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Mathieu PIDANSAT DE MAIROBERT (1727-1779)

État civil

Mathieu François Pidansat de Mairobert est né à Chaource (Aube) le 20 février 1727 ; nous savons peu de chose sur ses parents sauf que, aux dires de P. lui-même, il était né : « sans un nom ni une naissance dont [il] puisse [se] parer» (Bulletin du bibliophile, p. 17) et qu'ils voulaient qu'il devienne avocat ou financier (Ravaisson, t. XII, p. 315316 ; Funck-Brentano, p. 282). D'aucuns, se basant sur une supposition avancée dans la C.L. : « Bachaumont vivait depuis sa jeunesse dans la société de Mme Doublet, dont il avait été l'amant, si je ne me trompe » (t. IX, p. 317) et sur une notice des M.S. où il est dit qu'il est un parent de Mme Doublet (5 sept. 1772, t. VI, p. 220-221) en ont conclu que P. était le fils naturel de cette dame avec Bachaumont, mais la chose est absurde : Mme Doublet étant née en 1678 aurait eu 49 ans à la naissance de P. A ce qu'on sache, P. ne s'est jamais marié. Blâmé par le Parlement comme créancier dans l'affaire du fameux marquis de Brunoy, il s'est suicidé à Paris le 27 mars 1779 en se coupant les veines et en s'achevant d'un coup de pistolet (M.S., 2 avril 1779, t. XIV, p. 9-10 ; Rétif de La Bretonne, Monsieur Nicolas, éd. Testud, Paris, Pléiade, 1989, t. II, p. 322 ; Tate, p. 166-168). Il a été enterré à la paroisse Saint-Eustache par ordre du roi (M.S., 3 avril 1779, t. XIV, p. 11-12).

Formation

Nous sommes peu renseignés sur la formation de P. Nous savons toutefois qu'il est devenu avocat (M.S., 4 juil. 1779, t. XIV, p. 121-123). Il est supposé avoir été élevé dans le salon parisien de Mme Doublet, dit «la Paroisse» (voir D.P.1 904 et l'art. «Petit de Bachaumont», ainsi que M.S., 3 avril 1779, t. XIV, p. 11-12). Au témoignage de son frère (lui aussi avocat) : «il ne voulait prendre aucun parti dans la robe ni dans la finance» (Ravaisson, t. XII, p. 315-316). Il a été commissaire de la Marine et censeur royal (Bulletin du bibliophile, p. 17), membre de l'Académie de Caen (F.L. 1778, supplément, t. III, p. 59 et 137). Il a tenu dès 1764 le titre honorifique de secrétaire du roi.

Carrière

P. est venu très tôt à Paris et y a passé le reste de sa vie, ne voulant avoir aucun contact avec sa famille. Pendant les années 40, il demeurait rue de Seine, rive gauche (Ravaisson, t. XII, p. 324-325) ; et il fréquentait le café Procope, en face de la Comédie-Française avec d'autres nouvellistes et auteurs. Le 27 juin 1749, il est censé avoir dit «qu'il commençait à s'ennuyer à Paris, mais qu'il ne pouvait pas prendre sur lui d'en sortir» (Venturi, p. 184-185). Le 2 juillet de la même année, au moment de la persécution des jansénistes frondeurs (ibid.), il a été arrêté pour avoir possédé et fait circuler des vers séditieux ; il a passé près d'un an à la Bastille et ne fut libéré qu'en juin 1750 (Ars., ms. 11683, f° 42-138 ; R, t. XII, p. 345-346 ; Tate, p. 144-146). Un inventaire de ses meubles, en date du 5 novembre 1758, montre qu'il occupait alors un appartement au deuxième étage d'une maison dans la rue de Richelieu (B.V. Troyes, ms. 2764,1 (2), 70).

Situation de fortune

Vers 1750, P. a travaillé pour le marquis de La Galissonnière, administrateur royal de la Nouvelle-France (1747-1749), sur les limites de l'Acadie et de l'Amérique septentrionale (A.N., O1 1919, III, f° 9 ; Bulletin du bibliophile, p. 16) ; ensuite, au moment de la guerre de Sept-Ans, il a fouillé les manuscrits du département de la Marine, ms. 19, p. 219-223, 224-227, imprimés selon la F.L. 1778 (2e part., p. 176) sous le titre de : Principes sur la Marine, tirés des dépêches & ordres du Roi, donnés sous les ministères de MM. Colbert, Seignelay, de Pontchartrain, &c, par M. de Mairobert, 1775, in-40. Il a dû être congédié par raisons d'économie, car dans une lettre du 24 janvier 1759 il demande au marquis de Marigny un emploi de confiance (Bulletin du bibliophile, p. 15-17). Il était censeur royal depuis 1759, au moins, jusqu'au 23 juillet 1761 date à laquelle il a été rayé du catalogue des censeurs à la suite de l'affaire du Passe-Tems des Mousquetaires, auquel il avait ajouté des épigrammes après que le manuscrit eût été paraphé déjà (B.N., f.fr. 22167, f° 38 v°), il a été rétabli dans ses fonctions en 1769 (F.L. 1769) ; il a joui de la protection de Malesherbes, Sartine, Albert, Lenoir, Le Camus de Neville. Il était secrétaire des commandements du duc de Chartres (plus tard Philippe-Egalité), l'un des princes du sang qui ont le plus résisté aux «réformes» judiciaires de Maupeou en 1771 (M.S., 2 avril 1779, t. XIV, p. 10). Mais il s'est surtout adonné à la rédaction et la distribution de nouvelles à la main, puisées dans les registres de la «Paroisse», dont il était un habitué (Maz., ms. 13722386, 2387-2399 ; Aubertin, p. 383 ; Funck-Brentano, p. 28, 289-295).

Opinions

P. avait des prétentions littéraires : il est censé être l'auteur d'une comédie restée inédite (Ravaisson, t. XII, p. 312). Selon les M.S. (3 avril 1779, t. XIV, p. 11-12), il ne manquait jamais de première représentation théâtrale et il est l'auteur supposé d'un projet d'une nouvelle salle pour la Comédie-Française (ibid., 10 juin 1772, t. XXIV, p. 145 ; Grimm, CL , t. X, p. 64-65). Comme son père spirituel Bachaumont, P. avait un goût prononcé pour les arts plastiques que reflètent les nombreux Salons insérés dans les M.S. P. a favorisé en peinture le naturel bourgeois de Greuze (voir la Revue universelle, t. XX, p. 227-286). En 1753, il a pris parti pour les «Lullistes» contre Grimm et les encyclopédistes dans la «querelle des bouffons» avec un pamphlet intitulé Les Prophéties du grand prophète Monet. Il était l'ami du duc de Caumont, de Moufle d'Angerville et de Rétif de La Bretonne, probablement de Baculard d'Arnaud (R, t. XII, p. 324-325). Une lettre de Voltaire du 28 février 1754 indique que P. est connu du philosophe (D5699) ; l'année précédente il avait réimprimé, sous le titre de La Querelle de MM. de Voltaire et de Maupertuis un examen des Œuvres de Maupertuis par Voltaire (Œuvres, éd. Moland, t. XXIII, p. 535). Mais P. s'est surtout distingué comme rédacteur de brochures et d'ouvrages en faveur du parti des «patriotes», qui, en 1770-1774 défendaient l'ancienne magistrature contre le «triumvirat» de Maupeou, l'abbé Terray et le duc d'Aiguillon (Mornet, p. 436-437). Comme tel, il est entré dans une polémique avec l'avocat Linguet, qui s'est attaqué aux principes de la monarchie tempérée, énoncés par Montesquieu (M.S., 6 juil. 1767, t. III, p. 233 ; 10 sept. 1770, t. X, p. 175-178 ; 21 oct. 1778, t. XII, p. 158-159 ; 4 juil. 1779, t. XIV, p. 121-123). Linguet traite son ennemi de «parvenu» (Annales, t. V, p. 416-418). Par son tempérament fougueux et frondeur, P. fait figure d'un Beaumarchais au petit pied (cf. Funck-Brentano, p. 284).

Activités journalistiques

Dès 1754, P. avait tenté d'obtenir le privilège et les rentes du Mercure (12 000 £) en faisant intervenir Louis de Beausobre auprès de d'Argenson après la mort de La Bruère (Staatsbibliothek zu Berlin, Nachlass 235, lettre de P. à Beausobre, 4 oct. 1754 : renseignement fourni par F. Moureau).

Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France depuis 1762 jusqu'à nos jours, Londres, J. Adamson, 1777-1789, 36 vol. Cette chronique rétrospective qui s'étend du 1er janvier 1762 au 31 décembre 1787 a été assurée par P., du commencement du journal jusqu'à sa mort survenue le 27 mars 1779, et poursuivie ensuite par Moufle d'Angerville (D.P.1, 904).

L'Observateur anglais, ou correspondance secrète entre Milord All'Eye et Milord All'Ear, Londres, J. Adamson, 1777-1778, 4 vol. ; continué en 1783, à partir du t. V, sous le titre de L'Espion anglois ou correspondance secrète entre Milord All'Eye et Milord All'Ear, Londres, J. Adamson, 1783-1784, 6 vol. (D.P.1, 1072). Les quatre premiers volumes rassemblent des lettres datées du 15 janvier 1777 au 22 février 1779. Cet ouvrage sert de complément aux M.S. (Tate, p. 176-177), et constitue une suite du Journal historique (L'Observateur anglois, t. I, p. 59) tout en rassemblant beaucoup d'études originales. Le contexte en est la guerre entre la France et la Grande-Bretagne au moment de la Révolution américaine ; il semble refléter les travaux de P. à la Marine.

Publications diverses

Les Prophéties du grand prophète Monet, Paris, 1753. – La Querelle de MM. de Voltaire et de Maupertuis, s.L, 1753. – Réponse du coin du roi au coin de la reine, 2e éd., 25 janv. 1753 (Cat.B.N.). – Discussion sommaire sur les anciennes limites de l'Acadie et sur les stipulations du traité d'Utrecht qui y sont relatives, Bâle, S. Thourneisen, 1755 : propagande anti-anglaise au seuil de la guerre de Sept-Ans (c.r. dans Fréron, L'Année littéraire, 1755, t. VIII, p. 252-255). – Lettre de M. de M... à M. de ... sur les véritables limites des possessions angloises et françoises en Amérique, Paris, 8 août 1755 ; c.r., Année littéraire, 1775, t. VIII, p. 255-256 : «le premier écrit qui ait paru sur ce sujet». – Lettre de M. de M... au sujet des écrits anglois sur les limites de l'Amérique, Paris (?), 1755 ; c.r., L'Année littéraire, 1755, t. VIII, p. 256-257 : «nulle part la matière n'a été si bien discutée ni mieux éclaircie». – Lettre à Mme de *** sur les affaires du jour, ou réflexions politiques sur l'usage qu'on peut faire de la conquête de Minorque, suivies d'un état circonstancié des îles de Gersey et de Guernezey, Paris, 3 août 1756. – Correspondance secrète et familière de M. de Maupeou avec M. de Sor***, 3 part., 1771-1772 (voir M.S., 9 juil. 1771, t. V, p. 323-326 et 14 sept. 1771, p. 370-372 ; 19 févr. 1772, t. VI, p. 116-119 et 22 mars 1772, p. 134135 ; 28 déc. 1771, t. XXI, p. 127-128 et 17 févr. 1772, p. 136) ; version ms. à la B.L. (ms. 15, 657-15, 658) ; réimpr. sous le titre de Maupeouana, nouv. éd., «imprimée à la chancellerie», 1773, 2 vol. (voir M.S., 27 juin 1774, t. XXVII, p. 289-290) : fait partie de la propagande parlementaire, «ce qui fait soupçonner des magistrats du premier ordre, comme fabricateurs soit comme instigateurs de l'ouvrage» (M.S., 14 sept. 1771, t. V, p. 370-372).

Journal historique de la révolution opérée dans la constitution de la monarchie française par M. de Maupeou, chancelier de France, Londres (Amsterdam), 1774-1776, 7 vol. (voir M.S., 31 déc. 1775, t. VIII, p. 346). Dans la rédaction, P. a sûrement profité de la collaboration de Moufle d'Angerville ; mais il est plus probable qu'il n'a servi que d'éditeur, car l'ouvrage est dit « rédigé par des magistrats zélés et éclairés, qui côtoient journellement ce qui se passait sous leurs yeux» (Journal historique, t. I, p. II ; cf. Flammermont, p. 11-14 ; Tate, p. 189) ; c'est toujours la meilleure source sur l'histoire de la querelle entre Maupeou et les parlements ; beaucoup d'articles se retrouvent plus tard avec de légères variantes, dans les M.S. Signalons que le Journal historique, n'étant pas un périodique, ne fait pas l'objet d'une notice dans D.P.1.

Anecdotes sur Mme la comtesse Du Barry, s.l., 1775 : peut-être l'édition originale, rarissime ; Londres, 1775 ; Londres, John Adamson, 1776 ; A la Cour, 1777 ; Au Pont-aux-Dames, 1777 ; Londres, 1778 ; Paris, Quantin, 1890, éd. 0. Uzanne (voir M.S., 7 nov. 1775, t. VIII, p. 274-275 et 12 nov. 1775, p. 284-285, ainsi que les notices du 20 nov., p. 298 et du 2 déc. 1775, p. 317 ; CL., t. XI, p. 398-399) : fait partie de la propagande parlementaire (Tate, p. 190). Mémoires concernant l'administration des finances sous le ministère de M. l'abbé Terrai, Londres, 1776 ; Mémoires de l'abbé Terrai Controlleur-général des finances, avec une relation de l'émeute arrivée à Paris en 1775, et suivis de quatorze lettres d'un actionnaire de la Compagnie des Indes, Londres, 1776 ; Mémoires de M. L'Abbé Terrai Contrôleur général, contenant sa vie son administration, ses intrigues et sa chute, A la Chancellerie, 1777. En rendant compte de la mort d'un jeune avocat, nommé Coquereau, dans une notice en date du 12 février 1773, le rédacteur du Journal historique (t. IV, p. 58-59), observe : «On prétend qu'il travaillait à des Mémoires sur l'administration de M. l'abbé Terrai.» Et, en tête des Mémoires, l'éditeur confirme l'identité de l'auteur de la première partie de l'ouvrage en ces termes : «l'Auteur [...] est mort. C'était M. Coquereau, jeune avocat de la plus grande espérance, qui, enflammé d'un zèle patriotique, trop outré, sans doute, n'a pu survivre à la destruction du Parlement & du Barreau, & s'est brûlé la cervelle» (p. III-IV). Ces deux témoignages auraient sans doute suffi à établir d'une manière définitive la paternité de la première partie du livre si celui-ci ne renfermait des similitudes trop fréquentes avec d'autres ouvrages attribués à P., en l'occurrence, les Anecdotes de Mme Du Barry, le Journal historique, les M.S. et l'Observateur anglais pour que ne soit retenue la probabilité d'une participation de P. à la rédaction, sinon du volume entier, du moins de la seconde partie du livre où il est dit (p. 97) : «Il est fâcheux que la mort de l'Auteur ne lui ait pas permis de finir son ouvrage. Nous allons tâcher d'y suppléer, en nous conformant autant que nous pourrons à son style, à sa manière de voir, & surtout à sa véracité».

Les passages communs aux Mémoires de Terrai et aux M.S. sont nombreux et suscitent une question : à savoir, lequel des deux ouvrages s'est inspiré de l'autre. Car de même qu'il paraît improbable que le rédacteur des M.S. ait inséré, a posteriori, des faits consignés dans les Mémoires de l'abbé Terrai pour les redonner sous leur date exacte dans son journal rétrospectif tenu au jour le jour, il semble peu raisonnable que l'auteur des Mémoires de l'abbé Terrai ait puisé dans les M.S. vu que ceux-ci n'étaient pas encore parus en 1776. A moins que ce dernier n'ait eu entre les mains le manuscrit qui devait servir à la publication des M.S. P. possédait ce manuscrit (cf. D.P.1, 904) et on lui accorde la paternité des trois autres ouvrages qui renferment des passages identiques à ceux des Mémoires de l'abbé Terrai. Notre thèse est de plus corroborée par un contemporain de P. ; Linguet, qui déclare après avoir vilipendé son confrère : « Ces caractères-là trouvent toujours des protecteurs, Mairobert en avoit mérité par des libelles de toute espèce : c'est lui qui avoit fait les Mémoires de l'Abbé Terrai, & d'autres romans du même genre» (Annales, t. V, p. 316). – Lettres originales de Mme la comtesse du Barry avec celles des princes, seigneurs, ministres et autres qui lui ont écrit, Londres [Berlin?], 1779 (c.r. dans CL., t. XII, P- 338-341) : censées avoir été trouvées parmi les papiers de l'ancienne favorite ; propagande contre le «triumvirat», dont elle était l'alliée.

P., selon des renseignements transmis par F. Mars «est également l'auteur de < Apostille du *** et Préface > (signée <P.D.M. >) aux p. 3-4 de La Malédiction paternelle (1780), et il a été le collaborateur de Rétif [de La Bretonne] pour certaines des Contemporaines. [Il s'agit de 16 Nouvelles] sur les soixante-dix-neuf des deux premières séries : ce sont les n° 6, 17, 19, 33, 36, 39, 47. 49-54- 56, 58, 61, 63, 69 et 76 (voir Rétif de La Bretonne, Les Contemporaines, Introduction (1780) aux quarante-deux volumes de l'ouvrage)».

Bibliographie

B.Un. ; Ravaisson ; D.L.F. ; M.S. ; CL. Aubertin C, L'Esprit public au XVIIIe siècle, 2e éd., Paris, 1873. – Furcy-Raynaud M., «Deux lettres de P. de M. au marquis de Marigny», Bulletin du bibliophile, Paris, 1911, p. 15-19.

Flammermont J., Le Chancelier Maupeou et les parlements, 2e éd., Paris, 1885. – Funck-Brentano F., Figaro et ses devanciers, Paris, 1909. – Linguet S., Annales politiques, civiles et littéraires du XVIIIe siècle, t. V, Lausanne, 1779.

Mornet D., Les Origines intellectuelles de la Révolution française (1715-1787), 2e éd., Paris, 1934. – Pelisson M., Les Hommes de lettres au XVIIIe siècle, Paris, 1911. – Poulet-Malassis A., Les Conversations du jour de l'an chez Mme du Deffant il y a un siècle (extrait de L'Espion anglais de P., t. V), Paris, 1877. – Tate R.S., Petit de Bachaumont : his circle and the Mémoires secrets, S.V.E.C. 65, 1968. – Venturi F., Jeunesse de Diderot (1713-1753), Paris, 1939.

Additif

État civil : Naissance de Mathieu François le 20 février 1727 selon son acte de baptême (AD Aube, ED 08041, BMS Chaource 1721-1740): "fils de Me François Pierre Pidansat bailli de la duché-pairie d’Aumont, commissaire lieutenant juge subdélégué de Mrs les prévôts des marchands de Paris et Nicole Picardat de cette paroisse, baptisé le 21 en p[ré]s[en]ce de Mathieu Joly avocat en parlement et Louise Martial Pidansat fille dudit François Pierre" (Laurence CROQ).

Jeffrey Merrick a publié récemment le « Procès-verbal qui constate la mort violente du sieur Pidansat de Mairobert » conservé aux A.N. (Dix-Huitième siècle, n° 35, 2003, « Le suicide de Pidansat de Mairobert », p. 331-340). Ce témoignage très précis confirme ce qu’on savait du suicide de P. au bain Poitevin dans la nuit du 29 au 30 mars 1779, très exactement le 30 à cinq heures du matin. Il porte en outre sur la visite effectuée par le commissaire Le Seigneur au domicile de P. rue Saint-Pierre ; celui-ci interroge la veuve Fontaine, gouvernante de P, puis le neveu de P., Jean Nicolas Jacques Parisot, étudiant en droit, lequel reconnaît le corps de son oncle, « le sieur Mathieu François Pidansat de Mairobert, secrétaire du roi et de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc de Chartres ». Est également nommé le domestique de P., Jean-François Cabirol, lequel avait été arrêté en mai 1773 lors d’une perquisition, « pour commerce clandestin de nouvelles à la main » (RNM, p. 361-362). Toutefois le procès-verbal de 1779 ne mentionne aucune perquisition et aucune pose de scellés. P. s’est suicidé en raison du blâme public que lui avait infligé le Parlement le 27 mars 1779 ; les créances qu’il avait sur les biens du marquis de Brunoy étaient peut-être très majorées, mais les créanciers étaient nombreux et le marquis très décrié. P., qui avait été depuis 1770 le défenseur du Parlement de Paris et l’avocat le plus acharné de la cause parlementaire, ne put supporter ce désaveu. On notera qu’en 1779, la cause des « patriotes » était perdue, et que le Parlement tenait peut-être à se démarquer de son trop zélé défenseur(Jean SGARD).

Activités journalistiques : "M. de Mairobert étoit un homme de lettres, auteur de quelques opuscules, mais surtout grand amateur: il ne manquoit aucune pièce de théâtre dans sa primeur et se faisoit entourer dans les foyers ; il avoit aussi toutes les nouveautés et sa bibliothèque étoit en ce genre une des plus curieuses de Paris. Elevé dès son enfance chez Madame Doublet, il y avoit puisé ce goût, ainsi que celui des nouvelles ; c'étoit un des rédacteurs ; il conservoit le journal qui se composoit chez cette Dame et le continuoit » (MS, t. XIV, p. 12). Ce témoignage de Mouffle d’Angerville à la mort de P. met en relief la personnalité de l’écrivain en tant qu’amateur de théâtre, collectionneur de nouveautés et surtout rédacteur des MS : il en est le rédacteur parmi d’autres, mais surtout le responsable principal ; dans ce journal qu’il « conservoit » et « continuoit », on peut reconnaître le registre de Mme Doublet, disparue en 1771. Dans une note substantielle de son édition de Monsieur Nicolas, Pierre Testud a évoqué les relations de Mairobert et de Rétif de La Bretonne de 1773 à la mort de Mairobert et rassemblé les commentaires de Rétif sur cette mort tragique (Monsieur Nicolas ou le coeur humain dévoilé, Bibliothèque de la Pléiade, 1989, t. II, p. 1165-1166).

Bernadette Fort a mis en lumière également son rôle dans la composition des « salons », publiés rétroactivement dans les MS ; voir Les ‘Salons’ des Mémoires secrets (1767-1787), éd. de l’E.N.S. des Beaux-Arts, Paris, 1999. Elle a en outre relevé le caractère politique de la critique des « Salons », en particulier dans l’analyse des portraits. Il resterait à évaluer la portée politique des notices musicales des MS, et notamment le rôle de P. comme « connoisseur » de l’Opéra : la défense de l’Opéra traditionnel de Lulli et de Rameau contre les partisans de Gluck et sa présence dans le « coin du Roi » pourraient compléter une esthétique « patriote » dont P. aurait été le plus ardent partisan. L’équipe « Mémoires secrets » de l’UMR LIRE, implantée à l’Université Stendhal de Grenoble, travaille à l’édition critique des MS, ainsi qu’à l’étude des principales questions littéraires, esthétiques, politiques, bibliologiques, posées par les 36 volumes imprimés des MS et leurs sources manuscrites.

P. a probablement fréquenté la Paroisse dès avant 1750 ; les nouvelles à la main du cercle Doublet suivent de près ses démêlés avec la justice. Bachaumont lui a prêté de nombreuses sommes d’argent, qui figurent dans son testament du 11 juillet 1764, avec plusieurs codicilles jusqu’à sa mort en mai 1771. P. fut assurément l’un des principaux créanciers de Bachaumont ; Boyer d’Eguilles, Boyer d’Argens, l’abbé Prévost viennent loin derrière lui. Dans son testament, Bachaumont fait de Mme Doublet sa légataire universelle et dispense ses créanciers du remboursement de leurs dettes (voir J. Sgard, Vie de Prévost, à paraître, chap. 9, note 14).

L’activité de P. comme producteur de nouvelles à la main a été mise en lumière par François Moureau dans son Répertoire des nouvelles à la main. Le recueil manuscrit n° 4 du fonds Doucet, portant l’ex-libris de P., représente une collection personnelle de nouvelles de 1762 et 1763 sous la forme d’une copie continue, d’une même écriture ; on trouverait là, selon F. Moureau la forme « primitive » du registre (RNM, p. 289). Le recueil Penthièvre de la Bibliothèque Mazarine 2387-2399 comporte une première série de nouvelles de 1762 à 1767, qui s’interrompt brusquement à la mort de P. en 1779 ; il s’agit vraisemblablement d’une copie établie sous sa direction en vue de l’édition des Mémoires secrets : le registre de la Paroisse aurait été exploité une première fois sous la forme de nouvelles à la main largement diffusées, puis sous la forme de volumes imprimés à partir de 1777, dans lesquels les nouvelles politiques ont été en grande partie supprimées (p. 292). De nombreuses séries, dans les mêmes fonds, émanent de la « nébuleuse Doublet-Pidansat de Mairobert » ; elles sont le fait de copistes de P. comme Aubry de Julie ou Raphaël Dubec ; une série conservée à la B.H.V.P. sous le titre de « Journal de l’année 1766 » (ms. 679) a été dirigée par Mouffle d’Angerville, chez qui l’on saisira, le 11 juin 1781, un ensemble de nouvelles allant de 1766 à 1781 . Cette suite, qui constituait peut-être une copie manuscrite des MS, lui fut rendue en 1782 et n’a pas été retrouvée ; le « Journal de 1766 » en serait le seul vestige ; il porte des annotations marginales qui rendent compte de la distribution du manuscrit original (p. 309).

P., qui appartenait depuis au moins 1750 au cercle Doublet, fut certainement au centre de cette « nébuleuse » ; à plusieurs reprises, des domestiques de Mme Doublet et de P. ont été interrogés, notamment Cabirol, le valet de pied de P. (RNM, p. 361). P. a joui de l’appui des d’Argental, mais aussi de personnages de la haute finance comme le contrôleur général Jean de Boullongne (p. 324). Il a surtout eu l’oreille de tous les lieutenants de police, et en particulier de Sartine, Albert, Lenoir ; on ne s’expliquerait pas, sinon, que les Mémoires secrets, ainsi que tous les pamphlets sortis de l’atelier Pidansat aient connu une telle fortune. Autant qu’un rédacteur, P. semble avoir joué le rôle d’un directeur de production ou d’un éditeur clandestin qui modulait l’utilisation du registre, tantôt sous forme de séries de nouvelles à la main, tantôt par toutes sortes de pamphlets qui reprenaient le même matériel documentaire, tantôt enfin par l’édition des MS, ; d’où les innombrables ressemblances qu’on peut relever entre les MS, les Anecdotes de Madame Du Barry, le Journal de la révolution, etc. (voir J. Sgard,, « Pidansat de Mairobert, journaliste à deux visages », dans Nouvelles, gazettes, mémoires secrets (1775-1800), Karlstad University Studies, n° 10, 2000, p. 15-25) (Jean SGARD).

Avant son suicide, Mairobert est brièvement engagé par Frédéric-Samuel Ostervald pour tenir une correspondance littéraire parisienne dans le Nouveau Journal helvétique. Voir Michel Schlup, "Le rêve impossible de la STN : un Journal helvétique et "parisien"", in Michel Schlup (dir.), L'édition neuchâteloise au siècle des Lumières. La Société typographique de Neuchâtel (1769-1789), Neuchâtel, Bibliothèque publique et universitaire, 2002, p. 143-155 (Thimothée LÉCHOT).

Bibliographie : Merrik J., « Le suicide de Pidansat de Mairobert », Dix-Huitième siècle, n° 35, 2003, p. 331-340 (J.S.).

Auteur(s) de la notice


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