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Jean PIC ( ? -1712 ?)

État civil

Sa date de naissance est inconnue. Besterman affirme que Jean-Baptiste Rousseau aurait substitué le nom de Pic à son véritable nom, Picqué, pour les besoins de la rime (Voltaire’s correspondence, D 39) ; mais tous les historiens de la musique le nomment bien Pic. D’après Louis Travenol, il serait mort en 1712 (Histoire du théâtre de l’Académie royale de musique, notice de Jean Pic, n° XIII, p. 206).

Carrière

Précepteur du marquis de Vaubrun, puis du duc d’Estrées, puis secrétaire d’Albert de Luynes, prince de Grinberghen (Examen critique et complément des dictionnaires historiques de Barbier, notice « Albert, Louis Joseph de »).

Opinions

Il se fit connaître comme librettiste d’opéras, et fut à l’origine de l’opéra-ballet avec les Saisons, mis en musique par Colasse en 1695 (C. Kintzler, Poétique de l’opéra français de Corneille à Rousseau, Minerve, 1901, p. 320). Rival de Jean-Baptiste Rousseau, il essuya de lui une épigramme grossière, intitulée la Picade, largement répandue dans les éditions des Oeuvres de Jean-Baptiste Rousseau de 1712, 1716, 1732 (« L’Opéra de Naples ou Picade », allégorie VII). Cette épigramme rendit tristement célèbre le nom de Pic, jusque dans les Causes célèbres de Gayot de Pitaval (t. VI, p. 8). Voltaire, dans une lettre de l’été 1714, place cependant l’abbé Pic très au-dessus de J.-B. Rousseau.

Activités journalistiques

P. s’est intéressé à la presse et a vivement critiqué le succès des nouvellistes par une pièce insérée dans le tome VI des Oeuvres de Saint-Évremond et reprise dans le Mélange curieux de1708 (« Les nouvellistes, lettre à Madame... », p. 174-181 »). Il a lui-même tenté de lancer un journal : les Dialogues de morale. L’abbé Dubos écrit à Bayle, dans une lettre datée du 19 décembre 1695 : « On joue [à] l’opéra avec succez Le Ballet des saisons, dont les parolles sont d’un Monsieur Pic, autheur de certains Dialogues de morale qui se debitent ici touts les mois » (Renseignement dû à la courtoisie d’Anthony McKenna).  Il reste deux exemplaires de ce périodique, qui n’eut sans doute qu’un seul numéro : Dialogues de morale, chez G. Desprez, rue Saint-Jacques, à l’image de Saint Prosper, 25 p. (BnF, cote R 18784). Un autre exemplaire, imprimé chez T. Girard, porte en note : « Privilège au Sieur abbé P*** » (Bibliothèque de Yale, Worldcat.).

Publications diverses

Outre les livrets des Saisons (musique de Colasse,1695), de La Naissance de Vénus (musique de Lully, 1696), d’Aricie (musique de La Coste, 1697), Pic a publié plusieurs ouvrages de morale, notamment les Devoirs de la vie civile (1681, 1686, 1700) et un Discours sur les bienséances (1688, 1689). Il a publié dans le tome VII du Recueil d’oeuvres de Saint-Évremond qui n’ont point encore été publiées (Paris, Anisson, 1701), une « Lettre sur les nouvelles pièces de théâtre » souvent commentée. Toutefois, il a eu la réputation d’écrivain à gages, ou d’auteur de louage, selon l’expression de Desmaizaux, qui écrit dans sa vie de Saint-Évremond : « L’abbé Pic publia en 1701 un livre intitulé Recueil d’ouvrages de Monsieur Saint Évremond qui n’ont point encore été publiés ; mais dans tout ce volume, il n’y avait de Monsieur de Saint Évremond que le commencement du parallèle de Monsieur le Prince et de Monsieur de Turenne ; et encore était-il tout changé » (éd. de 1753, p. 220). Cependant, René Ternois pose tout autrement le problème de la composition du Parallèle (Saint-Évremond, Oeuvres en prose, t. IV, p.412). On l’a accusé d’avoir publié ses propres productions dans le Recueil de différentes pièces de littérature de M.L.P.D.G. » (le Prince de Grinberghen). Fréron, dans un long compte rendu de L’Année littéraire en 1758, se montre plus précis ; il attribue Timandre à Albert de Luynes, puis une lettre en vers et en prose, suivie de quelques lettres de l’abbé P. : « sans doute de l’abbé Pic, car il est nommé dans la suite, le même contre qui Rousseau composa la Picade » (p. 75). Le Songe d’Alcibiade qui est d’Albert, eut  un grand succès en son temps, et fut attribué à Montesquieu (p. 81). Tour à tour accusé de nourrir les recueils d’oeuvres attribuées à Saint-Évremond, et de faire passer ses propres oeuvres en contrebande, Pic eut pour seul tort de se consacrer à des formes brèves et difficilement publiables, peut-être aussi de se partager entre le théâtre et la morale.

Auteur(s) de la notice


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