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Jean François de PONS (1683-1732)

État civil

D'après le baron de l'Horme auquel, moyennant quelques rectifications, nous emprunterons la plupart des renseignements recueillis dans cette rubrique, Jean François de Pons fut baptisé à Marly-le-Bourg (Marly-le-Roi) le 10 avril 1683. Les A.D. de la Haute-Marne détiennent différentes pièces (F 760 ; 2 E 223) prouvant la noblesse de sa famille, qui, remontant à Gillebin de Pons, seigneur de Rennepont à la fin du XIVe siècle, était effectivement « l'une des plus illustres de Champagne» (La Chesnaye). Sa mère, Madeleine de Guittard, morte à Chaumont le 3 janvier 1711, était fille de François de Guittard, conseiller du roi, trésorier général de France, seigneur de Marly-le-Bourg, et de Madeleine de Mouchy. Son père, Pierre de Pons (1645-1719), seigneur d'Annonville, de Mussey pour un quart, de Doulaincourt et Saucourt (contrat d'échange avec le chapitre de Reims, 1675 ; foi et hommage au roi, 1715 ; aveu et dénombrement, 1er févr. 1717), gentilhomme servant et conseiller du roi, trésorier de France en la généralité de Paris, chevalier d'honneur au bailliage de Chaumont et conseiller honoraire au Présidial (20 août 1691), devint maire perpétuel de la ville, par achat d'office, le 27 novembre 1692, fonction qu'il exerça jusqu'à 1708 (Jolibois). Né de Pierre de Pons, seigneur de Rennepont, chevalier de Malte au Grand Prieuré de Champagne (1625), puis commandeur de Sugny, de Ruetz et de Saint-Nicolas de Langres, qui avait épousé en dissimulant son état Anne de Rannecourt (fille de Claude, comte de Rannecourt, colonel de cuirassiers au service d'Autriche, seigneur d'Annonville, et de Blanche de Mathelan), il avait été légitimé par lettres de janvier 16 71, puis déclaré légitime par différents arrêts du Parlement et de la Cour des aides, de 1673, 1684 et 1689, rendus sur la bonne foi de la mère. Sans parler de la descendance que son père semble avoir eue d'un second mariage, contracté sur le tard, en 1712, P. fut le sixième d'au moins treize enfants nés de lui et de Madeleine de Guittard. A l'exception de l'un d'eux, né vers 1680, que l'on a de bonnes raisons d'identifier comme Pierre Vital de Pons devenu maire de Chaumont en 1737, et de Jeanne Madeleine, née en 1678 et décédée à dix-huit ans aux Ursulines de la ville, les enfants dont la naissance précéda la sienne sont tous morts en bas âge. Parmi ses cadets, Catherine Eléonore, née en 1687, épousa en 1704 Christophe Adrien Perrin, seigneur de Neuilly, lieutenant général au bailliage de Chaumont ; Marie Françoise, née en 1691, semble avoir été abbesse de la Madeleine à Metz, et Charlotte, bénédictine à Joinville ; Pierre (1692-1725) fut seigneur de Mussey. Décédé le 4 septembre 1732, P. fut inhumé à Chaumont le lendemain, sans que l'acte de sépulture fournisse la moindre indication, même sur les témoins.

Formation

«Après avoir fait ses humanités et son cours de philosophie » à Chaumont, « il fut envoyé à Paris en 1699, et, comme on le destinait à l'Eglise, il commença à faire un nouveau cours de philosophie dans l'Université, pour y prendre ses degrés. Il entra ensuite au séminaire de Saint-Magloire, d'où il suivit pendant deux ou trois années l'Ecole de la Sorbonne » (Avertissement, Œuvres). Selon N.B.G., «il embrassa l'état ecclésiastique, mais ne s'éleva point au-dessus du sous-diaconat».

Carrière

En 1706, malgré l'opposition d'Edme François Denys, prêtre de Saint-Jean-Baptiste, « M. de Pons, bachelier en droit civil et canon, étant actuellement aux études de l'université de Paris», fut élu «chanoine de l'église collégiale de Saint Jean Baptiste de Chaumont-en-Bassigny » (Registre des délibérations de la ville ; A.D. Haute-Marne, 3 B 27, f° 116 v°). D'après Jolibois, il n'y avait aucun droit, étant né à Marly, et il dut sa nomination, « faite sans le concours du chapitre, à l'influence de son père». Elle fut cependant confirmée, en 1709, « à la suite d'un procès fameux. Le factum que rédigea P. contre ses adversaires a commencé sa réputation littéraire. Mais il ne résida pas [...] et négligea même de se pourvoir des ordres nécessaires, de sorte qu'il fut forcé de donner sa démission, en 1714 ». Dans cet acte, passé à Paris le 12 mars en l'étude de Me Le Maignien, il est présenté comme « député de sa compagnie, demeurant [...] rue du Coq, paroisse de Saint-Germain de l'Auxerrois » (A.D. Haute-Marne, reg. des insinuations, G 901). Malade, P. «prit en 1727 le parti de se retirer à Chaumont dans le sein de sa famille, pour y traîner le reste de ses tristes jours» (Avertissement, Œuvres).

Opinions

Beau tempérament d'intellectuel, ardemment cartésien et plein d'idées nouvelles, il peut être considéré, Marivaux mis à part, comme le plus doué des « Modernes » du temps de la Régence. A cause de la vigueur de ses polémiques, mais aussi de ses infirmités physiques, « le bossu de La Motte » fut une des cibles favorites des poètes satiriques comme des partisans des Anciens et de ceux qu'il a baptisés «les Erudits».

Activités journalistiques

P. publia dans le Nouveau Mercure la plupart des essais recueillis ensuite par Melon dans l'édition de ses Œuvres, Paris, Prault fils, 1738 (annonce dans le Mercure d'avril, p. 707), notamment Dissertation sur le poème épique, janv. 1717, p. 176 et suiv. ; Dissertation sur les langues en général, mars 1717, p. 8 et suiv. ; Réflexions sur l'éloquence, mai 1718,

p. 5-26 et Nouveau système d'éducation, précédé d'un petit éclaircissement sur la définition de l'éloquence, juil. 1718, p. 643 ; mais on peut, semble-t-il, lui attribuer aussi au moins une Lettre écrite en province au sujet du livre de La Religion chrétienne prouvée par les faits, parue dans les Mémoires de Trévoux, août 1722, p. 1328-1346 (voir Marivaux, Journaux et Œuvres diverses, Paris, Garnier, 1969, p. 590).

Bibliographie

8. B.Un. ; N.B.G. – Avertissement en tête des Œuvres de Monsieur l'abbé Pons (D'après la B.Un., cet avertissement n'aurait pas été écrit par J.F. Melon, le responsable de cette éd., mort en janvier 1738, mais par Prévost, car dans le t. XV du Pour et contre, p. 41, celui-ci dit qu'il va se servir « des termes qu' [il y a] déjà employés »). J. Sgard, dans Prévost romancier, Paris, 1968, p. 611, confirme cette attribution en renvoyant à l'article de Prévost sur ces Œuvres (Le Pour et contre, t. XIV, p. 313 et suiv. ; cf. p. 402, n. 4). – A.D. Haute-Marne (A.M. Couvret et M. Decker). – Jolibois E., Histoire de la ville de Chaumont (Haute-Marne), Paris, B. Dumoulin, Chaumont, C. Cavaniol et Simonnot-Lansquenet, 1856. – A.D. Haute-Marne, Notes du baron de l'Horme, 22 J 9. – La Chesnaye Des Bois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, 3e éd., Paris, Schlesinger, 1870, t. XVI.

Auteur(s) de la notice


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