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François de POURROY DE QUINSONAS (1719-1759?)

État civil

François Zacharie Pourroy de l'Auberivière de Quinsonas est né à Grenoble le 5 novembre 1719 (Rochas, t. II, p. 293). Il était fils de Claude Joseph de Quinsonas et de Marie Anne de Saint Germain Mérieu. Il eut pour frères : Marc Joseph Pourroy de Quinsonas, président au Parlement de Grenoble puis de Besançon (1700-175 7) ; Pierre Emmanuel, chevalier de Malte (1702-1766) ; François Louis, évêque de Québec (1711-1740) ; sa sœur, Françoise, fut mariée à J.P. de Bailly, premier président au Parlement de Grenoble. François Zacharie mourut en 1759 (La Harpe, p. 185, n. 1).

Formation

On trouve dans le livre de la marquise de Quinsonas, Le Château de Mérieu, des renseignements originaux sur la carrière maltaise de P. (chap. VIII). Ces renseignements sont tirés des archives du château de Mérieu, et notamment de la correspondance du bailli de Tencin, cousin-germain du cardinal, et de Pierre Emmanuel Pourroy de L'Auberivière, commandeur de Jalès, frère aîné de P. Né en 1719, P. reçut dès le 16 février 1722 un bref de minorité dans l'Ordre de Malte. Il s'y rendit en 1739. Une lettre de Tencin à Jalès, du 29 août 1739, donne un portrait peu flatteur du jeune chevalier : «j'en suis on ne peut plus mécontent. II a été si mal élevé, vous l'avez ensuite si fort gâté, et on lui a laissé entre les mains des livres où il a puisé de si mauvais principes à tous égards, que j'en désespérerais s'il n'était pas bien jeune encore. Il a un système en fait de Religion et de mœurs qu'il met en usage à la vue de tout le monde, et qui ne lui mérite pas le suffrage du Public. Il est en outre cela, extrêmement particulier, et comme il s'éloigne des autres, les autres s'éloignent aussi de lui» (p. 86). Dès juillet 1740, P. ne veut plus entendre de «continuer le service» et veut vivre à Paris (p. 90) ; faute d'argent, il reste cependant à Malte « pour jouir d'une liberté libertine» (lettre de Tencin, 31 oct. 1740), et s'y répand en «extravagances continuelles» (16 sept. 1741, p. 91). En 1743, il est toujours à Malte, en qualité d'«Enseigne des vaisseaux d'Espagne» (11 oct. 1743, p. 94). On perd sa trace dans les années qui suivent, mais en 1750, il est en résidence forcée à Besançon, où «il a surpassé de beaucoup la réputation qu'on lui avait faite dans ce pays-ci» (lettre de Tencin, 20 oct. 1750).

Carrière

Le 8 juin 1750, il fait scandale à Gottolengo, près de Venise, en essayant de forcer la porte de Lady Montagu, qui écrit : «C'est un fou et un imposteur ; il est venu ici vêtu d'abbé [sic] sans se nommer [...]. Il a tiré un pistolet contre mes gens [...]. J'ai entendu dire que cet extravagant s'est donné pour mon parent» (lettre à Contarini, 10 juin 1750, The Complète letters of Lady Mary Wortley Montagu, éd. R. Halsband, Oxford, 1965-1967, t. II, p. 456). Walpole évoque cette histoire obscure («an obscure history») le 31 août 1751 (Letters [...] to Sir. H. Mann, dans The Yale Edition of Horace Walpole's Correspondence, éd. W. S. Lewis, London, i960, t. XX, p. 272). P. n'est pas cité dans ces lettres, mais Halsband a retrouvé son nom dans les archives vénitiennes. Voltaire, parlant du chevalier en 1751 ou 1752, précise : «C'est celui qui sondait la nature de Lady Montagu» (D4648). En octobre 1750, P. est de retour à Paris et demeure à côté du café de la Régence (Ars., ms. 10302). En 1752, il essaie de faire intervenir Frédéric de Prusse pour « le recommander au Grand Maître » (Politische Korrespondenz Friedrichs des Grossen, t. IX, lettre à Keith, ambassadeur à Paris, 11 juil. 1752 ; A.A.E., Mémoires et documents, Prusse, vol. 170). Il a passé à Rome les dernières années de sa vie. C'est là qu'il meurt, le 23 février 1759, dans la paroisse de Saint-Laurent in Lucina. Ses meubles sont vendus pour 731 £ et ses livres pour 523 £ 4 sols ; son portrait est renvoyé à la famille par son ami le commandeur de Pingon, qui informe le commandeur de Jalès des ultimes désordres du chevalier : il aurait laissé 40 000 £ de dettes (25 févr. 1760, p. 108).

Activités journalistiques

Auteur du Spectateur littéraire, Gissey, I746(D.P.1 1223) : la permission ayant été refusée, P. publie un Mémoire « pour

M. le chevalier de Quinsonas, pour obtenir la permission tacite d'imprimer des feuilles littéraires dont il donne un essai» (B.N., f.fr. 22133, f° Ï71)- Cependant, «le sieur Gissey en assemble les feuilles au vu et su de tout le monde dans sa boutique rue Saint-Jacques» puis les vend «publiquement» (ibid., f° 72). P. fut sans doute aidé par Favier, avec qui il était en relations (n.a.fr. 10782). Dès le 1er juin 1746, Voltaire écrit à Vauvenargues : « le chevalier de Quinsonas a abandonné son Spectateur» (D3408).

Publications diverses

7. Au Roy de Prusse, ode, s.l.n.d. – La Capilotade, poème «ou tout ce qu'on voudra [...] par Momus», à Fontenoy, 1745. – Pièces nouvelles sur les premiers succès de la campagne, Paris, Jorry, 1745. – Lettre sur l'apothéose de Voltaire en Prusse, Berlin, L. Verus, 1758, in-12 (Ars., ms. 10302) : ms. présenté en 1750, édité en 1758.

Bibliographie

8. D.L.F. ; Cior 18. – Rochas A., Bibliographie du Dauphiné, Paris, Charavay, 1856. – La Harpe J. de, Jean-Pierre de Crousaz et le conflit des idées au siècle des Lumières, Genève, Droz, Lille, Giard, 1955, chap. IV (d'après les archives du château de Mérieu). Les archives du château de Mérieu, qui avaient été consultées par J. de La Harpe, ne sont pas accessibles actuellement ; le château du Touvet, demeure ancestrale des Quinsonas et propriété du dernier marquis de Quinsonas, ne contient pas d'archives familiales ; nos citations sont toutes empruntées à l'ouvrage suivant : Mme de Quinsonas, Le Château de Mérieu et les familles de ceux qui l'ont habité, Grenoble, Impr. Saint-Bruno, 1911.

Auteur(s) de la notice


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