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Jean Charles PONCELIN DE LA ROCHE-TILHAC (1746-1828)

État civil

Jean Charles Poncelin de La Roche-Tilhac (ou Tillac) est né le 17 mai 1746 à Dissais (Poitou). Il est le fils de Jean Poncelin, employé dans la gabelle, et de Madeleine Léger (A.D. Vienne, reg. par.). Il se marie sous la Révolution et devient père de famille. Il meurt le 1er novembre 1828 à l'âge de quatre-vingt-deux ans à Ouarville (Feller-Weiss) près de Chartres.

Formation

Il fait ses études chez les Jésuites (B.Un.). Il est docteur en droit (Ersch).

Carrière

Ayant embrassé l'état ecclésiastique auquel il s'était tôt destiné, il est nommé chanoine de Notre-Dame de Montreuil-Bellay en Anjou. Il achète la charge de conseiller du roi à la Table de marbre (juridiction de l'amirauté) et devient avocat du roi. Puis il s'établit à Paris, rue Garancières, et s'occupe de divers travaux historiques. Au début de la Révolution, il ouvre une maison de librairie-imprimerie et se lance dans une activité journalistique intense. D'abord ardent partisan de la Révolution (qui l'a libéré de certaines contraintes), il en défend les principes et en propage les idées. C'est ainsi, par exemple, qu'il présente devant l'Assemblée nationale une Motion de subsistance (Gueffier jeune, s.d., in-8°) où il propose la création d'un « impôt patriotique » destiné à procurer des fonds pour venir en aide aux familles pauvres du royaume. Cependant, au fur et à mesure que les événements révolutionnaires se précipitent (notamment à la suite du 10 août 1792), il tend à prendre ses distances par rapport au nouvel ordre des choses ; très significatif à cet égard est le choix qu'il fait de collaborateurs tels que les journalistes Durant-Molard (Gazette universelle) et Michaud (La Quotidienne) connus pour leur hostilité à la Révolution ; et au lendemain des journées des 9 et 10 thermidor an II, il passe ouvertement dans le camp de la réaction. Mêlé avec Fiévée notamment aux membres des sections insurgées contre la Convention, il n'échappe pas aux lourdes conséquences du 13 vendémiaire an IV : accusé et convaincu d'avoir provoqué au rétablissement de la royauté, à la guerre civile et à l'assassinat des représentants du peuple, il est condamné à mort le 26 octobre 1795 par le conseil militaire de la section du Théâtre-Français. Mais il réussit à fuir, se cache dans sa maison de campagne à Ouarville où d'ailleurs il manque de peu d'être arrêté, ayant été reconnu par Bourdon de l'Oise en mission dans la région. Il revient à Paris où il reste caché quelque temps avant de reparaître et de reprendre de plus belle, au cours de 1796, sa lutte contre les gouvernants. Il multiplie dans ses feuilles les diatribes virulentes et participe à des polémiques incessantes et acharnées, se faisant traiter par L'Ami du peuple de «voleur, fripon, faussaire, calomniateur, coquin sale et puant» (Lenôtre). En janvier 1797, il se plaint d'avoir été victime le 26 d'outrages commis sur sa personne à l'instigation de Barras et dans l'appartement de celui-ci (il y aurait été déshabillé, lié et fouetté jusqu'au sang). Il dépose une requête auprès du juge de paix de la section du Luxembourg (B.U.C ; Mémoires de Barras). Mais, lors de la perquisition ordonnée par le juge, il ne reconnaît pas les lieux désignés dans sa plainte ni les personnes de la maison qui auraient pu participer aux violences, et, finalement, se désiste de ses poursuites, gagné, si l'on en croit certains, par « l'appât d'une forte somme » qui lui aurait été « secrètement présentée avec l'alternative du silence ou d'une plus grande correction » (B.U.C.). L'affaire devient pendant quelques jours le sujet de conversation de tout Paris ; les journaux s'en emparent (ceux de la réaction s'indignent et dramatisent) et l'on ironise sur «la fustigation de l'abbé Poncelin, ce respectable père de famille». Paraît une plaisante publication anonyme (signée «Un impartial»), intitulée Véritable histoire de la flagellation de Poncelin avec le fameux interrogatoire qu'un des frères fouetteurs a subi devant le juge de paix (impr. de Coesnon Pellerin) où Poncelin est tourné en ridicule, rattaché à 1'« histoire des flagellés si recherchée par les dévots depuis Ponce-Pilate jusqu'à Ponce-Lin», et où le journaliste n'est pas épargné, ce «vil distributeur de triviales et dégoûtantes rhapsodies», ce directeur d'un «mauvais journal», d'un «fétide journal» «farci de mensonges et de calomnies». Dans ses Mémoires, Barras rapporte l'aventure, explique le retrait de la plainte (inculpation de P. lui-même «pour avoir voulu suborner» deux des gens de Barras afin d'en obtenir des déclarations contre leur maître, absence de preuves, conscience de la nécessité de l'oubli pour échapper au ridicule), affirme son innocence (il se dit totalement étranger à l'idée et l'exécution du châtiment) et, s'appuyant sur une pièce dont il n'a eu connaissance qu'en l'an VII, assure que ce sont des officiers de Bonaparte qui, excédés des attaques des journalistes contre-révolutionnaires, décidèrent de se venger et choisirent pour cela l'un des plus notables d'entre eux. Quoi qu'il en soit, P. n'en continue pas moins, après son aventure, à s'élever contre le Directoire, et, le 18 fructidor an V, ses journaux, comme tous ceux du parti royaliste, sont supprimés. Lui-même est condamné, ainsi que nombre de rédacteurs et imprimeurs (Auvray, les frères Fleschelle, etc.), à la déportation. Par une nouvelle fuite, il échappe à cette peine, mais ses presses sont brisées et jetées dans la rue. Il reparaît après le 18 brumaire an VII et, ne pouvant plus exercer son activité journalistique (le Consulat supprime 40 journaux en un jour), se contente d'assurer son commerce de librairie. Il est signalé par Ersch dans son deuxième Supplément comme «imprimeur-libraire à Paris». Cependant de mauvaises affaires l'obligent à abandonner son commerce. En 1811, il quitte Paris et s'installe dans sa maison de campagne, près de Chartres, où il mène jusqu'à sa mort une retraite studieuse.

Situation de fortune

A partir de la Révolution, il vit de ses travaux journalistiques et de son entreprise d'imprimerie-librairie d'où sont sortis un certain nombre d'écrits. Mais cette entreprise périclite sous l'Empire et P. est alors poursuivi par ses créanciers.

Opinions

Il commence par embrasser avec enthousiasme le parti de la Révolution. Cependant, cet enthousiasme retombe peu à peu et, lorsqu'en août 1792, il qualifie son Courrier de «républicain», il choisit un titre qui ne correspond guère à la teneur et à l'orientation de ses articles. C'est après la chute de Robespierre qu'il s'affirme sans réserve royaliste.

Activités journalistiques

Avant la Révolution, il publie l'Etat des Cours de l'Europe, ou Tableau des gouvernements, républiques et principales souverainetés de cette partie du monde (1783-1899, 6 vol. in-8°, privilège du 13 mars 1782, périodicité annuelle, 4 £, puis 5 £ : D.P.1 404) : l'ouvrage, par l'étendue de son plan, se distingue des autres Etats qui paraissent alors et, par un « air de nouveauté» délibérément recherché d'année en année, dépasse le genre du simple almanach pour se rapprocher du «journal». Mais c'est avec la Révolution que P. devient un authentique journaliste. Il s'impose d'ailleurs comme l'un des journalistes les plus actifs et les plus persévérants, et ses feuilles revêtent une importance et un intérêt incontestables : Assemblée nationale, puis Courrier français, puis Courrier républicain, 15 juin 1789 (fructidor an V), quotidien (tous les matins), in-8°, 4 £ pour Paris et 4 £ 16 sols pour la province par mois, Gueffier, puis (à partir du 2 janv. 1796) frères Fleschelle et Compagnie : la page de titre du t. I (lequel s'ouvre sur un Tableau des Etats Généraux depuis l'origine de la Monarchie jusqu'à l'Assemblée nationale) est ainsi libellée : Courrier français ou tableau périodique et raisonné des opérations de l'Assemblée nationale suivi d'une Correspondance civile, militaire, ecclésiastique et commerciale de toute l'Europe «Rédigé par M.P.D.L.R.T.C.A.L.T.D.M.». Les premiers numéros (15 juin - 27 juin 1789) sont intitulés : Séance du... A partir du 30 juin, l'intitulé devient : Assemblée nationale. Session première (seconde...) (c'est-à-dire «première» à la suite de la réunion des trois Ordres opérée le 27 juin). Puis, le journal reçoit successivement les titres suivants : Assemblée nationale (31 août 1789 - 12 août 1792), Courrier républicain (11 brumaire an II - 15 vendémiaire an IV), Journal des Français (17 vendémiaire an IV - 22 brumaire an IV), Courrier républicain (23 brumaire an IV - 18 fructidor an V).

En 1791, P., propriétaire du journal, doit se défendre contre son propre éditeur (Gueffier) qui tente de la concurrencer en lançant le Courrier des Français (1er mars - 18 avril 1791) et obtient justice par jugement du 13 avril 1791. Par ailleurs, il est possible que Courrier des Français et Courrier républicain aient coexisté quelque temps (en 1795-1796), mais le 18 fructidor, c'est bien le Courrier républicain qui est proscrit. Parmi les collaborateurs de P., citons notamment Auvray et Jardin.

II fonde avec Fiévée, qui en assure la rédaction, la Gazette française «papier-nouvelles de tous les jours et de tous les pays» (janv. 1792 - 18 déc. 1797, 3068 numéros, 10 vol. in-40). Supprimé le 18 fructidor an VI, le journal reparaît sous le titre de Gazette européenne, et, pour les numéros 1377-1405 et 2070-3007, sous celui de Gazette politique.

Publications diverses

7. Cior 18, n° 50980-50995. Compléter avec F.L. Moins qu'un auteur, P. est un compilateur que guide souvent un esprit de spéculation commerciale. Traducteur (Le Voyage du monde de Scylax, trad. imprimée à la suite du Pausanias de Gédoyn, 1798), il est aussi l'éditeur d'un certain nombre d'ouvrages.

Bibliographie

8. F.L. ; Ersch, t. III, p. 81-82 et Deuxième supplément ; B.U.C., t. VI ; B.Un. ; Feller-Weiss ; N.B.G. ; B.H.C. – A.D. Vienne, reg. par. – La Bouralière, «Bibliographie poitevine ou Dictionnaire des auteurs poitevins et des ouvrages publiés sur le Poitou jusqu'à la fin du XVIIIe siècle», Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 3e série, 1907, t. I, p. 440-442. – Lenôtre G., Sous le bonnet rouge : croquis révolutionnaires, Paris, Grasset, 1936, p. 237-244. – Martin A. et Walter G., Catalogue de l'histoire de la Révolution française, t. V, Ecritsde la période révolutionnaire, Paris, B.N., 1943, p. 181-184, 186-187. – Mémoires de Barras, membre du Directoire, éd. G. Duruy, Paris, Hachette, 1895, t. II, p. 291-300.

Auteur(s) de la notice


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