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François POULTIER D'ELMOTTE (1753-1826)

État civil

François Martin Poultier d'Elmotte naquit à Montreuil-sur-Mer le 31 décembre 1753. Mort en exil à Tournai le 6 (ou 16) février 1826. Fils de Charles Nicolas Poultier, procureur-notaire, et de Françoise Lambert. Parent de Jean Baptiste Poultier, député de Montreuil à l'Assemblée constituante (Robinet). La particule de son nom suit les fluctuations de la politique intérieure.

Formation

D'assez bonnes études (M), spécialement en mathématiques (P., «Histoire»). Chevalier de la Légion d'honneur sous l'Empire (Lyonnet). Il a dit de sa jeunesse qu'elle fut un « tissu d'aventures bizarres et romanesques».

Après avoir servi dans la Maison du roi et être devenu sous-lieutenant au régiment de Flandre (1770), il semble avoir dû fuir à Londres où, selon Manuel, il se serait réfugié avec une jeune fille qu'il avait enlevée. De retour à Paris, et grâce à son parent, M. Maréchal, il entre pour 15 mois à partir du 1er janvier 1776 dans les services de l'intendant Bertier de Sauvigny où on le charge de travaux de comptabilité (P., «Histoire»). Mais son goût le porte vers la littérature et ses talents vers la police : il devient rapidement commis de Goupil, inspecteur de la Librairie, auprès de qui, outre son travail quotidien, il fait office de pamphlétaire à gages contre l'ennemi juré de Goupil, l'inspecteur d'Hémery (M). C'est pour lui qu'il produit L'Ombre de Desrues à ses juges. Chargé de poursuivre les libelles dirigés contre la reine, P. aide Goupil à les imprimer et à les diffuser ; au retour d'une enquête en Hollande et à Bruxelles à la recherche d'un tel pamphlet que Goupil avait lui-même fait réaliser, leur manège est découvert : Goupil est enfermé à la Bastille, sa femme à Vincennes et P. est incarcéré à la Bastille le 9 mars 1778 sur ordre signé Amelot (Bi) ; il fut libéré le 17 avril (B2) après s'être épanché auprès du lieutenant de police Lenoir sur les agissements de son supérieur hiérarchique. Lenoir lui fut reconnaissant de sa sociabilité et lui trouva un emploi chez le libraire Saugrain (M). Après la publication de l'ouvrage de Manuel, P. donna une version « progressiste » des événements («Histoire»). Il aurait été incarcéré une première fois à la Bastille par lettre de cachet sollicitée par le comte de Saint-Germain, ministre de la Guerre : aucune trace ne subsiste de cette première mésaventure. La plainte venait de ce qu'on le soupçonnait d'avoir part à la rédaction de la Gazette des Deux-Ponts et aux violentes attaques qu'on y faisait contre la politique du ministre, en outre accusé de pro-jésuitisme. La police aurait alors, en la personne de Goupil, tenté de l'intéresser à ses activités. Ce dernier lui aurait même proposé en guise d'activités parallèles, d'être l'un des «espions» de Maurepas chargé de surveiller Sartine et Lenoir. Cette proposition n'aurait pas été agréée par P. qui, pourtant, il l'avoue, accepta de fournir Lenoir en nouveautés littéraires prohibées imprimées à l'étranger. Il aurait alors monté une «agence» avec correspondants à Londres, à Genève et en Allemagne. Ce dernier point paraît confirmé par Manuel qui signale que Lenoir, après la libération de P., lui trouva un emploi chez le libraire Saugrain, rue des Lombards. Celui-ci faisait trafic d'ouvrages non autorisés, grâce à Le Tellier, fondateur de la Gazette universelle de Deux-Ponts, qui avait racheté « tout le fonds de librairie de Bouillon» (M, t. V, p. 67).

Carrière

Quoi qu'il en soit, on retrouve P. en 1779-1780 jouant la comédie sur les tréteaux du Théâtre des Elèves de l'Opéra

(M) dirigé par Pierre Germain Parisau (Lyonnet, t. II, p. 507). Il se spécialise dans les rôles de niais, Jeannot, et compose avec Parisau diverses parades dont L'Anti-Pygmalion représenté en juin 1780 peu avant la fermeture du théâtre (liste de ses pièces pour la plupart non imprimées, dans Brenner, n° 5365-5378). C'est alors que P. est frappé par la grâce ! Recevant de ses parents 1200 £ pour sa dot, il entre aux Bénédictins de Meaux où il fait son noviciat et prononce ses vœux. En 1789, on le retrouve dans un couvent de Laon (M). Cette vie apparemment recluse ne l'empêche pas de venir se divertir à Paris quand l'occasion s'en présente. En 1789, il devient officier de la Garde nationale et, après avoir défroqué en 1790, il sert les Armées de la Révolution comme capitaine d'un corps de volontaires. En 1792, il est élu à la Convention pour représenter Montreuil et vote la mort du roi. Son action parlementaire est surtout remarquable par le décret de levée de 30 000 hommes de cavalerie en juin 1793 et, en pluviôse suivant, par le décret de démolition des châteaux féodaux. Envoyé en mission dans les départements au moment des révoltes fédéralistes, il fut accusé de modérantisme par ses ennemis (Les Crimes, p. 5-6). Il contribua à la chute de Robespierre en thermidor an II. Créateur de L'Ami des Lois sous le Directoire, il fut élu en vendémiaire an IV, au Conseil des Anciens et plus tard au Cinq-Cents où il favorisa le coup d'Etat de brumaire. Nommé en 1802 par Bonaparte commandant de la place de Montreuil-sur-Mer, il fut un serviteur loyal de l'Empire jusqu'aux Cent-Jours. La Seconde Restauration lui fut fatale : banni comme régicide, il s'installa en Belgique où il mourut (Lyonnet ; Robinet).

Situation de fortune

Avant la Révolution, les revenus de P. furent variés, mais sans doute assez maigres.

Opinions

P. se flatte d'avoir été, dès son jeune âge, entiché de «philosophie moderne» (P., «Histoire», n° 29, p. 33). On trouva sur lui à son arrestation de 1778 un exemplaire de La Pucelle d'Orléans (B2). Pendant la tourmente révolutionnaire, il défroqua et suivit une voie que d'autres, plus connus que lui, ont pratiquée à travers régimes et convulsions politiques. Il ne put cependant pas sauter l'obstacle de la Restauration. On ne sait si on doit l'assimiler à «Jean-François Delmotte» né comme lui en 1753 et ancien gendarme, membre de la Loge de Saint-François des Amis Réunis en 1777 (A. Le Bihan, Francs-maçons parisiens, Paris, 1966, p. 154)

Activités journalistiques

Courier de l'Europe : P. y collabora en 1777 (4, 11, 18 mars, 1, 4, 29 avril, 19 déc). Voir G. et M. von Proschwitz, Beaumarchais et le Courier de l'Europe : documents inédits ou peu connus, S.V.E.C. 273-274, 1990.

Gazette universelle de littérature de Deux-Ponts ; P. prétend qu'il en était «l'un des auteurs» («Histoire», n° 30, p. 33), sans doute vers 1777-1778. Sa collaboration paraît avoir cessé après son embastillement. Mais ses relations avec Le Tellier, par l'intermédiaire de Saugrain, indiquent que le lien n'était pas rompu avec Deux-Ponts et l'actif fondateur de la Gazette.

L'Ami des Lois, an III-an VIII, 8 vol. (M. Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution, Paris, 1890-1913, n° 10995 à 10995 ; analyse dans Popkin).

Publications diverses

Pour les nombreux textes politiques de P. sous la Révolution, voir Cat.B.N., t. CXLI, p. 1014-1019. – L'Anti-Pygmalion, ou l'Amour Prométhée, scène lyrique en prose, Montreuil-sur-Mer, Paris, 1780, in-8° (Cior 18, n° 22888).

Bibliographie

Archives de la Bastille, Ars. : (Bi) ms. 12478, f° 226, 228 : lettre de cachet, ordre de libération ; (B2) ms. 12481, f° 344 : Registre d'Ecrou. – B.N., f.fr. 14059. – Rivarol, Petit Almanach de nos grands hommes, s.l, 1788, art. «d'Elmotte», p. 71-72. – (M) Manuel L.P., La Bastille dévoilée, Paris, 1789, t. IV, p. 17 ; t. V, p. 65-68. – P., «Histoire des six-semaines que M. d'Elmotte a passé à la Bastille en 1778, du 9 mars au 17 avril», dans J. Prudhomme, Révolutions de Paris, n° 29, 30 janv. 1790, p. 33-35! n° 30, 6 févr. 1790, p. 33-38 ; 13 févr. 1790, p. 35-38. – D..., Les Crimes et forfaits du représentant du peuple Poultier ; avec l'acte d'accusation porté contre lui, Paris, Clermont, s.d. [an III], brochure de 12 p. (divers détails sur ses activités antérieures à la Révolution : mauvais moine, pamphlétaire, «espion du gouvernement royal» (B.N., Ln27 16589). – Campardon E., Les Spectacles de la foire, Paris, 1877, t. I, p. 240. – Robinet J.F.E., Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire 17891815, Paris, 1898, t. II, p. 667-668. – Lyonnet H., Dictionnaire des comédiens français, Paris, 1904, t. I, p. 496. – Popkin J., «Les journaux républicains 1795-1799», Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. XXXI, janv.-mars 1984, p. 143-157

Auteur(s) de la notice


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