrauliques de l’ingénieur Dupuy utilisées avec succès dans les mines bretonnes de Pompéan. A cette occasion, le P. de Préville est mis sur le même plan que le Président de Robien et  présenté comme une personne “très-éclairée”. Le P. de Préville a également la réputation de dialoguer avec les incrédules et d’être un conseiller écouté de personnages importants en matière familiale. “Le caractere liant et aimable du P. de Préville, affirme sa lettre mortuaire, l’avoit fait gouter des personnes les plus distinguées de différens endroits ou il a demeuré soit en province soit a paris (...). Son caractere ouvert, droit et sincere l’a rendu souvent depositaire des secrets les plus intimes des familles dans certaines divisions qui y arrivent de tems en tems.” (A.F.C.J., lettre mortuaire). Complétant son rapide portrait, la lettre mortuaire ajoute : “de tems en tems aux prises avec certains esprits forts il a defendu en homme d’esprit la religion dont il s’étoit fait une etude particuliere. il a refuté solidement les principes des incredules on scait qu’il en a fait revenir quelques uns de leurs préjugés” (Ibid.).

Activités journalistiques

Le P. de Préville est membre en titre de la rédaction des Mémoires de Trévoux de 1746 à sa mort en 1752 (A.F.C.J., lettre mortuaire et la France littéraire). Sur son activité au sein de l’équipe rédactionnelle des Mémoires de Trévoux les sources jésuites ne nous disent pratiquement rien. Les Archives françaises de la Compagnie de Jésus possèdent un précieux exemplaire annoté de la Bibliothèque de Sommervogel dans lequel en marge de la notice du P. de Préville, il est fait mention d’un article paru dans le numéro des Mémoires de Trévoux de janvier 1753 (pp. 30-53). L’auteur de la note marginale se demande si l’article, qui porte sur une méthode pour conserver la santé, ne serait pas du P. de Préville. Il s’agirait alors d’un article posthume. C’est finalement dans une source extérieure à la Compagnie que l’on trouve une indication précise sur le travail journalistique du P. de Préville. Dans sa première lettre ouverte au P. Berthier relative à la querelle de l’Encyclopédie, Diderot dit un mot en passant du P. de Préville. Évoquant la composition de l’équipe des journalistes des Mémoires de Trévoux, Diderot écrit précisément : “Nous ajouterons qu’on y distingue aujourd’hui [janvier 1751] les Extraits du P. de Preville, votre collègue, à une métaphysique fine et déliée, à un style noble et simple, et surtout à une grande impartialité.” (Correspondance de Diderot, éd. Roth, Paris, 1955, t. I, p. 105). Le jugement de Diderot s’inscrit dans un contexte de polémique et voisine avec des traits visant les Mémoires de Trévoux. De l’avis de C. Northeast, il n’est peut-être pas pour autant ironique (Op. cit., p. 46n). Relevons, à cet égard, que dans la même lettre le P. Castel, qui renseignait Diderot et Montesquieu sur le fonctionnement de la rédaction, est décrit comme ayant “du feu et de l’esprit”, description correspondant à la réalité. Le jugement de Diderot s’accorde en tout cas avec les appréciations élogieuses portées sur le P. de Préville dans les catalogues triennaux adressés au Généralat à Rome. On y loue les capacités du P. de Préville en philosophie et en théologie. “Bonus in omnibus praesertim in philosophis”, est-il noté sous la rubrique “profectus in litteris” du Catalogus secundus de 1749 (A.R.S.I., francia 21, f° 234 v°). Le Catalogus primus de 1746 indiquait déjà, sous la rubrique “emploi” : “ad nulla maxime ad docendum Theol” (Ibid, f° 100).

Publications diverses

Les Mémoires de Trévoux sont la seule publication à laquelle on soit sûr que le P. de Préville ait travaillé. En tant que scriptor, il a probablement écrit d’autres ouvrages ou pris part à leur rédaction, mais nous n’en savons rien. Le Journal de la Librairie de l’inspecteur d’Hémeryle soupçonne, en 1751, d’être l’auteur de l’Examen des Observations sur l’extrait des procès-verbaux de l’abbé de Senone, avant d’attribuer au P. Patouillet ce libelle qui porte sur l’Assemblée générale du Clergé.

Bibliographie

Archives romaines de la Société de Jésus (A.R.S.I.), catalogues triennaux — Archives françaises de la Compagnie de Jésus (A.F.C.J., Vanves), lettre mortuaire (cotée Gz 5), catalogues annuels de la Province de France, exemplaire annoté de la Bibliothèque de Sommervogel — BN., “Journal de la Librairie” (ms. fr. 22156, ff° 59 et 65) — La France littéraire Correspondance de Diderot (éd. G. Roth, Paris, 1955, t. I, p. 105) — C.M. Northeast, The Parisian Jesuits and the Enlightenment (1700-1762), Oxford, 1991 — Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus (Bruxelles-Paris, 1891 et sq.), VI, col. 1217.

Auteur(s) de la notice


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