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Jean André et Antoine PÉRISSE (1734-? ?)

État civil

Jean André Périsse-Duluc, né le 4 juillet 1738 (arrêt préparatoire pour une place d'imprimeur, 16 avril 1766, A.M. Lyon, HH 103) et son frère Antoine sont descendants de André Périsse (prestation de serment des frères Jean André et Antoine Périsse, 16 oct. 1760) et Antoine P., tous deux libraires.

Formation

Ils sont ensemble reçus libraires le 6 octobre 1760. Jean André fait par la suite acte de candidature le 16 avril 1766 pour la place d'imprimeur laissée vacante par Pierre Bruysset ; les syndics et adjoints constatent qu'il est «suffisamment congru en langue latine, qu'il sait lire le grec, qu'il est de bonne vie et mœurs, qu'il fait profession de la religion chrétienne, apostolique et romaine dans laquelle il est né».

Carrière

Il prête serment le 19 août 1766, pour remplir l'une des douze places d'imprimeur réservées par la ville de Lyon selon le règlement du 12 mai 1759 (A.M. Lyon, HH 103 ; A.V.L., p. 180-184 ; Vingtrinier, p. 395). Les deux frères exercent les fonctions syndicales. Antoine signe comme adjoint, avec Benoît Duplain, syndic des requêtes, demandes de condamnation, procès-verbaux de visite de locaux et de description d'ouvrages à l'encontre de Faucheux et Halle, conjointement accusés de vente illicite de livres (A.M. Lyon, HH 103, mai-juin 1771). II contresigne la présentation de Claude André Vialon à une place de libraire {ibid., 10 mai 1777). Jean André, devenu syndic, enregistre pour la chambre syndicale la réception de Jean Marie Bruysset comme imprimeur du roi (A.M. Lyon, HH 100, 6 sept. 1784). Député du Tiers-Etat de la Sénéchaussée de Lyon en 1789 (Archives parlementaires, t. VIII), il offre un don patriotique de 700 £ au nom d'une société de la ville (Péricaud, 1790, 9 ; Gazette nationale, 1790, n° 214). Le 29 septembre de la même année, il y fait état d'un projet pour acquitter la dette publique (Péricaud, 1790, non confirmé dans la Gazette nationale).

Situation de fortune

Issus d'une famille d'artisans et de commerçants, les frères Périsse s'inscrivent dans une lignée qui peu à peu fait sa place dans la librairie. Antoine Périsse, leur grand-père probablement, qui était encore en 1743 doyen de la librairie (Trénard, p. 5 ; Vingtrinier, p. 392-393), rachète en 1692, avec la caution de ses deux frères, Biaise, marchand cordier, et Jean, maître-ouvrier en soie, à la veuve de Pierre Compagnon, marchand-libraire, la part d'un fonds de librairie qu'il exploitait avec elle. Il verse pour cela d'abord 2000 £ et le reste en paiements «continués d'année en année» (A.D. Rhône, 3E 5716, notaire Jean Renaud, 13 déc. 1692). Le 9 août 1710, par devant Etienne Durand notaire, il acquiert de moitié avec André Laurens, de Jean Couttanaux, marchand-libraire et maître-imprimeur, un fonds d'imprimerie et de librairie pour la somme de 12 635 £, «laquelle somme a été payée pésentement, réellement et comptant en espèces d'or et d'argent» (A.D. Rhône, 3E 7674). Un tableau des maîtres-imprimeurs dressé le 28 mai 1720à l'intention des prévôt et échevins de Lyon inscrit Antoine Périsse avec ses huit enfants et une servante, mais sans apprenti ni compagnon (A.M. Lyon, HH 103).

Etablis Grande rue Mercière, à la Couronne d'or, les deux frères Périsse, dont la devise est «Favet Minerva labori», et dont la marque représente une Minerve entourée de branches d'olivier qui distribue leurs fruits à un groupe d'enfants, semblent être à la tête d'une maison prospère. Ils seront de plus, en 1783, parmi les légataires universels d'Antoine Périsse, négociant à Saint-Domingue (A.D. Rhône, 3E 38761 B). Le catalogue qu'ils publient en 1762 témoigne de l'importance de leur entreprise (Catalogue des livres). Il ne compte pas moins de 10 077 titres accompagnés d'un numéro de référence pour faciliter les commandes. L'analyse de cette liste (Chartier, p. 215) fait apparaître l'importance des ouvrages de religion (35%), mais aussi des livres de sciences et arts (25 %) et de belles-lettres (21 %). On y trouve nombre d'ouvrages scolaires (131 «abrégés») et beaucoup de catéchismes, mais aussi le Dictionnaire de Bayle, les romans de Prévost, Crébillon, Marivaux, le Don Quichotte, Gil Blas, Joseph Andrews, Les Amours de Myrtil et les livres de Mouhy, de Mme de Gomez, de Mlle de Lussan. Les deux libraires s'engageront dans des projets communs avec des libraires de Paris, comme le lancement en 1769 d'une souscription pour une édition en 25 volumes des œuvres de Bossuet avec Antoine Boudet (Second prospectus). Ils abandonneront à Barbou leur privilège général pour L'Explication du Nouveau Testament à l'usage des collèges (A.D. Rhône, E 2092, 22 mars 1785). De la vingtaine d'ateliers qui imprimaient des livres à Lyon à la fin du siècle, la maison Périsse sera l'une des douze qui survivront après la Révolution (Audin, p. 104). Ils n'ont cependant plus que quatre presses, dont deux seulement travaillent (ibid., p. 107). Le décret de 1810 qui limite le nombre des imprimeurs maintient un Antoine Périsse fils l'aîné parmi les imprimeurs lyonnais (ibid., p. 108-109). Sous la Restauration, les nouveaux Périsse frères qui impriment encore au 33 de la rue Mercière sont «légitimistes, jésuites et congréganistes renforcés» (ibid., p. 119). L'extrait de catalogue que publie en novembre 1830 leur «Librairie catholique, historique, littéraire et classique» annonce l'enrichissement du fonds, « l'extension croissante des affaires » et promet la prompte exécution des commandes. Il fait état de « capitaux considérables » et d'une organisation ambitieuse de la librairie, de l'imprimerie et de la fonderie. C'est en vain qu'on cherche, dans les 98 pages de ce catalogue, un ouvrage de Voltaire ou de Rousseau ; on n'y trouve pas non plus de roman. Foisonnent en revanche les abécédaires, les ouvrages de piété, de spiritualité, les catéchismes, les bibles, les cantiques, les éditions scolaires de Cicerón. Certains titres sont assortis de courtes notices élogieuses pour les auteurs qui se signalent par la solidité de leur doctrine, la « sainteté de leur vie» (le P. Berthier), leur capacité à édifier la jeunesse (Extrait du catalogue général).

Opinions

Consacrant une part importante de leur activité à la diffusion d'ouvrages de religion (Chartier, p. 214), tournés vers la clientèle scolaire, « Collegium Lugdunensium Bibliopolas» comme ils l'impriment sur leurs pages de titre (Trénard, p. 5 ; Audin, p. 96 ; Laurent-Vibert et Audin, p. 191-192 ; Vingtrinier, p. 392-393), les Périsse n'ont, semble-t-il, jamais contrevenu aux règles de la censure ni à celles de leur profession, en un temps où nombre de leurs confrères, même bien pensants, y étaient fort enclins.

Activités journalistiques

La seule contribution des frères Périsse à l'histoire de la presse est le catalogue mensuel de livres nouveaux qui, sous le titre de Courrier littéraire, parut tous les 15 du mois à partir de janvier 1767 (D.P. 1 310). Ce type de périodique procède sans doute moins d'une vocation pour le journalisme que de la recherche de techniques commerciales efficaces pour développer la vente des livres dans la région (Trénard, p. 14 ; Loche, p. 10).

Bibliographie

A.D. Rhône, 3E 7516, 3E 4674, 3E 7876 13, E 2092. – A.M. Lyon, HH 103, 100 : fonds Tricou, fiches ms. en microfiches (Périsse-Duluc). – Catalogue des livres de toutes sortes de matières qui se trouvent à Lyon, chez les frères Périsse, 1762 (B.V. Lyon, 371371). – (A.V.L.) Almanach de la ville de Lyon pour l'année 1766 [...] 1767 (B.V. Lyon, 356029). – Second prospectus de la nouvelle édition des œuvres de Messire Jacques Bénigne Bossuet, 1769 (B.V. Lyon, 335911). – Gazette nationale ou le Moniteur universel. – Extrait du catalogue général. Livres de fonds et d'assortiment qui se trouvent à Lyon chez Périsse-frères, nov. 1830 (A.M. Lyon, 3322). – Péricaud M.A., Tablettes chronologiques pour servir à l'histoire de Lyon, Lyon, 1836. – Archives parlementaires de 1787 à 1860, 1er série, t. VIII, Paris, 1875. – Vingtrinier A., Histoire de l'imprimerie à Lyon, Lyon, A. Storck, 1894. – Loi-debard W , Notes héraldiques et généalogiques concernant le pays de Lyonnais, Forez et Beaujolais, Lyon, 1896. – Laurent-Vibert R. et Audin M., Les Marques de libraires et d'imprimeurs en France au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 1925. – Audin M., «L'imprimerie à Lyon», Revue du Lyonnais, t. IX, 1926. – Trénard L., Commerce et culture, le livre à Lyon au XVIIIe siècle, Paris, 1953. – Loche M., La Liberté ou la mort : journaux imprimés à Lyon, 1693-1794, Paris, Le Vieux Papier, 1968. – Chartier R., «La Société académique : l'horizon culturel des Académiciens», Nouvelles études lyonnaises, Genève, Droz, 1969.

Auteur(s) de la notice


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